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Ces braves geus, — parmi eux se trouvaient îles hommes d Etat, des hommes d’affaires, des hommes de lettres, des journalistes, des poètes, etc , car toutes les classes de la société y étaient représentées, — ces braves gens, qui tous avaient gardé l'espoir de sortir de cet horrible lieu, avaient sagement résolu de se former en comité politique et d établir entre eux des conférences pour ne pas perdre rhabilude des affaires cl des discussions publiques, et il s'agissait, dans le moment où j arrivai, de l'élection d’un président. Tout s'y passa régulièrement; aussi mon indignation fut-elle au comble, quand je vis qu’on avait traité de la sorte des hommes qui le méritaient si peu.
Ce fut bien pis quand je vis les trois candidats. Au lieu de se comporter comme ils l’eussent fait dans une assemblée de gens sensés, ils se contentèrent de causer entre eux, en attendant la décision de la majorité, sans aucune aigreur ni jalousie, avec beaucoup de calme, de sérieux et de dignité, ce qui est dire assez qu'ils avaient précisément les qualités qu’on regrette de ne point trouver dans les hommes raisonnables qui aspirent tous les jours à l'honneur de représenter mon pays.
Que vous dirai-je? j'ai rarement vu une réunion de personnages aussi distingués; — mais vous en parler plus longuement serait probablement pour vous d’un médiocre intérêt ; je me tairai donc, mon intention n’étant pas de vous ennuyer de propos délibéré.
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Lin jour, ayant trouvé, ce pauvre Montesquieu el moi, l’occasion de nous évader, nous la saisîmes; — malheureusement, à peine dehors, nous nous perdîmes dans la foule, el depuis je n'ai pas revu ee grand homme. Je le regrettai, car tout fou qu'il était, il avait du bon. — Il n’était fou d’ailleurs que sur un point.
Quant à moi, je me remis aussitôt à la poursuite de mon voleur, qui, m’avait-on dit, s’était enfui avec mon trésor, el je partis, bien décidé à le chercher dans le monde entier et à ne lui laisser ni paix ni trêve.
Jusqu’à présent j'ai perdu mes peines, et c’est en vain que j’ai parcouru dans tous les sens la petite boule qui nous porte; mais ayant remarqué à la (in que, partout, ceux qui ne bon gent pas sont aussi avancés que ceux qui remuent beaucoup, j’ai pris le parti de ne plus faire un pas et d'attendre mon homme sur celte grande route.
« S’il vient à y passer, il sera bien attrapé. »
Et là-dessus portant la main à son chapeau qui, dans la chaleur de la narration, s’était un peu dérangé, l’homme sans cervelle l'assujettit soigneusement sur sa tête : « Vous savez maintenant, nous dit-il, pourquoi j’ai omis de vous saluer,
VOYAGE Oli IL VOUS PLAIDA.
contra iremenl aux règles de la civilité , et |xiiirqiioi vous m’avez trouvé sur le bord de ce fossé. »
Puis, il cessa de parler.
— Parbleu, médit Walter à demi-voix, si ce n’est l'idée qu’il a qu'on lui a ôté sa cervelle, je dirais que ce fou est un sage; et se tournant alors de son côté : « Monsieur l'homme sans cervelle, lui dit-il, nous avons pris une part très-vive à vos malheurs et nous sommes sensibles surtout à ce que vous venez de nous dire de la perte de votre cervelle; nous pensons pourtant qu’il vous en reste encore assez pour que vous ne soyez jaloux de personne; notre avis est que vous avez grand tort de rester sur le bord de ce fossé pour attendre l’occasion de recouvrer ce qu’on vous a pris, et que vous feriez mieux de venir avec nous. S’il vous plaisait donc d’accepter notre compagnie, nous voyagerions ensemble. Je n’ai pas besoin de vous dire que si, chemin faisant, nous rencontrons votre voleur, eût-il le crâne plus dur que le diamant, nous le forcerons bien à vous rendre ce qui vous appartient. »
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«Grand merci de votre offre, nous répondit-il, mais vous iriez au diable, que je ne vous suivrais pas.
« J'ai assez, j’ai trop voyagé!
