‹ Voyage pittoresque à Naples et en Sicile [microform]Chapitre 12 sur 96 · ET. EIDEM. PRAETOR. IN · texte numérisé non relu

ET. EIDEM. PRAETOR. IN

SICILIA. FVGITEIVOS. ITALICORVM.

CONQVAEISIVEI. REDIDETQVE.

HOMINES. BCCCCXVII. EIDEMQVE.

PRIMVS. FECEI. VT. DE. AGRO. POBLICO.

ARATORIBVS. CEDERENT. PAASTORES.

FORVM. AEDEISQVE. POPLICAS. HEIC. FECEI.

L'objet de cette inscription est d'indiquer les noms et les distances de toutes les villes principales qu'on rencontrait sur la voie antique qui régnait depuis Capoue jusqu'à Reggio. Quelques auteurs, et le chanoine Morezzauo entre autres, dont nous avons parlé à l'article de Reggio, croient que cette voie romaine était la via Appia, et ce dernier apporte d'autant plus d'intérêt à ce monument que, suivant lui, on avait ignoré, jusque-là, quelle était l'étendue et le cours de cette célèbre voie romaine. Cet antiquaire ne devait pas, cependant, ignorer que la voie Appienne finissait à Brundusium, aujourd'hui Brindes, sur la mer Adriatique.

Un autre savant, très versé dans la connaissance

176 VOYAGE PITTORESQUE t

des inscriptions antiques et des voies romaines, que nous avons consulté à ce sujet, Fabbé Chauppy, pense, au contraire, que cette grande voie publique, qui traversait toute l'Italie méridionale depuis Capoue jusqu'à Reggio, s'appelait via Popilia , et qu'elle a été construite par le préteur Popilius. 11 se fonde sur ce que ce préteur fait lui-même, dans cette inscription, le détail de tous ses travaux, et dit, entre autres, avoir fait construire dans ce lieu un forum, ainsi que d'autres édifices publics. Cette nouvelle opinion nous parait effectivement bien plus vraisemblable; d'ailleurs elle est prouvée par le nom même de l'endroit où se trouve aujourd'hui ce monument curieux, et qui, dans les anciens itinéraires, ainsi que sur la carte Théodosienne, est nommé Forum Popilii.

On sait à quel point les noms des lieux peuvent

changer par le laps des temps; mais une sorte

de rapport qu'il y a encore entre les deux noms,

l'inscription antique, le marbre trouvé sur la

place et dans le même lieu, semblent démontrer

que la Polia d'aujourd'hui est le forum Popilii

des anciens.

Cascades de Nous couchâmcs a la Polla , dans l'auberge du

etTo^uUnïr Procaccio , après avoir fait seulement douze

laPeriosa. ailles, à causc de la pluie et des mauvais che-

d«iis la vallée ' 1 > 1 1

de Diana, mins. Nous en partîmes de très bonne heure,

Q* 378 TXT A

et arrivâmes au jour à lu Pertosa. Nous revîmes

effectivement cette même rivière, que nous avions perdue en route , reparaître parmi des rochers groupés naturellement et de la manière la plus pittoresque ; elle forme, en sortant avec bruit de dessous ces roches, plusieurs cascades dont l'ensemble,orné deverdure, compose un des paysages les plus piquans qu'on puisse voir en ce genre.

Nous côtoyâmes le fleuve qui fuit en murmurant encore de la prison dont il vient de s'échapper avec fracas. Tout le paysage d'alentour est agréable et frais. La vallée de Diana, cependant, est étroite, et devient encore plus sèche en tournant du côté de Scigliano , près duquel nous allâmes rafraîchir, à un petit endroit qu'on nomme Supino. A quelques milles plus loin, le pays s'ouvre; on commence à découvrir la mer, la situation de Pestum, la maison royale de Persano, la pointe du cap de Minerve, et enfin l'île de Caprée, et sur la côte, Evoli et la Forêt Noire.

