CHAPITRE III
Des Sporades et de la côte occidentale de rAsie-Mineiire.
L'iLt de Carpathos , le dernier anneau de la ligne orientale des Cydades, lie les trois premières lign^ de l'Archipel à l'île de Rhodes où commence la q«i«' trième ligne, ou la ligne des Sporades, qui se prolonge le long du littoral de l'Asie-Mineure par Cos, Sainos, <3iio et Lesbos jusqu'à l'île de Lemnos et à l'entrer 4àe l'Hellespont.
Rhodes, située à l'angle sud-ouest de l'Asie-Miuearei au débouquement de l'Archipel dans la mer de Chf
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pre et sar la routa de Consta&tinôplé à Alexandrie, fut long-temps le boulevard des chrétiens contre les Turks. Son port est aujourd'hui à demi-comblé, et ses fortifications autrefois si célèbres tombent en ruine : elle n'a donc plus^ comme place de guerre, une grande importance ; mais elle en aura toujours une très-grande par sa position militaire et maritime ; car elle présente la tête de pont la plus propre pour passer de l'Archipel dans l'Asie-Mineure , et elle ouvre et domine le golfe de Macri. Or ce golfe a la mêtne importance dans la mer de Chypre que la rade de Trinquemale dans la mer de llnde. L'escadre qui en est maîtresse est sûre d'arriver la première sur lès côtes de rÉgypte et de la Syrie ; et comme ces côtes n'ont point de port , la rade de Macri est presque le seul asile ouvert aux vaisseaux qui croisent dans ces pa«>
rages.
De Rhodes à l'Helljespont , toute la côte est parsemée de havres et présente un canal presque continu entré les îles et le continent. Après avoir doublé le promontoire de Guide, on entre dans le golfe Céramique, au-devant duquel est l'île de Cos, patrie d'Hippocrate , aussi renommée aujourd'hui pour la douceur de son climat que pour Ja beauté de ses jardins; et laissant à droite la péninsule qui porte les ruines d'Halicarnasse^ ou va mouiller près de celles de Myndus dans le golfe d'Yasus ou, en plein canal , devant la pe** tite île de Léros ou devant celle de Pathmos ; mais la côle de l'Asie-Mineure. devient dangereuse, à mesure que Ton approche du Méandre, qui charrie des sables fort avant dans la mer et qui a enseveli sous ses eaux les ruines de Milet. Le nkmt Lathmus , ce*-
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lèbre par les amours de Diane et d'ËndyiaioD^estuD point de reconnaissance sur toute cette côte, qui se termine à un promontoire du mont Mycale , dont l'Ile de Samos n'est* plus séparée que par un canal étroit, fermé jadis avec une chaîne de fer. On entre dans le golfe d'Éphèse par un autre canal plus large, ouvert entre Tîle de Samos' et celle dlcarie. Les deux passes de Samos sont des points très-favorables aux croisières , parce qu elles sont sur la route de tous les bâtiments qui montent d'Alexandrie à Constantinople ou qui descendent de Constantinople à Alexandrie.
Dès que l'on a traversé le golfe d'Éphèse, casé lève; erï tournant la péninsule de Clazomène, dansle canal qui est entre cette péninsule et l'île de Chio renommée par ses belles campagnes, tout couvertes d'oliviers, de lentisques, d'orangers, de myrtes et de jasmins. Le canal de Chio a dix lieues de long sur deui ou trois de large et ressemble à une mer fermée. Od voit à l'entrée la petite île de Vénético, au milieu sur la droite la rade de Tchesmé , devenue célèbre de nos jours par l'incendie de la flotte othômane, de Tautre côté sur la gauche le port artificiel de Chio , surmonte d'une ville en amphithéâtre qui ressemble à celle d« Gènes en miniature, et à la sortie du canaj les il^ Spalmadoures, entre lesquelles on mouille comme danî un bassin. I^e golfe de Smyrne , où l'on pénètre après avoir doublé le cap Kara-Bouroun, est parsemé des plus beaux havres ; et si l'on ne veut pas s'engager dans ce golfe sinueux, dont il est quelquefois difficile de sortir, on s'élève vers le nord dans un autre canal , entre la côte ferme et l'île de Lesbos. Chio et Lesbos sont deux îles aussi renommées par leur ferti*
