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L «LE DE CAPRÉE, SORRENTE, MASSA ET CASTFBLA- MARE

La vjlle de Salerne, dont nous avons donné, dans le dernier chapitre, et le site et la vue, telle qu elle se présente sur le bord de la mer, abritée par de hautes montagnes, et dans la plus belle et la plus dehceuse position, avait été construite en premier lieu , si on s'en rapporte à Pline, plus avant dans l'intérieur des terres, et au revers de ces mêmes montagnes ■. Or, sid'autreshistoriens, tels que Strabon et Tiie Live, placent Salerne sur le rivage, in oram mnritimam, et telle qu'elle existe aujourd'hui , ce n'est sans doute que parce qu après la guerre dAunibal elle fut rebâtie une seconde fois parles Romains des démolitions de •antique ville de Picentia , qui s'était rendue aux t.arthaginois.

■ ASurrenIo ad SUarum amnem 3o millia passuun, a^er

^^g^^l^J^Jig^fgttfgi^

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,g6 VOYAGK PITTORESQUE

On ne peut douter que , par la suite, et dans les beaux temps de l'empire romain , Salerne ne sÂt devenue une ville fort riche, fort puissante : s7 situation fut chantée par tous les poètes du siècle d'Auguste , et elle fut mise au rang des colonies romaines. Nous voyons même que les empereurs y nommaient des gouverneurs, qui étaient

chargés de maintenir sous leur puissance toutes les conquêtes qu'ils faisaient successivement dans la Lucanie et le Brutium, et que ces gouverneurs résidaient tantôt à Reggio et tantôt à Salerne, comme le prouve une inscription antique du

règne d'Adrien.

Dans les siècles postérieurs, Salerne aura sans doute subi les mêmes révolutions et le même sort que toutes les autres villes de l'Italie, jusqu'à ce qu'enfin , après avoir été prise et saccagée de nouveau par les Sarrasins, elle fut rendue au christianisme par le duc Robert, dans le onzième siècle. On voit aujourd'hui, dans l'évèché, et sous le portique de la cathédrale de cette ville , une collection de marbres antiques et de monumens qu'on peut regarder comme autant d'archives de toutes ces époques.

Salerne est la capitale de la partie du royaume de Naples qu'on appelle Principauté citérieiire. Cequi paraîtra peut-être assez extraordinaire dans l'histoire des différentes révolutions de cette ville , c'est que ce fut au temps même où les Sar-

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rasîns et les Maures s'étaient établis dans ce pays, qu'on doit faire remonter l'origine du moment le plus brillant de Salerne, et surtout de son école de médecine, jadis si célèbre '. La réputation que cette école s'était déjà acquise dès le commencement du douzième siècle était telle, que des princes et des rois envoyaient et venaient eux-mêmes la consulter. Le duc Roger défendit par une loi expresse,'à qui que ce fût, d'exercer la médecine sans avoir été examiné et approuvé parles docteurs de Salerne, et cette loi fut ensuite confirmée, en ii5o, par l'empereur Frédéric Barberousse , qui renouvela les mêmes défenses sous peine de confiscation de biens et d'un an de prison \ Dès-lors cette école de Sa-

' Il y avait alors panni ces Sarrasins , chez lesquels l'étude de la médecine était particulièrement cultivée , un certain Costantino , surnommé \ Africain , à cause du pays oii il était né. Cet homme, fort savant dans les langues, dans les lettres, après avoir beaucoup voyagé, et exercé la médecine dans plusieurs pays, vint se fixera Salerne. On prétend que ce Sarrasin s'étant fait religieux à l'abbaye de Mont-Cassin , y fit beaucoup d'élèves , et que ce fut à ses leçons que cette abbaye dut, en grande partie, la célébrité qu'elle acquit alors. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'on lit à ce sujet, dans l'historien Giannoni, que les religieux de Mont-Cassin étaient regardés comme les plus habiles médecins du temps, et que le pape Innocent II , par un décret rendu dans un concile tenu à Rome en 1159, leur défendit de se livrer davantage à l'étude d'une science dont la pratique pouvait dégénérer en de grands abus , et paraissait d'ailleurs inutile à des religieux.

' Ne quis ad faciendam mcdicinani admitteretur, nisi a me .

igS VOYAGE PITTORESQUE

lerne, érigée en académie, composa sa collection d'aphorismes , intitulés De consermnda valetudine, etc., le meilleur ouvrage qu'on eût fait jusqu'alors en ce genre, et qui, répandu bientôt dans toute l'Europe , ajouta encore à la célébrité de récole de Salerne, qui dédia cet ouvrage a Robert, fils de Guillaume-le-Conquérant.

Depuis ce temps, Salerne fut une des villes de l'Italie où les lettres et les sciences ont été le plus cultivées. Dans le treizième siècle, saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventure y fondèrent une sorte d'académie, ou société littéraire, à laquelle ils donnèrent le nom de / Concovdi, nom qu'ils avaient sans doute choisi pour annoncer que leur intention était d'apporter une fin aux vaines disputes des théologiens, seul genre d'esprit et d'étude qui fut alors répandu et goûté

en Europe.

iniéncn c!c La Cathédrale de Salerne est regardée comme 'a&sr' une des plus anciennes églises de l'Italie : elle fut élevée, à ce qu'on croit, dans le septième siècle; détruite depuis par les Sarrasins, et rétablie ensuite par Robcrt-lc-Normand. On l'a restaurée presque de nos jours, mais de manière à ce que rien dans cet édifice ne mérite attention, si ce n'est ce qui est antique, ou même ce qui

dicis Salemi et Neapolitani probntus , ac consecufus esset potes tatem medendi , quant licenliam vacant; sed siib pœna carceris annui et proscriptionis omnium fort unarum.

leme,

reste de l'architecture gothique, et qui pourrait faire regretter ce qui a été remplacé par les architectes modernes. On en peut juger par la chaire à prêcher, par la tribune et le jubé, qui sont de la plus grande richesse, soit par le choix des marbres, soit par le travail précieux de la mosaïque. Ces monumens du onzième siècle ont réellement un style qui ne manque ni de noblesse ni d'élégance, et portent avec eux une sorte de caractère original qui n'est point sans mérite.

