CHAPITRE III
Du gouvernement de la Turkie et de son armée , comparée ;à celles de la Russie et de rAutriobe.
Lé gouvernement de la Turkie est une monarchie absolue, mais non arbitraire, parce qu'il n'y a point de gouvernement arbitraire dans le monde. Celui de la Turkie est modéré par les lois du koran et par les
DANS LKMPIRE OTHOMAN, 563
usages de la nation. Tons les agents du priiice sont ses esclaves ; mais les autres individus trouvent dans ies coutumes nationales une garantie de leurs personnes et de leurs propriétés. Les raîcts seuls ou les peuples conquis sont à la discrétion* du peuple conquérant, et ils n'acquièrent les mêmes droite , qu'en embrassant la religion musulmane. Il n'y a de sdifFérence entre les Musulmans que celle qui existe entre l'homnae libre et l'esclave; et le pouvoir du maître sur l'esdave est modéré en Turkie, comme dans tous les autres pays, par les lois religieuses qui reconnaissent partout que tous les hommes , enfants du même Dieu ^ sont égaux de^ vaut lui et qu'ils ont tous la même odgine et la même destination.
Les villes en général ont une administration locale, composée de conseillers choisis par les habitants el présidée par un ou plusieurs magistrats nommés ayons ^ qui sont comme les j^^e^o? du peuple. iCe conseil municipal veille aux intérêts de la commune et les défend contre les agents du prince. Les villages, .qui ne dépendent pas du territoire des villes voisines^ ont aussi leur conseil communal , présidé par un officier munici pal qui porte le nom de soubachi ou tout auti"e nom désignant sa primauté. Ici , comme dans tous les gouvernements absolus, la lil3erté s'est réfugiée dans les communes; mais il y a en Turkie , .comme il y avait autrefois dans les autres contrées de l'Europe, beaucoup de villages et de hameaux qui ont été érigés ^en fiefs sous le nom de ziamets ou de timars et qui sont gouvernés par leurs seigneurs ^ d'après les usages de la féodalité. Ces iiefs ne diffèrent guère de ceux du reste de l'Europe que parce qu'ils sont viagers; niais il y
en a quelques-uns d'héréditaires, tels que les fiefs accordés aux premiers conquérants et dont les titulaires portent le nom de Déré-Beys ou seigneurs des vallées. Ces lieux sont ceux oîi les ralas jouissent de plus de sécurité, parce que leur seigneur est intéressé à leur conservation. Les districts et les provinces sont gouvernés par des agents du prince qui réunissent tous les pouvoirs, à Texception du pouvorr judiciaire, et qui. portent le nom de Bey et de Pc(cha à deux ou trois queues, suivant l'étendue et le degré de leur juridiction. Ces pachas commandent la force armée dans leurs pachaliks; mais cette force, rassemblée pour la guerre, est commandée par d'autres chefs, nommés seraskers, qui sont ordinairement des pachas, mais qui peuvent n'être que de simples généraux, auxquels on donne ordinairement le titre de chefs de Beys ou de Beylerbeys. Le nom de Bey ou àiAga est celui que porte le seigneur d'un fief, ainsi que tout chef de la force armée, quand il n'a pas Je titre de pacha.
L'armée turke était autrefois composée de 4o mille janissaires soldés, de 12 mille bostandgis, ou gardes à pied du sultan, de 18 mille spahis ou gardes à cheval, et de 10 mille topchis ou artilleurs, en tout de 80 mille hommes de troupes soldées et d'autant de milices féodales, principalement composées de zaims et de timariots; mais comme la plupart des Musulmans se faisaient inscrire dans les ortas ou régiments des janissaires pour jouir de leurs privilèges, et que l'on enrôlait en temps de guerre autant de janissaires inscrits qu'il s'en présentait, que les provinces tributaires fournissaient chacune un contingent et que les pachas entretenaient à leur service un corps plus ou
DANS l'empire OTHOMAW. ' 565
moins nombreux de delhis ou volontaires, J'armée turke pouvait être alors aisément renforcée. Il était rare toutefois que celte armée fût portée dans les guerres ordinaires h plus de 200 raille hommes; et c'était seulement dans les guerres de religion, où Ton déployait \e sandjak'Chérifj ou l'étendard sacré, que l'on pouvait lever une armée de 3 à 4oo mille hommes.
Depuis la destruction des janissaires, l'armée turke a été organisée à l'européenne, et elle doit être composée, d'après la nouvelle organisation, de 60 bataillons d'infanterie de ligne et de 8 bataillons d'infanterie légère de loûo hommes chacun, de 20 bataillons d'artillerie de 600 hommes, ou de 12 mille artilleurs^ de 6 mille mineurs ou sapeurs, de 20 mille cavaliers et de 6 mille hommes de la garde du sultan, moitié cavaliers , moitié fantassins : en tout de 1 1 2 mille hommes, que Ton pourra porter aisément à, 200 mille, eu y réunissant le corps des anciens spahis , qui est encore sur l'ancien pied, et les milices irrégulières recrutées dans les fiefs , ou fournies par les provinces tributaires. Mais le cadre des troupes régulières, ou des tacticiens proprement dits , n'est pas encore complet , et il ne le sera pas de long-temps. Il n'y a guère encore aujourd'hui de troupes exercées à l'européenne que 3o à 35 mille hommes au plus. Encore ces tacticiens ne sont-ils pas en état de paraître sur un champ de bataille ayec avantage : ils ont désappris l'ancienne tactique , et ils ne sont pas encore assez familiarisés avec la nouvelle.
La marine turke n'est plus composée que de 8 à 10 vaisseaux de ligne, d'autant de frégates , et d'un nombre proportionné de petits bâtiments, et Ton a formé, pour armer ces bâtiments, plusieurs cadres de mate-