« Je l’avoue, quand je me mis en route pour la première fois, j’attendais, — sans oublier le recouvrement <le ma cervelle, — quelque autre chose encore d’un si grand dérangement! Qu’est-ce qui, en sortant de son village, n’a pas compté découvrir un nouveau monde? Et je me disais qu’après avoir cherché sans trop de succès, dans la solitude et dans le silence, le dernier mot de la raison humaine, je le rencontrerais peut-être dans les endroits fréquentés. Quelle erreur! force me fut de sortir des écoles, des gymnases et des instituts avec cette idée qu’un seul sage pouvait être sage peut-être, mais que beaucoup de sages réunis ne pouvaient manquer d’être fous. Les académies ne sont point autre chose que des lieux de réunion où des hommes de sens se cotisent pour arriver à ne rien dire en parlant beaucoup.
« Quand on a vu la terre d’un peu près, on se refuse à croire qu’il ail jamais pu s’y passer de grandes choses; ou bien l’ouest tenté de dire avec ses détracteurs, tant on est étonné de ne trouver partout que délabrements, qu’elle n’est aujourd’hui qu’un grain de poussière dégénéré
« Pour ne parler que des lieux célèbres dans la science,
VOYAGE OU IL VOUS PLAIRA. Il;
allez donc à Alexandrie, aulrefois le rendez-vous des savants el des philosophes : au lieu de ces groupes inquiets, turbulents et animés du désir de connaître des sophistes, — des cyniques, — des académiciens, — des stoïques, — des épicuriens, — des péripatéticiens, — «les sceptiques, — des gnostiques, — d«;s mystiques, — «les néo-platoniciens, — des mitliriaques, — des cabalistes et autres groupes qui se succédaient dans son musée, où tout savant avait le droit de se loger, vous ne trouverez que des chacals, des rats, des éperviers et des hiboux.
« Allez à Athènes, au lieu de Zénon enseignant sous le Portique, et de Platon sur le cap Sunium, vous rencontrerez des Bavarois, oui, des Bavarois, des Allemands comme vous. On vend de la saüerkraüt sur l’.Acropolis, et «les wurst de Munich sur les marches du Parthénon, — que l’ombre indignée de Socrate doit avoir abandonné!!
« En Macédoine, il n'y aurait plus de place pour Alexandre, ni pour son maître Aristote.
« Et quant à ces pays favorisés, où les poeles ont promené leurs divins mensonges, cherchez-y ce que le souille des Muses y a fait éclore, et voyons ce que vous en rapporterez. Je me trouvai un jour sur un roc si stérile, qu’il était inhabité nu peu s’en faut. J’y décousu
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vris ù grand’peine deux ou trois huttes et quelques sauvages.— J’étais à Cylhëre! Des autels sur lesquels fumait jadis l’encens de Sapho, d’Anacréon et autres adorateurs de la plus belle des déesses, il reste à peine une pierre, et l’écho lui-même a oublié jusqu’au nom de Vénus.
« Amathonlc est perdu, — ce qui est bien dommage.
« Il n’y a pas plus de jeux que de ris à l’apbos! et d’Amour, il n’y en a ni plus ni moins qu’ailleurs. Là comme partout on s’embrasse et l’on s’égratigne; après quoi ou va faire la révérence à un nouveau visage.
« J’ai cherché en vain dans les Iles Fortunées (les îles Canaries ) un souvenir d' Annule et du vaillant ltenaud, et de ces jardins magiques dont chaque arbre renfermait des nymphes belles comme le jour! j’y ai trouvé, dans un beau climat, la poésie absente; les arbres y sèchent au lieu d’y briller d’une flamme amoureuse, — et en place du chant des fées auxquelles le Tasse prêtait l’harmonie de ses vers, je ne sais comment le dire, pour tout chant, au milieu des airs, celui des serins.
« Moi aussi, je voulais tout voir, et tout nom fameux m’attirait.
« Abydos et Sestos, célèbres par les amours d’Iiéro et de Léundre ; Naxos, où Thésée abandonna Ariane,
Ariane aux rochers contant ses injustices. (Hacimk. j
Aiiâce aux rochers coulant ses injustes
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— Délos et le palmier sous lequel naquirent le soleil et la lune, Apollon et Diane! — Carthage, oh M. de Chateaubriand crut voir les flammes du bûcher de Didon ;
— Ithaque, patrie d’Ulysse, où une femme fut fidèle,
— et tant d’autres lieux enfin qui brillent comme des astres dans la nuit de l’histoire'.
« Hélas! qu’ai-je fait, et que m’en est- il revenu de dépouiller ces lieux révérés du prestige du lointain? On cherche des dieux et des sirènes, on trouve des ours blancs et de la glace! La réalité est amère, parce qu’elle remplace l’espérance, qui vaut toujours mieux qu’elle. Tout ce que l’homme veut voir et avoir, qu'il le cherche, qu’il le trouve en lui -même. Si l’infini est quelque part, c'est en nous, si chétifs que nous
soyons. Si la poésie ne dort poipt avec vous sous votre
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oreiller, c’est en vain que vous 'courez après elle.