Le payé du chœur, les côtés de l'autel, et la niche de la chapelle de saint Grégoire sont du même t-emps. Les piliers des bas-côtés, restaurés maintenant en pilastres, formaient autrefois des groupes de colonnes, comme on en voit dans plusieurs églises gothiques. En rétablissant cet édifice, on a trouvé deux magnifiques colonnes de vert antique , qu'on a maladroitement arrangées et dont on a fait deux candélabres aux deux côtés du chœur. '

11 y a aussi, dans la même église, trois tom-

• Qjn aperçoit la sommité de ces colonnes dans le fond de l'église. L'artiste qui a dessiné la vue de cet édifice gothique, a imaginé, pour y répaudre quelque intérêt, d'y représenter une scène funèbre dont il fut témoin. C'est la vue d'un service en l'honneur de quelque commandeur de Malte, mort dans cette ville. Le peintre s'est p^i à orner cette cérémonie funèbre de tout l'appareil possible , sans nuire cependant à l'effet total de l'édifice, et en y donnant une idée de ce qui peut s'y voir de plus intéressant, c'est-à-dire la tribune et le jubé ornés de colonnes et de mosaïques antiques.

beaux antiques, ornés debas-reliefe, dont le travail et le faire ne sont pas excellens , ni d'une grande correction de dessin, mais la composition en est noble et d*un style antique; sur l'un de ces bas-reliefs on voit un triomphe de Bacchus, sur un autre le triomphe d'Ariane, et sur un troisième, qui décore le tombeau d'un évêque, on est assez surpris de trouver l'enlèvement de Proserpine et la course de Cérès cherchant sa fille. Le travail de cette dernière sculpture antique est plus recherché que celui des deux premières, sans être d'un meilleur dessin. Conroapor- Autour dc la cour qui sert de péristylfe à cette gure'ctir église , il y a une galerie couverte , portée par des ^trnef" colonucs dc marbre blanc et de granit, de toutes no 388. formes et de tous genres : celles en marbre sont d'un style et d'un travail qui peuvent faire croire qu'elles ont appartenu à quelque belle fabrique romaine. Sous cette galerie, on a rassemblé quatorze ' tombeaux en marbre , les uns grecs , les autres romains , du temps des consuls. Tous ces tombeaux antiques ont été restaurés et ajustés à l'usage de la catholicité. On y voit des vases ou cuvettes où sont représentés des chasses ou des bacchanales, avec des espèces de couvertures ou couronnemens modernes sur lesquels sont sculptées des vierges ou quelques figures d'évêques, sans égard pour une compagnie si profane.

Le plus important de ces monumens repré-

sente en bas-reliefs la chasse de Méléagre; allégorie si souvent employée et représentée sur les tombeaux des anciens, sans que de nos jours nous en puissions deviner le motif. Un autre, moins considérable, est décoré de têtes de victimes, chargées de bandelettes et de guirlandes d'un excellent goût et d'une belle exécution.

Au milieu de la cour est un jet d'eau reçu dans une cuvette antique d'une grande beauté. Ce morceau de granit, de treize pieds de diamètre, d'une seule pièce, a été employé vraisemblablement autrefois à décorer quelque monument du temps des princes lombards. On voit encore dans cette cour plusieurs colonnes renversées de granit gris et rouge d'Egypte, d'une élévation et d'un prix qui annoncent qu'elles ont dû appartenir à quelques grands édifices.

Les portes de l'église sont en bronze, fort riches, et d'un style assez mâle pour le temps, où elles ont été faites. Sous le fronton du portail , on a replacé une inscription du même temps; qui tient toute la longueur de la frise , et qui porte la dédicace ou la consécration de l'église, faite par le duc Robert, à l'évangélisle saint Matthieu, patron de la ville.

Maet. Evangelist^ Patrono vrbis ROBERTVS Dvx R. Imp. maximvs Trivmphator

DE AERARIO PECVLIARI.

Sous cette église deSalerne, il y en a une autre

souterraine, mais qui a été gâtée par les stucs ou les restaurations modernes avec lesquels on. a couvert et enduit tout ce qui était d'architecture antique. Une des curiosités de cette église souterraine estunfragmentde colonne tronquée, qu'on fiait voir avec vénération parce qu'on prétend qu'un saint a été matyrisé sur cette colonne, où depuis ce temps il s'opère un miracle perpétuel. '

Le pape saint Grégoire, qui vivait vers la fin du sixième siècle, est en grande vénération à Salerne, parce qu'il s'yretira sur la fin de sa vie, et y mourut : on trouve dans sa chapelle une longue inscription sur un marbre, qui annonce qu'un Colonna, archevêque de cette ville, ayant ordonné de rechercher dans cette chapelle le corps du saint pape inhumé plus de cinq cents ans avant , on avait été fort étonné de le retrouver en son entier. L'inscription rapporte tous les détails de ce miracle , qui arriva en 1088.

Vaedw^^n- H y a cncorc , près du palais épiscopal, les

ciennc église •' ' ^ ^ * ' * ,

deSaierne. rcstés d'uuc autrc é^Hsc, beaucoup plus ancienne,

aliandonnée à canse de sa

vétusté, ' Ce prétendu miracle n'est autre chose qu'un effet physique

^° ^^•** et naturel , dont la cause est assez adroitement masquée. On a

entaillé la tranche de la colonne de manière qu'en adaptant

l'oreille sur un trou qui vient répondre à la superficie, on

entend le même bruit que produirait le passage de l'air par

l'ouverture de <;es faraudes coquilles de mer de l'espèce des

buccins ou conques marines. Les sacristains de l'église ne

manquent pas de dire que c'est le bouillonnement du sang du

martyr.

