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niaine ; les restes de cette construction antique nous firent juger de sa grandeur, sans pouvoir nous indiquer rien de plus. Il en existe cependant encore quelques murs et quelques substructions cintre'es ; mais la mer a dévoré tout ce qui pouvait indiquer quelle en était la forme. Dès que nous eûmes dépassé là pointe, nous découvrîmçs les environs délicieux deSorrente, bâti dans une gorge de montagnes, dont on aperçoit l'entrée entre deux terrasses qui se prolongent le long du rivage dans la distance de plus de cinq mille pas, et dans la situation la plus riante et la plus pittoresque. Toute cette plate-forme n'est qu'un bosquet entouré de cassines, où les haijïitans de Naples viennent en villagiature. On peut dire que les jardins de Sorrente sont le potager de la capitale , comme son marché est le magasin des comestibles. Tout y croit en abondance, et y est également bon , végétaux et animaux. On connaît de réputation le veau de Sorrente; le gibier de toute espèce y est également parfait; et parmi les différentes productions de la terre, on doit citer particulièrement les vignes de Sorrente : on en retire un vin exquis que les anciens assimilaient, pour la qualité, à leur fameux vin de Falerne.
La nature est si prodigieusement active dans tout le canton et les environs de Sorrente, qu'on y voit souvent des nourrices de l'âge de quatorze
ans. Il y en a aussi de cinquante-cinq , et celles-ci, a ce qu on assure, ne savent comment tarir leur iait. Les arbresy sont toujours couverts de feuilles et on n'y connaît point l'hiver. Le grain croitsous la vigne qui s accroche aux arbres fruitiers, et une infinité de plantes de toute espèce ajoutent encore a la fraîcheur et à 1» richesse des sites, par les contours multipliés que ces plantes parasites forment d un «rbre à l'autre. Nous y passâmes à i\oeI et la végétation était encore si forte et si abondante, que les branches et les feuillages des arbres bornaient la vue de toutes parts. Les orangers y viennent jusque dans les fossés et sur les pierres; il est vrai que, pour expliquer cette prodigieuse végétation , il faut savoir que ce qu on prend au premier coup d'œil pour de la pierre, n'est autre chose qu'un tuf volcanique et que ces longues terrasses dont nous venons dé par er, et qui viennent se terminer sur le bord de la mer, ce rempart naturel dont la tranche a 1 aspect de la plus belle roche , est un seul et même lit de cendres de soixante pieds d'épaisseur, sans aucune variété dans les matières dont il est composé, et sans l'intermission d'aucune lave. '
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11 n'est pas étonnant que la fertilité de Sorrente, les charmes de sa situation , si vantée de tous les temps, aient fait naître mille fables sur son antiquité et sur les noms de ses fondateurs. Mais l'opinion la plus naturelle est celle qui attribue son origine à la colonie grecque qui s'établit en premier lieu à Cumes; c'était, comme nous l'avons vu , la plus ancienne ville que les Grecs élevèrent en Italie ; et ce Ait cette même colonie qui fonda la ville de Naples et le plus grand nombre de celles qui existaient dans cette partie
de la Campanie.
Le nom seul du cap ou promontoire de Minerve sur lequel Sorrente est situé, et qui, suivant tous les auteurs, lui vient d'un temple anciennement élevé à cette divinité protectrice des Grecs, semble en être encore une preuve. Si nous en croyons Strabon , ce temple de Minerve fut bâti par Ulysse '. L'antiquité nous fournit, au
et de la même nature que la chaîne de l'Apennin , dont cette côte est une branche. On ne peut non plus attribuer des amas de cendres aussi prodigieux au Vésuve, à cause de son trop grand éloignement. Il aurait , d'ailleurs , couvert les beux d alentour aussi -bien que celui^i, et on peut assurer que ces cendres et ce tuf sont indubitablement plus anciens que la grande éruption du Vésuve, du siècle de Titus, puisqu'on trouve un grand nombre de ruines et de constructions antiques qui ont été autrefois élevées sur ce terrain volcanique , et à des époques plus reculées.
