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ioUf OU soldats de marine, qui né sont pomt encore remplis et qui le seront difficilenient, tant qu'on ne pourra pas y enrôler de Grecs; mats la marine turke est suppléée dans les guerre» maritimes par celle d'Alger et des autres états Barbarescfues.
Telle est la force présumée de l'armée turke, où Ton n'a point compris les garnisoni» des* villes frontières, ordinairement composées de Musulmans de ces villes, auxquels ou réunit quelques compagnies de topcbis ou canonni^rs. Mais cette armée, quoique composée d'hommes très -courageux^ est fort intérieure pour le nombre et encore plus pour la discipline à l'armée russe ou même à l'armée autrichienne; et quelle que soit l'activité du sultan régnant, l'armée turke ne 'pourraf de long-temps être aussi bW.n disciplinée que ces dernières, parce que le gouvernement turk est moins éclairé que les gouvernements russe et autrichien. Les gouvernements absolus, comme le sont les trois gouvernements de laTurkie, de la Russie el de rAutricbe, quoiqu'à des degrés di^érents% font en général peu de progrès dans les arts et surtout dans
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I . Il y a plifsieurs sortes de monaroliies absolues , les uses absolues dans leurs formes coastitutives et dans leurs admi> nistrations , les autres absolues v^dans les formes et tempérées dans les administrations, soit civiles, soit judiciaires, comme le sont là Prusse et TAutriche dans la plupart de leurs provinces, et même )a Russie dans ses provinces allemandes. Ce sont ces monarchies que les Allemands nomment autocraties. Ces sorles de monarchies passent aisément e4 souvent sans secousse d'une forme à une autre, d'un gouvernement absolu à un gouvernement tempéré, parce qu'elles y sont préparées; tandis que les monarchies purement absolues ne peuvent pas quelquefois se limiter, malgré la meilleure volonté du prince, comme on le vit autrefois à Rome sous Trajan.
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Tart (le gouverner, le premier de tous et comme le résultat de tous les autres, parce que l'art de gouvemer y est exercé par un petit nombre d'individus et en général par des courtisansi, qui l'exercent ordinairement à leur profit et sont plus occupés de leur fortune que de celle de l'état; mais quand ces gouvernements sont en rapport avec des gouvernements plus éclairés, ils penivent eu emprunter des institutions plus ou moins utiles.; et de là la supériorité des gouvernements de l'Autriche et de la Russie sur celui de la Turkie, qui est resté commue isolé dans un coin de TËurope , sans aueun rapport avec les autres, tandis que le gouvernenaetit autrichien par sa position au centre de l'Europe et le gouvernement russe par sa position sur la Baltique, ont toujours entretenu et entretiennent encore des relations continuelles avec les autres gouvernements européens.
L'armée turke a été sans doute améliorée par les dernières réformes; mais tant que le gouvernement turk ne se sera pas réformé lui-même ou n'aura pas réformé son administration , jamais cette armée ne pourra lutter contre celle de l'Autriche ni contre celle de la Russie, parce qu'elle sera moins bien disciplinée. L'instruction d'une armée peut être suppléée par celle de son général ; et les gouvernements absolus peuvent avoir de bons, généraux , et quand ils n'en ont pas^ en emprunter aux autres gouvernements* Mais la discipline d'une armée tient à la bonté de l'administration , puisqu'elle en fait elli^même partie; et les gouverne* ments de la Russie et de l'Autriche, quoique absolus comme celui de la Turkie , ont cependant une admi* nistration mieux réglée , et surtout plus modérées Le
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gouvernement turk aura donc une amiée moins bien disciplinée que les deux autres, tant qu'il n'aura pas lui-même réformé ou modéré son administration.
Le sultan régnant, qui a réformé Tarmée turke, n'est encore parvenu , malgré tous ses efforts, qu'à bien organiser sa propre garde, recrutée dans le reste de l'armée; mais une garde impériale ou royale, qui est l'attribut nécessaire d'un gouvernement despotique, puisque le prince n'y règne que par la force, a dans les autres états un grand inconvénient qui n'est compensé par aucun avantage équivalent, c'est d'énerver le corps de l'armée, en réunissant dans une seule fraction ce qu'il y a de meilleur dans toutes les autres. Une telle garde ne peut être utile d'ailleurs, qu'autant qu^elle se recrute hors dé l'armée et qu elle n'est composée que d'un cadre de chaque arme pour servir de type aux autres cadres.