DU ROYAUME DE NAPLES. 2o3

et qu'on dit être du temps de saint Bonosio, premier évêque de Salerne, dans le cinquième siècle; comme on nous assura qu'elle avait été construite de fragmens antiques, nous fûmes curieux d'y aller, mais fort peu édifiés de trouver cette vieille église transformée aujourd'hui en écurie. On y voit effectivement de grosses colonnes cannelées, fort massives, à mcrttié enterrées et composées de débris antiques; mais surmontées de mauvais chapiteaux dans le goût de ce siècle, c'est-à-dire du bas temps grec. La lumière sourde et mystérieuse qui régnait dans ce vieil édifice engagea un de nos dessinateurs à en prendre une vue dont l'effet lui parut assez piquant.

On rencontre de toutes parts à Salerne des fragmens de colonnes, des bas-reliefs antiques, et des ;autels du temps des Romains; nous en aperçûmes un , entre autres, portant l'inscription suivante, qui, sans doute, avait été faite pour être placée sur la base d'une statue élevée à Constantin par les habitans de Salerne :

Rkpaf.atori or ris SVl D. N. Flavio. Val e RIO

iCoNSTANTINO PIO . FELICl INVICTO

AVGVSTO

Ordo popvlvsqve Salerlitakvs

UKVOT. NVMINI MAIESTATIQVE FIVS.

La population de Salerne est de dix-huit mille

2o4 VOYAGE PITTORESQUE

âmes. On y compte vingt-quatre monastères. Les rues sont bien pavées , les auberges assez propres ; il y a une petite jetée suffisante pour abriter quelques bâtimens, mais peu de commerce. Au reste, le mouvement et les criailleries de la populace nous annoncèrent déjà le voisinage de Naples.

Bourg de la Nous partîmes de Salerne pour nous rendre à S^o^' la Cava. Un beau chemin, taillé à mi-côte sur le rocher, nous conduisit bientôt à Vietri, superbe village, bien bâti, avec de belles fabriques. Là, le chemin entre dans les montagnes, et se resserre sans cesser d'être roulant. Le paysage est si riche et si varié qu'on peut dire que tout ce pays est, pour des yeux de peintre, une charmante galerie de tableaux. Les montagnes, au pied desquelles est situé le bourg de la Cava, offrent, de loin , le point de vue le plus pittoresque, et toute la campagne est couverte de jolies cassines ou maisons de plaisance.

Nous quittâmes la grande route pour prendre à gauche celle du monastère de la Trinita, fameux par ses archives et la singularité de son site , et où on dit que le Poussin et Salvator Rosa ont été chercher les modèles de ce genre , grand, noble et sévère, qui les caractérise. Nous n'y trouvâmes cependant rien qui ait pu plaire beaucoup a ces deux peintres célèbres : on n'y voit qu'une nature sauvage sans formes très heu-

DU ROYAUME DE NAPLES. 2o5

reuses, des rochers pauvres, et des montagnes couvertes de taillis et de broussailles, qui n'inspirent et ne donnent point Tidée qu'on peut se faire des belles horreurs en ce genre.

Ce triste désert fut, dans son origine, la retraite des habitansdu canton dans le tempsde l'invasion des Sarrasins. Le moine Alphieri, parent du comte Drogon-le-Normand, auquel la principauté de Salerne tomba en partage, rassembla les habitans épars, et fonda la ville et le couvent Ancienne abde la Cava, appelé ainsi à cause de la grotte qui ^Tavl'/' leur avait d'abord servi de retraite, et qui devint ""' ^^'• le site malsain du couvent.

Ce monastère fut, par là suite, rétabli et doté par le comte Roger, qui lui donna la seigneurie de la ville et de tous les pays d'alentour : cette première ville de la Cava fut abandonnée pou rie bourg, qu'on voit aujourd'hui de dessus le chemm , et de l'autre côté d'un ravin profond qu'on passe pour y arriver. Ce couvent fut aussi rebâti tel qu'il existe actuellement, c'est-à-dire plus grand, plus commode qu'il n'était, dans une position plus élevée et plus saine; mais sans magnificence. On a détruit la grotte pour bâtir l'çglise. Les archives sont précieuses en ce qu'elles contiennent des concessions qui attestent les titres de possession du couvent. On nous fit voir la donation du comte Roger, signée de sa main; les manuscrits du code des lois des princes lombards.

Intérienr

d'an temple

antique à

Nocera «

Les familles du royaume y retrouvent aussi des titres qui n'existent que là, parce que dans les troubles du royaume, la Cava est le seul dëpot qui ait toujours été respecté. '

Nous continuâmes notre route pour arriver à Nocera, Tancienne Nuceria, aujourd'hui appelée Nocera di Pagani. Un monument antique fort intéressant que nous avions à voir dans cette ville, nous y arrêta quelque temps; nous en Coop'-etéié primes les mesures, et une vue intérieure, ainsi

valiou de ce *• ' ' 1 1 1 ' «i

monument, que la coupc et le plan géométral , avec les detaus les plus exacts.

