‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 69 sur 84 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De la défense de Constantinople du c6té de la mer, et en

particulier du côté du Bosphore.

Pour défendre Ck>nstantinople du côté de la mer, il faut défetidre TH^Ilespont et le Bosphore. Nous avons vu que pour défendre l'Hellespont il faudrait établir une ligne continue de feux de l'une à l'autre de ses embouchures, et que, pour empêcher de le tourner, il faudrait établir une forteresse au fond du golfe as Saros et fermer par une chaîne de redoutes l'isthme de la Chersonèse de Thrace. Il faudrait même, pour compléter la défense de Constantinople du côté de l'Hellespont, établir sur la Propontide une chaîne de batteries ^depuis le cap San-Stéphano jusqu'à la pointe du séraï, et élever à la pointe de Scutari et à celle de Galata d'autres batteries qui croisassent entre elles

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leurs feux, ppur défendre tout à-la-fois l'embouchure du port et celle du Bosphore du côté de la Propontide. Il serait donc facile de défendre Constantinople du côté de la Propontide et de l'Hellespont, si on avait le temps de préparer cette défense.

La défense de Constantinople du côté du Bosphore serait encore plus aisée. La' nature en a fait les premiers frais, en ne donnant au Bosphore sur certains points que 3 à 4oo toises de large, et en le bordant de hauteurs escarpées qui offrent les emplacements les plus favorables à l'artillerie; mais il faut avouer que l'art a bien mal secondé la nature. De petits forts do* minés de toutes parts et ouverts par leur gorge ^ des batteries basses en maçonnerie où les canonniers seraient écrasés par les éclats, des feux lents et mal dirigés, telles sont les défenses actuelles du Bosphore. Il faut les changer ou leur en substituer d'autres.

Lorsqu'une escadre voudra forcer un passage, elle le forcera, quelque bien fortifié qu'il soit, si elle ne trouve des obstacles que sur un point. La vélocité de sa marche produite par la force des vents et par celle des courants l'aura bientôt portée au-delà de ce point ; mais si elle trouve une continuité de feux, et qu'après avoir surmonté les premiers obstacles, il s'en présente de nouveaux, elle n'osera pas brtrsquer le passage, et elle sera écrasée, si elle l'entreprend. Il faudrait donc garnir de batteries les deux rives du Bosphore , et croiser leurs feux sui? les passes les plus* étroites^ On pourrait même rétrécir encore ces passes, en embossant devant elles des batteries flottantes qui , placées diagonalement à la direction du canal , 'résisteraient plus aisément à la violence des courants et formeraient une chaîne d'au-

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tant plus redoutable^ que, pour la percer, il faudrait en venir à l'abordage. Avec des feux ainsi disposés, il serait impossible qu'on pût jamais forcer le Bosphore; ; mais on pourrait le tourner, et pour empêcher de le tourner, il faudrait construire quatre petites forteresses : les deux premières autour des deux châteaux des Phares^ sur les hauteurs qui dominent l'entrée du canal, et les deux autres sur les hauteurs qui dominent les deux châteaux dits Kavacs, destinés à défendre une des passes les plus étroites. II y a sur la côte d'Asie, comme sur celle d'Europe, des emplacements tellement favorables, que ces places seraient inattaquables sur les trois quarts de leur pourtour .vce qui les rendrait susceptibles d'une meilleure défense sur le quatrième Le danger qu'il y aurait pour l'ennemi de laisser eu arrière des points aussr importants par la certitude de les avoir en flanc, ne lui permettrait pas de passer outre. 11 faudrait donc les assiéger en forme; et cette opération exigerait un temps et une division de forces qui ne pourraient que lui. être funeste.

Les quatre forteresses du Bosphore pourraient être si bien placées, qu'on ne pourrait en investir une, sans se mettre en prise aux revers des autres; et elles pourraient être si bien disposées, qu'elles ne protégeraient pas seulement les batteries basses de la cote, mais qu'elles les seconderaient puissamment : les deux premières, en croisant leurs feux sur l'entonnoir que forme le canal à son ouverture , et les deux autres en croisant les leurs sur le coude qu'il fait devant Bouyoukdéré. Elles n'auraient d'ailleurs rien à craindre ellesmêmes des feux des vaisseaux, et elles en seraient garanties par l'élévation de leurs batteries qui se troU'

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veraient presque de niveau avec ta sominitë des plu« hautes mâtures, ^

Telles sont les ptiucipales fortifications qu'il faudrait élever sur les deux rives |du Bospliore. Ces fortifications sont d'iine exécution «t d'une défense faciles^ et ce sont les seules qui conviennent aux Turks, parce que, ombrageux comme tous 1^ peuples barbares , ils se croient toujours en danger dans des batteries ouvertes, et ne combattent bien que. lorsqu'ils sont enfermés dans des murs. Le canal du Bosphore offre pour l'attaque un grand avantage sur celui de l'Hellespont : il est plus courte et quoiqu'il soit plus étroit, l'ennemi y a pour lui les courants, tandis que d^ns l'autre il les a contre lui. Une faute sur l'Hellespout serait aisée à réparer^ mais elle pourrait devenir funeste sur le Bos^ phore, parce- qu'un vaisseau, qui aurait franchi la baie de Bouyouk-déré, volerait sur les ailes du vent et se trouverait sous les murs du séraL avant même qu'on fût informé de son entrée dans le canal.

