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camp retrandié; et si les Turks y avaient rassemblé une armée, pour y livrer une bataille, Tissue de cette bataille ne saurait être douteuse , et déciderait piètre du sort de Constantinople. ..
Cette ville n'est plus qu'à 4^ lieues d'Andrinople. Ije pays entre les deux villes est ouvert, quoiquaeclaenté, et une armée turke ne pourrait y tenir devant une armée manœuvrière, qui saurait profiter de tous les accidents du terrain : il fiiudrait donc qu'elle se repliât jusque sous les murs Ae Constantinople, pour; chercher un abri. L'armée, qui la poursuivrait, devraît marcher d'Andrinople, comme du Danube, sur deoi ou trois colonnes. La première colonne descendnit avec l'Heure sur la mer Egée,, nettoierait tout le littoral qui borde lUellespont et occuperait ses deuxeœbouchures, l'une vers le cap Éiéoute pour ne laisser tien entrer dans le canal , l'autre vers Gaillipolis pour n'en laisser rien sortir : une autre colonne côtoierait le chaînon du Balkan qui borde la mer Noire et irait par Kirkilissia , Serai , Indjighis et Tchataltcha déboucher dans la plaine de Daoud-Pacha sous les mim de Constantinople , tandis que la troisième colonne, oo celle du centre, composée du principal corps d'année et de tous les bagages, remonterait l'Agriane sur sa rive droite et irait par Kâfsa, Eski-Baba, Tchatal* Bourgas et Karisteran déboucher par Tchourlou sut la Propontide vers Sélivrie.
Telle est la ligne d'opération la plus facile à suivre pour une armée autrichienne, qui voudrait marcher en plusieurs colonnes du Danube sur Constantinopk parce que toutes ses marches seraient convergentes et que les divers corps d'armée pourraient aisément
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se réunir à l'approehe. des Turks, pour-les combattre en masse et leur opposer partout des forces supérieures. C'est la marche qui convient le mieux aux Autrichiens en présence d'un ennemi, aussi mobile et aussi entreprenant que les Turks, dont les principales forces consistent en cavalerie. Cette ligne d'opération n'a d'autre inconvénient que celui de sa longueur, que l'on peut évaluer à i4o lieues, depuis Belgrade jusqu'à Andrinople, et à 1 85, depuis Belgrade jusqu'à Constantinople.
Celle des Russes établis sur le Bas-Danube depuis Sistove jusqu'à son embouchure, ou, pour mieux dire, depuis Sistove jusqu'au coude que fait le fleuve vers Rassova et depuis Rassova jusqu'à la mer, eti suivant le mur de Trajan, serait d'un tiers moins longue; mais il faudrait que les Russes occupassent toutes les forteresses qui bordent le Danube et surtout celles de Roustchouk et de Silistrie, les deux plus importantes. Il n'y a pas de Roustchouk et de Silistrie plus de io5 lieues jusqu'à Constant inopte , et il n'y en a guère que 60 jusqu'à Andrinople. Cet échiquier est donc encore plus favorable aux Russes, que l'autre ne Test aux Autrichiens, parce que les lignes d'opération y sont plus courtes. Mais il faut avouer aussi que les Russes ont dès le début de la guerre un grand désavantage sur les Autrichiens : ceux*ci sont à cheval sur le Danube, tandis qt^e les. Russes ont le fleuve à traverser. Or le passage d'un grand fleuve, comme le Danube, est une opération très -difficile en présence d'une armée ennemie. Un tel passage est toujours en lui-même plus ou moins périlleux; et dès qu'il est opéré, on est presque toujours exposé à donner ou à
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recevoir une bataille dans une position désavaatageuse, avec un fleuve à dos, et souvent sans cavalerie et même sans artillerie, parce qu'il n'est pas aussi aisé de faire passer de l'artillerie ou de la cavalerie que de l'infanterie. Si donc le théâtre de la guerre est plus avantageux aux Russes sôus un rapport, il leur est aussi plus désavantageux sous un autre.
IjC théâtre de la guerre des Russes avec les Turb sur le Danube figure un triangle, dont Coustantiapple occupe le sommet. L'un des côtés du triangle coupe le Ralkan vers son centre, l'autre longe la mer Noire, et le troisième, qui en forme la base, s'appuie au Danube. Trois routes conduisent de cette base à Cow^ tantinople.
I^ première part de Sistove et \remonte l'Yalros jusqu'à Ternova, où elle se divise en deux branches; l'une traverse le Balkan au-dessus de Kabrova, au col de Chipka, et descend avec un affluent de la Tonzaà Keïchanlik; d'où elle conduit par Eski-Zagra, Tcliali Keuï, Arabadji-Reuî et Moustapha-Keupri à Andn nople. L'autre branche traverse le Balkan plus à l'est, an col de Demir-Kapou , et descend avec un autre affluent de la Tonza à Sélimnia, et de Sélimnia à Yamboli: d'où, en côtoyant la Tonza, elle va par Yénidjé-Rizil- Agadch à Andrinople. Cette route n'est guère que de 60 lieues jusqu'à Andrinople, et il n'y en a que ^5 d'Ahdrinople à Constantinople.