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litéque par la douceur de leur climat, et elles offrent l'une et l'autre aux navigateurs toute sorte de rafraîchissements. Chio est sous le vent et Lesbos au vent du golfe de Smyrne. Lesbos commence un autre canal qui semble se confondre avec ce golfe et qui est aussi vaste et presque aussi sûr que celui de Chio. La beauté des deux canaux , leur découpure au sein des terres qui &it leur sûreté, les brises de terre et de mer qui y régnent tour à tour, font de Chio et de Lesbos les deux points maritimes les plus importants de la côte asiatique/après celui de Smyrne. Chio, il est vrai, n'a presque point de'havres intérieurs et n'a d'importance maritime que par sa position ; mais Lesbos a d'autres avantages. Le port Hièro, vulgairement nommé port Olwier^ situé à sa pointe méridionale et s'ouvrant sur le golfe smyrnéen, est le plus beau et le mieux fermé de tous ceux de l'Asie-Mineure, et l'on trouve autour de l'île plusieurs autres mouillages : à l'est, vis-à-vis la côte d'Asie, le double port de Mytilène, couronné par la ville et la forteresse de ce nom : à l'ouest le port Caloni aussi vaste que celui d'Hièro, et au nord, vers le bourg de Molivo, bâti sur les ruines de Métliymne, le port Sigri, ouvert aux navigateurs qui descendent de THellespont et auxquels les vents du sud refusent l'entrée du golfe d'Adramit.
Le golfe d'Adramit s'ouvre sur le canal de Lesbos et s'enfonce dans les terres jusqu'au pied du mont Ida. Il faut mouiller à l'entrée et non au milieu de ce golfe, où l'on pourrait recevoir du Gargare et des autres sommités de l'Ida des raffales qui font dérader les bâtiments. Le meilleur mouillage est celui d'Aîvali ou de Kidonia, au milieu des îles Mosko-Nisi, situées
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au vent de tous les passages. En général, il faut mouiller dans les deux passes de Chio et de Lesbos en ptehi canal ou sur le rivage des îles, et ne pas s'aventurer au milieu des golfes qui bordent la cote d'Asie, par» que les vents étant presque toujours au nord , on aurait de la peine à y appareiller j et que Ton pourrait y être surpris par un ennemi venant du nord. C'est ce qui, dans la première expédition des Russes, arriva à la flotte otbomane, qui, après avoir fait la faute de se laisser serrer entre la cote asiatique et l'escadre russe, s'engagea imprudemment dans la baie de Tchesmé, d'où il ne lui fut plus possible de sortir; au qu'elle aurait pu recevoir ou éviter le combat, si eût mouillé en plein canal au milieu des îles Spabadoures.
De Lesbos à l'entrée de l'Hellespont, la côte est partout saine et abordable. Après avoir doublé le cap Lectos , appelé maintenant cap Baba du bourg de ce nom, on découvre les. ruines d'AIexandria*Troas ; ^^ laissant à gaucbe J'ile de Ténédos et plus loin celle de Lemnos , qui à une certaine distance semble toucher au mont Athos et qui termine au nord la ligne des Sporades , on s'élève vers le cap Sigée dans THelle^ pont. Les deux îles d'Imbros et de Samothrace, situées au-devant du golfe de Saros, et celle de Tha^os, située au*devant de la forteresse de la Cavale, ne recèlent aucun port ; mais on peut mouiller tout le long de la côte , entre l'île de Thasos et la terre ferme ; et \f^ trois golfes de la Chalcidique, et suitout celui du mont Athos , offrent des mouillages aussi sûrs que commodes , parce qu'ils sont au vent de tout l'Archipel.
On voit par cette disposition des côtes et des \\^ qu'une flotte établie dans l'Archipel et maîtresse de
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ses ports 9 peut toujours y combattre avec avantage une flotte ennemie qui voudrait s'y introduire^ en occupant d'abord la ligne entre l'île de Cythère et celle de Crète, puis en se repliant $ur la ligne occidentale des Cyclades, ensuite sur la ligne orientale, et enfin en se retirant derrière la ligne des Sporades, où elle trouverait des abris sûrs dans tous les ports de la ten*e ferme et où elle conserverait toujours le vent sur ta flotte ennemie : ce qui lui donnerait de grands avantages sur cette flotte, puisqu'elle pourrait toujours se retirer devant elle derrière quatre lignes successives et toujours à son gré accepter ou refuser le combat.