‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 60 sur 84 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des Cyçlade^.

]>s îles de l'Ârx^hip^ se diyjisent en deuip grpupes , celui des Cyclad^ et celui des Spprades. I^s Cycladess formept im cercle autour dé Délp^. Les Spprades spnt disper^e^ ^à et ih^ sf^i^ plus particuliè^eip^nt sur la cote de r4Lsie-MineiM*e : ^e qu^i a faijt çompri^re les

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premières parmi les îles de l'Europe, et les autres

parmi celles de l'Asie.

L'île de Milo, l'ancienne Mélos, est la première qui se présente, quand on entre dans les Cyclades. Le port de cette île est spacieux et couvert par l'îlot d'Anti-Mélos : il est le refuge de tous les bâtiments qui , s'étant engagés dans l'Archipel , trouvent des vents trop frais pour leur permettre de débouquer, L'écueil escarpe d'Antî-Mélos est un point de reconnaissance qui dirige et divise la route des navigateurs. L'île de Milo a encore d'autres- avantages : elle lie la première ligne de l'Archipel à la seconde, et forme, comme Cythère, un point intermédiaire entre la Morée et l'île à Crète, et plus- particulièrement entre le golfe argolique et celui de la Sude. Les trois rades de Nauplie, de Milo et de la Sude sont les trois points obligea d'une seconde croisière, quand on eu a établi une première à la hauteur de Cythère, entre la Morée et l'île de Crète. Le port de Milo n'a qu'un inconvénient, c'est d'être fermé par les vents du nord. Quand ces vents soufflent , on ne peut en sortir et on lui préfère pour cette raison le port voisin de la petite île de Cimolis ou l'Argentière, qui est moins bon, mais don l'on peut sortir avec tous les vents.

Milo, l'Argentière et toutes les autres îles delArdiipel ne sont que des sommets de montagnes volcaniques , à moitié submergées. Les feux encore allumes dans les deux premières les rendent malsaines et en éloignent souvent les navigateurs, qui aiment mieux entrer dans les Cyclades par les canaux entre Siph"?^

> ou Siphànto, et Cythnos ou Thermie. Siphanto, Sériph« et Thermie , qui bordent ces canaux , n'ont que "^

DANS l'cMI»IBE OTHOMAW. 4?^

mauvaises rades ; et quand on cherche un abri dans ces parages, il faut s'ëlever jusqu'à Itle de Zéa, l'ancienne Géos.

L'île de Zéa n'est plus séparée du cap Sunium, la pointe la plus méridionale de l'Attique, que par un canal de six à sept lieues de large. On peut mouiller entre le cap Sunium et l'île d'Hélène ; mais on trouve de plus beaux mouillages dans les deux golfes qui bordent l'Attique : dans celui de l'ouest où l'on voit les ports de Poros et de Salamine, et dans le golfe de l'est où l'on voit les ports de Thoricos et de Prasies. Il faut éviter, en entrant dans le premier de ces golfes, l'île d'Égyne environnée de rochers cachés sous l'eau; mais on peut s'enfoncer dans le second jusqu'au promontoire Cynosure; et ce mouillage offre cet avantage, qu'on y est au vent de toutes les Cyclades. L'île d'Égine n'a aucun port et n'offre qu'une petite ville de 5 à 600 maisons, bâtie au pied du mont Panhellénien , sur lequel on avait élevé jadis à Jupiter un temple magnifique, dont on voit encore les débris. Le port Pirée sur la côte occidentale de l'Attique ne peut recevoir que des frégates ; mais le port Prasies sur sa côte orientale peut irecevoir les plus grands vaisseaux ; et lorsqu'on ne peut entrer dans ce port, d'un accès très* difficile, on peut toujours mouiller plus au sud, dans la rade de Maudria , l'ancien port de Thoricos , où l'on entre et d'où l'on sort avec tous les vents.