* Cvthère, aujourd’hui Cekigo, l une des iJe* lontrnnrs , sous la protection ou plutôt août la domination de l'Angleterre, sou* la domination française pendant l’empire. — P»PHO» , dans Plie de Chypre; appartient aux Turcs Maintenant B.vrro, village où l'on a trouvé quelques débris du temple de Vénui. — Iles Fortcnêe» iCaMarie»}, archipel de vingt Iles dans l’Océan Atlantique, la plu* grande, Ténériffe.rjit célébra par son pic volcanique Appartiennent à l’Kapagne.
— Abvdos et Sesto», aujourd'hui NACARA-Bnunot'M. château armé de quatre-vingt* quatre canon*, et Rovalli-Kalejume, batterie armée de cinquante canon». Byron, comme Léandre, a travcr*é le détroit A la nage. — Dtm», l’une de* Cyclnde*. Très-petite et inhabitée; il n’y avait que deux bergers en 1826. Ruines du temple d'Apollon. — Carthage. Sur son emplacement, le petit village de MaIGa. On ne sait pu* mVmr où était le port de Carthage. — ITHAQUE, aujourd'hui Itaca ; ile Ionienne, rocheukc, ayant pour ville VaTHI. On y découvrit en 1811, «ou* la domination française, deux cents tombeaux sur remplacement présumé du château d’Ulyaae.
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Homère aveugle n’a pas eu besoin de contempler Troie en cendres pour clianter ee grand désastre; Virgile, Milton, Dante, n’avaient que faire de leurs yeux pour voir ce qu’ils ont vu ; c’est au fond de son encrier que l’Ariosle a trouvé ces forêts embaumées où passaient de si beaux jours, entrelaçant leurs noms sur l’écorce des arbres, l'amoureuse Angélique et le tendre Médor; il ne fallait au Tasse qu’une chandelle pour illuminer Jérusalem délivrée, — encore pouvait- il s’en passer, puisqu’un jour, n’ayant pas de quoi en acheter, il lui arriva de faire un joli sonnet à sa chatte, pour la prier de lui prêter, durant la nuit, la lumière de ses veux.
« Bref, il n’y a rien de tel que d’aller partout pour n’arriver ii rien. Celui qui a tout vu n’a rien vu ; car son cceur et sa raison se sont lassés de le suivre, et il n’y a de sage, véritablement sage, que celui qui n’est jamais sorti de son trou. Pour moi , je voudrais être colimaçon et n’avoir jamais eu à quitter nia coquille; le seul prolit qu’on retire des voyages, c'est qu’après avoir beaucoup couru , on ne demande pas mieux que de s’arrêter.
« Pourtant, ajouta-t-il après une minute de réflexion, un homme qui n’a plus que la moitié de sa cervelle a le
Angéite et Médor
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droit de faire une folie; — je vous suivrai doue, — contre mon propre avis. D’ailleurs :
Miilum cunsilium est quart muLiri non polest.
« C'est un mauvais dessein que celui qu’on ne peut « changer. »
« Et quand je serais un nouvel exemple que ce qu’il y a de plus difficile, c’est d’ôtre constant, — le nombre de ces exemples étant déjà si grand, où serait le mal?
« Et enfin, s’il faut tout dire, ajouta-t-il en se levant : de même qu’il n’y a jamais eu que sept merveilles au monde, il n’y a eu aussi que sept sages : je ne ferai pas le huitième; le nom de sage me parait fort déconsidéré, et j'ai pris en haine la sagesse qui m’a conduit à la maison des fous. »
— A la bonne heure, s’écria Walter, tout ce que vous venez de dire est plein de sens, y compris la conclusion, qui le flément. Mais on ne va pas, on est entraîné, — disons donc, avec la sibylle : « Qu’un dieu nous force à voyager, » et partons.
Il manquait un cheval a notre nouveau compagnon de roule : je le pris en croupe sur le mien, qui ne s’en aperçut seulement pas; et cet arrangement convint d’autant mieux à l'homme sans cervelle, qu'il s'avoua fort mauvais écuyer. — Tenez-moi bien, lui dis-je; et nous continuâmes noire route.
Je ne décrirai point l'Europe, quoiqu’on l'ail souvent décrite en de moindres occasions.
