‹ Voyage pittoresque à Naples et en Sicile [microform]Chapitre 16 sur 96 · APPARENT ET H. V · texte numérisé non relu

APPARENT ET H. V

Les deux bas-reliefs antiques gravés à côté de la colonne miiliaire ont été pris sur un autel votif, conservé au Capitole à

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a 36 CARTE THÉODOSIENNE.

défauts, elle n'en mérite pas moins beaucoup dé curiosité , si on veut surtout faire attention que c'est en ce genre le seul monument qui nous reste des anciens.

11 ne sera peut-être point indifférent à plusieurs de nos lecteurs de leur dire ce que c'est que cette carte de Peutinger dont ils ne voient ici qu'un segment, une très petite partie, mais suffisante cependant pour en donner une idée; et d'ailleurs la seule qu'il devenait intéressant de mettre sous leurs yeux, puisque c'est la représen-

Rome. L'un représente, sans aucun doute, une voie publique désignée par une femme appuyée sur une roue , emblème assez ordinaire chez les anciens ; elle lient un fouet de la main droite, la palme qu'elle a dans l'autre semblerait indiquer que ce monument a eu quelque rapport avec la voie triomphale, l'une des douze voies publiques qui partaient de Rome ou venaient y aboutir , ainsi qu'on peut le voir sur la cartç de Peutinger. C'était celle par laquelle les empereurs et les généraux faisaient leur entrée à Rome quand ils avaient obtenu les honneurs du triomphe; Suétone et Tacite disent qu'après la mort d'Auguste , le sénat ordonna que la pompe funèbre de cet empereur entrerait à Rome par la voie triomphale *. L'inscription Salvos iRfc est , ainsi que toutes celles de ce genre , relaiive à la sûreté des chemins et des voyageurs.

On voit aussi une inscription pareille, ou à peu près, sur l'autre bas-relief, Salvos venire, et dont l'objet est, sans contredit, le même. Nul doute que cet autel n'ait été élevé par suite d'un vœu fait aux divinités tutélaires des voyageurs. Il resterait à déterminer encore ce que signifiait l'espèce d'aviron que tient

* Tnm comiihatnin de honorihiis , ex queis maxime insignes vrsi, m porta triumphali ducereturjuniu. ( Tacit, , Armai. )

CARTE THÉODOSIENNE. ^S^

talion des pays, ou plutôt des chemins que nous avions à parcourir avec eux.

L'étendue de l'Empire romain, et la distance prodigieuse où étaient de Rome et de l'Italie les pays dans lesquels on avait à envoyer des armées pour faire des conquêtes nouvelles ou pour conserver les anciennes, obligèrent de pourvoir aux marches et approvisionnemens de ces troupes. Ce fut sans doute ce qui amena la

cette femme : ne pourrait-on pas croire qu'il devait indiquer de longs voyages également faits par terre et par mer?

La même planche offre encore quelques unes des médailles Irappees à l'occasion de ces mêmes voies publiques, comme par exemple , lorsque l'empereur Trajan fit construire le chemm qui porte encore son nom via Trajana. , soit pour célébrer une loi ou une ordonnance rendue par quelque empereur pour la sûreté et l'entretien des chemins ; car on voit plusieurs de ces médailles avec cette inscription, qmd vice munitœ sunt; ou pour rappeler le souvenir de quelque libérable nouvelle de l'empereur, comme celle par laquelle Nerva exempta les villes d'Italie de fournir des voitures et des chariots pour les marches des légions : leur légende est Vehiculatione Italiœ remissa.

Cette simple base de colonne que nous voyons au revers de deux médailles d'Auguste, annonce encore par son inscription , dont on ne voit que les lettres initiales de chaque mot, qu'elles avaient été frappées par l'ordre du sénat, et que les chemins furent alors rétablis au moyen des fonds que l'empereur avait fait porter au trésor public. Voici comme se présentent, sur les médailles, ces lettres initiales : s. p. q. r

IMP. CAE. QVOD. VI. M. S. EX EA. P. Q. ,s. AD. AE. D. , et c'cst ainsi

quelles doivent être expbquées : Senaius populwsque romanus , impemtori Cœsari , qmdviœ munitœ sunt , ex eapccunia quant i> ad œrarium detulit.

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nécessité de former des espèces de cartes géographiques, sur lesquelles, sans s'embarrasser de la forme des pays, on ne traçait que les grands chemins et les voies publiques, ainsi que les distances qu'il y avait d'un lieu à un autre, afin de pouvoir régler d'avance les différentes stations des troupes, et les lieux où elles devaient séjourner, ce qu'on distinguait par Stationes ou Mansiones.