. Pompeiis coriterminum est Surrentum Campanum, undc
reste, très peu de lumières et de détails sur cette ancienne Surrentum. Il ne nous reste que les éloges que les historiens et les poètes faisaient avec raison de l'abondance de ses productions, et de la fertilité extrême de ce pays délicieux. Il y a tout lieu de penser que ce fut la réputation qu'il eut dans tous les temps à cet égard, qui lui attira, vers le milieu du seizième siècle, le désastre dont toutes les histoires du temps nous font les descriptions les plus lamentables.
Elles racontent quen i558, le i5 juin, jour de Saint- Antoine de Padoue, le terrible Mustapha-Bassa, après avoir pillé Reggio à l'extrémité delaCalabre,parut tout à coup devant Sorrente à la pointe du jour, avec cent vingt galères remplies de Turcs, qui escaladèrent la ville, et la mirent à feu et à sang; et qu'après avoir forcé et mis à mal les religieuses, pillé les églises et les monastères, ces barbares emmenèrent avec eux en servitude une grande partie des habitans de Sorrente qui avaient échappé au carnage , et dont le nombre montait à douze mille prisonniers. *
■II-
Minervœ promontorium , quod et Sirenusarum promontorium quidam vacant. In summa est faniim Minervœ ah Ulysse conditum. ( Strab. , Lib. V. )
' La mattina di i3 digiugno , primachè comparisse laurora, calaio in terra buon numéro di quei Barhari dietro la marina di Massa; le gales circondevano tutta la costa : e vennero al Capo diSorrento : e non veggendo gente di guardia, si sprinsero avanti
23o VOYAGE PITTORESQUE
En observant la (|uantitë de ruines et de fragmens antiques qu'on trouve répandus de toutes parts dans cette ville, on ne peut douter que les Romains ne l'aient autrefois embellie de plusieurs raonumens. Sorrente avait alors rang de république {Surrentina Respublicd) et de colonie romaine , se gouvernant par ses propres magistrats, ainsi qu'on peut le voir par plusieurs inscriptions antiques, et entre autres parcelle-ci, gravée sur le piédestal d'une statue élevée à un de ses préteurs, en reconnaissance de ses travaux et de sa bonne administration.
la marina délia città , trovarono ahhandonati quel lidi , ma non ardivano di smontare : allorachè {come fu fama) un Turco schiavo di un nobile, gridando da quelle rupi , invitogli al bottino. Discesero dunque in terra , e montando su l'erto , giusero al monasterio di San-Gregorio , oggi dctto di San- Fincenzo , doue gittate al suolo le porte , fecero cattive le suore , che nulla sospettavanx) di sïfatta disgrazia. Il governatore délia città, spagnuolo di nazione , con Pompeo Marzano , ed altri gentiluomini tentarono coraggiosamente di opporsi alla barharia de Turchi, ed impedirono loro con l'armi in manoper buonapezza il cammino. Ma sopragiunto un fresco stuolo di Barbari , soprafatti dal numéro , e perduto il governatore ( da un colpo di archibuggio tolta vita), vedendo inevitabile ilfato délia lorpatria, cercarono scampare délia cattività colla fuga verso i monti di Vico. Cosï rimase quella città alla discrezione degli Ottomani, sofferse un crudelissimo sacco , nel furore dé quali caduti i vecchi sotto le scimittarre degli aggressori ,furono condotti gli altri in una misera servi tu. E fama che i prigioneri ascendessero a \i millia persone . (Plac. Troily , tome V.)
DU ROYAUME DE NAPLES. aSi
Flavio. Fvrio. Favsto. v. c. Tribvno.
ab. origine. patrono.
OB. MERITA. LABORVM. VNIVERSVS. OROO.
ET. POPVLVS. SVRRENTINORVM.
STATVAM. NOBILITATI. EIVS.