La cavalerie des Tnrks, et surtout celle des spahis, est l'élite de leur armée, parce qu'elle est également bien montée et bien armée. Le sabre courbe, ou cimeterre, est après la lance la meilleure arme que l'on puisse donner au cavalier, parce qu il est par sa légèreté facile à manier, qu'il atteint de loin et qu'il coupe en sciant, au lieu que le sabre européen est trop lourd et ne coupe qu'en hachant; mais cette cavalerie n'est boiuie que dans les combats partiels, et, dans les batailles rangées, elle ne pourrait pas soutenir le choc de la cavalerie européenne, parce qu'elle ne sait ni manœuvrer en ligne ni se mouvoir de concert. L'infanterie turke ne se bat bien que derrière des retranchements ; et dès quelle a été une fois battue en rase campagne, elle ne sait plus se rallier. L'artillerie turke est encore
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moins bonne que I infanterie, parce qu'elle est mat outillée et composée de toutes sortes de calibres. Les Turks surchargent les canons pour en augmenter la portée, et ils les crèvent souvent ou manquent le but, parce qu'en augmentant la vitesse initiale, ils augmentent aussi la résistance du milieu qui fait plus ou moins dévier les boulets : ils emploient indistinctement toutes sortes de pièces et ils ne font encore presque aucun usage des obusiers qui suppléent aux pièces de campagne et qui peuvent quelquefois remplacer les mortiers.
Les Turks né savent encore ni marcher, ni camper. Ils marchent presque toujours sur une seule colonne; et quand la tête de la colonne est repoussée, le désordre se met dans toute, l'armée. Arrivent-ils au lieu du campement? la tente du général est placée au centre sur un tertre: puis, sans suivre aucun ordre, tout le monde se répand à l'entour. Quelques sentinelles, placées ça et là, s'asseyent sur leurs talons, fument et s'endorment: souvent on oublie de les relever, et on ne fait presque jamais de rondes. Rien n'est plus aisé que de surprendre un tel camp, et surtout de le forcer.^ Il suffît de l'attaquer sur les flancs ou sur les derrières, qui sont ses parties les plus faibles» Ce camp représente ordinairement un croissant renversé ou un demicercle convexe, dont l'artillerie occupe le front : il se trouve forcé, dès qu'il est tourné.
Les Turks n'ont presque pas de places fortes, dans le sens que nous attachons à ce mot; mais celles qu'ils ont, ils savent très-bien les défendre. Il y a deux manières de défendjc une place forte. L'une consiste à se défendre derrière les ouvrages de la place, pour
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suppléer par l'art au nombre : c'est la méthode ordiuaire des Européens. L'autre , qui n'exclut pas la première, consiste principalement à ne se servir des ouvrages de la place que^ pour s'y retirer hors le temps du <M>mbat et à en sortir à propos pour détruire Teii* nemi dans des combats partiels et dans des escarmouches: c'est la métliode préférée des TurLs, et ce n'est pas la plus mauvaise ^ Les Turks ne se défendent daos l'enceinte des places , que lorsqu'ils sont épuisés et qu'ils ne peuvent plus tenir la campagne. Alors, ils se bastinguent derrière leurs mauvais murs, dans les rues, dans le& maisons, partout où ils trouvent un abri, et se retirent enfin dans leurs mosquées, qu'ils convertissent en citadelles. Leur résistance n'est pas toujpurs heureuse, mais elle est toujours longue et opiniâtre, et elle est due autant à leur courage qu'à la manière dont ils sont armés. Chaque Turk est ponrvu d'une carabine, d'un sabre et d'une paire de pistolets; et quand le soldat européen monte à l'assaut avec son seul fusil à baïonnette, il ne peut pas lutter avec un ennemi, armé d'une manière aussi formidable. Aussi l'assaut d'une place turke est-il toujours très^meurtrier. Les Turks n'ont presque point d'ingénieurs; car ou ne peut appeler de ce nom quelques-uns de leurs officiers qui connaissent à peine le tracé de la fortifica-
^ I. C'est ropinion du maréchal Goimon Saint-Cyr, dans ses Mémoires sur les campagnes des armées du Rhin : ouvrage plein f. non , de vaines théories , mais d'une instruction solidei et un des plus beaux monuments que Ton ait élevés à la gloire des armées françaises. On peut dire de Tatiteur ce que Ton a dit de César : Eodern anlmo scrîpsit quo belUivit : Il s'est aussi bien servi de sa plnme que de son épée.
