‹ Voyage, où Il vous plairaChapitre 8 sur 26 · I.KS A MOU HS · texte numérisé non relu

I.KS A MOU HS

III l'KTIT Joli RT IIK U BELLE Bl.tMIIXK. *

Dans la ville de se Irouvait une belle église ijue chacun admirait. Au-dessus de cette église était un beau clocher, dans ce beau clocher une belle cloche sonore, et celte lielle cloche avait un gentil sonneur qu’on appelait le petit Job

Si vous tenez à savoir pourquoi le petit Job s’appelait ainsi, je vous dirai que par une assez froide matinée de février il avait été trouvé, au beau milieu du parvis de l’église, couché sur une demi-botte de paille et à peine enveloppé dans de pauvres langes, par un des bons prêtres qui desservaient l’église dont il s'agit, au moment même où ce bon prêtre allait dire sa messe de tous les matins.

I.e charitable abbé, voyant ce petit enfant à demi nu, et presque mort de froid, s’était baissé pour le ramasser, l’avait réchauffé dans sa soutane et puis confié à un sacristain qui était un brave homme. — Après quoi, il avait dit sa messe comme à l'ordinaire, en ajoutant toutefois à ses prières une prière encore plus fervente que les autres pour l’orphelin que le ciel venait de lui envoyer.

La messe dite, le digne homme s'en était allé à la sacristie ; des arrangements avaient été pris entre lui et le sacristain ,

et il son était suivi que le pelil Joli, qui, une demi-heure auparavant n'avait de fortune que sa demi-boüe de paille, avait trouvé heureusement deux protecteurs, l’abbé d'abord et le sacristain ensuite, et aussi une maison, la maison du Ikiii Dieu, une belle église

El quand on l'avait baptisé, on l’avait nommé Job, en mémoire de la paille sur laquelle on l’avait trouvé

Le (setit Job habitait avec le sacristain une maisonnette qui était lié lie au pied de la tour qui conduisait à l'horloge Quand

LES 1 MOL HS ou PETIT JOB ET OE LA BELLE BLANDINE.

il fut un peu grand, on l'employa au service de l'église; il balayait la sacristie, faisait reluire les chandeliers, rcmplissail les bénitiers dès qu’ils étaient vides, et servait la messe au besoin. Mais, ce qu’il faisait le mieux et avec le plus de plaisir, c’était tout ce qui concernait le service de l’horloge: aussi était-il dans les bonnes grâces du vieux sonneur

Il faut que je vous parle de cette horloge renommée pour sa grande beauté et qu’on venait visiter de cent lieues et plus à la ronde.

Bile se composait, comme toutes les horloges, de rouages extrêmement compliqués, et marquait l’heure au temps vrai et au temps moyen avec une ponctualité qui eût fait honneur au soleil lui-même Mais ce chef-d’œuvre , enfermé dans son clocher, aurait pu traverser les siècles si l'habile ouvrier, son auteur, n’v avait joint ce qui pouvait charmer les yeux de la multitude. Je ne parlerai ni des douze apôtres ni de l'histoire tout entière de la Passion qui s'y voyaient représentés, mais je dirai seulement que sous le cadran de l’horloge , et en face du soleil levant , se trouvait une niche taillée dans la pierre et que deux volets richement dorés et ciselés fermaient hermétiquement.

Dans cette niche habitait une gentille petite femme, haute de trois ou quatre coudées à peu près, et qui vivait là depuis que l’horloge avait été scellée dans le mur.

Blandine était son nom.

On lui avait donné ce nom | tarée qu'elle était lilancho , |>aroe qu'elle (Mail douce, el surtout parce quelle était gra eieuse.

line demi-minule avant l'Iienre, Blandine ouvrait elle-même les deux Imitants de la porte de sa petite demeure, elle s'avançait hardiment jusque sur la plate-forme, saluait les quatre parties du monde, puis, tenant d'une main un lympanon, et de l'autre un petit marteau d'un acier (in el brillant , elle regardait le ciel comme pour prendre les ordres du soleil, et commençait de frapper à intervalles mesures les coups qui marquaient l'heure. Après quoi , mettant le lympanon et le marteau dans sa poche, elle prenait une viole d'amour quelle portait suspendue à son cou par un beau cordon filé d'or el de soie, et en lirait des sons si célestes et si doux pendant deux minutes au moins, qu'on ertt dit sainte Cécile ressuscitée

On assurait qu’il ne s’était peut - être jamais commis de crime dans la ville de *" , dont presque tous les habitants passaient pour être bons el humains, et on l’allribuail à celle douce petite musique qui se faisait entendre régulièrement d’heure en heure el qui ne leur suggérait que d'honnêtes pensées.

