‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 59 sur 84 · II. 3o · texte numérisé non relu

II. 3o

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Le port àt Rétimo^ sltu^ à l'e^tt du câp Drépatio, ne peut abriter que de petits bâtitnetits ; et la côte, qui se relève ensuite à cause des ûombreax ressauts de rida y est inabordable jusqu'à Candie , oii Ton ne trouve qu'une mauvaise rade, mal abritée par Ule Die ; mais on voit à l'est de Candie , derrière le cap Saint Jean et à IVntrée du gôlfé de M irabel , la baie de Spina«Longa , presque aUàsi raité que celle de Is Silde, et au-delà de là baie de Spina>-Loiiga , celles de Sitia et de Sidéro qui, protégées par lès capâ de ce nom, ôffi^ent des abris sûrs aut navigateurs vtsnant de Test.

La cote méridionale de l'île est presque paHoutPSearpéè; et la baie de Sphakia au pied des monts Blancs, âëlle de Messàra derrière le câp M étalla , et la baie d'Hiérapytua âU pied du mont Ùyctée, ne Sofit que des rades dangereuses ^ exposée^ à des raiîales et outertes aux vents du sud.

Tels sont les principaux mouillages de l'île : voici ses principales défense^. Là Canée et Candie tienoect parmi elles lé premier rang. La forteresse de la Canéé, située sur la cote septentrionale de l'île entre le cap Spada et le cap Mélèk ^ est un carré long dont on a ouvert un côté, pour laisser entrer la mer dansk port. Les trois autres cotés sont dés courtines plus ôU moins brisées , flanquées aux angles de bastions à feentre plein, dont quelques-uns sont surmontés d'un cavalier. Lé côté le plus faible est celui de l'ouest, parce qu'il est lé plus bas et qu'il eàt enveloppe, comme celui du sud , par des éoteaux qui ridéftt la campagne et qui sotlt comifie le^ premiers gradin^ déS monts Blancs.

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lie fort de la Sude, située de Tautre coté de Tis^ thme que forme la presqu'île du cap Mélek, est comme une dépendance et un ouvrage avancé de la Canée, dont il n'est éloigné que de deux lieues. Ce fort est bâti à l'entrée du golfe , s^r un rocher qui s'élève du sein des flots sous la forme d'un triangle irrégulier. On a suivi pour le tracé des fortifications l'irrégularité du triangle : des bastions ont été construits aux principaux saillants, les courtines ont été alongées ou raccourcies suivant les accidents du terrain , et l'on a profité de la différence des niveaux pour étager le» batteries. Tous les ouvrages, en un mot, paraissent bien, entendus, excepté ceux du front dii nord, dont les feux sont trop fichants, eu égard au rétrécissement de la passe.

En général les fortifications de la Canée et de la Sude ont été faites avec soin ; mais elles ont été mal défilées, et elles sont commandées les unes H les autres par des contre-forts du cap Mélek, sur lesquels on pourrait établir des batteries qui les auraient bientôt réduites en poudre. Le cap Mélek, ou plutôt la presqu'île montueuse de ce nom, offre partout des aose» où Ton pourrait débarquer. On pourrait même débarquer au fond du golfe, en forçant la passe du sud qui est mal défendue. Il faudrait fermer cette passe en élevant sur la côte opposée à l'îlot de la Sude une redoute qui croisât ses feux avec ceux du fort.

La fiMteresse de Rétîmo, située entre la Canée et Candie, occupe une langue déterre jointe au continent par un rocher élevé, sur lequel on a construit une citadelle ; mais cette citadelle, tiès-êofte par sa position , n'est fermée que d'un simple mur d'^noeinte qui

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ressemble à celui d'un jardin, et on pourrait l'escalader aisément par le front de Touest, où le terrain s'abaisse en pente douce.

La forteresse de Candie, située à l'est de celle de Rétimo , est un polygone irrégulier de plus d'une lieue de développement, flanqué de bastions à centre plein et enveloppé partout d'un fossé profond, excepté sur le front du nord , oii il est bordé par la mer. Tous les ouvrages ont suivant le système vénitien un grand relief, et ils sont tous d'une grande capacité ; mais quelque développement qu'on ait cherché à leur donner, on na pas battu tous les points de débarquement. Or on ne saurait imaginer de terrain plus favorable pour les premières approches que celui dont Candie est environnée. Les rivières de Géofîro et d'Armiro qui coulent, l'une à l'ouest, l'autre à l'est de la place, dans des vallons très- encaissés , embrassent tout le terrain extérieur aux divers fronts d'attaque, et celui qui est entre les deux rivières est coupé par des ravins profonds. Cette suite de positions forme une contrevallation naturelle, à la faveur de laquelle on pourrait s'approcher jusqu'à 600 toises des ouvrages extérieurs. On pourrait même, à l'exemple desTurks, lors du dernier siège, débarquer à l'embouchure du Géofiro, se couvrir d'un rideau formé par l'escarpement de la rivière , remonter le lit des ravins qui viennent s'y jeter , et attaquer la place par 1^ fronts de l'ouest et du sud ; mais il serait dangereux de l'attaquer par le front de l'est, parce que le terrain étant plus haché de ce côté, n'offre presque point d'emplacement pour les batteries. I^e front de l'est est incontestablement le plus fort de tous; et jamais les Français, accourus au secours desVé'