Nous commencions à sentir la différence du climat, et l'air beaucoup moins vif et plus chaud en arrivant au pont d'Evoli, ville nommée autrefois Eburi; elle était située aux confins de la Lucanieetdu Picentin, pays qu'on appelle aujourd hm la Principauté citérieure.

On ne trouve plus aucun vestige de cette ville antique. La moderne Evoli est assez bien bâtie; sa situation est même agréable, et sa population

est assez nombreuse : elle fut érigée en comté par la reine Jeanne V% en faveur de Robert Gabano , un de ses confidens , qu'on soupçonna d'avoir participé à la mort du roi André. Temples Ae Désirant arriver de bonne heure aux temples Pestum,vas , Pestum , nous partîmes d'Evoli à la pointe du

en arrivant ^^ a\^o»,«.*»5 j- ^

du côté dn • gjj suivant la route de Persano, maison ae

conchant, J ' , ^^ , • ^ ^ -»*^^

«' 379. plaisance du roi de Naples, qui en est a quatre milles de distance. Cette maison , bâtie par le roi catholique au milieu delà forêt, n'a rien de remarquable, ou plutôt n'a d'autre agrément que sa commodité pour la chasse ; à quatre milles plus loin encore, nous passâmes la Selé, rivière dans laquelle vient se jeter le Fiume Negro, et, par un assez beau chemin, nous arrivâmes enfin à

Pestum.

Cette ancienne ville, appelée par les Grecs Possidonia , fut fondée , à ce qu'on croit, par les Doriens; elle fut ensuite entourée de murs par les Sybarites, lorsque, chassés de Sybaris par les habitans de Thurium, ils vinrent chercher asile chez les Doriens : ayant obtenu de s'établir dans leur ville, ils travaillèrent â l'embellir, la partagèrent ensuite avec ses premiers habitans , et finirent par les en chasser. Les Lucaniens l'enlevèrent depuis aux Sybarites, et les Romains, a leur tour, l'ayant prise sur ces peuples , y envoyèrent une colonie l'an de Rome 479*

Solin est, parmi les auteurs anciens, un de

DU ROYAUME DE NAPLES. 17g

ceux qui ont le plus fait mention de Pestum dans leur^ ouvrages, et on lui doit quelques détails sur l'histoire de cette ville. Strabon en parle aussi en faisant l'énumération des anciens peuples qui habitaient l'Italie avant les Romains. « Après les ^< habitans de la Campanie, dit cet historien, « viennent les Samnites et les Picentins, que les ff Romains établirent â la baie de Possidonia, ^< nommée à présent Pestum , d'après le nom de ^< la ville qui y est située. Les Sybarites y bâtirent « une muraille qui va jusqu'à la mer, et obli- « gèrent les habitans de se retirer plus avant dans « les terres. »

On ne peut douter, d'après ce passage de Strabon, qu'à l'époque où les Sybarites sont venus s'établir dans cette partie de l'Italie, il n'y eût déjà une ville de Possidonia ; mais il y a tout lieu de croire que ce fut aux Sybarites, déjà celèbres par leur luxe et leur goût pour les arts, que les temples magnifiques qu'on y voit encore, ont dû leur origine.

Quoiqu'il soit bien difficile d'assigner avec quelque certitude un temps à l'époque la plus florissante de cette colonie des Grecs de Pestum , à ce temps heureux où ces peuples amis des arts, élevaient, dans le sein de la paix, ces superbes monumens, il est au moins vraisemblable qu'il a dû précéder celui des guerres que Denys, tyran de Syracuse, vint apporter dans ce beau

,8o VOYAGE PITTORESQUE

pays; temps qui remonte à trois ou quatre siècles avant l'ère chrétienne, vers l'an de Rome 36o. L'histoire nous apprend que ce tyran ambitieux et inquiet, après avoir vaincu les Carthaginois et les avoir chassés de la Sicile, vint porter la guerre chez les Grecs établis dans ritalie, n'ayant d'autre motif que d'employer les troupes qu'il avait rassemblées pour affermir sa puissance dans son propre pays, et qui lui seraient alors devenues inutiles. A la suite de ces guerres, Denys ayant été obligé de retourner en Sicile, les Grecs eurent à se défendre contre les peuples qui habitaient l'intérieur même du pays, les Brutiens, les Sicaniens. Possidoma tomba alors au pouvoir de ces derniers, et il est a croire que ce fut alors l'époque de sa chute, même avant que les Romains s'en fussent emparés. 1 ' '