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tioii et quelques principes de trigonométrie rectiliçiie. I^ plupart de leurs forteresses ne sont que de simples enceintes, flanquées de tours ou simplement percées de meurtrières, et celles qui sont construites afvec des bastions sont presque toutes l'ouvrage d'ingénieurs étrangers. Ils ne «ont guère plus avancés dans la fortification 'de campagne : creuser un fossé et jeter les terres eu dehors, opposer à l'artillerie ennemie des parapets en terre de quelques pieds d'épaisseur, on se bastinguer derrière un mur ou dans un creux, est tout ce qu'ils savent faîre.
Enfin les Turks n'ont presque point de généraux dans la véritable acception de ce mot, c'est-à-dire, de chefs qui soient capables de former un plan de campagne; et quand même ils en auraient quelqu'un, le plan de ce chef ne pourrait pas être exécuté, parce qu'il ne serait pas compris par les autres ofïici^rs, incapables par leur ignorance d'agir dans le dessein d'une disposition gé^ nérale. La plupart d'entré eux ignorent jusqu'aux premiers éléments de la tactique et ils ne sauraient tes apprendre, parce qu'ils ne connaissent presqu'aucun des arts de l'Europe. Chez eux l'ignorance est égale depuis le premier officier jusqu^au dernier soldat : ils ne savent ni s'arrêter dans l'attaque ni se rallier dans la retraite, et ils n'ont pour tout art qu'une aveugle
témérité.
Cependant, quelque iftférietires que soient les armées turkes aux armées européennes, il faut reconnaître qu'elles font très-bien la petite guerre et qu'il n'y a pas de meilleures troupes que celles des turks dans les cornbats partiels. L'espèce des soldats est excellente. Le Turk en général a toutes les qualités qu'exige le métier
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de la guerre : il réunit la force à Tagilité, l'ardeur à la souplesse: il est intelligent, endurci à la fatigue et porté à la frugalité, jusqu'à se contenter d'un peu de riz ou de gruau : il dort au bivouac comme dans son lit-: il se défend individuellement avec énergie : il faut, pour le vaincre, le hacher : il ne fait ni ne reçoit de quartier; et s'il a la férocité du sauvage, il en a aussi l'intrépidité.
Les armées turkes ont naturellement de l'élan et on les enlève avec facilité. Il faut ordinairement plutôt contenir qu'exciter leur ardeur. Leur choc est irrésistible. Après la première décharge, les soldats turks mettent le fusil en bandoulière et se précipitent en masse sur l'ennemi , le sabre haut et les rangs pressés , tels qu'un troupeau de taureaux poursuivis par un animal féroce. Il faut, pour les vaincre, leur céder le terrain à mesure qu'ils avancent, ne sef\ point laisser approcher, s'ouvrir devant eux, Jes prendre en flanc et les fouetter d'un feu irrégulier, mais soutenu. Si vous leur coupez là retraite, ils deviennent furieux, se jettent sur vous comme des sangliers et viennent expirer jusque sur vos baïonnettes ; on en a vu même qui les soulevaient de^ leurs mains ensanglantées, pour sabrer les jambes des (ennemis.
La meilleure manière de les combattre est de se former devant eux en carré long ou en rectangle , les flancs courts pour donner moins de prise>, les angles obtus et flanqués d'artillerie, la cavalerie au centre. On peut faire plusieurs carrés, échelonnés les .uns avec les autres, la cavalerie dans les intervalles; mais il ne faut pas les trop multiplier, pour ne pas les affaiblir. On peut même attaquer les Turks' en carrés longs, en ployant
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un bataillon sur les deux flancs. Des carres d'un régiment de trois bataillons paraissent être la formation la plus naturelle. Le premier bataillon se forme sur six hommes de hauteur, le second coupé en deux couvre les deux flancs, et le troisième ferme le carré par derrière. Il en résulte un carré presqu'équilatéral , au milieu duquel on place les bagages. On peut au reste former les carrés plus ou moins grands et plus ou moins longs, parce que si un carré court offre moins de prise à l'ennemi , un carré long offre plus de feux sur son front. L'essentiel est d'employer toujours lé même mode de formation , afin que le soldat l'exécute machinalement, parce que les Turks chargent si vite, que la moindre hésitation pourrait compromettre le régiment.