Mais je dirai qu'après ce que nous venions d’entendre, il nous fallut quelque résolution pour accomplir ce long voyage.
Nous fûmes, en outre, dès le début, et même dans la suite, assaillis par des présages qui eussent fait reculer de moins intrépides.
Il nous arriva plus d’une fois de rencontrer trois pies — volant contre le vent, — et du midi au nord!!!
Nos chevaux nous emportèrent un matin à travers un champ de fèves.
Nous fûmes, un jour, témoins du combat d'un chat noir et d’un corbeau, et ce même jour-là, nous avions rencontré, sur le tronc d’un vieux saule, une vieille chouette fixant le soleil.
Les enlanls nous poursuivaient de leurs buées, el ies (ta lurlaiecl en cous voyant .
Lu cime d'un peuplier fui brisée devant nous par In foudre, el j'écrasai, un soir, une araignée!
Combien de fois Walter renversa la salière, je ne saurais le dire; mais j’en ai dit assez pour qu’il soit superflu d’ajouter que les enfants nous poursuivaient de leurs buées et que les chiens hurlaient en nous voyant.
Qu’ils étaient heureux, ces voyageurs d’autrefois, qui rencontraient sur les chemins tout ce qu’il nous eût été si bon d’y rencontrer : des fées, des enchanteurs, des magiciens, des héros et des héroïnes, des Bradnmante et des Dulcinée, des armées fantastiques et de mystérieux moulins à vent, des rois épousant des bergères , et des chaumières habitées par de grandes princesses !
Des lieux enfin toujours nouveaux et toujours de plus en plus beaux!
Pour nous, nous vîmes tant de ville?, tant de forêts, tant de fleuves et tant de rivières, — que nous finîmes par croire qu’il n’y avait qu'une forêt, qu’un fleuve
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et qu’une ville toujours la même; mais de prodiges, nous n’en vîmes pas un!
Le seul miracle qui se fasse encore i il est vrai qu’à force de se produire, ce miracle, qui n’étonne plus personne, a cessé d’en être un), c’est celui de l’enchanteresse Circé qui changeait les hommes en bêtes.
Celte magicienne n’a point emporté avec elle son secret : toute femme ayant de beaux yeux au service d’un cœur pervers, le possède.
Dans les pays où l’on ne connaît personne, le voyageur, comme les gens dont parle l’Évangile, a des yeux pour ne pas voir, — des oreilles pour ne pas entendre, et des mains pour ne toucher à rien :
Mulla hospilia, paucas aniieitias.
Bien n’est plus vrai que ce triste mot en voyage : Beaucoup de gîtes cl peu d’amis; — passez-vous rapidement, vous n’avez rien vu; — demeurez-vous, c’est autre chose; c’est pis : car si vous êtes bon (quelquesuns se vantent, quelques autres se cachent de souffrir.
U seul miracle qui se lasse ew:e . . , c'est celui île l'enchanteresse fa. qui changeait les hommes >n bêle;
mais tous souffrent ) , a chacune de vos halles, vous laissez sur la route un peu de votre cœur, un peu de votre pitié, et, si vous avez été bien accueilli, des regrets que vous ne consolerez point et dont vous ne serez |tas consolé.
Est-ce que ce n'est pas mille fois triste de passer a travers ces milliers d’hommes, ces milliers de frères, et d’avoir les bras toujours ouverts sans pouvoir jamais les refermer sur un ami?
Nous eûmes, du reste, la bonne
fortune de trouver sur notre chemin ce que tout le monde y eût trouvé comme nous : des gens à pied et des gens à cheval, les u^ct les autres également poussés par les cinq ou six appétits auxquels il faut h*
monde à dévorer. Ici des chars légers, courant après le plaisir, trouvant l’ennui; là, de lourdes, pesantes et
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VOYAGK 01 IL VOLS PLAIIIA.
incommodes voilures, des maisons en voyage; celles-ci pleines de pauvres diables, qui tous et toujours, à
celte question : « D’où venez-vous et où allez-vous? » auraient pu répondre : « Je viens de la misère et je retourne à la misère, je m’agite pour tomber de fièvre en chaud mal. »
— De tout ce qui use les chemins, disait l’homme sans cervelle, il n’y a de sensés que les chevaux, — ceux-là seuls savent ce qu’ils font, et si on leur demandait: « Pourquoi marchez-vous? » ils pourraient répondre avec orgueil : « Je marche parce qu’on me fouette. »
Non, l'homme n'est pas fait pour voyager, et la preuve.
c'est qu'il y a encore, et qu’il y aura toujours. Dieu merci, d’infranchissables déserts.
l/e souci ou le désir, l’inquiétude ou les regrets, creusent le front de quiconque va d’un lieu à un autre. Le mouvement nous a été imposé, ainsi que le travail, comme une punition céleste. Son premier pas, son premier voyage, l'homme le lit sous le poids de sa première faute, quand l’ange au glaive de feu le chassa du paradis terrestre, et le second, ce fut le crime qui le lui lit faire. Abel mort, Caïn chercha une terre qui n’eiïl pas vu son forfait.