Nous voyons parmi les détails qu'Athenee a

laissés de la destruction et de l'asservissement

successif de ces colonies grecques, un passage

fort intéressant que cet auteur rapporte , d'après

Aristoxènes, philosophe, disciple d'Aristote, et

musicien célèbre de Tarente : (c Nous faisons,

i< dit-il, à peu près la même chose que les Possi-

« doniens du golfe de Tyrrhène, lesquels, étant

u Grecs d'origine, sont devenus barbares, Tyrrhe-

« niens, ou plutôt Romains; s'assemblant, suivant

a leur coutume , à certains jours de fête, ils rappc-

DU ROYAUME DE NAPLES. i8i

w laient à leur souvenir leur nom et leurs anciens « usages; ils en déploraient la perte, et se sépa- « raient après avoir mêlé leurs larmes et uni leurs « regrets et leur douleur. C'est ainsi que nos théâ- « très, devenus barbares , et le goût de la musique (( s étant tout-à-fait corrompu, nous nous assem- « blons en petit nombre pour pleurer ce change- (« ment , en nous rappelant ce que fut jadis notre « ancienne musique. » *

Il en fut de même de tous les arts cultivés dans ces malheureuses colonies grecques, que la jalousie et l'oppression des Romains détruisirent entièrement. On trouve cependant dans les historiens, et dans Tite Live, entre autres, des preuves de l'attachement que Pestum conserva pour les Romains. Dans différentes occasions, et après des malheurs arrivés à la république , tels que les défaites de Cannes et de Trasimène, où les Romains furent vaincus par Annibal , les habitans de Pestum leur envoyèrent des secours d'argent considérables, et particulièrement un grand nombre de coupes d'or.

Depuis ce temps , il n'est parlé de cette antique ville de Pestum que par les poètes du siècle d'Auguste. Ovide, Virgile, et quelques autres après eux , ont vanté la fertilité de son territoire,

■ Aristoxènes vivait environ trois cent vingt- quatre ans avant J.-C. Il reste , de ce philosophe, des Élémens harmoniques, que Meursius a fait imprimer avec des remarques.

i8a VOYAGE PITTORESQUE

et surtout Tabondance de ses roses, qui fleurissaient deux fois Fannée. '

Les historiens fournissent encore moins de lumières sur le sort de cette ancienne colonie. On voit seulement , dans la collection de Muratori, qu'au temps de Tinvasion des Sarrasins en Italie, cette ville tomba sous leur puissance, qu'ils s'y fixèrent, et s'établirent particulièrement à Agropoli, dans le voisinage de Pestum. Ce ne fut qu'en giS que les Sarrasins abandonnèrent le pays, après avoir été vaincus par plusieurs princes italiens qui s'étaient réunis contre eux , et en avaient fait un grand carnage : mais avant de quitter la ville de Pestum , ces barbares

' La réputation des roses de Pestura était célèbre dans l'antiquité , et l'on multiplierait à l'infini les citations des poètes de ce temps. Il semble que toutes les fois qu'ils voulaient parler des fleurs et des roses , ils ne pouvaient s'empêcher de citer celles de Pestum. Virgile , Properce , Ovide , Ausone , et Martial surtout :

Forsitan etpingues hortos quœ cura colendi Omaret, canerem, biferique rosaria Pœsti.

(ViRG., Geog.yiy.)

Nec Babilon eestum , necfrigora Pontus habebic Calthaque Pcestanas vi'ncee odore rosas.

( OviD. , ex Ponto, , II. )

Pœstanis rubeant cemula labra rosis.

(Martial, IV.)

Vidi Pœstano gaudere rosaria cultu Exoriente nova roscida lucifero.

