‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 8 sur 84 · I. Arze-roum, en arménien, citadelle des Romain · texte numérisé non relu

I. Arze-roum, en arménien, citadelle des Romain

de la Turkie avec la Perse, et on lui donne 60 à 80 mille habitants, parmi lesquels deux tiers sont Turks, et le reste chrétien. Les chrétiens font le commerce ou cultivent les champs, et les Turks forment une espèce de milice féodale, à laquelle on a donné, à titre de Ziamets et de Timars, la plupart des terres qui environnent la ville sur un rayon de trois à quatre lieues. Cette milice fait avec la garde du pacha la meilleure défense d'Erzeroum, incapable par ses fortifications de résister à une attaque régulière. Il faudrait la fortifier avec plus d'art , parce que le plateau , qu'elle occupe, est le point dominant de l'Arménie, et le plateau de l'Arménie le point dominant de toute la Turkie asiatique.

.La plaine d'Erzeroum est absolument nue ; mais elle est très -fertile en pâturages, et elle est couverte de hameaux et de villages, jetés en groupes au milieu de cette plaine, comme au milieu d'une vaste prairie. Les Kourdes y amènent en été leurs troupeaux, et elle p.ré$ente dans cette saison l'aspect le plus pittoresque. Les eaux de l'Euphrate, qui l'arrosent, se répandent de tous côtés en une infinité de ruisseaux : les unes coulent doucement, les autres se précipitent à gros bouillons, puis se divisent pour se réunir à quelques pas plus loin : ici elles s'élèvent en gerbes, là elles tombent en nappes , et elles semblent se jouer à travers un terrain ondulé , qu'elles parent d'un éternel gazon ; mais le paysage change au village d'Ilidja , l'ancienne Élégia, à trois lieues à l'ouest d'Erzeroum, et la verdure disparaît à six lieues plus loin vers le bourg de Djennès, l'ancienne Gymnias, située au pied de la chaîne, qui lie le mont Taurus aux monts Moschiqucs

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et qui sépare les eaux de l'Euphrate de celles de la mer Noire. Là le terrain se hérisse de rochers, et le^ fleuve entre vers le bourg de Vijan dans une gorge étroite, d'où il ne sort que vers la petite ville d'Erz- Inghiam, Tancienne Satala, pour descendre dans la plaine de Palou, où il reçoit f affluent qui vient du mont Ararat et que l'on nomme Mourad-Chai : c'est l'affluent le plus méridional du fleuve, et celui qui présente le plus grand volume d'eau.

Lç mont Taurus se divise à Erz-Inghiam en deux chaînes, dont l'une se dirige au nord et va se pyramider au mont Abos, tandis que l'autre, rompue vers ce point par l'Euphrate, se dirige directement à l'est et va se pyramider au mont Ararat. C'est cette branche du mont Taurus, qui sépare les deux affluents du fleuve: l'affluent méridional descend du mont Ararat à Diadin, de Diadin à Mêlez -Ghird et de Mélez*Ghird à Lysa; d'où il va à travers la plaine de Mouch se réunir dans celle de Palou à l'affluent septentrional, venu» du mont Abos.

L'Euphrate, en sortant de cette plaine, descend à travers une gorge profonde à Malatie, où il reçoit sur sa rive droite le Mêlas, nommé aujourd'hui Kara-Sou, qui vient du mont Argéé. Ce mont, au pied duquel on voit la ville de Kaïsarièh, l'ancienne Césarée, est le nœud des deux branches du Taurus, qui, après avoir* embrassé le plateau de l' Asie-Mineure, se réunissent à l'extrémité orientale du plateau pour se diviser de nouveau en deux autres branches, entre lesquelles coule le Mêlas, et dont l'une va encaisser l'Euphrate vers Erz-Inghiam, tandis que l'autre le traverse au^ dessous de Malatie, pour aller se pyramider, vers les

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sources du Tigre ^ au mont Niphates, et se rattacher à la chaîne Médique, d^un côté par le Seîban-dàgh, qui borde au nord le lac de Van, et de l'autre par les monts Hékiars qui le bordent à l'ouest et au sud.