L'île de Zéa, située devant le cap Sunium à la pointe de l'Attique , et celle d'Andros , située devant le cap Capharée à la pointe de l'Ëubée, sont comme les deux premiers aniîeaux qui tiennent les deux cj^aînes des Cyclades suspendues à la Grèce. La chaîne occiden-

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taie se prolonge depuis Zéa par Thermie, Séripbeet Siphanto jusqu'à Santorin j rancienne Tbéra , et la chaîne orientale depuis Andros par Tinos, Myconi el Naxie, l'ancienne Naxos, jusqu'à Astypalie. Le port de Zéa est le seul asile ouvert aux vaisseaux repoussés du cap Capharée par la violence des vents du nord; mais oUvUe trouve aucun abri autour de Santorb qui n'est, comme tous les îlots environnant^, quuo volcan éteint , sorti , comme celui de Délos , du sein des flots. Entre les deux cbaînes et au milieu du cercle des Cyclades sont Syra , Délos, Paros et los. L*^ ^^ petites îles de Délos et d'Ios seraient depuis long^temp^ oubliées, si l'une n'avait été le berceau d'ApoUonci l'autre le tombeau d'Homère ; mais le port de Syra, l'ancienne Syros , est le refuge de tous les bâtjmeob qui ne peuvent pas débouquer par le canal de Tinos. comme le port de Zéa l'est de tous ceux qui ne peuvent pas débouquer par le canal d' Andros , et l'on ^^^^^ dans nie de Paix)s, et surtout dans les deux ports de Naussa et de Trio, des abris heureux, même pour 1<^ plus grands vaissejiux. Les Busses, lors de leuf pi^ mière expédition dans l'Archipel, chpisirent le portd^ Naussa, pour en &ire l'entrepôt de leur flotte- ^ port est le plus beau des Cyclades, Au^si vaste f{^ celui de Milo, il est plus sain ; et si le port de M»w occupe l'entrée des Cyclades , celui de Paros eu occupe le centre^ et peut mieux protéger les îles ioui » est entouré.

L'île de Paras se lie par celle de Naxie à k (i^^^ orientale des Cyclades , qui ^e prolongeant d'uP ^^^ par Amorgos jusqu'à Astypalie et même jusqu'à C^^' pathos, remonte de l'autre par Myeoni, Tinos et An*

dros jusqu'à l'île d'£ubée et par l'île d'Ëubée jusqu'au golfe de Yolo et même jusqu'à celui de Thessalonique ; mais ces golfes sont trop enfoncés dans les terres et trop difficiles à prendre par les vents du nord, les plus constants dans ces parages. Il faut, pour s'y ële» ver , des vents du sud qui sont très-rares , ou des bri* ses de terre qui ne soufflent; qu'en été. L'île de Skiros, située en avant de ces gol£es , et celles de Scopèlos et de Skiatos, situées à leur entrée, offrent d'assez bons mouillages; mais si on manque ces mouillages , on est exposé à courir et à descendre jusqu'au cap Ca* pharee , parce que toute la côte orientale de l'Ëubée est droite et inabordable.

Le golfe de Yolo et celui de Thessalontque sont bordés de havres commodes : toutefois ces havres sont hors des routes fréquentées et ne sont b<His qu'a faciliter des débarquemen^ts ; car ils offrent tant de ressources en grains, qu'on les regarde comme les greniers de la Grèce , et ils offirent de s& belles positions militaires , qu'une armée débarquée aut environs de Yolo ou de Thessalonique peut en cpelques marches occuper l'isthme de la Grèce et couper en deux la Turkie européenne; La position de Yolo et sUrtout celle de Thessalontque sont à la Grèce ce que la position de Nauplie est à la Morée.