La forme de ce joli monument tient beaucoup d'un temple antique connu, à Rome, sous le nom de temple de Bacchus, Le plan en est également circulaire, et la voûte soutenue par un double rang de coloimes intérieures, avec une galerie qui tourne autour. Il y a de plus, à celui-ci, vers le milieu du temple, une espèce de bassin octogone, autour duquel on voit huit petites colonnes des marbres les plus rares et les plus précieux. Ces colonnes sont isolées les unes

* On ti'ouve, dans le Miisœum Italicum du père Mabillon, quelques détails sur cette ancienne abbaye de la Cava , ordre de saint Beno|l, et entre autres l'époque de sa fondation, inscrite dans une chartre du prince Weymard , duc de Salerne, datée de l'an 980. Il paraît même par ce diplôme qu'une partie de ce monastère existait déjà alors ; mais ce savant antiquaire semble être persuadé qu'il n'a point été bâti avant le dixième siècle.

des autres, et H est assez difficile de connaîire quelle en était la destination. Une partie conserve encore ses chapiteaux, les autres n'en ont plus. '

On voit, par la coupe de ce monument, que, dans l'intérieur de ce bassin, circulaire en dedans, il y a des gradins par lesquels on descendait sur un plan plus enfoncé, et un peu plus bas que le sol général, ce qui a fait penser que cet édifice avait été destiné à un bain public ou qu'il aurait été employé à former un baptistère dans la primitive église, comme aujourd'hui il sert d'église paroissiale à Nocera, sous le nom de Sainte-Marie majeure.

Quel que soit l'emploi qu'il ait eu autrefois, on ne peut disconvenir que la beauté de ses marbres, dont plusieurs sont d'albâtre oriental et de vert antique, ainsi que la pureté et le goût exquis des chapiteaux et des bases des colonnes , ne soient une preuve certaine de la magnificence de l'ancienne Nucerie, et de la perfection à laquelle les arts y étaient portés. 11 est, au reste,

■ Il est à propos d'observer que la corniche inlérieure , »ms. que les statues d'enfans tenant des guirlandes , et placées sur le haut de ces colonnes, neristent point sur les lieux ; I arfste auquel nous devons ce plan , les a ajoutées pour donner un emploi quelconque à ces colonnes. Il est certain que 1 Idée de ces enfans formant une chaîne autour de cette petite encemte mtéricure est d'un effet agréable ; mais avant tout il laut être vrai.

ao8 VOYAGE PITTORESQUE

très vraisemblable que ces colonnes, aussi parfaites pour Texécu tien que précieuses pour leur matière, sont du plus beau temps des Romains, et d'une époque fort antérieure au reste de l'édifice, qui parait être du temps du Bas-Empire.'

Quelques antiquaires pensent que le nom de Pa^ani , donné depuis quelques siècles à cette ville de Nocera, ne lui vient que par corruption du mot Pa^hiy qui, en italien, veut dire ferme, bienç de campagne , dont les environs et le territoire fertile de Nocera sont couverts, quoiqu'assez généralement on pense, dans le pays, que Forigine de ce surnom de Pagani , est la même

que celle de Saraceni donné à la Luceria de la

■ Rien ne peut indiquer à cet égard une époque déterminée, et l'histoire parle toujours d'une manière si vague de Nuceria , qu'on ne sait jamais s'il est question de celle-ci ou de plusieurs autres villes du même nom qui exisUient en Italie. Il y a même plusieurs historiens qui comptent quatre villes de Nuceria , l'une près de Mantoue , vulgairement connue sous le nom de Luiara, célèbre par une bataille entre les Impériaux et les Français , en 1755, dans laqueUe le général Mercy fut tué ; une autre dans l'TJmbrie , renommée par ses eaux minérales. La troisième est la Lucerie dont nous avons parlé en passant dans la Fouille, distinguée par le surnom de i Saraceni, et enfin cette qnatrième, qui était désignée dans 1 antiquité par le surnom i'Alfatemon , et aujourd'hui par ctlui de i Pagani.

quatuor in Italia numerantur ejus nominis Nuceria, una inApennino sita, Braehianorum antiqua possessio ; alia in Campama: Urtia item in Apennino prope Mulinam: quarta in Apulia.(,KAtt. VoLTE», L. VI. G<org.)

DU ROYAUME DE NAPLES. ^oç)

Pouille, c'est-à-dire qu'elle est due à rétablissement de quelques familles de Sarrasins auxquels 1 empereur Frédéric II permit de venir se Hxer a JXocera comme à Lucera.

Quoi qu'il en soit de cette ëtjmologie assez peu intéressante par elle-même , nous voyons, dans Ti.e Live, que l'ancienne Nucérie dont nous parlons a joué un rôle distingué dans les

guerresentreIesCarthaginoisetlesRomains;que.

fidèlement attachée à ces derniers, elle fut détruite et renversée de fond en comble par Annibal. Le même historien dit aussi qu'après le départ de ce général, leshabitans de Nuceria, qui s étaient réfugiés à Rome, s'étant adressés au sénat pour avoir k permission de rebâtir leur VI le, les Romains y envoyèrent une nouvelle

colonie; que Nuceria devint alors plus puissante et plus riche qu'avant son désastre.

Ce n'est pas le seul événement malheureux qu éprouva cette ville; car indépendamment des revolutionsqui, àdifférentes époques, lui ont été communes avec le reste des villes d'Italie, elle tut, selon Seneque, renversée, en grande partie par ce terrible tremblement de'terre qui, k neuvième année du règne de Néron, renversa ' une grande partie d'HercuIanum et de Pompéi et qui s'étendit jusqu'à Sorrente, Stable, e^ ainsi que sur une grande partie des villes de k Ciampanie.

Nous remarquâmes que toutes les campagnes de Nocera étaient déjà couTertes et fertilisées par les cendres du Vésuve, qu'on aperçoit de là dans son plus grand développement. A peu de distance de cette ville était situé, sur une montagne , un vieux château , dont on peut voir encore les ruines, et des remparts duquel le bouillant Urbain VI excommuniait l'armée du roi de Naples, qui l'y assiégeait vivement

en 1578. *

L'Ile de Caprée étant le seul endroit qui nous restait à voir avant de retourner à Naples, nous voulûmes en faire le voyage, et, au sortir de Nocera, passant encore devant Pompéi, que nous ne pûmes revoir de si près sans un reste d'intérêt, nous vînmes coucher sur le bord de la mer, à Castellamare , qu'on croit situé tout près du lieu où était autrefois l'ancienne Stabia.

