HISTOIRE UE L'HOMME AU GRAND CHAPEAU
ïjt nombre il» fous rat infini.
— l.'ETCI.k»U«TK. —
D'aimmiu vmt devenu* loua par trop de Mgmso.
— MON TA te* B. —
...... Mata de cervelle, point .
— u fontaine. ■—
Tout le monde rat (ou . — on nVufrrmr que Ira pli» foiia.
Dès mon bas âge, dit-il, j'eus du gortl pour l’étude; aussi, je savais à peine lire couramment , que mon père, qui était professeur de philosophie dans un collège de province, me fit étudier la métaphysique, si bien, qu'à un âge où les autres enfants savent déjà jouer à la balle ou au cerceau, je ne savais rien, sinon discuter sur le mode
loi
H lu substance, c'est-à-dire sur le connu et l’inconnu, si tant est que l'un soit plus connu que l'autre .
Je vous dirai en passant que si l'élude avait singulièrement étendu mes connaissances, elle m'avait en revanche rendu très-impropre à tous les soins de la vie ordinaire, de façon que tout en étant un des garçons les plus instruits qu'on pût voir, j’étais en même temps un des plus maladroits et par con séquent un des plus malheureux, l'action la plus simple étant pour moi l'occasion de mille gaucheries et de mille déconvenues.
Pour vous prouver jusqu'à quel point je pouvais être à plaindre, du moment où c'était à mes mains et non à mon esprit que j'avais à demander le moindre service, il me suffira de vous dire que dans mon enfance il ne m'a pas été donné par ma mère — ' une seule tartine, — soit de lieurre, soit de confitures, sans qu'elle soit tombée sur la page du livre que je lisais, et toujours, remarq nez- le bien, du côté qui pouvait gâter en même temps et le livre et la tartine.
Non, pas une seule! dit-il avec un geste douloureux que je n'essaierai point de traduire
Plus lard, continua-t-il, ma gaucherie s'accrut encore, et la fortune se mil si ouvertement contre moi, que chacun de mes efforts, quel que fût son but, avait un résultat contraire à celui que je me proposais, et qu’il suffisait en un mol que je voulusse une chose pourqu'elle tournât à mal.
El lie ma Mètre, qui se trouvait er, lare àe la seenae . je la voyais tous les jours codre, broder et tricoter
IIISTOIRK DK L’HOMHR AU GIUND CHAPEAU.
Je ne vous en citerai qu’un exemple qui, m’a-l-on dit, est devenu fameux. Il méritait de le devenir
Il m’arriva un jour, je ne sais comment, d’élre amoureux, je crois du moins l'avoir été, et que c'est le seul nom qu'on puisse donner au sentiment qui s'était alors emparé de moi. I.a jeune personne que j'aimais se maria, et elle fit bien ; car je ne lui avais jamais dit un mot de ma passion, et, ne se fûlëlle pas mariée, je n’aurais jamais osé la lui déclarer.
Quand je pense qu’il y a des hommes assez hardis pour regarder une femme en face, pour l’aborder, pour lui serrer la main et pour lui dire, sans mourir de frayeur : « Voulezvous m'épouser? » je ne puis m'empécher d'admirer jusqu’où peut aller l'audace humaine.
La jeune personne que j'aimais était ma voisine, et de ma fenêtre, qui se trouvait en face de la sienne, je la voyais tous les jours coudre, broder et tricoter, quand il m'arrivait de quitter des yeux les livres dans la lecture desquels j’étais d’ordinaire absorbé. Je dois ajouter que j'avais grand soin de ne la regarder que quand elle avait les yeux baissés sur son ouvrage, tant j’aurais craint d’ètre aperçu par elle.
Mais je la regardais!... et, pour tout dire, j'v trouvais un charme secret. La preuve en est, c’est que le jour où elle se
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maria, comme elle quitta la maison pour suivre son mari, il me sembla si dur de ne plus voir personne à cette renôtre, que je ne pus lire une ligne de toute la journée, ni [>enser à autre chose, ni détacher mes yeux du carreau h travers lequel j’avais coutume de l’apercevoir.
Le lendemain , sentant bien que mon désespoir était à son comble, je songeai, — ainsi que mes livres m'avaient appris qu’il était permis et même glorieux de le faire dans ces sortes de circonstances, — je songeai à me délivrer volontairement de l’existence, qui n'était plus pour moi qu’un fardeau.
La vie n’est point un chemin sans issue, me dis-je, on peut donc en sortir
Je médisais bien encore quej'élaisun peu jeune pour mourir, et que c'était quitter bientôt la partie; mais je me répondais que si la mort est le complément de la vie, du moment où l’on meurt on a toujours asse* vécu ï en appelais d’ailleurs à la philosophie pour m’encourager à en finir. Et je m’écriais avec un sage : « On a vu des gens se trouver bien de mourir, et on n’en a point vu qui se soient plaints d’être morts. — »
Mourons donc !