Malatie , l'ancienne Mélitène , est une ville de cinq à six mille habitants ^ Turks ou chrétiens, encore toute couverte de ruines et située sur un petit affluent du Mêlas, à environ neuf lieues de son embouchure dans l'Euphrate. Le fleuve entre, au-dessous de Malatie, dans une gorge étroite qu'il franchit avec fracas, et d'où il sort en faisant vers l'ouest un grand coude, au fond duquel est Samozate , devenue de nos jours une misérable bourgade; mais repoussé vers ce point par les différentes branches du Taurus qui vont couvrir, comme d'un grand réseau, toute la Syrie, il se détourne à l'est pour se rapprocher du Tigre et embrasser le vaste pourtour de la Mésopotamie. La cataracte de l'Euphrate entre Malatie et Samozate indique la rup-^ ture de la chaîne taurique, comme le saut du Danube, entre Orsova et Vidin, indique celle de la chaîne mœsique.

Le fort de Roum-Raleh et la petite ville de Bir, situés à Torigine de ce détour, l'un sur la rive droite du fleuve, l'autre sur la rive gauche, sont de bonnes positions de passage. Roum-Kaleh est sur l'emplacement de Zeugma , où l'on passait l'Euphrate du temps de» Romains. On l'y passe maintenant, quand on vient de l'Asie «Mineure par Marach et Aïntab, et que l'on prend le chemin des montagnes; mais quand On vient d'Alexandrette ou d'Alep et que l'on suit le chemin de la plaine, on le passe sur un bac devant Bir, l'ancienne Birtha, située au-dessous de Roum-Kaleh sur

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l'autre rive de l'Ëuphrate. La petite ville de Bir est assise sur la pente d'une colline crétacée, et elle est fermée d'un mauvais mur, flanqué de quelques tours. Il y a au bord de l'eau un petit fort en ruines, qui paraît avoir été construit pour défendre le passage du fleuve, et qui le défendrait mal, puisqu'on peut l'effectuer au-dessus ou au«-dessou6 du fort.

L'Ëuphrate sort des montagnes à Bir, et commence à devenir navigable : il a même déjà un très^gros vo» lume d'eau, et peut être comparé au Rhône devant Lyon. Ses rives sont très-escarpées, et son lit paraît creusé dans des bancs de craie. Au-dessous de Bir, le terrain se dépouille d'arbres et de verdure, pour se couvrir de sel gemme et de sel marin, et le désert commence.

Le fleuve, en descendant de Bir, coule constamment vers le sud - est en bordant l'Arabie, baigne les ruines d'Hiérapolis et de Nicéphorium , celles de Tapsaque et de Circésium, et se dirige par Ana et Hit vers Ambar et Féloudjeh, situées à l'origine du mur médique; d'où en se courbant au sud, parallèlement au Tigré, il va baigner les ruines de Babylone et s'unir à ce fleuve vers la forteresse de Korna.

T^ ville d'Hiérapolis, oîi l'on passait autrefois l'Eu* phrate quand on venait d'Antioche, et <îelle de Tap^ saque, ou on le passait en venant de Palmyre, ont disparu; mais celles de Nicéphorium et de Circésium, où on le passe aujourd'hui, quand on vient d'Alep et de Damas par le désert, es^istent encore dans les deux pauvres bourgades connues, l'une sous le nom de Racca et l'autre sous celui de Rerkisièh, la première située vers le confluent du Belès , et la seconde vers celui du

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Khabôras. De toutes les autres villes, qui bordaient le fleuve depuis Circésium jusqu'au mur médique, on ne voit plus aujourd'hui que celles d'Ana et de Hit.

Ana, l'ancienne Anatho, était autrefois dans une île de TEuphrate : elle est maintenant sur sa rive droite, et elle ne consiste plus que dans une longue rue , dont les deux côtés sont bordés de maisons environnées de jardins : ce qui donne à cette ville ouverte de toutes parts l'aspect de la campagne.

