CHAPITRE VIII
De la manière d'attaquer Constantinople par mer.
Telle est la seule manière d'attaquer Constantinople par terre; mais on peut en tout temps l'attaquer par mer.
Il y a deux manières d'attaquer Constantinople par mer^ l'une par le Bosphore, l'autre par l'Hellespont. La première ne peut convenir qu'aux Russes, parce qu'ils sont les seuls des Européens qui aient une flotte sur la mer Noire; mais toutes les autres puissances maritimes de l'Europe, et surtout l'Angleterre et la France, peuvent attaquer Ck)nstantinople par l'Hellespont. Nous avons déjà indiqué cette attaque, qui consisterait à débarquer une armée au fond du golfe de Saros; et pendant que cette armée tournerait par^ la Chersonèse de Tbrace
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toutes les défenses de l'Hellespont et marcherait le long de la «-Propontîde sur Constantinople , la flotte entrant par un vent du sud dans le détroit et n'ayant plus à vaincre que les courants, suivrait tous les mouvements de Farmée et se présenterait, en même temps qu'elle^ devant Constantinople qui ne pourrait résister à l'attaque combinée d'une armée et d'une flotte, à nioins qu'elle n'y eût été préparée de longue main. Mais cette attaque imprévue ne pourrait avoir qu'un résultat incomplet et passager, à moins que l'armée débarquée ne (ut assBE forte pour occuper toute laThrace, ou du moins cette partie de la Thrace qui s'étend depuis l'Hèbre jusqu'à la mer Noire et qui enveloppe tout l'angle de terrain fermé jadis par le Macron *Ticbos ou long mur d'Anastase. Il faudrait même, pour garder laThrace, occuper la Macédoine et le reste delà Grèce:ce qui serait d'autant plus &cile à une puissance ma-* ritime^ qu'il lui suffirait d'occuper avec son armée les forteresses de l'intérieur , parce qu'elle pourrait contenir avec sa flotte toutes celles du littoral. Quoi qu'il en soit, cette expédition serait très-dispendieuse, et elle ne pourrait guère se faire avec succès que par un concert entre les grandes puissances maritimes de l'Europe; mais sa possibilité, que l'on ne peut contester, quand on a parcouru le pays, prouve du moins que les grandes puissances maritimes de l'Europe pour» raient conquérir la Turkie européenne et même en disposer, sans le concours des Russes ni des Autrichiens.
I^es puissances maritimes de l'Europe peuvent donc brusquer une attaque sur Constantinople par l'Hellespont et la Propontide ; mais une attaque par la mer
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Noire et le Bosphore ne peut être tentée que parles Russes^ parce que les Russes seuls ont une flotte sur cette mer. On ne peut attaquer Constantinople parla mer Noire que de trois manières , ou en forçant le Bosphore, ou en débarquant un corps de troupes sur les cotes voisines pour tourner les défenses du caDal, ou enfin en opérant une descente sur un des points plus éloignés qui soiit en-deçà du mont Hémus ou du Sangare, pour marcher de là rapidement sur Constantinople.
Rien ne serait plus aisé que de forcer le Bosphore. Les deux châteaux de l'entrée sont trop éloignés l'un de l'autre et croisent mal leurs feux, tandis que tous les autres, qui les croisent mieux, sont mal défiles, et n'ont guère que des feux rasants. Enfin , aucun de ces châteaux ne pourrait arrêter une escadre qui aurait pour elle les vents et les courants, et qui passerait sous leurs batteries avec la rapidité de l'éclair.
Mais s'il y avait quelque danger à braver les châteaux, on pourrait les tourner en débarquant un corps d'armée sur leè côtes voisines de la mer Noire. Ce corps ne pourrait pas être débarqué, il est vrai, sur la cote d'Europe qui est entre le château du Phare et le cBf Kilia , parce que cette côte n'offre que quelques anses étroites, dont on peut aisément défendre l'accès; ffl^'^ il pourrait l'être plus loin, sur la plage de Domousdéré, entre les caps Kilia et Kara-Bourôun. On trouve à une demi-lieue de cette plage, et à la tête des vallons qui s'ouvrent sur les revers du Bosphore, plusieurs positions aisées à retrancher; d'où l'on pourrait se porter en une seule marche sur Constantinople. U ! aurait sans doute de la témérité à une armée , sortant
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de ses vaisseaux, d'aller se présenter devant une ville populeuse, à laquelle le désespoir fournirait des armes; mais en essayant ce coup hardi, ne devrait-elle pas compter sur la terreur qui marcherait devant elle? et si elle échouait dans son entreprise , ne pourrait-elle pas attaquer successivement toutes les défenses du canal , qu'elle aurait tournées , et ne se présenter devant la ville, que lorsqu'elle serait maîtresse de tous les dehors ?
Il ne serait pas plus difficile de débarquer sur la côte voisine d'Asie que sur celle d'Europe. La haie de l'Ancre, qui n'est qu'à 3oo toises du château d'Asie, et celle de Riva, qui n'en est qu'à une lieue, offrent plusieurs points de déharquement, que des vaisseaux embossés près du rivage protégeraient de leur feu, sans être exposés eux-mêmes à celui d'aucune batterie; et l'on pourrait ensuite, en remontant les eaux descendues dans ces deux baies, aller occuper les hauteurs qui dominent de ce coté le Bosphore, et en tourner les défenses.
Mais si la difficulté de débarquer sur une côte privée de ports et celle surtout d'approvisionner une armée dans un pays presque inculte et voisin d'une grande ville, obligeaient d'opérer la descente à une plus grande distance de Constantinople, on pourrait s'emparer de l'une des baies qui sont en-deçà du mont Hémus ou du Sangare, telles que celles de Bourgas et d'Aïnada sur la côte d'Europe, ou celles de Calpé et d'Artane sur la côte d'Asie, se retrancher autour de ces baies comme autrefois Iesl>ix-Mille se retranchèrent autour de Calpé, et marcher de là régulièrement sur Constantinople. Ce plan d'attaque est le plus sage; mais il exige pour son
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éxecution un gros corps de troupes, tandis qu-avecun petit corps et une flotte on peut exécuter les deai autres. Quoi qu'il en soit, ils offrent tous les trois plusieurs chances de succès; et n'en ofFrissent-ils qu'une seule, les Turkssont trop intéressés à la faire échouer, pour qu'ils puissent négl-iger impunément aucun des moyens de défense que leur offre le terrain.
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