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nitiens, u'y auraient été forcés sans l'imprudeuce du duc de Beaufort qui crut indigne de lui d'attendre le^ ennemis derrière un rempart, et qui fit cette malheureuse sortie, où il expia sa témérité. Candie, la capitale de l'île et le siège du principal pacha , peut avoir 12 a i5 mille habitants ; et Rétimoet la Canée, où résident Jes deux autres pachas, en ont tout au plus, l'une 5 et l'autie 8 mille. Candie est située près des ruines de Cnossus et la Canée près de celles de Cydonie ; mais les deux villes modernes n'occupent pas , comme on Ta cru , l'emplacement des anciennes , dont on voit encore les ruines, à quelque distance de l'une et de l'autre.

Les autres fortifications de Crète n'ont aucune importance. Le fort de Spina-Longa , situé à l'est de la forteresse de Candie, peut être foudroyé de toutes les hauteurs environnantes, et les autres forts, de Itle, tels que ceux de Kara-Bousa et de Sitia, qui sont aux deux extrémités opposées de la côte septentrionale, ainsi que ceux de Sphakia et d'Hiérapy tna , qui sont sur la côte méridionale, ne sont que des donjons à moitié ruinés , hors d'état de résister à un coup de main. La petita ville de Messara , située au milieu de la plaine de ce nom près des ruines de Gk>rtyne, est un heu absolument ouvert..

L'île de Crète est en général très-montueuse ; mais elle est coupée par des vallées fertiles en grains et en fruits. Tous ses coteaux sont couverts de vignes, d'oliviers et d'orangers. On y trouve même 'quelques végétaux rares partout ailleurs, entr'autres le dictame , plante cotonneuse , dont l'infusion est stomachique et préférable à celle du thé , parce qu'elle

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n'irrite point les nerfs. C'est Vt\e de la Méditerranée la plus propre à être bien gouvernée , parce quelle n'est ni trop grande ni trop petite , et qu'elle a tous les éléments d'un bon gouvernement : une belle population et toutes les productions nécessaires aux besoins et même aux agréments de la vie. Rien ne serait plus facile que de l'arracher aux Turks et de lui rendre les institutions qu'elle donna jadis elle-même à la Grèce.

Il n'y a pas de pays où les points d'attaque soient mieux déterminés par la configuration des cotes et par la coupure des montagnes ; et si on craignait d'attaquer nie par la côte du nord, dont les trois principales positions sont protégées par des défenses artificielles, on pourrait l'attaquer par la cote du sud, aujourd'hui sans défense, en remontant la chaîne Cretoise par son revers méridional. Un débarquement sur le golfe de Messara rendrait maître en un instant de b plaine de ce nom , la plus fertile de Tîle, et l'on pourrait aller de Messara à Candie par les valions <|tt> serpentent au pied du mont Ida.

Les coupures qui ouvrent les communications d'une cote à l'autre sont aussi faciles à traverser en venant du sud , qu'en venant du nord r elles aboutissant à part et d'autre aux points de débarquement les plus 'commodes , marquent les passages les moibs escarpes et conduisent dans tes plus grandes vallées avec Is cours des plus grandes eaux. La conquête de l'île pré* senterait donc peu de difficultés dans le terrain , ^ elle n'en présenterait guère davantage dans la popU' l:ation, divisée par ses croyances religieuses en deux partis presque égaux. Les Grecs de 3phal;ia, cantoo^ nés 4an« les vallées des monts Blancs, n'ont jainai^

pu être soumis par l^s Turks^^ çt iU poot rçst4^ aus^î indépendants dans l'île de Crète que les |iilAÏnot(es Mm la Morëe.

Mais quelque importance qu pn veuille doui^er à l'île dq Crète, ^11^ n'ea aura jama^ sous 1^ rappor); maritime autant qw la Morée. Les ports de la Mpree sont au nord ^et au vçnt de c^ux de Crète : of* cet avantage est inappi^éçiable dans uhq ç^ier, pîi les vent^ du nord sont 1^ plu^ cptistaiits. On peut éltablir des croisières eutre Crète et Cytjière, parçç que c'est entrç ces deux points , que la ligne e«t le plus resserrée ; mai^ on ne peut faire stationner long-temps une flotte que sur le littoral de la Moré^, parce que ce n'est que de ce littoral que l'ou peut ^e porter aisé^^nt sur les Cjcladei», qui fiorfneQt la ^ecpQdp ligne de l'Archipel •

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