Pline dit qu'on distribuait de ces cartes itinéraires aux généraux qui partaient pour des expéditions lointaines, aux officiers qui étaient chargés de régler les marches des légions, ainsi qu'aux magistrats qui avaient l'inspection des voitures publiques. 11 est même présumable qu'il y avait des prototypes en ce genre , comme la carte Théodosienne , d'après lesquels on formait des copies qui ne contenaient qu'un pays, ou même qu'une division particulière.

C'est un de ces itinéraires de tout l'Empire romain dont nous présentons un fragment. L'original de cette singulière carte, si renommée parmi les antiquaires, et telle qu'on la conserve dans la Bibliothèque impériale à Vienne, n'est autre chose qu'un long rouleau de vingt pieds et demi de longueur sur un pied de large. Il est composé de onze morceaux de vélin réunis, sur lesquels sont tracés tous les noms des voies publiques, des chemins qui existaient dans l'Em-

GARTE THÉODOSIENNE. .;,3y

pire romain, c'est-à-dire dans tout le monde c^nnu alors. C'est ce qu'on appelle la carie Théodosienne, publiée sous le nom de carte de Peuiinger.

11 parait assez constant que cet itinéraire a été fait sous le règne de l'empereur Théodose, et que ce fut vers la fin du quatrième siècle, et dans le cours des guerres que ce prince eut à soutenir en Allemagne, que la carte se trouva égarée, et tomba, on ne sait comment, entre les mains des Barbares, où elle resta oubliée pendant plusieurs siècles. On ignore absolument ce qu'elle devint depuis l'époque de la mort de Théodose, qui arriva à Milan, en 5g5. jusqu'au quinzième siècle, que Maximilien I", empereur d'Allemagne,' et connu par son amour pour les lettres et les savans , engagea un certain Conrad Celtes de faire en Allemagne, et ailleurs, des recherches dont le but était le progrès des sciences.

Ce savant fut assez heureux dans le cours de ses voyages, pour que l'original de cette carte prél cieuse lui tombât sous la main , à Spire, ville da Palatinat, dans une bibliothèque où il était oublié et enseveli depuis des siècles. Celtes ne tarda pas à en sentir tout le prix; il en fit l'acquisition, et l'emporta : il est douteux qu'à son retour il ait donné connaissance de cette découverte à l'empereur Maximilien, puisque cette carte resta Ignorée jusqu'à la mort de ce Celtes et qu'elle

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passa, par son testament, à un autre savant nommé Conrad Peutinger. Quarante ans après, un jurisconsulte célèbre d'Augsbourg , Marc Welser, obtint de Peutinger la permission de la faire graver et imprimer à Venise sous ce titre : Fragmenta Tabulœ antiquœ, in quis aliquot per Romanas Provincias Itinera , ex Peutingeroiuni Bibliotheca; edente et- explicante M. Welsero^ Venetiisy iSgi. Ce fut la première édition de cette carte antique, connue aussi dès-lors sous le nom de table Théodosienne. Trois ou quatre éditions plus ou moins remplies d'erreurs et d'incorrections, ont été publiées depuis cette

époque.

Ce curieux et unique monument, après avoir passé dans différentes mains, devint la propriété du célèbre prince Eugène, qui en fit don à la Bibliothèque impériale de Vienne , où il est précieusement conservé. On en a fait, en 1765, une superbe édition dédiée à l'Tmpératrice-Reine, et c'est d'après cette dernière édition, imitée et copiée avec la plus grande exactitude sur l'original, que nous avons extrait les cinquième et sixième segmens que nous avons réunis sur une même carte , et que nous offrons à nos lecteurs. *

* Il n'y a que onze pièces ou morceaux de vélin , dont l'ensemble compose la carte de Peutinger , telle qu'elle a été publiée en premier lieu par Welser, copiée depuis dans différentes éditions, et enfin telle qu'elle a été publiée en dernier

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Quant au mérite même et à l'intérêt du monument antique qui nous occupe, il est nécessaire, comme nous l'avons dit d'abord , de ne pas perdre de vue que ce n'est point une carte de géographie ordinaire, dans laquelle on ait prétendu rendre compte, ni de la forme, ni de la situation des villes et des pays relativement les uns aux autres ; mais seulement une carte itiné-

lieu a Vienne, par Christ Von Scheyb, en .753. CeUe car.e nes^ malheureusement point entière , même dans cette édition de Vienne, et ne lest dans aueune. Il est aisé de voir que la première partie, celle qui formait précisément le cheAu le ■tre, a cte égarée, puisque c'est par la fin d'un mot que a carte commence ; ses dernières lettres ita.u étaient, sein oute apparence, précédées de trois autres, et on devait v l.re AQU.TANU. On aperçoit aussi dans la partie supérieure de ce premier segment une petite portion et un fragment de l'Aàglelerre, qu. „ y est point terminée; enfin l'Espagne et une grande partie des Gaules . que les anciens appeLenfl'^,^' taine , y manquent absolument.