Mais sachant combien les entreprises les plus ordinaires étaient pour moi choses difficiles, je résolus de m’entourer dans ce dernier acte de tant de soins et de tant de précautions, que rien de ce que la prudence d’un simple mortel pouvait prévoir ne pùt le troubler.
IIISTOIHK DK L'IIOMMK AU GH A KD CIMPKAl
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Je pris donc à la fois une corde, un pistolet et une bonne dose de poison, et je me rendis en outre sur le bord de l’eau, pour y chercher un lieu propre à exécuter mon dessein. Je m’arrêtai bientôt devant un arbre dont une des branches, s'avançant presqu'au milieudu fleuve qu’elle couvrait en partie de son vert feuillage, favorisait singulièrement mes projets; et ayant fixé la corde que j’avais apportée à celle brauche, je bus le poison dont je m’étais muni, je me passai autour du cou la cordequi se balançait au-dessus de l’eau, etquand je sentis qu’elle commençait à me serrer : a Amour! m'écriai-je, contemple ton ouvrage! » Puis, levant le bras, j’appuyai sur mon front le canon de mon pistolet, que j'avais eu le soin décharger de deux balles.
Je pressai alors la détente, et le coup partit !
O destins toujours ennemis ! je n’étais pas mort.
La charge du pistolet que je tenais d'une main inexpéri montée , passant à quelques ligues de ma télé, était allée coujrer, en sifllanl, la corde qui me tenait suspendu au-dessus de l’abîme, et je me sentis tomber.
Qu’importe? me dis-je, ou jieut se noyer dans une rivière, et d'ailleurs, à défaut du reste, ne puis-je compter sur le poison que mon sein renferme?
Je perdis alors loule connaissance, — et |Kinr le coup je me croyais mortel bien mort, quand je me retrouvai sur la rive où le courant m'avait rejeté Je m’aperçus en outre- que l’eau que j'avais avalée en grande quantité m'avait débarrassé du poison, — mu dernière ressource contre la vie!
Kn ce moment, le soleil était au milieu de sa carrière; ses rayons, tombant d’aplomb sur moi, m’enveloppèrent tout entier, et tirent rentrer dans mon cœur la chaleur qui avait lùilli l'abandonner. Je me dis alors que j'en avais fait assez pour l'amour, et, bien décidé à ne pas songer davantage à cette plus belle moitié du genre humain à laquelle Platon et un concile ont successivement refusé une âme, je revins tranquillement chez moi, — où je retrouvai, non sans plaisir, mes chers livres ouverts à la page même que je n'avais pu achever la veille. J’y lus ce qui suit :
Forints lit** fJH'il qui miser»* et** potes*
«Il a bien plus de courage celui qui sait être malheureux «
l.a philosophie a cela de bon qu'elle justifie tout, et qu elle a une petite phrase pour toutes les circonstances
HISTOIRK DK l.’HOMMK AD GRAND CHAPEAU.
Il y h des gens pour lesquels l'amour esl un ciel bleu, ou rose; — pour moi, comme vous voyez, ce Tut une tempête, ou, pour être plus vrai, une bourrasque.
A partir de ce jour je n’y pensai plus; je me livrai tout entier à l’élude des effets el des causes, et n'eus plus d’autre lait que celui de découvrir — la vérité
— Mais encore, lui dit Waller, qu’est-ce que la vérité, et que cherchiez- vous ?
— Mon cher monsieur, répondit l'homme au grand chaînait, la réponse il votre question n’est pas toute faite Ce que les philosophes cherchent, c’est un mot, le mol au moyen duquel s'expliquera le monde'; si donc ce mot n’est pas trouvé, el il ne l’est pas, je ne puis vous répondre, car ce mot seul |KMirrail vous satisfaire. Comme tant d’autres, je cherchais l’inconnu, — l’inconnu, el, si vous voulez, l'impossible
— L'impossible! dit Waller, c’est |>eul-être là en effet ce qu’il faudrait trouver; l’impossible esl précisément ce qui nous manque.
— C’est mon avis, reprit l’homme au grand chapeau; jusqu’à présent l’homme n’a fait qu'inventer, cela ne suffit pas. « Encore un effort, me disais-je, et il créera. » Si Promet hcc n’avait pas eu l'idée singulière de ne faire, du rayon de soleil qu’il déroba, qu’une femme de plus dans un monde où les femmes abondent, si cet imbécile d’Icare n'avait pas mis de
1 Dieu n’Cï-i qu'un uioi crw* |w>ui expliquer le monde. (I.*n )
lus
cire à ses ailes, si les Titans avaient lié plus solidement entre elles les montagnes qu’ils élevaient «mire le ciel, ce serait l'ait depuis longtemps! Il ne s'agissait donc peut-être que d’empécher la cire de fondre, que de trouver un ciment indestructible, ou un homme pour lequel l'immortelle vérité ertt de plus beaux yeux qu’une femme, cela enfin ou toute autre chose.