• Voici ce qu'un duc de Monte Leone , qui vivait alors , rapporte dans une vieille chronique du temps de la singulière défense de ce pontife guerrier , et des vaines fureurs dans lesquelles il entrait plusieurs fois par jour, lançant au travers des fenêtres du château les excommunications les plus terribles contre l'armée du roi, au son de toutes les cloches et entouré de torches allumées. Jndbpapa Urbano col principe di Capua suo nipott a Nocera , il rè manda il contestabile ad assediarlo con ire trabucchi , che H tiravano notte e dï , corne fussero stati Saracini. Il papa si diffendeva corne poteva , e tre,e quattro volte usciva alla Jinestra , e con campanelli e torchi , malediceva, e scomimicava tesercito delrè, e qiiesto dopo lo faceva ogni giorno. ( Plac. Thoili , Nist. gen. di Nap. , Part, prima. )

DU ROYAUME DE NAPLES. ait

U lendemain à la pointe du jour, nous nous embarquâmes par un bon vent qui se soutint la moitié du trajet , mais qui , changeant soudain , ne nous permit d'arriver qu'avec beaucoup de peine et avec une vague assez forteaprès quatre heures et demie de navigation , nous débarquâmes à la marine de Caprée , qui est une grande anse en demi-cercle, défendue des vents du levant et du couchant par deux grands rochers qui s'avancent dans la mer, et du midi

phitheatre. C est dans le fond de cet amphithéâ- ^'P'" • ire qu'est placée la ville de Caprée ou Capri ""^'-^ dans la situation la plus heureuse, la plus agréable pour elle, et la plus pittoresque en même temps pour ceux qni arrivent dans l'île.

Nous logeâmes chez un batelier, dans une des maisons qui sont sur le bord de la mer d'où nous découvrîmes l'île d'Ischia, celle de Prôcida la pointe de Misène, le château de Bayes, Pouzzol, Pausilippe, Naples, Portici, le Vésuve la cote de Sorrente, et enfin la pointe de Minerve ce qui compose la totalité du cratère de Naples ' et formait un vaste et superbe bassin, où nous voyions promener une foule de barques et de petits bâtimens de toute espèce. Dès que nou, ftimes arrivés, nous nous hâtâmes d'aller parcou'nr celt€ lie si fameuse par le long séjour de Tibère, par l'excès et les recherches des débauches

îiiti VOYAGE PITTORESQUE

et des cruautés de ce tyran, qui, de cet ëcueil menaçant, faisait trembler tout Tempire, et cet empire était l'Empire Romain, c'est à-dire 1 univers connu alors. Tibère n'avait que soixantesept ans lorsque, las de se contraindre, il y alla cacher Taspect dégoûtant que donnaient à son visage les pustules dont il était couvert. Il n y fut suivi que de Séjan, de quelques chevaliers romains, agens de ses crimes et de ses affreuses débauches, et de Coccius Nerva, qui se laissa mourir de faim pour n'en être pas témoin.

Défiant, farouche, voluptueux et cruel, il ne pouvait mieux choisir sa retraite que sur ce rocher, où, sous le climat le plus doux, il trouvait un printemps perpétuel, des sites enchantés au milieu des roches terribles qui, coupées à pic, et d'une élévation prodigieuse , ne laissent d'abordage qu'en un seul endroit. Ce fut même, suivant Suétone, ce qui engagea Tibère à s'y fixer. Capreas se contulit prœcipue delectatus insula , quod imo , parvoque littore adiretur, septa undique prœruptis immens œ aldtudinis rupibus, et profundo mari. On voit à la quantité de ruines et de vestiges de constructions qu'on rencontre à chaque pas dans cette ile, qu'elle devait être couverte autrefois de jardins et de

palais.

Mais avant d'entrer dans la description actuelle de l'ile de Caprée, il ne sera peut-être pas

déplacé de rendre compte ici à nos lecteurs du peu de notions que l'antiquité nous a laissées sur l'ancien état de cette île célèbre.

Tous les anciens historiens s'accordent à penser que ce furent des Grecs qui, les premiers, vinrent s'établir à Caprée, et on ne peut douter que le nom de Teleboas, le plus connu que cette île ait porté dans l'antiquité, ne lui soit venu de ce que les Téléboens, originaires de Samos dans la Grèce, ont été ses premiers habiîans. Il paraît que dans ces temps reculés , Caprée était peuplée d'une espèce d'hommes sauvages, qui, n'ayant presque d'autres demeures que les antres et les cavernes dont cette île est remplie, semblaient fuir et éviter la lumière; c'est ce que Rutilus Gallus paraît avoir voulu peindre par la manière dont il caractérise les liabitans de Caprée, qu'il appelle Lucifuges \ L'antiquité, au reste, peint ces insulaires comme ayant été très habiles dans la navigation, et ils sont encore aujourd'hui les meilleurs marins de tout le pays. Nous savons, de plus, qu'ils avaient une tour ou fanal bâti sur les hauteurs de leur île, et dont les feux, toujours allumés de nuit, servaient , dans l'éloignement, de guide aux matelots. Papinius parle de cette

' Pj'ficcssu peîagijam se Caprearia toUit , Squalet Luafugis , insula plena vins.

(Rut. Gail.)

ai 4 VOYAGE PITTORESQUE

tour ancienne , et qui était encore très renommée de gon temps. '

Theleboumque domos, trepidis ubi dulcia nautis Lumina noctivagœ tollit pharus œmula lunœ.