Hit, l'ancienne iEïopolis, est au-dessous d'Ana, sur une éminence arrondie, que l'on pourrait aisément fortifier; mais cette ville est aujourd'hui entièrement ouverte , comme celle d'Ana. Ana et Hit ne sont que des stations agréables au milieu du désert. Il y a près de Hit des sources de pétrole, sorte de bitume, dont on enduit les maisons, pour les garantir de l'action de l'air et de l'eau. De Hit à x\mbar et à Féloudjeh, on ne compte plus que trois ou quatre journées de caravanes : ces deux bourgades sont à une petite distance l'une de l'autre, et elles sont situées toutes deux vers le coude, où l'Euphrate se rapproche le plus du Tigre et de Bagdad. L'ancienne Macépracta ne devait pas être éloignée de l'une d'elles; et c'est à Macépracta que commençait le mur médique, qui allait joindre le Tigre à Sitace et qui fermait la Babylonie. Ce mur avait à peu près 20 lieues de long, et il était bordé d'un canal, nommé Naàr-Malka, où l'on avait dérivé les eaux des deux fleuves; en sorte que l'on passait en bateau de l'un dans l'autre.

Il n'y a guère, vers ce point, de l'Euphrate au Tigre que dix à onze lieues, et la créte^ qui sépare leurs eaux, est si peu sensible, qu'il est difficile, au premier coup

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d'œil , de déterminer le point de partage. Voilà pourquoi on avait jadis coupé ce terrain par tant de canaux.

L'Euphrate n'est guère navigable jusqu'à Féloudjeli que pour des radeaux, à cause des bancs de sable qui embarrassent son cours ; mais il le devient ensuite pour tous les bateaux, et même on en préfère la navigation à celle du Tigre, dont le cours inférieur est plus tortueux : c'est la raison pour laquelle on vient ordinairement de Bagdad s'embarquer à Féloudjeh, quand on veut descendre jusqu'à Bassora. On vient également s'y embarquer de Bir et d'Ana, et il n'est pas rare de voir des Arabes de ces deux villes et même des familles entières, femmes et enfants, descendre l'Euphrate sur des outres enflées : ils se placent sur une de ces ou* très, mettent sur une autre leurs bagages, et s'abandonnent ainsi au courant du fleuve.

Hella est sur la rive occidentale de l'Euphrate, à quinze lieues au-dessous de Féloudjeh et à dix-huit au sud de Bagdad : elle ne renferme pas plus de dix à douze mille habitants, presque tous marchands ou bateliers; mais elle a, comme toutes les villes bâties au milieu du désert, une vaste enceinte, fermée d'un mur en terre, où viennent se réfugier en cas d'invasion tous les habitants des campagnes. Ses maisons sont presque toutes construites en briques cuites au feu, qui paraissent être des débris de constructions plus anciennes. Les monceaux de ces briques, que l'on trouve autour de la ville, les caractères babyloniens qui y sont empreints, la tradition orale des gens 'du pays, tout porte à croire que Hella a été bâtie des ruines de Babylone. Ces ruines sont dispersées des deux cotés

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de l'Euphrate sur un rayon de plus de deux lieues, et elles y forment des monticules que l'on prendrait de loin pour des accidents du terrain, mais qui de près paraissent être l'ouvrage de l'art. Parmi ces monticules, on en distingue deux, plus élevés que les autres, l'un sur la rive droite du fleuve, l'autre sur la rive gauche, et qui vraisemblablement ont servi tous les deux de base à d'anciens édifices.

Babylone formait un grand carré, dont chaque côté avait, suivant Hérodote, lao stades de long et dont le périmètre en avait 4^0. Diodore de Sicile ne lui donne, d'après Ctésias, que 36o stades de tour, et Strabon que 385, ou environ i6 lieues. Le fleuve, qui coulait au milieu de la ville et qui la divisait en deux quartiers, était emprisonné entre deux quais de briques , liés ensemble par un pont de pierre. Les deux quartiers de la ville étaient également remarquables par la régularité des rues et la beauté des maisons; mais l'un l'était plus particulièrement par le palais du roi, bâti sur des terrasses ombragées par les plus beaux arbres et ressemblant de loin à des jardins suspendus dans les airs, et l'autre par un temple pyramidal , consacré à Bèlus par Sémiramis : c'était une grande tour massive , sur laquelle s'élevaient sept tours plus petites, les unes au-dessus des autres. Un escalier taillé en spirale et pratiqué en dehors conduisait jusqu'à la plus élevée, où l'on trouvait une petite chapelle, ornée d'un lit magnifique, sur lequel le dieu venait quelquefois se reposer avec de simples mortelles, dignes par leur beauté de lui être présentées.