Que vous dirai-je encore?
Comme tous les voyageurs, nous eûmes faim et soif; il nous arriva aussi de descendre et de monter, de boire et île manger, de nous fatiguer et de nous reposer. Nous ne fîmes pas le trajet tout d’une traite; nous nous arrêtions assez régulièrement le jour pour diner, le soir |>our nous coucher, et notre bonheur consistait alors à trouver une mauvaise auberge, un mauvais souper, et, dans le coin d’une mauvaise chambre, un de ces lits dans lesquels ou voudrait pouvoir dormir (apres tant d’autres) sans y toucher.
Pour ce qui est «le la campagne, — nous pûmes eouslaler que généralement les montagnes ilomiiient les plaines, que les pierres sont dures, que l'eau mouille, et qu'on pourrait apprendre la géographie à meilleur marché qu’en voyageant.
Le plus petit coin de la terre étant l’abrégé du reste. Hue petite pierre, si vous l’approchez de votre mil, c’est un rocher; — une feuille d’arbre, c'est une forêt ; — qui voit un enfant , voit un homme.
Quant aux villes : de loin la plus grosse n’est guere qu’une fourmilière; si , au lieu de n'élro qu’un lils d’Adam, on était seulement celui d’un éléphant, on craindrait de faire une mauvaise plaisanterie en y posant le pied, et de si jkui de poids qu’on se sache, ou s'étonne que ce soit dans ces singuliers amas de maisonnettes que se fabriquent toutes les belles paroles dont se grossit l’univers.
Les toits sont plats, quand ils ne sont pas pointus; quelquefois ils sont ronds. Mais les architectes auront beau faire, un toit ne sera jamais qu’un toit, et il n’y aura jamais dessous que des hommes.
Ah! que souvent on aurait pu dire de chacun de nous :
« Celui>ci, pendu ni son voyage, Tourna le» yeux vers son village Plus d'une fois «
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Les Français sont, en somme, accommodants ; ils nous rirent beaucoup de saluls : » La politesse, nous dit l’un d’eux, qui s'était obstiné à nous servir de guide, quoique nous n’eussions aucun besoin de ses services, la politesse est une monnaie qui ne ruine personne?
— V moins que ce ne soit celui qui la revoit, lui répondit Walter en lui remettant quelques petites pièces pour l'encourager à nous quitter. Si l’esprit consiste à bien et à beaucoup parler, on a raison de dire que ce peuple est le peuple le plus spirituel de la terre; mais ce qui gâte l'esprit des habitants de cet agréable pays, c'est qu'ils veulent trop qu’on sache qu’ils en ont ; il n’y a rien de si désolant pour eux que de voir une jolie chose qu'ils disent mourir dans l'oreille d’un sot. — Il s’ensuit qu'aucune nation ne fait autant de sottises que celle-là, l’esprit consistant souvent à bien agir et à se taire. Or, cette dernière vertu lui a été refusée. »
Voulez-vous savoir ce que c’est que Paris? ouvrez une géographie, vous \ apprendrez que « Paris est la » capitale de la France. »
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VOVAOB OU IL VOLS l'LAItlA
Le pain y est bon , l’eau n’y vaut rien; les journaux y abondent, mais il ne manque pas d’yeux pour les lire : ce qui n’empèehe pas que, quand on les a tous lus et relus , on sait un peu moins qu’avant à quoi s’en tenir sur le véritable état du pays. Les livres, du reste, n’y sont pas plus rares que les journaux.
Dansée pays, l’horreur du papier non imprimé (le seul pourtant dont l'innocence soit incontestable) est extrême.
C’est un Français qui l’a dit et qui devait le dire: « La nature semblait avoir sagement pourvu à ce que la sottise des hommes fût passagère, et les livres l’immortalisent. ■>
Je n’ai gardé de souvenir précis que de notre voyage à Londres.