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sa retraite marchaient à lui. Quoique attaqué souvent à l'improviste et même surpris dans ses camps, il réussit toujours à leur échapper. Nos soldats ne se lassaient pas de le poursuivre , parce qu'on leur avait fait croire qu'il avait à sa suite un chameau blanc chargé de pierreries; mais enfin on se décida à faire avec lui un accommodement : il se soumit, et les Français, pour rendre hommage à son courage et à sa constance dans le malheur, lui laissèrent le gouvernement de la haute Egypte. Mourâd mourut quelque temps après, trèsregretté des siens, qui brisèrent ses armes sur sa tombe, comme si aucun d'eux n'eût été digue de les porter.
L'Egypte était soumise et n'avait plus rien à craindre que des ennemis du dehors : cependant les Turks, qui se voyaient dépouillés d'une de leurs plus riches provinces, essayèrent de la reprendre; et les deux batailles d'Aboukir et d'Héliopolis mirent le sceau à la conquête des Français.
I^a bataille d'Aboukir fut donnée par Bonaparte en personne. Les Turks avaient débarqué i8 à ao mille hommes dans la presqu'île dç ce nom. Au premier bruit de cette nouvelle, le général français quitta le Kaire où était son quartier«géuéral et marcha droit à eux. Il alla le premier jour à Ouardân, le lendemain à Terraneh, le jour suivant à Chabour et un jour après à Rahmanieh , où il réunit 738 mille hommes répandus dans le Delta ou sur la côte. Il suivit avec ces troupes la route de Damanhour et alla prendre position au village de Birket, vers l'angle où se séparent les deux routes qui conduisent l'une à Aboukir, l'autre à Alexandrie, pour être à même de se porter selon les
circonstances sur l'un ou l'autre de ces points. Voyant ensuite que les ennemis n'osaient faire aucun mouve* ment et qu'ils se retranchaient dans la presqu'île où ils étaient descendus, il envoya une de ses divisions pour leur fermer la passe du lac Madieh , et il marcha lui-même à eux avec l'autre, par la chaussée qui se prolonge entre les lacs Madieh et Maréotis. Les deux armées furent bientôt en présence, les Turks accules au fond de la péninsule, les Français au-devant d'^x sur le chemin d'Alexandrie. Les Turks se forment sur trois lignes, la première à i% cents toises en avant du fort d'Aboukir, la seconde à 600 toises derrière la première, et la troisième sous les batteries même du fort. Leur droite et leur gauche s'appuyaient à la mer, et leur centre était couvert par des monticules de sable qui masquaient tous leurs mouvements. Bonaparte, disposa sii petite a^méé en colonnes, attaqua successive* ment les trois lignes ennemies, les enfouça, tua près de 3 mille hommes, en prit 3 mille autres et en jeta plus de la mille dans la mer, où la plupart péri* rent misérablement, sans pouvoir atteindre leurs vaisseaux. Il ne perdis lui-même que i5o soldats; et toute l'artillerie et les bagages des Turks tombèrent en son pouvoir.