{Ao.«iOif. , XIV.)

DU ROYAUME DE NAPLES. i83

y mirent le feu. Ce fut sans doute l'époque de la destruction totale de cette ville , dont il ne reste que les débris imposàns de trois de ses temples , heureusement épargnés par la faux du Temps.

On assure que ce ne fut que deux siècles après environ, que Robert Guiscard , ayant fait fouiller dans les ruines de Pestum, fit transporter le grand nombre de colonnes précieuses qu'on voit dans la cathédrale de Salerne. Nous dirons donc, avec le célébré Pope , que le temps seul n'a pas amené la destruction de ces monumens respectables, et que la barbare ignorance des hommes y a beaucoup contribué :

Sorae feit the silent stroke of mould'ring âge Some hostile fury, some religions rage Barbarian blindness , Christian zèle conspire And papal piety, an gothic fire.

On fait souvent des descriptions si éloignées Vae générale de la vérité, on prend des idées si monstrueuses pTefal^Per d'après ce qu'on lit et ce qu'on entend raconter, t°^'P"«f du

* ' cote dn le-

que nous nous attendions à trouver Pestum un ^a°*» désert marécageux , les temples perdus ou ensevelis dans les joncs ou les broussailles , un air infect , un pays désert et sauvage. Nous eûmes donc lieu d'être surpris de voir la plus belle situation sur les bords d'un golfe d'une grande étendue, une plaine fertile entourée de mon-

j84 voyage pittoresque

tagnes cultivées en vignes et en blé, des habitations qui n'annoncent point la misère, et des babitans qui ne soufifrent que de la mauvaise eau qu'ils sont obligés de boire , et quelquefois du m^auvais air qu'on y respire.

On raconte que Pestum fut découvert par un chasseur égaré , qui rencontra ces temples en cherchant son chemin. Cependant cette contrée est découverte, cultivée de tout temps, et sous les yeux des babitans d'une petite ville très peuplée , dont l'évêque ne peut ignorer que son évéché tire son origine de Pesttim; il y a même encore sa plus ancienne église , avec une maison considérable qui lui est destinée , et où il faut qu'il vienne prendre possession de son évéché. Cette église et l'habitation du prélat sont si voisines de ces édifices , ils sont si isolés , si conservés et si apparens , qu'ils n'ont jamais pu être ni long-temps inconnus ni cachés que par les ténèbres des siècles d'ignorance. Alors on ne voyait dans ces beaux restes de la plus ancienne architecture grecque, que des masses de pierre qui ne méritaient pas ce respect et cette admiration qu'avec plus de connaissance nous devions leur accorder.

Ce qui reste des murs de l'ancienne Possidonia fait voir très distinctement la forme de la ville , qui était un carré irrégulier d'à peu près quatre milles de tour, sur un terrain parfaitement

DU ROYAUME DE NAPLES. i85

uni. Les murailles sont presque entièrement conservées, dans certains endroits , à la hauteur de vingt pieds sur six pieds d'épaisseur- elles sont bâties de grosses masses de pierres posées à sec et flanquées de tours carrées , d'espace en espace, avec des portes cintrées. Nous entrâmes par le côté du nord, et nous aperçûmes en arrivant les trois grands temples rangés en flanc , et partageant un peu obliquement toute la largeur de la ville.

Le premier de ces temples qu'on rencontre Petit temple en arrivant par le côté du couchant, est le moins ""TXT^ grand des trois; il a six colonnes de face sur ^"o*"""' treize de profondeur, et conserve seulement son architrave, avec des parties du fronton des deux extrémités. Ces frontons étaient moins surbaissés que ceux des temples de ce genre que nous verrons en Sicile, et, par cette raison, ne font point un si bon eflPet. Il ne reste plus rien des antes ou murs intérieurs, et les ruines de cet édifice ne présentent plus qu'un péristyle entouré de colonnes, comme celui de Ségeste, en Sicile, avec cette difiërence que ce dernier a quelques particularités dans ses ornemens, et que les colonnes sont environnées d'un tambour extérieur.

