CHAPITRE X
De la défense de Constantinople par terre, et d'a)>ord de celle
de ses dehors.
La meilleure manière de défendre Cotistantinople est donc d'en défendre les approches ; et quan4 même toute. la Thrace serait envahie et qu'une armée russe ou autrichienne serait campée sous les. murs d'Andrinopl^, les Turks pourraient encore défendre leur capitale, s'ils savaient profiter de tous les avantages du terrain. Constantinople est située, comme on l'a vu, au sommet d'un angle dont l'ouverture, jadis défendue par le long mur d'Anastase, pourrait l'être aujourd'hui par une ligne de retranchements naturels allant d'une mer à l'autre et suivaqt le tracé de ce mur, presque partout bordé de ravins. Il faudrait d'abord défendre cette ligne en se servant des restes des anciennes constructions, puis se replier sur le plateau qui verse ses eaux, d'un côté dans le lac de Derkon, 4sur le littoral de la mer Noire , et de l'autre dans les
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deuï étangs du grand et du petit Pobt^ sur le littoral de la Propontide, et se retirer enfin sur le plateau qui débouche dans la plaine de DaoQd- Pacha, devant Constantinople. Mais ces différentes lignes ont toutes cet inconvénient qu'elles ne pcUTent être défendues, à cause de leur étendue, que par une armée plus on inoins nombreuse, et qu'aussitôt qu'elles sont percées sur un point, elfes devienneht inutiles sur tous les autres. Elles pourraient même servir à un ennemi entreprenant, qui les aurait forcées ou tournées, de lignes' de' circonvallation pour bloquer Constantinople et la séparer du reste de laThrace; et dans aucun cas dies ne pourraient être d'aucune utilité pour la défense de cette capitale, dès que le Bosphore aurait été forcé ou tourné. Il faudrait donc alors adopter un autre système de défense et se borner à défendre les dehors de Constantinople sur un ràyotk plus ou moins étendu.
Que Ton suppose le Bosphore forcé ou tourné et toute la côte de la mer Noire envahie par une armée ennemie, convoyée par une fiotte. Comment alors défendre Constantinople *? Cette vîtie ne saurait être défendue dans son enceinte, parce qu'elle est dominée des hauteurs de Topchîlar et de celles de Péra, et qu« des vaisseaux embossés sons ses nnirs l'auraient bientôt réduite eh cendi'és. Il faut dmic^ ponr défendre Constantinople , défendre toutes les positions dont elk est environnée ; et comme tout le terrain qui est entré le port et les premiers châteaux du Bosphoi'C) soit
1. Voyez la carte des environs de Constantinople ^ pl^"' chc 5.
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en Europe soit en Asîq, appartient à ces positions, il faut défendre tout ce ten*ain sur un rayon de trois à quatre lieues.
On peut diviser cette ligne immense en trois autres. ÏJï première embrasse les dehors de Scutari et va de la baie de Chalcédoine au premier château d'Asie, la seconde va du premier château d'Europe au fond du port et embrasse les dehors de Péra, et la troisième borde le côte occidental de la ville et va du fond du port aux Sept-Tours. Le faubourg de Scutari est enveloppé d'une chaîne de hauteurs qui se couronnent au mont Boulgourlou et qui vont se rattacher par une ligne oblique à une hauteur voisine du premier cliâteau d'Asie ou d'Anadouli-Hissar, au-delà du vallon del'Arété. Quoique cette Iiauteur domine une des passes les plus étroites du canal, il ne faudrait pas l'occuper, parce c[u'elle, est elle^nême dominée, mais se porter à atoo toises en avant sur un plateau qui a l'avantage de découvrir jusqu'au coude de Tharapia et de croiser dans tout ce prolongement le feu des batteries établies sur la cote d'Europe. Il faudraitnélever un fort sur ce plateau, un autre sur le mont Boulgourlou; et si l'ennemi avait forcé ou tourné le Bosphore, il faudrait tenir la ligne flanquée par ces deux forts, la droite appuyée à la baie de Chalcédoiqe sur la Propontide , et la gauche au mont du Géant , sur le Bosphore. Toutes les positions sur le front de cette ligne sont très-fortes : elles sont appuyées de drmte et de gauche à des ravins escarpés, et on pourrait les défendre avec un corps de troupes fort inférieur à celui de l'ennemi, parce ^qu'ou l'obligerait à un développement très-étendu, tandis que Ton occuperait sot-même une ligue très-resserrée.