Après cette victoire, Bonaparte s'embarqua pouir la France avec quelques officiers attachés à sa forlque , et laissa en partant le commandement au général Kléber^ qui livra aux Turks la bataille d'Héliopolis. Ceux-ci étaient commandés par le grand -vizir en personne : croyant, après le départ du général en chef, marcher en Egypte comme à une conquête certaine, ils étaient venus de la Syc^e par l'isthme de Suez jusqu'à Hélio-
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polis , au nombre de 80 mille hommes. Kléber , pour ne pas dégarnir la basse Egypte, n'en avait pu réunir sous le Raire que 10 mille; mais fort de leur courage et de leur discipline, il n'hésita pas un instant d'aller lui-même présenter la bataille aux Turks. Â peine futil arrivé sur la chaussée d'EI-Matarieh , qu'il fit ses dispositions d'attaque. Sa ligne offrait un rectangle composé de quatre carrés, au milieu desquels la cavalerie marchait en colonne. L'artillerie légère était dans les intervalles des carrés , l'artillerie de ligne sur leurs flancs et des pelotons de grenadiers doublaient tous les angles-: un petit carré de deux bataillons était en seconde ligne , et formait la réserve. Les Turks s'étendaient entre les villages d'El-Marêk et de Séricour. Un rideau, dont la pente est insensible, unit les deux villages. Le vizir prit position' sur la hauteur., et planta ses pavillons au milieu d'un bois de palmiers, qui environne £1-Marék. Le combat s'engagea lentement, parce que les gerçures, qui sillonnaient la terre, ralentissaient la marche des chevaux ; mais la cavalerie turke, après quelques hésitations, étant enfin deseendue de la hauteur, environna de toutes parts l'armée française, qui se vit tout-à-coup placée au milieu d'un carré de cavalerie , d'environ une demi-lieue de côté. Ce carré fut attaqué de toutes parts et rompu presque en même temps. Les Turks disparurent en un clin d'œil , et comme par enchantement. Les plus braves se rallièrent sur la route de Syrie et furent poursuivis jusqu'à Salahieh , où ils furent défaits de nouveau et rejetés hors de l'Egypte. Le vizir repassa honteusement le désert, n'emmenant avec lui que 5oo hommes pour lui servir d'escorte , et laissant au
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pouvoir des vainqueurs 60 pièces de canon et tous ses bagages.
L'armée française , après cette bataille, serait restée maîtresse de TÉgypte , si elle avait pu conserver quelques communications avec la France; mais séparée d'elle par la vaste mer et par les flottes anglaises qui la couvraient comme un immense réseau, et bientôt après privée de son chef par un assassinat , elle sentit qu'elle devait périr insensiblement, comme un arbre, privé de sa sève : c'est ce qui l'engagea à traiter avec les ennemis et à évacuer le pays, pour l'abandonner à ses anciens maîtres; mais en quittant l'Egypte, les Français y laissèrent des souvenirs et des Vegrets qui ne s'effaceront jamais : on s'y souviendra toujours de leur générosité , comme de leui* vaillance, et l'on n'y oubliera jamais le bien que ces étrangers y firent et celui qu'ils voulaient y &ire.
Dans le peu de temps qu'ils restèrent en Egypte, les Français y formèrent une infinité d'établissements utiles : ils organisèrent des municipalités et des écoles dans toutes les communes, des tribunaux et des administrations secondaires dans tous les arrondissements, une administration centrale et un tribunal suprême dans la capitale : ils établirent des imprimeries partout, des lazareths dans les principales villes, et ils éloignèrent la peste par des règlements sanitaires : ils abolirent les impôts onéreux ou flétrissants, et répartirent les autres avec équité. Ils avaient trouvé les paysans serfs, ils leur donnèrent la liberté : le droit d'héritage incertain, ils le consacrèrent dans les familles : les habitants divisés par la religion , ils les
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réunirent par les lois : ils détruisirent tous les privilèges particuliers, rendirent à chacun la propriété de sa personne et de ses biais, donnèrent aux indigènes les fonctions publiques et les magistratures , ouvrirent à tous les habitants la carrière des honneurs et des emplois : enfin ils s'appliquèrent à leur enseigner les aris de r£urope et à leur rendre la vie douce et commode. Voilà ce que les Français firent pendant les trois années qu'ils gouvernèrent TEgypte : voici ce qu'ils auraient fait, s'ib l'eussent gouvernée plus long-temps.
11$ se proposaient de bâtir une ville à chaque angle du Delta : deux aux embouchures du Nil pour en rendre l'entrée plus facile, et la troisième au point ou il se divise en deux branches , pour maintenir 1 équilibre entre ses eaux. Us voulaient rétablir Alexandrie, Péluse, Memphis, relever Canope, Tentyra et Thèbes, confondre la mer Rouge avec la Méditerranée , ouvnr des ports sur ces deux mers, recreuser les anciens canaux , en établir de nouveaux, réparer les pyramides et tous les monuments anciens, rendre au lac Mcbtis sa première destination^ combler ou dessééfa^r tous les autres, border la lisière du désert de sycomores et de palmiers pour arrêter l'empiétement des sables, couvrir les deux chaînes d'acacias, de tamaris et de cassiers pour offrir au pays , dans des arbres appw>pr>^ à son. climat, des bois de charpente et de chàiiffage? couper le Delta en échiquier ^ le planter en vergers^ y acclimater toutes les plantes des colonies, y naturaliser les vaches de l'Helvétie et les moutons de l'H^*' périe, y croiser les chevaux de l'Europe avec ceux de
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l'Arabie et faire de i'Égypte la jardin et Tentrepot du monde.