A très peu de distance de ce temple, on trouve quelques vestiges d'un amphithéâtre- qui paraît avoir été fort petit, et dont ce qui reste annonce

que ce ne fut jamais un édifice considérable. U n est plus possible de découvrir aucun des gradins; mais, en mesurant à peu près la grandeur totale, on voit qu'il pouvait avoir environ deux cent cinquante pieds de long sur cent quatrevingt-dix de large.

Tout à côté, et sur la même ligne, sont les ruines d'un autre édifice détruit jusqu'au sol : la forme en était carrée à l'extérieur, et un des côtés paraît prendre intérieurement celle d'un demi-cercle. U y avait un péristyle au couchant , formé de colonnes cannelées, avec des chapiteaux d'une espèce que nous n'avions vue dans aucun édifice antique. Le chapiteau était orné de larges feuillages et de quatre grandes volutes concaves : à chaque angle , on voit encore que r architrave était décoré de plates-bandes, et les frises ornées de figures de chevaux et d'hommes, placées entre chaque triglyphe. Nous ne trouvâmes rien de la corniche ; mais on voit que les chapiteaux des pilastres étaient du même genre, ainsi que les bases des colonnes.

vnesexté. A k suitc dc CCS édificcs , OU arrivc au grand "ril'edu" temple, un des plus beaux, des plus conserves, grand temple ^^ certainement un des plus magnifiques monu- ^Sm/ jnens de l'antiquité. U est composé de six co- "m '^ lonnes de face sur quatorze de profondeur. Les trois gradins qui lui servent d'assise ou de socle sont bien exhaussés et d'une belle proportion;

et quoique les colonnes, fort courtes, n'aient que cinq fois leur diamètre de hauteur, leur espacement , d'un diamètre d'une colonne à l'autre, produit à l'oèil l'effet le plus heureux. Au reste, cet édifice est entouré au pourtour d'un superbe et magnifique péristyle, soutenu et appuyé d'une autre enceinte intérieure de colonnes.

Ce temple principal de Pestum est, ainsi que nous l'avons déjà remarqué , entièrement semblable , quant à sa construction et à sa forme , à tous les temples des Grecs connus dans ce genre. Nous verrons que ceux de la Sicile ne présentent que des différences peu sensibles.

Celui-ci offre seulement une particularité dans sa distribution intérieure; c'est que , dans le second péristyle, qui est composé de deux pilastres , avec deux rangs , chacun de sept colonnes , portant un simple architrave , il règne sur cet architrave un second ordre de plus petites colonnes de même genre, dont les chapiteaux et le couronnement arrivant à la hauteur de l'entablement extérieur, recevaient peut-être la charpente qui couvrait l'édifice, et dont on voit encore les mortaises entaillées dans la partie intérieure de l'entablement.

^ Il est cependant incertain si ce temple était ou n'était pas couvert; ily a même plus lieu de croire, d'après les descriptions de Vitruve sur ce genre

"ïif..

de monumens , que , malgré ce second petit ordre de colonnes, et Temploi auquel on le croyait propre, Fédifice restait découvert dans la partie du milieu ; espèce de temple que les Grecs nomma.ient hfpèthre\ en latin sub œthere. Ils étaient, dit cet auteur, semblables en tout aux temples diptères , avec cette différence qu'ayant dans Fintérieur un double rang de colonnes en hauteur, in altitudine, distantes et éloignées des murs et de Tenceinte du temple, le milieu de l'édifice restait découvert, sine

tecto. '

Près de ce beau monument, il y en a encore un troisième dans le même genre , mais bien moins régulier dans ses proportions et dans son effet. Cet édifice, composé de neuf colonnes de face sur dix-huit de profondeur, parait d'une forme longue et écrasée. Il était également entouré d'un mur ou enceinte intérieure. Au reste, ce temple , qu'on peut croire par sa nature et l'ensemble de sa construction , de l'antiquité la plus reculée, et plus ancien encore que les deux

* Temple découvert , lieu en plein air consacré aux dieux.

