‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 71 sur 84 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

De la déf0i)s<3 ie Copsta^tiiiople autour çi|e son enceinte.

Tblle est la meilleure manière de défendre les dehors de Constantioople ; mais si tous ces dehors étaient occupés par l'e&qemi , il ne resterait plus d'autre t&r source aux Turks que de défendre la ville sur le front de la campagne , le --seul accessible à une armée i^ terre.

II. est aussi difficile d'investir Constantinople <|u^ d'investir Cadix , parce qu'allé est située comme ùk sur use péninsule q|ii ne peut être embrassée que par iine ligue de eiroonvallation de neuf à 4i^ Yieues i^ tour, et que l'on peut. défendre les deu3^ côtés ideb péninsule ou le côté de la Propontide et celui dupo^^ avec des vaisseaux embossés sous ses murs. On n^ pourrait donc l'investir que sur le troisième coté ou sur le front de la cpm pagne : or, rien pe serait p^ &cile^ue de défendre ce front, en |e einsonscrivanta la colUne Aq Maltépé et en l^appu jànt vers 1^ nord t h colline dfi Topchilar et vers le sud au châte^au des Sept- Tours, parée qu'on pe pourrait alot^s l'attaquer, safis s'exposer à être pris en flanc de l'un ou de l'autre ie ces points.

DANS l'£MPIR£ ÔTHOMAK. 543

La ligne défensive, ainsi resserrée entre le fond du port et le château des Sept-Tours , n'çiurait guère que 3,200 toises d'étendue, et elle poui*rait être simplement composée d'ouvrages en terre ou de bastions détachés, se flanquant les uns les autres à la portée du mousquet et liés ensemble par des courtines en paiis* sadés, le tont enveloppé d'un fossé et de puits en avant, disposés en échiquier. Le terrain , dans tout le déve*loppement de la ligne, est nu et présente un glacis naturel , sur lequel an pourrait détruire l'ennemi, avant m^e qu'il fût parveiiu à la plremière rangée des puits. Il faudrait que les bastions pussent contenir chacun. 5 à 600 hommes et servir d'épauiement aux troupe du dehors, que l'on rangerait dierrière leurs gorges, pour les lancer à propos sur les têtes des colonnes, qui auraient percé à-travers les courtines. Cette ligne aurait l'avantage de ne pouvoir être tournée, puis-» qu'elle s'appuyerait des deu^ cotés a la mer, et elle serait susceptible d'être si bien arrangée dans la disposition de ses parties, que l'ennemi, réduit à l'impos^ sibilité de l'attaquer de vive force, serait contraint à l'assiéger en règle. Il ne faudrait guère que dix. «nille hommes pour la défendre , et il n'en faudrait J3as ds^n vantage pour défendre chacune des deux autres lignes qui enveloppent, Tune le faubourg de Péra , l'autpe celui de Scutari. On pourrait donc défaidre CcHistantinople et même ses feubourgs avec les trente mille limâmes qui forment ordinairement sa garnison et qui composent 1^ garde impériale du sultan; et dans une ville de ôoo mille habitants, où tous les Turks sont armigères, on pourrait lever aisément un corps mobile de dix mille

544 VOTAGF MILITAIRE

hoinmes, pour le porter sur les points les plus exposés.

On pourrait doue, même après la perte d'une ou de plusieurs batailles et malgré le succès d'un débarquement opéré sur Ijrs côtes voisines, défendre encore CoustantiQople autour de son enceinte et faire échouer sous ses murs les projets d'un ennemi qui croirait pouvoir l'emporter d'emblée. I^es positions autoar de cette ville sont si bien marquées par les accidents du terrain, elles sont si saillantes aux yeux, qu'il estiiBpossible que les Turks même n'en reconnaissent pas l'importance , malgré leur ignorance dans l'art de la guerre. On dira peut-être qu'il serait honteux de s'enfermer dans des" lignes avec une armée de trente mille hommes, renforcée par une population guerrière; ma il ne peut être honteux d'opposer les avantages du terrain à ceux de la discipline, et à la guerre le parti le plus sage est toujours le plus glorieux.

Ce plan de défende, ajoutera-t-on , est praticable sans doute avec une population que l'on. peut nourrir aisément et qui n'a point d'inquiétude; pour ses subsistances; mais comment faire vivre dans une ville ainsi resserrée et sur ua terrain inculte une population aussi nonibreuse, privée des convois de la mer Noire et delà Méditerranée , et qui ne reçoit de l'eau que par des aqueducs faciles à couper? Nous répondrons qu'on ne pourra jamais embrasser le pourtour d'une ligne de près de dix lieues de développeraient, comme on embrasse celui d'une forteresse isolée ; que l'on peut aisément approvisionner Constantinople pour six mois par la côte voisine de l'Asie, l'abreuver poui' trois avecles

DANS l'empibe othoman. 545

citernes qu'elle renferme dans ses murs, et que quand même on parviendrait à couper les aqueducs, on ne pourrait jamais détourner entièrement les eaux, qui par leur pente naturelle tombent au fond du port.

Gonstantinople pourrait donc être défendue pendant quelque temps autour de son enceinte, même devant une armée qui serait arrivée sous ses murs inopinément; mais pour qu'elle pût l'être avec succès, il faudrait lier son système de défense à celui de l'Hellespont et du Bosphore, et même à celui de toute la Turkie. Examinons donc , avant de finir, quel est le meilleur système d'attaque et de défense de la Turkie en général.

VIN DU LIVRE NEUViiMK.

Page 1