Tel était mon but, voilà ce que je tentais! — Voilà ce que j'aurais pu faire, ce que j’aurais fait, si...
Mais c’est à la suite de mon histoire à vous l'apprendre, |iermettcz-moi donc de continuer.
Après des travaux sans nombre et des peines de tout genre, j'étais tout près d’y arriver, et je tenais presque ce mot philotophal , énigme et clef du monde, à la recherche duquel ont pâli tant de générations de grands hommes, quand un traître ami que j’avais, un médecin auquel ses connaissances en pliré nologie avaient fait une grande réputation, voyant que nies efforts allaient être couronnés de succès, résolut de m'en ravir le fruit
tu jour donc, étant venu chez moi, il me demanda à visiter ma tète, sur laquelle il prétendait avoir découvert une bosse jusque-là inconnue (la laisse, sans doute, de l'idée nouvelle dont j'allais doter l'humanité), laquelle bosse devait lui fournir,
C'est ainsi jue. sons le voile de lamilie. le scélérat vut a bout <te s'empâter de ma cervelle, dont il lit son profit, car, i mesure tue ma lete diminuait de volume, la «une grossissait
élé lail. el je courus après le perfide, en cnant : • Au voleur! Cajuio, rends-moi ma cervelle1 » Mais, — en ce monde ceux qui sont volés sont souvenl plus embarrassés que les voleurs, — ce fui moi que l'on arrêla. « Vous êtes fou, * me dit-on
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disait-il, un argument sans réplique en faveur des doctrines médicales qu’il professait. Éloigné, comme je l’étais, de suspecter ses intentions, j’eus la faiblesse, quoique, au moment où il arriva, j’eusse pour ainsi dire sur les lèvres le mot que je cherchais et la tète en travail, comme Jupiter enfantant Minerve, j’eus l’imprudence de lui confier ma tète! ma tète dans laquelle germait ma pensée !
Vous dire ce qu’il en fil me serait impossible; tout ce que je sais, c’est que dès qu’il l’eut touchée, je sentis cette vérité qui déjà m’apparaissait si claire, si radieuse, — m’échapper tout à coup; j’étais volé, volé de ma découverte, volé de mon idée, volé de la lumière, — et je retombai incontinent dans les ténèbres.
À quoi m'avait-il servi d’atteindre jusqu'aux limites de la science?
C’est ainsi que sous le voile de l’amitié (« Nul n’est mort sans avoir reçu un outrage de son ami, » a dit Shakspere), c’est ainsi que le scélérat vint à l>out de s'emparer de ma cervelle, dont il fit son profit; carà mesure que ma léte diminuait de volume, la sienne grossissait.
Je m’aperçus bientôt, au vide qui se fit dans mon cerveau, du larcin qui m’avait été fait, et je courus après le perfide en criant : « Au voleur ! coquin, rends- moi ma cervelle! » Mais — en ce monde, ceux'qui sont volés sont souvent plus embarrassés que les voleurs. — Ce fut moi que l’on arrêta. « Vous ôtes fou, » me dit-on ; et pour me prouver que je l'étais en effet, on me mit dans une maison d'aliénés.
— Dans quel but, demanilai-je à un de mes compagnons de captivité* dont l'air grave cl sensé* m'avait dès l'abord tellement séduit, que je n'avais point hésité à reconnaître que sa présence dans ce lieu ne pouvait être que le résultat d’une odieuse machination, pareille peut-être à celle qui m’v avait jeté; dans quel but une grande nation peut-elle autoriser des actes aussi noirs que ceux dont nous sommes les victimes?
— Chut! me dit-il; et voyant que j'avais compris qu'il fallait parler avec précaution, il sortit de sa poche un petit volume fort proprement relié, cl l'ouvrant à peu près vers le milieu, il m’y lut cette phrase :
« Les Français enferment quelques fous dans une maison, « pour faire croire que ceux qui sont dehors ne le sont pas »
O monde pervers, pensai-je, je ne m'étais pas trompé, cet homme distingué jouit en eiïetde toute sa raison.
— Mais enfin, lui dis-je, comment vous trouvez-vous ici?
— Chut! lit-il encore; et me parlant alors à demi-voix :
Monsieur, me dit-il, croyez-vous à la transmission des âmes, à la métempsycose?
— Des gens fort sensés y ont cru, lui dis-je, et sans parler