• Hypœtros vero decastylos est inpronao etpostico ; reliquia omniaeadem habet quœdipteros. Sed interiore parie columnas in altitudine dupUces remotas a parietibus adcircuitionem ut posticus peristyliorum . médium autem sub divo est sine tecto , aditusque valvarum ex utraquc parte in pronao et postico. (Vit., L. m.)

DU ROYAUME DE NAPLES. ,8g

autres , est de l'espèce indiquée par Vitruve sous le nom de pseudo diptère ou faux diptère, c'est-à-dire que, quoiqu'il annonce, par le nombre des colonnes qui se présentent à son portique, devoir être entouré d'un double rang de colonnes, il n'en a réellement qu'un seul, et, en cela, il ressemble aux deux autres temples de Pestum ; mais ceux-là, n'ayant que six colonnes de front à leur entrée, sont ce que les Grecs appelaient hexastjle périptère. '

Ce dernier monument offre encore une particularité, relativement au nombre de neuf colonnes qui supportent le fronton ou péristyle principal. Il en devait résulter que l'entrée du temple était nécessairement interrompue par la colonne qui se trouvait dans le milieu du péristyle, d'autant que cette première colonne était suivie d'une ligne ou rangée d'autres, qui traversaient, dans le milieu, tout l'édifice d'un bout à l'autre.

Il est très vraisemblable que ce rang de colonnes , étant de la même prbportion que celles du péristyle, devait en supporter un second ordre, auquel les architectes avaient eu recours pour soutenir le comble du temple, attendu la grande largeur de sa construction. Tel est, au moins,

' ■P,^"/"*'-' «t le nom généralement donné par les Grecs à tout edihce ou temple qui était entouré de colonnes. Diptère désignait celui qui était entouré de deui: rangs de colonnes.

xgo VOYAGE PITTORESQUE

l'emploi et l'usage auquel Le Roy, dans son Traité sur r Architecture des Grecs, pense que ce seul rang de colonnes, ainsi isolées, ait dû servir. Cet auteur fait, à ce sujet , mention d'un autre temple situe à Égine , dont le péristyle , qui avait cinq colonnes de face, était également partagé par un rang de colonnes dans toute sa longueur.

Coopes,pians L'importance et l'intérêt de ces précieux moet détails des ^yj^g^s de l'autiquité nous ayant engagé à nous

temples oe i ' • i r>

Pestuni, gjj occuper avec quelque détail, nous avons ""' m '' pensé qu'il serait agréable , surtout aux amateurs de l'architecture , de retrouver ici les mesures et les dimensions exactes de ces édifices , telles qu'elles ont été levées sur les lieux, et rendues, avec le plus grand soin , sur les deux planches de notre Atlas, n**' 384 et 385.

La longueur totale du grand temple, prise en dehors des colonnes, est de cent quatrevingt-deux pieds neuf pouces; la largeur est de soixante-treize pieds dix pouces; le diamètre des colonnes est de six pieds un pouce six lignes , et l'entre-colonnement de sept pieds trois pouces, pris entre les deux colonnes du milieu du péristyle qui forment l'entrée du temple. Les colonnes de l'intérieur ont quatre pieds trois pouces

de diamètre.

Le temple pseudo-diptère, c est-à-dire celui dont le frontispice présente neuf colonnes de

face et dix-huit sur la face latérale, a, de longueur, cent soixante-deux pieds six pouces, et soixante-onze pieds de largeur. Le diamètre des colonnes a quatre pieds six lignes , et quatre pieds neuf pouces d'entre-colonnement : les colonnes de l'intérieur sont les mêmes.

Enfin le plus petit temple , dont le frontispice a six colonnes de face et treize dai^ la partie latérale, a, de longueur, quatre-vingt-dix-sept pieds deux pouces sur quarante pieds cinq pouces de largeur, mesures prises en dehors des colonnes, qui ont quatre pieds de diamètre et quatre pieds trois pouces d'entre-colonnement.

