‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 66 sur 84 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Des différentes manières d'attaquer Constantinople, et d'abord de la manière de f'attaquer par terre.

Que Ton se représente Constantinople, telle qu'on Ta décrite précédemment , sous la forme d'un triangle dont le serai occupe le sommet et dont la base se prolonge du coté de la campagne, depuis le château des Sept -Tours jusqu'au faubourg d'Eïoub et depuis la Propontide jusqu'au fond du port. Malgré la triple muraille qui l'environne sur ce dernier côté et la mer qui la borde sur les deux autres, elle ne pourrait pas être défendue dan» son enceinte , parce qu'elle est dominée sur le front de la campagne par la colline de Maltépé et surtout par celle de Topchilar, la clef de toutes les vallées qui rayonnent dans la ville; qu'elle l'est sur le front du port par les hauteurs de Péra, et qu'elle pourrait être incendiée sur celui de la Propontide par unie flotte embossée sous les murs même du serai. Condtantinople pourrait donc être maintenant brusquée tant par terre que par mer; mais on pourrait la défendre avec succès hors de son enceinte, si on savait profiter des avantages du terrain , parce que tous ses environs se prêtent à une bonne défensive.

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Examinons donc comment on pourrait aujourd'hui l'attaquer et comment on pourrait la défendre.

Il y a deux manières d'attaquer Constantinople, Tune par terre, l'autre par mer. La première ne peut convenir qu'aux nations riveraines du Danube, et en particulier aux Russes et aux Autrichiens, parce qu'eux seuls sont limitrophes de la Turkie; mais l'autre convient également aux Russes qui dominent sur la mer Noire, et à toutes les puissances maritimes qui ont des flottes sur la Méditerranée.

On ne peut attaquer Constantinople par terre qu'en y marchant à travers la Thrace, et on ne peut marcher sur Constantinople à travers la Thrace qu'en partant de la base du Danube : or les Russes et les Autrichiens sont les seuls qui puissent s'établir solidement sur cette base, parce que les uns étant maîtres du cours du Prouth et les autres des montagnes de la Transylvanie, lesTurks ne peuvent défendre leurs provinces transdanubiennes ni contre les uns ni contre les autres.

Quand les. Autrichiens font la guerre aux Turks, ils peuvent en établir le théâtre ou sur la ligne qui va de l'Adriatique à l'embouchure de la Save où sur la ligne qui va le long du Danube de rembouchure de la Save 'à celle de d'Aloût, parce qu'ils peuvent, sans trop s'affaiblir, occuper toute la Valachie et même, toutes les forteresses turkes qui bordent le Danube depuis Belgrade jusqu'à Nicopolis. Il est vrai qu'il leur convient mieux d'attaquer les.Turks 'sur la première de ces lignes et de garder la défensive sur l'autre, parce que, maîtres aujourd'hui de la Dalmatie, ils enveloppent sur deux cotés la Bosnie qui , étant décou-

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verte découvre à son tour la Servie, et qu'ils peuvent descendre du plateau de la Servie avec l'Axins au fond du golfe Therméen et séparer d'un seul coup la Grèce du reste de la Turkie; mais cette attaqua; n'atteint les Turks que sur les doigts, et s'ils veulent les frapper au cœur, ils doivent marcher directement sur Constantinople : or ils ne peuvent marcher directement sur Constantinople qu'en s'établissant sur le Danube depuis Belgrade jusqu'à Nicopolis. Là trois routes se présentent devant eux pour les conduire par Andrinople à Constantinople. La première part de Belgrade ou de Sémendrie, remonte la Morava et un de ses affluents jusqu'à Nissa; d'où elle s'élève sur le plateau de Sophia, pour aller passer la chaîne du Balkan au défilé Je Trajan et descendre avec l'Hèbre par Bagna, Tatar-Bazargik et Philippopolis à Andrinople. La seconde part de Yidin et se réunit à la première vers Nissa ou vers Sophia. La troisième part de Nicopolis; et remontant l'Osmus jusqu'à Lofcha, elle va passer le Balkan au-dessus de Culozéritza, pour descendre directement dans la vallée de l'Hèbre vers Philippopolis. Les marches par ces trois routes sont celles qui conviennent le mieux aux Autrichiens, parce qu'elles convergent toutes sur Andrinople, et qu'il n'y a de pénible dans ces marches que le passage du Balkan, qu'il faut traverjser sur deux ou trois colonnes, pour n'être pas retardé par la pénurie des subsistances; mais dès qu'on a franchi ou tourné les passes les plus difficiles, on ne peut plus être arrêté ni par la ville de Philippopolis ni même par celle d' Andrinople, parce que la première est presque sans défense, et que l'au* tre ne peut être regardée que comme le noyau d'un

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