Mais ce fut particulièrement sous les règnes d'Auguste et de Tibère que cette île devint plus célèbre par le séjour qu'y firent ces deux empereurs, et surtout Tibère. On a vu, dans les détails que nous aVons déjà donnés sur cette île, qu'Auguste, attiré par la douceur du climat de Caprée , voulut y séjourner quelque temps, et que, pour cet effet, il proposa aux Napolitains de l'échanger avec lui contre l'île d'Ischia, qu'il leur abandonna en propriété. Suétone dit qu'Auguste se plaisait infiniment dan» celle de Caprée, qu'il appelait le séjour du repos et de l'oisiveté, parce qu'il ne voulait absolument s'y occuper que de ses plaisirs, et ne penser à aucune affaire de l'empire,

» Ce Papinius était préfet du prétoire sous Septime-Sévère , père de Garacalla. Ce dernier empereur, ayant fait assassiner son propre frère Géta, voulut engager Papinius à composer pour le sénat un discours dans lequel il chercherait à pallier ou à diminuer l'horreur de cette action ; mais ce véritable romain ne voulut point y consentir, et eut le courage de lui répondre qu'il était plus facile de commettre un parricide que de l'excuser. Caracalla , furieux de cette réponse, fit trancher la tête à Papinius en aïs. Ce préfet n'avait que trente-sept ans.

DU ROYAUME DE NAPLES. 2i5

Le même historien raconte qu'un des amusemens auxquels cet empereur parut prendre le plus de plaisir pendant le séjour qu'il y fit, fut d'assister à des espèces de drames ou pièces exécutées par des jeunes gens , habitans de l'île, dont les uns étaient Grecs et les autres Romains. Auguste avait établi pour loi , dans l'exécution de ces pièces , que tous ceux qui étaient Grecs parleraient et s'habilleraient à la romaine, et que ceux qui étaient Romains, au contraire, parleraient grec, et porteraient un habit suivant l'usage de cette nation. Cette singularité fit distinguer les pièces par les noms desdifférens habillemens des Grecs et des Romains, la toge et le pallium. Auguste prenait un tel intérêt à ces espèces de drames, sur lesquels nous n'avons d'ailleurs aucun détail, qu'ils furent très souvent représentés à Naples , et qu'on les y goûtaient beaucoup alors : l'empereur chargea même un de ses courtisans les plus affidés, l'africain Masgaba, d'y présider. '

' Ibiqueephebosexercentes ludicra, spectavit , lege propos ita, ut Romani grœco , Grœci romano habituel sermone uterentur. Habitas, ut Grœci togara Romanorum , Romani Grœcorum pallium sumerent. Hincfabulœ togatœ et palliatœ , a Grœcorum et Romanorum rerum argumento. Incolis prœterea , a Neapoiitanis redemptœ Capreœ, ab Augusto fréquentes redditœ sunt,cui negotio prœfecit Masgabam t dilectis unum. ( Cas. Cl PAC, Camp. Hist.)

ai6 VOYAGE PITTORESQUE

Ce fut^ suivant tous les historiens, à Caprée qu'Auguste passa les derniers jours de sa vie; il était depuis quelque temps attaqué d'une dysenterie qui augmenta à tel point qu'on le détermina à retourner à Rome : mais il fut obligé de s'arrêter à Nola, où il mourut le 19 août de l'an 14 de notre ère, étant âgé de soixante-quinze ans. Ce ne fut que douze ans après que Tibère vint se fixer entièrement dans cette île, après avoir abandonné le gouvernement de l'Empire à ses ministres. Mais si Caprée avait été sous Auguste le séjour de la paix, de la liberté et des lettres, elle devint, sous Tibère, celui de l'esclavage, de la haine ^ et du vice dans toute sa laideur.

Voici la peinture que Tacite a faite de la position de cette lie si célèbre de son temps : w Cet « empereur fut se cacher, dit-il, et se renferma «seul à Caprée, île distante de trois milles du (( promontoire de Sorrente : cette retraite soli- (( taire lui plaisait fort, surtout parce qu'elle « était d'un accès difficile, sans port, sans asile, « même pour les moindres barques, qui n'y « peuvent aborder qu'avec danger : abritée des u vents du nord, les hivers ne s'y font jamais resw sentir, et les chaleurs de Tété y sont tempérées « par de continuels zéphyrs : entourée d'un es- « pace de mer considérable, la vue dont on y u jouit présente la perspective du pays le plus w riche, le plus fertile, et qui l'était bien plus en-

« core avant queles fureurs du Vésuve en eussent « renversé et détruit pour long-temps une très « grande partie. » •

Suétone est, parmi les anciens auteurs, un de ceux dans lesquels on retrouve le plus de détails sur la vie et le séjour de Tibère à Caprée ; mais ces détails sont si licencieux et si obscènes qu'il est impossible de les traduire dans notre langue; on peut dire même qu'ils ne font pas moins d'horreur à lire que les cruautés de ce monstre, dont le même historien nous rend également compte : ainsi nous croyons devoir nous dispenser d'en faire part à nos lecteurs.

Parmi les différentes constructions et les palais superbes que Tibère avait fait élever à Caprée^ et qui, si on en croit Tacite, étaient au nombre de douze, les historiens font mention de salles ou de grottes (Sellariœ) situées le long du rivage; c'étaient autant de retraites consacrées à la débauche. « On voit encore, dit Capaccio, une '< de ces cavernes dont l'entrée est fort sombre et

• Capreas se in insulam abdidit , trium millium frtto ah extremis Surrentini promuntorii disjunctam. SoUtudinem ejus placuisse maxime crediderim , quoniam importuosum circa mare , et vix modicis navigiis pauca suhsidia ; neque adpulerit quisquam nisi gnaro custode. Cœli temperies hieme mitis , objecta montis , quo sœm ventorum arcentur. jEstas in Favonium obversa, et aperto circum pelago peramœna prospecta^ batque, pu/cherrimum sinum antequam Vesuvius, mansardes^ cens , faciem loci verterit. ( Tacit. , L. IV. }

« fort étroite , mais qui s'élargit et acquiert même i< un peu plus de clarté, à mesure qu'on avance « dans rinlérieur du rocher. Son voisinage de la « mer, et les suintemens des eaux qui en ont <c couvert et comme tapissé toute la voûte de « brillantes stalactites, en rendent le séjour d'une M fraîcheur surprenante.