LfcS VMOIHS 1)1 VETIT JOB ET UK LA BELLE BLANDINE

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Lorsque Blandine avait donné sa sérénade, elle laissait retomber sa viole, saluait de nouveau, et de la meilleure façon du monde, et rentrait dans sa cellule dont elle fermait soigneusement les volets. Il y en avait alors pour une heure d’absence, et c'était bien long, car on ne se serait jamais lassé de la voir et de l’entendre, tant elle était avenante et habile musicienne.

tieux qui aimaient le merveilleux — pourquoi faut-il qu'on ail tort d’aimer le merveilleux! — ceux-là disaient qu’elle n'était pas ce qu'elle paraissait être, une simple figure de bois, et racontaient qu’elle avait été l’amie, la meilleure amie du mécanicien pendant qu'il fabriquait son horloge, et qu’un jour, voyant son désespoir de ne pouvoir donner de la vie et du mouvement à cette petite figure sculptée avec tant d'art, et qui devait sonner les heures, elle avait vendu sa part de paradis au diable pour qu'il lui ftlt permis d’animer de son Ame l’œuvre de son ami, et que son nom arrivAl ainsi à la postérité tout couvert de gloire, pour avoir fait un travail si miraculeux

Maison dit bien des choses, et il ne faut pas tout croire. Pourtant ce qui donnait quelque créance à cette histoire, c'est qu'on savait que la maltresse de l’horloger s'était appelée Blandine comme la statue, et puis surtout parce que, à certains jours, la petite Blandine de bois paraissait être [tour de bon une créature animée.

Alors sa figure était plus riante , son sourire plus doux encore, et les sons de sa viole plus suaves et plus mélodieux

Aussi ccs jours-là étaient-ils des jours de fête dans le pays ; et les bourgeois de la ville, en se promenant le malin sur la place de la cathédrale, disaient-ils : « Nous aurons une bonne journée, Blandine est de bonne humeur aujourd'hui, ses yeux sont plus bleus qu’à l'ordinaire , et elle a encore mieux joué que d'habitude. »

Les plus âgés avaient remarqué que l'approche du beau temps exerçait une grande influence sur le caractère assez fantasque de Blandine, et que ses caprices , comme ceux de presque toutes les jolies personnes, avaient souvent une cause puérile, — je dis puérile, mais puérile en apparence seulement, car tout est sérieux, au fond, dans ce monde léger.

En voilà assez, trop peut-être de Blandine, revenons s'il vous plaît au petit Job, qui, dès qu'il fut en âge d’aimer, — pour les malheureux cet âge vient de bonne heure, — l'avait aimée d’une si grande amitié, qu’il interrompait toujours son travail et même ses jeux pour venir la contempler quand elle se montrait sur la plate-forme, et qu’un des accords de la viole d’amour suffisait, au plus fort de ses colères d’enfant, pour le calmer et le rendre doux et patient comme un saint , — non comme un saint de chair et d’os seulement, mais comme

LES AMOURS DU PETIT JOB El' DE LA BELLE BLANDINE fil

un des saints de pierre qui ornaient les portiques de la cathédrale.

Il va sans dire que l'amour de Job pour Blandine augmenta avec l'ilge et devint bientôt une grande et véritable passion , une de celles qui ne peuvent avoir de fin parce qu’il semble qu'elles n'aient point eu de commencement.

Vous croyez peut-être que Job se désespéra une seule fois à la pensée qu il aimait une petite femme de bois, une statue! Ah bien oui! est-ce qu'il y a des statues pour les amoureuxî Blandine eût été de marbre, elle eût été de fer, elle n’eût su remuer ni les bras, ni les jambes, ni les yeux, elle n'eût su ni marcher ni sourire, elle n’eût eu enfin ni les grâces — ni les articulations qu'elle avait, que le bon Job l'eût aimée tout de même et ne se fût pas pour cela avisé de penser que dans cette charmante créature il se pouvait qu'il n’y eût pas plus de cœur et d’âme, et de souffle divin que dans toute autre poupée. Qu’importe d’ailleurs, quand il ne s’agit que d’aimer, qui on aime et comment on aime, — le tout étant d’aimer.

Aussi résolut-il tout bonnement de passer sa vie entière auprès d'elle.

Sur ces entrefaites le vieux sonneur mourut. Ce fut un grand malheur pour Job , car l'idée lui vint de supplier l'abbé , qui

Ali

('•lail devenu curé, de lui faire avoir la place du défunt, donnant pour raison qu’ainsi il ne s’éloignerait ni de ses bienfaiteurs ni de son église bien-aimée; mais de Blandine, bien qu'il ne pensât qu’à elle, il ne dit mot, ce qui montre combien il l'aimait ; l’amour vrai étant, de son essence, discret — et même muet.

Mais, dira-t-on, dans la mort du sonneur, le mal fut pour celui qui mourut. Pour Job, où pouvait-il êlreî Du moment où il aimait Blandine, tout ce qui avait pour fin de le rapprocher d’elle ne devait-il pas être regardé comme un bonheur pour lui ? Prétendriez-vous dire qu’il faut fuir ce qu’on aime?

Pour ceci, il se peut que la suite de cette histoire nousl’ap prenne. Quant à moi, je me garderai bien d’avoir un avis en pareille matière.

Ou bien, — dira-t-on encore, — comment se fait-il que Job aimât Blandine d'un tel amour, qu’il songeât à lui consacrer sa vie? L'amour d’ordinaire veut être partagé, et le plus sincère ne vit encore que de retour. La petite sonneuse, la petite joueuse de viole avait-elle donc de l’amour pour lui T

Certes, voilà une question (|ui méritait bien d'ôtre faite, quoique, pendant longtemps, il eût été absolument impossible d’y répondre.

Néanmoins, s’il faut le dire, — on est bien crédule quand on aime, — Jobosa croire plus d’une fois que le cœur de Blandine, que ce coeur de bois répondait à son coeur; et quand elle jouait

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