La seconde route part de Roustchouk ou de Silistrie. Ija route de Roustchouk remonte un des affluent? du Lom jusqu'à Razgrâd, et va de Razgrâd à Chouinla. en se dirigeant au sud-est : la route de Silistrie y va en remontant la Drista, et en se dirigeant directement au
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sud. Choumla est au nœud de toutes les routes qui viennent du Bas-Danube et qui traversent le Balkan vers la tête de la vallée de Pravadi ou de Varna ; mais on peut tourner Choumla vers l'ouest, par Eski-Djuma, ou, vers l'est, par Marach, et aller traverser le Balkan vers le col de Kazan ' ou vers celui de Dobral. La route directe passe sous les murs de Choumla et va par Eski-Stambol et Tchali-Kavak traverser le Balkan vers l'un ou l'autre de ces cols, pour descendre dans la vallée du Dermendéré vers Karnabad; d'où elle conduit par Erenli, Katoun-IU et Papasli à Andrif nople. Cette route n'est guère plus longue que la première, et le passage du Balkan y est moins difficile ,^ parce que la chaîne des montagnes s'abaisse en s'approçhant dé la mer Noire.
La troisième route part du nmr de Trajan, ou pour mieux dire, de la petite ville de Karasou, le nœud de toutes les routes qui viennent du Bas-Danube de* puis Ismaïl jusqu'à Hirsova, et va par Kara-Agadch à Bazargik, où se séparent les deux routes de Varna, et de Choumla. La première se dirige directement au sud et conduit par Varna et Bourgas à Constantinople, en côtoyant la mer Noire; mais cette route n'est qu'un sentier âpre et difficile, qui ne serait pas accessible à une armée^ La route ordinaire entre dans les montagnes à Kouslidji; et laissant à gauche la route directe de Varna et à droite celle d'Yéni-Bazar et de
I . Le col de Razan est entre eelui de Demir-Rapou et celui de Dobral. On va traverser le premier, quand on prend la route d'Eski-Djuma , et le second , quand on prend celle de Choumla.
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Choumla, elle va par Pravadi et Keupri*Keui passer le Balkan au col de Nadir *Derven, pour descendre dans la vallëe du Dermendéré vers Aîdos; d'où elle conduit par Benli et Touz-Casri à Omour-Fakih, situé à Tembranchement des deux routes qui mènent, Fane par Ak-Pounhar à Andrinopley et TaUtre par Rirkilissia directement à' Gonstantinopte. Cette route de Bazargik par Pravadi et Aïdos à Andrinople est plus courte de quelques lieues que les deux autres, et elle offre cet avantage , que le passage du Balkan y estplos aise , parce que les montagnes y sont moins élevées et que l'on peut s'y faire convoyer par une flotte, le chemin ne s'écarlant presque jamais de plus d'une marck du littoral de la mer Noire.
Telles sont tes trois routes principales, qui conduisent du BasrDanube à Andrinople et qui préseoteot les trois lignes d'opération les plus aisées à une année russe, établie sur ce fleuve. Ces trois routes noSteVit guère de difficultés qu'au passage du Balkan; et une
armée divisée en trois colonnes pourrait les parcounr en douze ou quinze marches, en supposant quelle ne trouvât pas d'autre obstacle que celui du terrain. I^ colonne de droite prendrait la route de Ternova, celle du centre la route de Choumla; et si les Turks, selon leur usage, avaient établi un camp retranche sur te hauteurs, qui couronnent cette place, la colonne d« centre pourrait tourner Choumla à l'ouest par Eski- Djuma et aller passer le Balkan vers le col de Kazafl ou vers celui de Dobral pour descendre sur le plateau (Je Karnabad, tandis que celle de gauche, partie a« Bazargik , tournerait Choumla à l'est par Pravadi et irait passer le Balkan au col de Nadir -Derven po«'
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descendre sur le plateau d'Aidos, et couper ainsi aux Turks leurs commuDications avec Causfatntinople et mênie avec Andrinople. Cette colonne pourrait ensuite se reunir aux deux autres par la route de Fakih et même par celle de Kirkilissia , qui mène par la vallée du Salsédéré dans la plaine d'Andrinople. L'armée réunie dans cette plaine , comme Tarmée autrichienne que nous y avons amenée de plus loin encore, pourrait s'y réorganiser et s'y diviser de nouveau en trois colonnes pour marché sur Constantinople par les trois routes qui conduisent à cette capitale, et sur lesquelles aucun obstacle naturel ne l'arrêterait plus. Cette marche des Russes sur Constantinople, le long de la mer Noire, est celle que les' Turks ont le plus à redouter, parce que les Russes peuvent y être convoyés par une flotte, et que s'ils venaient à y être coupés de leur base sur le Danube, ils pourraient avec leur flotte se baser sur la mer Noire : une telle marche d'ailleurs serait trèsrapide, parce que la distance à parcourir en ligne droite n'est guère que de loo lieues, et il n'est pa^ douteux qu'on ne puisse parcourir cette distance en moins d'un mois', quand on a vu d'autres armées,