Tous ces temples étaient bâtis de masses d'incrustations fort ressemblantes à celles du fleuve Sarno, mais d'une épaisseur et d'une proportion considérables. On ne doit pas même douter que ce ne soit à la solidité et à la dureté de ce genre de pierres que ces édifices ont dû leur conservation. Près du troisième temple, on trouve une des portes de la ville , qui était décorée de pilastres : c'est à cette porte que coulait et coule encore le petit fleuve Salso, dont les eaux, quoique très rapides et bien claires, sont d'un goût saumâtre. *

1^ Il faut que ce soit la nature du terrain qui lui donne ce goût de salaison ; car tous les fruits de ce canton participent

ig^ VOYAGE PITTORESQUE

Nous suivîmes les murailles antiques, bâties en entier de grandes pierres si bien jointes et si bien ajustées ensemble qu'on n a pas eu besoin d'y employer de ciment pour les lier et les unir. La porte principale , qui regarde Capaccio et les montagnes , s'est conservée dans tout son entier : elle est cintrée, mais sans ornement; c'était la porte extérieure de la ville. Il y en avait une seconde intérieure, mais on n'y voit plus que la naissance des chambranles. C'est à côté de cette porte qu'était l'aquéduc qui amenait l'eau de la montagne, et la portait dans la ville. De grands vestiges qu'on voit encore, prouvent qu'il était sans aucune espèce de décoration ni de magniû-

cence.

Ces antiques monumens, dont on retrouve

les restes imposans à Pestum , ne sont pas les

seules preuves de la puissance de cette ancienne

colonie. Ses médailles offrent un témoignage

non moins incontestable. Le nombre de celles

qu'on connaît s'élève à plus de soixante, et il

est certain qu'elles ont été frappées à des époques

différentes. Il y en a même dans le nombre qui

du même goût, et le vin même qu'on y recueille est salé. Cette rivière se jette à près d'un mille de là dans la mer, et l'on prétend que, lorsque la mer est calme , on peut apercevoir des restes de construction d'un ancien port ; ce qui prouverait que la mer aurait gagné sur ces parages au lieu de s être retirée.

doivent être des premiers temps où ces colonies grecques ont commencé à avoir et à faire frapper des monnaies de métal. Celles en or sont très rares, et, parmi les médailles d'argent, on en trouve beaucoup d'incuses, c'est-à-dire qui n'ont été frappées que d'un seul côté, ainsi que les plus anciennes médailles de Sjbaris; les carac-, teres grecs étant aussi placés de droite à gauche, annoncent qu'elles doivent être du même âge.

Le type le plus ordinaire de ces médailles de Pestum est une figure de Neptune armé de son trident, ou un trident tout seul, symbole qui mdiquait que cette ville, bâtie sur le bord de la mer, était particulièrement sous la protection de Neptune. On voit au revers un cheval animal consacré à cette divinité, ou un bœuf , symbole de l'agriculture , ainsi qu'une corne d'abondance, qui en est l'emblème le plus ordinaire ■ Sur quelques médailles de Pestum , on trouve encore la figure d'une truie, animal consacré à la bonne déesse, à Cérès, divinité du labourage.

La nuit nous ayant forcés de quitter ces précieux restes de l'antiquité, nous retournâmes à une assez mauvaise auberge, où, après un frugal souper, nous nous couchânïès sur les tables et sur les bancs de la cuisine, et attendîmes ainsi

' Voir les planches de médailles , n" îgS et 294.

Vne de Salerne, no 386.

le jour. Le lendemain, nous allâmes de grand matin prendre encore quelques vues des temples, et quelques mesures qui nous manquaient, avant de partir pour Salerne, qui est a vingt-septmilles de Pestum. A quatre milles de Salerne, on commence déjà à apercevoir cette ville, dans une situation des plus agréables, à l'angle d'un golfe profond, et abritée par la chaîne des montagnes du Gragnano, qui forment une des branches les plus élevées des Apennins.

Nous donnerons , dans le chapitre suivant , la description de cette ville et de ses antiquités. *

DU ROYAUME DE NAPLES. u 5

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