« Tout le rivage est bordé de débris de conf< structions antiques, qui rappellent encore les cf formes grandes et majestueuses des fabriques i< romaines; mais qui ne présentent plus aujour- « d'hui qu'une suite de rochers arides et habités w par diflérentes espèces de poissons crustacés, (c tels que les crabes et les écrevisses de mer. » '

Après nous être arrêtés quelques momens dans une de ces grottes abandonnées et sauvages, et où rien ne rappelle l'idée des plaisirs et des fêtes voluptueuses auxquelles elles étaient destinées , nous prîmes, pour arriver sur la montagne, le chemin le plus fréquenté, en visitant d'abord U partie orientale où est aujourd'hui un ermitage entouré de ruines et de fabriques énormes, dont il ne reste, en entier, que quelques conserves

• Inter speluncas, una reliqua est , quam ingressu va/de obscurcun cernes , in lucidum deinde sinwn desinit, in quem superne aquarum stillicidiis , mare nimis deleclabile redditur ; jacent in littore cedijiciorum fragmenta , que romanam majesiatem prœ se feront. Abierunt in scopulos , crustaiLs piscium. ^eneribui habitatos. ( Capaccio, flist. Camp. )

d'eau. Ces vastes réservoirs étaient, suivant les apparences , destinés à renfermer les eaux nécessaires pour arroser les jardins qui étaient au-dessous. Devant ces conserves d'eau , il y a d'autres s ubstru étions et des arrachemens de mur qu'on suit encore long -temps et qui peuvent faire croire qu'autrefois, dans cet endroit, il y avait un très grand palais, dont ces restes informes ne sont, suivant les apparences, que les soubassemens. On y trouve encore des revêtissemens de marbre avec des morceaux de colonnes. Ce palais, placé à l'extrémité de l'île, était terminé, d'un côté, par l'escarpement de la roche même, coupée à pic, dequatre cents pieds de haut et battu par la mer.

On lit dans Suétone que c'était de ce palais isolé et bâti à l'extrémité de cette roche élevée, que Tibère faisait précipiter ses victimes sous ses yeux, après avoir épuisé sur elles les plus longs et les plus cruels supplices, et que, dans la crainte qu'il ne leur restât quelque souffle de vie, des soldats les attendaient au bas avec des crocs et des rames pour les achever et les mettre en pièces. '

» Camificinœ ejus ostenditur locus Capreis , unde damnatos, post longa et exquisita tormenta , prœcipiiari corani se in mare jubebat , excipiente classiariorum manu , et contis atque remis elidente cadavera , ne cui residui spiritus quidquam énesset, (Sdet. ,i/iriô., S. LXII. )

L autre côté de File pouvait être occupé par des jardins en terrasse; vis-à-vis est un autre rocher isolé, couvert sans doute autrefois de fabriques et de constructions considérables; on distmgue encore parmi ces ruines deux galeries circulaires Tune sur l'autre, et au sommet les restes d'un vieux palais dans la situation la plus avantageuse, avec la vue sur les deux rivages et les deux mers. Au-dessous était une aulre construction en demi-cercle, et en sens contraire, dont il existe encore quelques débris, et dont la forme ou la demi-circonférence a un mille de diamètre.

Au centre de ce beau théâtre est une petite montagne qui semble s'élever exprès pour faire perspective : jamais plus beau mouvement de sites, et jamais plus beau plan pour en tirer un grand parti ; car les anciens avaient cet-avantase sur nous, de se laisser conseiller par la nature, d y ajouter, de l'embellir, sans vouloir follement l'assujettir à des beautés de symétrie auxquelles elle se refuse. C'est sans doute la plus belle et la plus délicieuse partie de Tîle; elle est occupée aujourd'hui par des Chartreux, qui y ont fait construire des terrasses jusque sur les pointes des rochers de la côte du midi.

Nous parcourûmes tout ce terrain, et nous suivîmes ces terrasses qui devaient produire de si grands effets, dont les formes sont encore si heu-

reuses et les contrastes si prononcés, que l'imagination se retracerait encore avec plaisir ces lieux délicieux dans leur magnificence, si l'enchantement ne cessait en se rappelant le monstre qui les habitait, et si le souvenir de ses sales voluptés ne révoltait l'âme autant que ses cruautés.

Nous rentrâmes à la nuit tombante chez notre marinier, très satisfaits de nos recherches et du pittoresque de Caprée. Le lendemain, à la pointe du jour, nous allâmes sur la montagne où est le château, ou plutôt la vieille masure d'une fabrique qui a toujours été de la plus mauvaise forme, et n'a jamais eu que l'avantage de sa situation. Nous y trouvâmes encore quelques arrachemens de murailles antiques, mais sans pouvoir en décider ni le plan ni la forme. Nous en descendîmes pour monter, ou plutôt escalader la plus haute roche de l'île. Son escarpement prodigieux sépare l'île en deux, et en laisserait les parties absolument étrangères l'une à l'autre, si on n'avait fabriqué un escalier de cinq cents marches, par lequel on gravit pour arriver à une plate-forme sur laquelle est bâti un second bourg presque aussi grand et plus riche que l'autre. Ce bourg porte encore le nom d'^na Caprée, ou Caprée supérieure, nom que les Grecs lui avaient donné à cause de sa position sur la sommité de l'île. Avcl ayant

a 22 VOYAGE PITTORESQUE

en grec la même signification que supra en lati

in.