L'Ëubée, qui se prolonge sur les flancs de la Grèce depuis la Thessalie jusqu'à l'Attique^ est unie aujourd'hui à la Béotie par un pont de pierre jeté sur i'Ëuripe, vers le point où l'iie se rapproche le plus du continent. La forteresse de Négrepont, qui commande ce point, est une des plus fortes positions de la Grèce ; mais elle n'a qu'une faible importance maritime, parce

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que tous les ports dont elle est environnée, même celui d'Aulis , sont de petits bassins creusés au seiD des terres ; d'où l'on ne peut sortir qu'avec des vents divers, et dans lesquels on ne peut s'engager, sans risquer d'éprouver le sort de la flotte d'AgamemDou. Le canal de l'Euripe n'a pas sous Négrepont plus de 100 pieds de large ; mais il s'évase ensuite et pr^ésente deux grands golfes , l'un au nord bordé par le littoral de la Phocide , l'autre au sud bordé par celui de l'Attique. Ces deux golfes , jadis défendus , le premier par la forteresse d'Oréos , le second par celle de Carystos, sont également sains et d'une bonne tenue; maison préfère au golfe du hord, très-étranglé vers son entm, , celui du sud, dont le gissement au vent des Cyclades est le plus favorable aux mouvements et aux opérations d'une flotte.

Le mont Œcha, qui traverse l'Eubée dans toute sa longueur, projette au sud le cap Capliarée, presque aussi fameux par ses naufrages que le cap Ténàre. On l'appelle aujourd'hui le cap Doro , et il offre le débarquement le plus direct aux vaisseaux qui veulent monter dans l'Hellespont ou s'élever dans le golfe de Thessalonique. Andros , Tinos , Myconi et toute 13 chaîne orientale des Cyclades ne paraissent être qui^^ prolongement du mont OEcha, qui semble lui-«»e^"^ descendre d'île en île jusqu'à celle de Carpathos et même jusqu'à celle de Rhodes, pour s'unir aux montagnes sous-marines venant de Crète et aller ensuite sur la côte d'Asie commencer le mont Taurus. Cette chaîne de montagnes sous-^marines , qui lie la Or^ à l'Asie , est aussi bien marquée et presque aussi sensible, que si elle surnageait sur les flots.

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La rade de Cairo dans Aadros est d'un accès difficile, et celle de San-Nicolo dans Tinos est ouverte presqu'à tous les vents. Il faut, quand on ne peut débouquer , aller chercher le port de Myconi , qui est d'une meilleure tenue , mais qui ne pouvant être défendu , parce qu'il est trop éloigné du rivage, n'ofîre à un petit armement aucune garantie contre un grand. En général , tous les ports de l'Archipel ont l'inconvénient d'être au premier occupant et d'obliger ceux qui les tiennent à une défense de côtes trop étendue et trop dispendieuse. Ils ne peuvent pour cette raison convenir qu'à des bâtiments en croisière ; et la flotte, maîtresse de la mer, l'est de tous ces ports. Quand on veut faire un établissement solide , il faut aller chercher un port du continent ; et voilà pourquoi les maîtres des côtes continentales de la Grèce l« seront toujours des îles. Les Russes , il est vrai , s'étaient établis à Paros , lors de leur première expédition ; mais en temps de guerre , tout est relatif aux circonstances. Après le désastre de Tchesmé, il ne parut plus dans l'Archipel de vaisseaux turks , et les Russes pouvaient s'établir partout où ils voulaient. Or le port de Paros, entouré d'îles commerçantes et d'une population grecque, leur convenait mieux que tout autre port du continent, où ils auraient pu craindre le voisinage des Turks.

Les îles de Naxie , d'Amorgos , d'Astypalie et de Carpathos, qui forment la queue de la ligne, offrent peu de ressources maritimes. On ne trouve que des rades désertes et peu sûres dans les trois dernières de ces îles, et la nature, qui a .prodigué tous ses dons à Naxie, lui a refusé un port. La ligne orientale des

Cydades n'a donc d'importance maritime , que parce qu'elle offre les débouquements ; et c'est ce qui donne au port de Myconi presque autant d'importance qu'à ceux de Paros et de M ilo. Le débouquement de Myconi est le plus aisé de tous, et il est plus fréquenté que celui du cap Doro, parce que des vents plus doux permettent aux navigateurs de s'élever par le caoal de Chio ou par celui de Lesbos sur la côte de FÂsie- Mineure, pour aller y chercher les brises de terre, qui dans l'été soufflent constamment pendant le joor et qui sont comme les vents alises de l'Archipel.

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