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Il ne fendrait également qu'un petit corps de Iroapes pour défendre la Kgne qui va du fond du port an premier château d'Europe ou de Roumili-Hissar. li terrain , en avant et en arrière de celte ligne, est montneux, haché et coupé par des ravins profonds, dont la tête s'appuie à une crête de hauteurs phis oumoÎM parallèle au Bospliore ef se prolongeant jusqu'aux montagnes qui séparent les eaux de hr mer Noire de celles de la Propontide. Cette crête, sur laquelle «l tracé le chemin de Bouyouk-déré et de Belgrade , forme une' longue terrasse, qui règne d'un côté sur le Bosphore, de l'autre sur le vallon du Barbycès, et qui ne s'abaisse que vers la caserne de Ijcvend-Tchiffit daffi hi petite plaine de Djen-déré, îa seule ou l'on pût déployer quelques bataillons et qui seniMe être un champ de bataille obligé. Les ravins qui sillonnent les à&a revers de cette terrasse sont presque tons parallèle entre eux, et l'on trouve toujours à la naissance* Fuu de ces ravins, sur l'une des deux pentes, un autre ravin correspondant au premier, sur l'a pente opposer ce qui présente une suite d'étranglements, qw^ '^^ pourrait défendre successivement. Ainsi, depuis le W du port jusqu'au vallon de Bouyouk-déré qui (ot^ une espèce de golfe dans les terres, on trouve une chaîne de positions très- fortes, la droite appuyée aui escarpements du Bosphore, la gauche au vallon ^^ Eaux-Douces : dans quelquies endroits cette position es^ très-rétrécie, et n'a pas cent toises de front. On seii' r.ouibien cette coupe de terrain se prête à la défensive Pciur mieux en apprécier les avantages, supposez ub instant que l'ennemi, après avoir effectué un débarcfUt^ ment sur la cote voisine de la mer Noire , a repoussa
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jusqu'en deçà de Belgrade les troupes posJ:ées à Domousdéré, et qu'ayant pris lui-même position à la tête du valloi> de Bouyouk*déré , il coupe la communication de Constantinople avec les châteaux de l'entrée du Bosphore, il suffit alors, pour l'arrêter, de se replier sur la partie de fa crête qui est entre le premier château d'Europe et le vallon des Eaux -Douces. Cette position est très^forte par elle-même et pourrait encore être fortifiée par Fart.
Le premier château d'Eui-ope ou de Roumili-Hissar n'est bon à rien, parce qu'il est mal placé; mais 19^la* teau qui le domine offre une belle position , enveloppée de deux cotés par un ruisseau et ne tenant à la longue terrasse qui règne sur le Bosphore que par une langue de terre très-étroite et très-facile à défendre. Ajoutez à cet avantage celui du site, dont l'inégalité pennet d'éta» blir des batteries étagées qui découvriraient jusqu'au coude de Tharapia et qui prolongeraient les vaisseaux de l'avant à l'arrière. Cfe point est très-important et peut servir tout à-la-fois à défendre le Bosphore et la droite de la ligne. Le site, qui est à la tête du raviu opposé et qui par ses coupures se prêterait également bien à recevoir une redoute, appuierait la gauche de ^ la ligne et défendrait en même temps le vallon du Barbycès. On pourrait hérisser ainsi de batteries tout le front de la ligne , et armer les batteries avec l'artillerie tirée du port. Ce front deviendrait alors inattaquable ^ et on serait réduit à le tourner par la gauche ou par le vallon du Barbycès : c'est donc vers la gauche de cette position qu'il faudrait s'étendre et occuper la tête des eaux pour gêner les mouvements d'un ennemi entreprenant. Il ne pourrait alors s'engager lui-même
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daos le vallon du Barbycès ni déBler par les hauteun au-delà du vallon, sans prêter le flanc ni sans risquer d'être coupé; et «il poussait eu avant, od pourrait renfermer dans le vallon des Eaux-Douoes , comme dans une souricière.
En profitant ainsi des positions avantageuses, situées entre le Bosphore et le Barbycès, on arrive jusquaui hauteurs qui sont au fond du port et qui formeot une espèce de promontoire au confluept du Barbycès et è Cydaris , et de ces hauteurs on s'élève progressivement ju$(f«i'à celles qui environnent le faubourg d'Eioub et qui sont couronnées par la colline de Topchilar: c'est là le point dominant et comme la clef de Constaoti* nople. Il faudrait établir un camp retranché sur le ph teau de cette colline, vers les c^semes de Ramis-Tchiflik, et continuer ainsi jusqu'à la Propontide la Hg^ l des retranchements. Cette ligne, en se prolongeant pat la colline de Maltopé jusqu'au château des Sept^Tours, envelopperait Constantinople sur tout le front de b camj)agne.
On pourrait même, avec un camp retranché à Baffiis- Tchiflik, défendre les dehors de Constantinople sur un rayon de plus de deux lieUes, et embrasser la va^'^ esplanade située devant la ville, parée que la colliD^ de Topchilar est le nœud de toutes les vallées qui s'ouvrent sur la mer, depuis le fond du port jusquàb pointe de San-Stéphano^ Ce serait là le meilleur moyen de défendre cette capitale qui ne peut guère être defendue dans son enceinte.
Constantinople, réduite à sou eficeinte, a la îotïo» d'un triangle, dont un côté est baigné par les eaux de la Propontiide, un autre par celles du port et k
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fi troit^ième est; dominé ^ur- le front de la canipagno .frar I Qh pli de terrain 6u par Uh rideau de hauteurs qui vont frababs43r, d'uii côté y^rs le faubourg d'Eïoub au fond du port, et de J'àuti^ Verà le château des Sept- Tours sut la Propontide.