Tous les autres édifices publics savaient été construits sur des terrains élevé» ou sur des plate-formes, pour

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être garantis des inondations du fleuve: Il ne reste plus aujourd'hui de tous ces édifices que des ruines informes, et, à juger de l'étendue de la ville par celle de ses ruines, on peut croire qu'elle avait, d'après le rapport des anciens, au moins i6 lieues de tour; mais comme toutes les autres villes du désert, elle renfermait dans son enceinte une multitude dé bosquets, de vergers et de jardins, et elle avait plutôt l'air d'un parc que d'une ville. Hella est encore aujourd'hui, comme Bagdad, un des grands entrepôts du commerce de l'Inde. A neuf lieues au sud de Hella et au milieu du désert sont les ruines de Koufa , reconnaissables à de légères élévations qui ressemblent de loin aux vagues de la mer doucement agitée, et^ à l'ouest de ces ruines, sur d'autres élévations plus marquées, paraissent les deux villes célèbres de Mesched-Husséïn et de Mesched-Ali, qui ne sont guère que de vastes cimetières, où tous les dévots musulmans veulent, à l'exemple du gendre et du petit -fils de Mahomet, avoir leur tombeau. Mesched- Ali, la plus vénérée de ces deux villes, est formée seulejnent d'une longue rue, dont les maisons à moitié enterrées et à toits plats, s'élèvent à peine au-dessus du sol , et elle n'est remarquable que par la mosquée qui renferme le tombeau d'Ali et qui est surmontée d'un dôme recouvert en lames de cuivre, réfléchissant au loin les rayons ^\x soleil. Ce tombeau est l'objet d'un pèlerinage pieux pour tous les musulmans de la secte d'Ali, et en particulier pour les Persans. Mesched- Husséin, à l'ouest de Mesched-Ali, est environnée de bosquets de palmiers, dont l'aspect est très-agréable.

Les différentes villes, situées sur l'Euphrate audessous de Hella, telles que Hasca, Lemloum, Sali. 5

maouah, ne sont que des lieux fermés, sans aucune importance militaire, parce qu'on peut les tourner. L'Euphrate se divise à Hasca en plusieurs canaux, qui se réunissent vers Samaouah ; et après s'être éloigné du Tigre, comme pour se perdre dans le désert, il s'en rapproche de nouveau et va s'unir à lui sous un angle de 5o degrés.

Koma, située au confluent des deux fleuves, est une ville presque déserte, entourée d'un simple mur en terre, quoiqu'il eût été aisé de la bien fortifier, en élevant un front bastionné d'un fleuve à l'autre , et en isolant la ville de la campagne par un fossé inondé. De tous les lieux, qui bordent l'Ëuphrate depuis sa sortie des montagnes jusqu'à son confluent avec le Tigre, Féloudjeh et Korna sont les seuls qu'il faudrait fortifier régulièrement : tous les autres ne sont bons qu'à servir d'asile aux paysans des campagnes contre des hordes d'Arabes errants, et il suffit d'opposer à ces hordes une simple muraille.

Les deux fleuves réunis à Korna dans un canal commun, connu aujourd'hui sous le nom de fleuve Arabique et qui le fut chez les anciens, suivant quelques géographes, sous le nom de Pasitigre, coulent quelque temps ensemble sans se mêler, et l'on distingue, au premier coup d'œil, les eaux troubles du Tigre, qui contrastent avec la limpidité de celles de l'Ëuphrate. Le Pasitigre , en descendant de Koma dans le golfe Persique, traverse une plaine nue et rase, qui ne se couvre de quelques arbres et d'un peu de verdure, qu'aux approches de Bassora. Bassora, située sur la rive occident£^le du fleuve , à 1 5 lieues au-dessous de Korna, est la seule ville de ce désert, et elle n'a

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pas plus de 20 mille habitants, quoique son enceinte soit presque aussi étendue que celle de Bagdad : c'est un parallélogramme, bordé par le fleuve sur un de ses petits côtés, et défendu sur les trois autres par uu simple mur en briques, enveloppé d'un fossé. Bassora est aujourd'hui le principal entrepôt du commerce de l'Inde avec la Turkie.

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