FACIENDAM. CVRAVIMVS.
Sur d'autres marbres, on voit plusieurs inscriptions en l'honneur de Trajan , de Constantin; d'autres encore nous apprennent qu'il y avait autrefois à Sorrente un temple dédié \ Vénus, et un autre à Cérès.
Sous le portique de l'archevêché, dans la cour et au portail de la cathédrale, on trouve des fragmens de corniches et de colonnes qui annoncent les restes de plusieurs vastes édifices. On y voit encastrés, entre autres, deux bas-reliefs en marbre, qui ont pu être ou des piédestaux ou des autels, dont le style fait vivement regretter qu'on les ait laissés se dégrader au point où ils le sont \ •
Enfin, sur une petite place qui est près de la
' Dans la cour du même palais, on a encastré dans le mur des trophées d'armes en bas-reliefs, en marbre, qui ont appartenu à quelque arc de triomphe , ou au piédestal de quelque colonne triomphale dans le genre de celui de la colonne trajane. Audessus de la porte de l'église , on a rais en attique un fragment d'arabesque en bas-relief d'un travail pur et précieux, et dans la même église on a adapté adroitement de précieuses petites colonnes antiques aux ornemens modernes qui décorent la chaire à prêcher et le siège épiscopal.
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a32 VOYAGE PITTORESQUE
cathédrale, on a conservé sur un piédestal le fragment d'une figure égyptienne à genoux , dont il ne reste que la moitié inférieure ; nous y remarquâmes un travail bien au-dessus de tout ce qui est connu dans ce genre, dont le style s'adapte si heureusement a Farchitecture , mais qui, si rarement, est d'un trait et d'un contour pur. En revenant, nous rencontrâmes encore une grande quantité de colonnes de marbre précieux, et de beaux chapiteaux répandus çà et là dans la ville; et après l'avoir parcourue d'un bout à l'autre, nous allâmes nous reposer à notre auberge, où l'on ne manqua pas de nous servir de ce fameux veau de Sorrente, qui aurait eu besoin d'un meilleur cuisinier. Ensuite nous nous embarquâmes pour aller dessiner, de dessus la mer, les vues de ce beau pays, qui, pris de ce côté, est aussi grandiose dans ses formes et dans son ensemble, qu'agréable dans ses détails.
Nous continuâmes de ^à notre route pour Naples, en suivant la côte, qui n'est plus aussi riante. Nous passâmes sous des roches escarpées , et nous fûmes assez étonnés de sentir , quoique sur mer, et à une assez grande distance, l'odeur des sources sulfureuses qui coulent de toutes parts le long de cette côte : elle est couverte dans toute cette partie de grands bois , qui s'exploitent d'une manière assez particulière. TiCS bûcherons, après avoir coupé leur bois,
DU ROYAUME DE NAPLES. a 33
le conduisent du faite des montagnes et l'amènent jusque sur le bord de la mer par un moyen assez simple , et qui est fort ingénieux. Ils tendent de grandes cordes de distance en distance, de vallée en vallée, et toujours en descendant du côté du rivage; ils accrochent chaque charge de bois à la corde , le long de laquelle, par une petite poulie, le bois est conduit, coule et arrive jusqu'à un repos, où des hommes l'attendent pour l'accrocher de nouveau à une autre corde, et ainsi de suite. Par ce moyen très simple, du haut des montagnes très élevées , et à une grande distance, des coupes de bois considérables arrivent ainsi très rapidement, en traversant les airs, jusque dans les bafques qui doivent le transporter.
Nous jouîmes de ce spectacle industrieux et assez amusant pendant toute la route qui nous restait à faire le long de la côte de Sorrente jusqu'à Castellamare , où nous n'arrivâmes qu'après le soleil couché. Le jour se trouvant alors trop avancé pour aller plus loin, nous prîmes le parti d'y passer la nuit, et de remettre au lendemain , matin notre retour à Naples.
CARTE THÉODOSIENNE,