La défense des côtes voisines de la mer Noire est tellement liée à la défense du Bosphore, que l'une devient inutile , si l'on néglige l'autre. La côte entre le château d'Europe et le cap Kilia est bordée de rochers et n'est accessible que par quelques petits vallons, dont il est fecile de défendre 1 entrée; mais il n'est pas aussi facile de défendre les approclies de la côte qui s'étend depuis le cap Kilia jusqu'au cap Noir, e( qui étant moins escarpée peut être plus aisément acostée et sç prêter à un débarquement. 11 faudrait élever uii fort sur chacune des hauteurs qui dominent les deux caps, convertir, les deux petits forts situés siir ces caps en deux simples redoutes^ et border tout le littoral d'aur

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très redoutes ei*oisaiit leurs feux entre dies et avec les premières ; et daus la crainte qu*un ennemi audacieux, en s'einbossant près du rivage, ne vint à percer cette ligne de feux, il faudrait établir un camp retraocbé vers le village de Domous-déré, sur les hauteurs qo! forment la tête des vallons: d'oîi il serait aisé de se porter sur tous les points où l'ennemi voudrait débarquer.

Il ne serait pas nécessaire que le corps de troupes, destine à la défense du camp, Ait très -nombreux, parce que le voisinage de Constantinople offrirait la facilité de le recruter, et que l'étranglement des vallons, par où Tennemi pourrait pénétrer dans rintérieur,D( lui permettrait pas de se déployer; mais il faudrait que ce corps fût exercé d'avance sur le terrain , qu il efl connût bien les issues et les détours, qu'il se portai i*apidement sur les troupes ennemies et se mêlât avec elles à leur débarquement , qu'il les inquiétât sur leoR flancs et que, s'il ne pouvait les arrêter dans leur marche, il leur coupât leurs communications avec la nier: ce qui les isolerait et rendrait leur défiiite plus aiséf

La cote «d'Asie, depuis le château du Phare jusque la baie de Riva , doit être défendue de la même m^ nière. Il faut élever deux redoutes sur les deux cap^ qui terminent cette baie, et établir à la tête des eaux. qui s'y jettent, un autre camp retranché, pour se porter au*devant et sur les flancs de l'ennemi , au c^^ qu'il voulût pénétrer dans l'intérieur.

Il faut adopter le même système de défense pour « reste des côtes , en deçà du mont Hémus et du Sangare. De petites places bien disposées sur quelques points. des batteries retranchées sur les autres , des positioo<

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oentraleâ bien ohoisies pour sfi porter au : devant de re/inemi à son débarquement et pour l'arrêter dans sa marche, tels sont lés moyens qu'il faut employer sur l'une et l'autre cote. Elles se préteut toutes les deui^ à une bonne défe»sive: ise}le d'Asie offre surtout dfiui; ligries militaires, sur lesquelles on peut successiveménlr se replier, savpir la ligne du Callus qu'il est aisé de Im ayec quelques retranchements à celle du lao Ascaniuiiy et celle de l'isthme Astacéuienne qui, n'ayant que cinq à six lieues d^épàis^^eur et étant partout sillonnée par des ravins, peut être aisément défendue: Nieée et Nicomédie occupent les deux extrémités de ces lignes : il faudrait relever les fortifications de ces d^ux villes, pour qu'elles pussent sej^vir de places de dépôt et former chacune le noyau d'un camp retranché. La côte d'Europe n'est pas iiioins bien coupée pour la défensive. Toute cette côte, depuis le golfe de Bourgas jusqu'au Bosphore, s^r une zone de cinq h six lieues de large y offre up pays bâché, montueux et de diffi* cile accès ^ qu'on peut disputer à l'ennemi pied à pied et qui serait d'autant plus facile à défendre, que les eaux qui coulent, d'un oôié dans la Propontide par les deux étangs du grand .et du petit Pont, et de Pautre dans la mer Noire par le golfe de Derkon , converti maintenant en uti lac par l^s ensablements du rivage, forment comme deux ligmes dé retranchements naturels; mars il fittidnait surtout fortifier Je golfe détourgas, le point le plus favorable à un débarquement, et y établir un camp retranché.' (Ce point, quoique leplus éloigné de tous, est le plus important de la cote euro^* péenne^ parce qu'il offre le plus de ressources à l'enneiQ^i ; et si- Gon$tantinpple doit f)érir de la ipain des

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Busses, il est à craindre qu'elle ne périsse du coup qui lut sera porté sur ce golfe par une armée de débarquement.,

Les Turks peuvent donc défendre avec succès les approches de Constantinople; mais ils ne le peuvent qu'en profitant des avantages du terrain. Quelque nombreuses que soient leurs armées , elles de sont point manœuvrières, et ce n'est qu'à la faveur des positions qu'elles sont capables de lutter avec les armées russes. Les Turks ne sauraient guère être conquis par une puissance européenne, sans l'aveu de toutes les autres ^ parce qu'elles pourraient toutes d'un commun accord empêcher cette conquête ou du moins la retarder; mais une de ces puissances peut brusquer une attaque contre Constantinople et cette attaque réussir, avant même que les autres en soient informées. Les Russes surtout peuvent profiter des avantages de position qu'ils ont acquis dans la Tauride et surtout dans le port de Sévastopole; et au lieu d^ porter leurs armes sur le Danube et de se mettre j)ar là dans une sorte de dépendance de l'Autriche, mai' tresse de les arrêter dans leur marche, ils peuvent les porter directement sur le littoral de la Thrace et marcher du golfe de Bourgas sur Constantinople , comme d'une forteresse de leur empire. C'est donc contre les Busses que les Turks doivent principalement diriger leur défense, parce que, s'ils sont conquis par eux, rien ne les dédommagera de la perte de leur indépendance. Les nations de l'Europe ont autrefois porté avec une sorte d'orgueil le joug des Grecs et des Romains, parce que ce joug les a civilisées;^ mais les Turks ne peuvent pas porter^ sans s'avilir, le joug des Russes

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qui ne sauraient civili^r la Turkie, parce qu'ils n'ont encore reçu eux-mêmes la civilisation que par emr prunt.

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