I . Le général Diébitch vient de la parcourir dans la dernière campagne en moins de temps encore que je ne l'avais imaginé, lorsque j'écrivais ceci ; mais on doit avouer que la marche rapide de ce général a été due principalement à l'occupation exclusive de la mer Noire par la flotte russe, depuis la destruction de la flotte turke à Navarin : ce que je n'avais pu prévoir moimême. Otez à l'armée russe les moyens de se recruter ou de s'approvisionner par la mer Noire; et quelque faible qu'eût -été la résistance des Turks dans le Balkan , jamais cette armée n'aurait pu le franchir aussi rapidement, ou du moins elle n'au-
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avec lesquelles l'armée russe s'est mesurée avec hon* neur, parcourir la même distance et même une plus grande en moins de temps. En 1806, une armée française partie des bords du Mein parcourut uue distance égale en ao jours et entra dans Berlin, après avoir gagné la bataille dléna. En 1809, une autre armée française alla dans le même espace de temps du I^icch jusque sous les murs de Vienne, après avoir livré six combats: enfin, en 181 a, une troisième armée, après s'être élevée des bords du Niémen sur ceux du Borysthène et s'être établie sur le plateau de Smolensk , à plus de 5oo lieues de la frontière d'où elle était partie, arriva en 2 5 jours de Smolensk à Moscou, après avoir livré une sanglante bataille sur les rives de la Moskowa, où elle fut arrêtée près de 8 jours. Il faut avouer cependant qu'une marche à travers le Balkan et dans des régions presqu incultes offrirait plus de
rait jamais pu le franchir, sans s'exposer à être exterminée par les Turks, comme elle a failli Têtre par le grand-visir près dléni- Bazar» dans. la vallée de Pravadi. La marche du général russe à travers le Balkan , sur une zone de terrain de 10 à la lieues de large au plus, depuis le Bas-Danube jusqu'à Kirkilissia, est une des marches les plus hardies des temps modernes, pour ne rien dire de plus , et elle a dû déconcerter toutes les prévisions diplomatiques. Mais il n'en est pas moins vrai que le gouvernement anglais, maître de la mer, aurait dû donner , dès le début de la campagne , l'ordre formel à sa flotte de l'Archipel de monter l'Hellespont et le Bosphore pour aller chercher la flotte russe et la combattre, si ce gouvernement ne voulait pas, comme on l'a dit , laisser aux Russes la gloire de dicter la paix aux Turks et d'affranchir la mer Noire, en l'ouvrant généreusement à toutes les nations par le traité d'Andrinople. Il faut avouer que la Russie s'est ainsi noblement vengée de l'Angleterre.
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difficultés qu'à travers les plaines cultivées de T Allemagne, et qu'elle ne pourrait guère être exécutée sans danger qu'au printemps. A cette époque de l'année, ie ciel est presque toujours pur et serein , l'air élastique et salubre, l'eau des rivières fraîche et limpide, les fourrages abondants, toute la tei:*re parée dé fleurs ; mais en été les rivières tarissent, la végétation disparaît, le sol est aride et brûlant , le soleil insupportable pendant le jour et la rosée des nuits froide et dangereuse. Le passage du Balkaii serait encore plus périlleux en hiver : les chemins, qui ne sont que des sentiers, sont alors amollis par les pluies, les torrents débordés, les ravins comblés par les neiges, la plupart des ponts, faits avec des tronçons d'arbres, affaissés ou rompus, tous les défilés encombrés par les eaux ou par les glaces. C'est dans cette saison de Tannée que le Balkan est véritablement le rempart de Gonstantinople; mais ce rempart n'est pas plus difficile à franchir au printemps que celui des Alpes ou des Pyrénées.
Oti doit reconnaître toutefois que si le théâtre de la guerre des Russes est plus circonscrit que celui des Autrichiens, et, sous ce i^apport, plus avantageux, il l'est moins sous un autre, parce qu'il oblige par sa configuration à deux lignes d'opération absolument distinctes et même divergentes; l'une sur Varna et Bourgas, l'autre sur Choumla et Andrinople, tandis que sur le théâtre de la guerre autrichien toutes les lignes d'opération, quoique plus longues, peuvent converger sur Sophia et même sur Andrinople. Une armée turke ne pourrait donc arrêter les Autrichiens dans leur marche qu'en agissant sur leurs flancs, tandis qu'elle pourrait arrêter les Russes dans la leur, en
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marchant à teur reacoiitre. par ia route intermédiaire de Kirkilissia à Aidos et s'interposer entr eux à ia descente du Balkan, pour rompre leurs communications et les combattre isolément. Mais quels que soient les avantages des Turks sur ces deux, lignes de manceuvres, ils ne peuvent empêcher ni les Russes ni les Autrichiens d'y opérer, pour venir attaquer Constantinople.