Constautinople n'a point d'ouvrages de fortification extérieurs à son enceinte, à. moins qu'on ne veuille regarder fx>nime tels le faubourg muré de Galatâ, situé . au-delà du port au-dessoUs de. celui de Péra, et les ouvrages de campagne tracés à la hâte sur le plateau de Topchilar ou de Rainis-Tchiflik, Mais si ou voulait donner à ces ouvrages plus de développeniieQt et les lier, d'un coté par les haut^ur^s de Péra au ohàteau de Roumili-Uissar sur le Bosphore, de l'autre par la colline de M altépé au château d.es Sept*Tours Bur la Propontide, on pourrait regarder cette vaste enceinte comme un camp retranché, dont Constautinople serait le réduit; et si on voulait encore agrandir celte enceinte, €91 la prolongeant vers le nord jusqu'à la crête des montagnes qui séparent les eauK de la mer Noire de celles de la Propontjde; si ou voulait y t*enferm(sr vers l'est les deux bassins du Gydaris et du Barbycès jusqu'au château de Roumili-Kavac sur le Bosphore , Vers l'ouest toute la plaine de Daoud-Pacha jusqu'à la pointe de Saa-^Stéphano sut la Propontide > on pourrait défendi'e ieb dehors de Constautinople sur un rayon de quatre à cinq lieues contre une armée qi|i viendrait ps^ terre d'Andrinople ou contt^e toute autre qui aurait débarqué sur le littoral de la Propontide ou ^ur celui de la mer Noire, et l'on pourrait manœuvrer dans cette vaste enceitnte avec une armée formée des débris de toutes les autres , sans crainte d'y être affamé, parce que l'on
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conserverait toutes ses communications libres avec h cote d'Asie. Ce serait là le refuge le plus sâr pour des armées battues et surtout pour une armée qui, refoulée des plaines d'Andrinople jusque sous les vm de Gonstantinople , voudrait encore tenter la fortune , des armes , avant de passer en Asie.
Cette ligne défensive n'a d'autre înoonvënient que celui de son étendue ; mais elle offre cet avantage que l'on y rétrograderait sans danger, en occupant successivement les positions intermédiaires comprises danssa vaste enceinte, et en se retirant enfin sur le plateau de Ramis-Tchiflik ; d'où l'on pourrait pivoter par les hauteurs de Péra jusqu'au château de Roumili-Hissar snf le Bosphore, ou par celles de Maltépë jusqu'au châtea» des Sept-Tours sur la Propontide, pour se porter rapidement sur les points les plus menacés et arrêter l'ennemi sur toute la circonférence d'un arc dont on occuperait la corde.
11 serait très-difficile , il est vrai , de défendre u partie orientale de cette ligne, si Tennerai avait une fois pénétré dans le bassin du Barbycès ou dans celui du Cydaris; mais on pourrait en défendre avec énergie la partie occidentale , qui forme un^imurense glao^ devant Cbnstantinople , si on voulait y élever quelques fortifications passagères, auxquelles la nature du terrain se prêterait aisément. I^e pourtour de toute cette ligne est marqué par un rideau de hauteurs qui P^*^ du fond du port, au-dessus du village d'Eioub; ^| se dirige par les collines de Topchilaret de Maltep^ sur le château des Sept -Tours, en se rapprocte^^ graduellement de l'enceinte de Constantinople. A 3oo toises en avant de ce rideau , on en voit un second q^'
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enveloppe le premier. Le vallon, compris entre les deux rideaux, n'oiTre que quelques misérables villages, comme ceux de Litros et de Daoud - Pacha. Le terrain, coupé par des mares d'eau et par des tertres artificiels, est sillonné par des chaussées. partant des portes de la ville ou par des sentiers parallMes à soif enceinte, et des cimetières turks occupent presque tous les intervalles vides. Ce terrain est ainsi trèshaché, et rien ne serait plus aisé que de le disputer à Tennemi, si on voulait occuper les points culminants des deux^ rideaux avec quelques redoutes disposées en échiquier et se flanquant mutuellement. C'est le moyen le plus simple de couvrir ConstantinopU de ce coté , le plus vulnérable de tous. On pourrait ainsi défendre les dehors de cette capitale par trois lignes de retranchements : la première portée jusqu'à la crête des montagnes qui séparent les eaux de la mer Noire de celles de la Propont ide, et se prolongeant, d'uu côté, jusqu'à l'entrée du Bosphore, et de l'autre, jusqu'à la pointe de San-Stéfano sur la Propontide : la seconde appuyée au plateau de Ramis-Tchiflik et enveloppant d'un côté le port et le faubourg de Péra, et de l'autre la plaine de Daoud-Pacha et le château des Sept-Tours: la troisième enfin circonscrite autour de l'enceinte de Constaiitinople. Une armée, destinée à défendre ces trois lignes, pourrait alors se replier successivement de l'une à l'autre jusqu'à là dernière, en appuyaiit sa droite au plateau de Ramls^Tchiflik, sai gauche aux Sept-ToursV son centre à la colline de Maltépé, et se retirer enfin sous la ville même, pour la défendre au*tour de son enceinte.
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