Us voulaient fonder des collèges, instituer des académies pour ramener les arts et les sciences dans le lieu de leur berceau, changer peu à peu les mceurs des Égyptiens , adopter quelques-uns de leurs usages pour leur faire adopter plus facilement les nôtres, confondre insensiblement les différentes castes, les ha« bituer toutes à obéir aux mêmes lois , appeler les en* fants à des partages égaux ^ adoucir la condition des femmes, abolir la polygamie et l'esclavage domestique , sapper le despotisme dans Tétat en le détruisant insensiblement dans la famille , policer les Arabes errants et combattre par des institutions douces leurs préjugés contre la vie sédentaire* Ils voulaient changer en mieux la condition de tous , courber sous le joug des lois l'orgueil des grands , relever le courage des petits par le sentiment de la dignité humaine; itité* resser , par la certftude de jouir du fruit de leurs tra^ vaux, les cultivateurs à perfecttonner leurs cultures, les artisans et les coonmerçants leur industrie, chaii* ger le système des impositions , améliorer la distribu* tion des eaux , développer la culture des plantes coloniales et lier tous les intérêts à l'îstérèt général. Enfin ils voulaient renverser la barrière étemelle c{ue la na^ture semble avoir élevée entre l'Europe et l'Inde, en fixant dans leurs déserts les Arabes Bédouins et en ouvrant l'isthme de Suez.
Mais pour opérer tant de bien, il fallait tout à la fois déployer une flexibilité qui se prêtât à tout et ime constance qui ne se rebutât de rien, vaincre l'attache'»
ment des différentes castes à leurs anciens usages, surmonter leurs préjugés religieux, leurs antipathies réciproques , modérer la superstition des unes, réprimer l'intolérance des autres , flatter la croyance et les idées de toutes. Les Français avaient déjà commencé ce grand ouvrage, et eux seuls, par la facilité de leurs mœurs et la flexibilité de leur caractère, pouvaient l'achever. La paix , qui rendit l'Egypte à ses anciens maîtres , ne fut donc pas un bienfait pour elle, puisqu'elle la replongea dans l'esclavage et la barbarie.
Les Égyptiens n'avaient connu jusque-là les Européens que comme des marchands et des maltotiers : ils apprirent sous les Français à les connaître sous d'autres rapports, à mieux apprécier leur génie, la douceur de leurs lois et l'étendue de leurs lumières : ils virent alors, comme au temps d'Alexandre, les arts et les sciences s'unir à la marche d'une armée, et la guerre répandre des bienfaits au milieu de ses horreurs. Les anciens conquérants , Musulmans ou chrétiens, n'avaient conquis l'Egypte que pour la ravager: les Français , à l'exemple des Grecs , voulaient la conquérir, pour la policer et l'embellir. Tel est le monument que la France au. commencement, de ce siècle voulait, élever en Egypte, monument certes plus utile, et peut-être aussi durable que les pyramides:
Monumentum aère perennius ,
Regalique situ Pyramidûm altias.
L'expédition des Français en Egypte est une des plus brillantes qiii aient été faites dans les temps ^^ dernes ; et si elle avait réussi , elle aurait pu faire a
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rÉgypte autant de bien que celle d'Alexandre. Celle de saint Louis , quelque généreux qu'en fût le motif, ne pouvait pas avoir des résultats aussi avantageux, parce qu'elle fut entreprise dans un temps, où la France n'était pas plus civilisée que l'Egypte , et qu'il n'y a que les conquêtes des nations civilisées sur les peuples barbares qui puissent être utiles au genre humain.
PI» UV LIVRE UUITIBMJB.
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