Cette grande moitié de l'île, qui va gagner par un plan incliné jusqu'à l'autre partie de la côte du couchant, est très cultivée et très abondante. On y recueille d'excellent vin; les habitans y sont industrieux, et il y règne une activité qui, en général, caractérise assez les insulaires; les femmes y sont presque toutes jolies et bien habillées, les hommes actife, laborieux, et tous, ou pécheurs, ou employés à la construction des vaisseaux du roi de Naples. Nous trouvâmes également^ sur la superficie, des vestiges de fabriques et de constructions antiques , qui nous con* duisirent à un vieux château encore plus élevé de cent cinquante pieds que le haut de l'escalier, ce qui fait au moins six cents pieds au-dessus de la mer, avec des escarpemens presque perpendiculaires. On domine de là sur une étendue de mer immense , ainsi que sur toutes les villes et les lieux remarquables de cette côte, depuis le cap Licosia jusqu'à Gaëte.

Après avoir fait toutes nos observations , qui malheureusement ne nous avaient pas procuré de grandes découvertes, nous redescendîmes et allâmes nous promener sur le bord de la mer, et dans les parties de l'île que nous n'avions pas encore vues, et où il était impossible d'aborder. Nous y trouvâmes des ruines de mille pas de

longueur, les unes emportées par la mer, les autres enfouies sous la terre, ou habitées par de& cultivateurs; mais rien de suivi ni d'intéressant. Il est vraisemblable que c'est de ce côté qu'était bâti le palais d'été de l'empereur, parce qu'il se trouvait placé à l'ombre du soleil du midi par le grand rocher dont nous venons de parler, et rafraîchi par la tramontane et l'air de la mer. Nous y vîmes des ruines de fabriques, qui étaient, selon toute apparence, des bains : on y distingue même encore la forme et les restes d'une grande rotonde , en partie couverte par les eaux de k mer.

Il paraît que cette rotonde était décorée avec magnificence, autant qu'on peut en juger d'après des moitiés de grandes colonnes de marbre qui sont encore sur le lieu. La mer a tellement dégradé toutes ces constructions antiques , quoique quelques uns de ces murs aient seize pieds d'épaisseur , qu'il n'est plus possible de prendre aucune idée ni de leur forme, ni de leur distribution.

Nous trouvâmes sur ces débris antiques une quantité de cordes tendues , auxquelles les habitans de l'île attachent les filets dont ils se servent pour prendre les cailles. On nous assura que, dans certains temps de l'année, elles y arrivent en si grande abondance, qu'on en prend pour plus de cent ducats par jour, ce qui ferait la ri-

WH-

aa4 VOYAGE PITTORESQUE

cfaesse de l'île si ces pauvres gens avaient Tindiistrie de les nourrir, de les engraisser et de les vendre pendant Tbiver à Naples.

Enfin, après avoir fait à peu près le tour de File, qui peut avoir douze milles de circuit, l'avoir traversée dans son diamètre, qui est fort court relativement à la longueur, avoir visité les deux bourgs, qui contiennent, ensemble, neuf raille habitans, nous quittâmes un lieu autrefois si vanté pour ses délices, et qui ne doit aujourd'hui le peu qui lui en reste qu'à la douceur de son climat.

Le lendemain a la pointe du jour , le vent était contraire; cependant, dès que nous nous fûmes

^"^ n«*3^."** ^^^ ^^"^ ^^ ^^^^ ^^ '^ ^^^^ 9 nous jouîmes du plus beau calme. Nous coupions de cap en cap, et arrivâmes bientôt à Massa , petit bourg situé dans le fond d'une anse , et qui avait autrefois un château sur le bord de la mer. Ce château est aujourd'hui absolument détruit, et ses ruines ne nous présentèrent rien d'intéressant. Mais nous n'eûmes pas plus tôt quitté ce lieu , que , sans nous éloigner du rivage , nous rencontrâmes les sites les plus agréables par leur mouvement et par les fabriques pittoresques dont toute cette côte est meublée : on en peut juger par la Vue qu'un de nos artistes dessina dans la barque, devant un endroit appelé Puoio, et situé entre Massa et Sorrente.

Vue prise le

loD«;delacôte

de Sorrente y

DU ROYAUME DE NAPLES. 22 r.

Pendant qu'un de nos dessinateurs esquissait cette vue , nous remarquâmes une chose qui nous parut fort singulière j c'était un poisson volant, qui sortit de l'eau tout près de notre bateau ; il fit un vol très droit, très rapide, et alla retomber dans la mer, à quarante pas de l'endroit d'où il était sorti. ■

Sur la pointe qui couVre Sorrente, nous apei- Va.deUMte çumes les ruines d'une très grosse fabrique ro- ""'n-C

■ Le5 naturalistes font mention de plusieurs espèces de

sont 1 k.rondelle de mer, le milan marin, le muge volant et le faucon de mer. Toutes ces espèces de poissons , peu différens quant a la forme, se ressemblent, en ce qu'ils ont tous des nagecres épineuses, à membranes très allongées, dont .Is se servent pour voler, comme les oiseaux se servent de leurs ades pour se soutenir dans les airs. Leur vol est rapide et soutenu tant que les nageoires qui leur servent dailes restent mou.Uees et «exrbles ; mais dès qu'elles sont desséchées par .mpress,on de 'air, ce qui arrive asse. promptement , c n.maux sont ob igés de se replonger dans leur élémen natuiel : ces sortes de poissons volans sont fort rares dans nos mers surtout dans l'Océan, et ne se rencontrent guère

hors de 1 eau ; .1 y en a aussi quelquefois dans la Méditerra-

ler^ur''"" '"'""""*■ •-" ''""'^^^' '•'' 8°"'- <^« ""«■•. et es autre, poissons voraces les poursuivent avidement. C'est

-lorsqu ,1s les évitent ens'élançan, dans l'air. Mais, malgré ce

™oyen que la nature a donné à ces animaux pour échLp

a leurs ennemis, il leur arrive souvent, en voulant évUer

ceux qu. les poursuivent dans la mer, d'être assaillis par les

o^^eaux de proie, qui „e sont pas moins redoutable: pour

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