Quand on marche contre eux, il faut marcher sur plusieurs colonnes parallèles, les équipages dans les intervalles, afin de pouvoir aisément se former en carrés, si l'on vient à être attaqué. On l'est souvent à l'improviste, quand on traverse un pays fourré; et la cavalerie turkc sort de tant d'endroits et arrive si vite, que l'on est surpris, si l'on n'est pas toujours prêt à la recevoir.
Cette cavalerie ne se bat guère mieux en ligne que l'infanterie, et il est rare qu'elle ose charger une ligne d'iufanterieeuropéenne; mais elle fait la petite guerre avec un instinct admirable. Quand elle ne peut percer en masse, elle se rompt par petits pelotons de 3o à 4o hommes, qui caracollent avec légèreté autour de l'armée ennemie et qui semblent plutôt vouloir la tâter que l'attaquer. Ainsi éparpillés et presque toujours en mouvement , les cavaliers turks évitent adroitement le
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feu de l'ennemi et dirigent passablemeut bien le leur, parce qu'ils tirent toujours sur de^ objets réunis : ils montent en général des chevaux très-fins et les manient avec tant d'adresse, <{u'ils les lancent ou les ai'retent à leur gré. Ces cavaliers font volte-&ce aus^ bien q<ue les ancieas Scythes, et ils se retirent , en combattant', avec plus de vitesse, qu'on ne peut avancer sur eux.. Figurer «vous un corps de cavalerie parthe, fuyant et poursuivant tour à tour les légions de Crassus/et vous aurez une idée de cette cavalerie, qui n'a point d'égale parmi la cavalerie légère de il'Europe.
On a vu cependant qMelqu^fois la cavalerie turke, et surtout celle des spahis, se hasarder à .charger en masse une ligne d'infanterie ennemie et se déployer devant elle, avec une sorte d'art, en é^ventail; nâaLs alors Jfien n'est plus facile que de la vaincre : il sufBt de s'ouvrir devant elle et de la recevoir au fond d'un entonnoir. La icavalerie turke n'est supérieure à celle de l'Europe que dans les combats partiels.
•Cependant^ .telle fesX l'aptitude des Turks pour la guerre, telle est la supériorité de leur cavalerie légère et la bravoure personnelle de leurs soldats, fantassins et cavaliers, que l'on doit reconnaître que, si l'armée turke savait mieux profiter de ses avantages, il <ne serait pas désormais aussi aisé de la vaincce que dans les dernières guerres. Il ne matnqu^ à cette armée que de l'instruction et de la discipline ; et c'est pour cette .raison seule qu'elle £^!est toujours montrée si i4[)férieure aux armées européennes dans les batailles rangées; mais quand une armée ne peut pas en combattre une autre avec la même tactique et les mêmes armes, elle doit employer une tactique et des armes
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cHfFérentes, et fiiire la petite guerre, lorsqu'elle ne peut faire la grande. Les Turks ne doivent donc jamais combattre de front les armées européennes, mais se contenter d'agir sur leurs flancs ou sur leurs derrières , pour leur couper les communications : ils doivent en un mot les combattre isolément et en détail , pour les priver de tous les avantages que leur donne sur eux la. discipline. Mais enfin, si les Turks ne veulent pas acquérir l'instmction qui leur manque, il faiïdra bien qu'ils succombent devant des années actssi nombreuses et plus instruites que les leurs. Le fanatisme dans certains pays, et l'amour de la patrie dans d'autres, peuvent bien quelquefois suppléer à l'art; mais le premier de ces sentiments s'est beaucoup affaibli chez les Turks, et l'autre n'y existe pas encore, parce que sous un gouvernement despotique il n'y a point dé patrie.