Une autre remarque, qui n'est pas plus indilTérente , en observant cette dernière édition de ,753, parfaitement Conforme à la carte de Vienne , c'est que tous les noms et les mots dont elle est composée sont écrits en caractères allemands ou gothiques; d ou .1 résulte que ce qu'on conserve aujourd'hui précieusement dans la Bibliothèque impériale n'est autre chose quune copie- informe et incorrecte, faite dans le treizième siècle par quelque moine d'Allemagne , d'après l'original an,ique Cet original n'existe plus peut-être , ou , s'il existe encore on doit penser qu'il n'a pu être écrit avec d'autres caractères m d autres lettres que les lettres romaines ou latines , et jamais avec des caractères gothiques , qui n'éuient pas connus du temps de Théodose.

îi42 CARTE THÉODOSIENNE.

raire où sont marqués les noms des lieux principaux par où passaient les grandes routes et les voies publiques.

Nous ne pouvons douter que les anciens n'aient eu non seulement des géographes habiles, mais même, si on en croit Strabon, Pline et d autres historiens, que ces géographes n'aient dressé avec art des cartes et des tables, sur lesquelles étaient exactement représentés les différens pays de la terre connue alors. Strabon nous dit qu Anaximander, disciple de Thaïes, fut le premier qui, du temps de TuUius Servius, roi des Romains, représenta, par des traits, sur une carte, la forme des lieux '; elles se traçaient d'abord sur des surfaces sphériques, afin que les méridiens et les parallèles fussent de véritables cercles; mais l'embarras de leur construction fît chercher le moyen de les tracer sur des surfaces plates : celle qu' Aristagoras porta avec lui dans la Grèce, et de laquelle parle Hérodote, était de cette dernière espèce.

Les Athéniens eurent plusieurs artistes en ce «enre, et sous Alexandre, au rapport de Pline, Diognetus et Biton lui servirent comme d'arpenteurs pour mesurer et décrire les pays où il allait porter la guerre. Le même auteur dit encore expressément qu'Agrippa avait fait faire

• Illum quidem prias, de situ orhis descriptam edidisse tabidam. (Strab. , Lib. I.)

i»rarftf.ii,r*''îWIMiiatt,

CARTE THÉODOSIENNE. 243

pour Auguste une carte universelle mesurée par milles, et qui était la plusexacte qu'on eût connue jusqu alors; mais aucune de ces cartes des anciens n'a été respectée parle temps et n'est parvenue jusqu'à nous, ce qui a rendu la découverte de celle-ci d'autant plus précieuse.

Les seuls monumens antiques qui aient une sorte de rapport avec la carte Théodosienne, sont deux ou trois itinéraires, ou espèces de cosmographies, sur lesquelles on voit également mdiqués la distance et le nombre des milles qu'il y avait entre les villes. Le plus célèbre, connu sous le nom à' Itinéraire Jntonin , paraît avoir été fait absolument dans le même but que la table Théodbsienne, c'est-à-dire pour servir de guide et d'instruction dans la conduite et les logemens des troupes romaines sur les différentes routes de l'Empire. ■

11 devenait donc infiniment curieux de rapprocher ces deux espèces de monumens antiques

■ On ignore quel est celui des Antonins sous lequel cet ouvrage a été fait. On sait d'ailleurs qu'antérieurement et du temps même de César et d'Auguste, on avait dressé de's itinéraires semblables. De plus , il y a dans celui-ci des noms de villes qui n'existaient ni de leur temps, ni même de celui d'Anlonin Pie, qui mourut l'année 161. On pourrait donc croire que cet itinéraire ayant été fait sous les premiers empereurs et rétabli sous l'un des Antonins , il aura été augmenté depuis, sans qu'on ait cru devoir lui donne^ un nouveau nom. Il y a différentes éditions de l'itinéraire d'Antonin. Celle qui

i *« il

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sur une même carte , et c'est ce que nous avons fait, en employant ce que la forme excessivement allongée de la table Théodosienne laissait d'espace vide , et le remplissant avec ceux des articles de l'Itinéraire d'Antonin qui y ont rapport; mais c'est sur le rapprochement et le rapport de ces anciens monumens qu'on doit sentir qu'il y a plus d'une remarque à faire.

11 est certain que si ces deux itinéraires ont de grandes ressemblances entre eux relativement à leur objet, qui parait être le même, ils ne renferment pas moins de dissemblances, soit pour un très grand nombre de noms de villes différemment marquées sur l'un et sur l'autre itinéraire, soit pour les distances et le nombre des milles entre les lieux et les villes indiqués sur chaque route. Il est aisé de sentir qu'ayant été faits à des époques fort différentes , et a plusieurs siècles l'un de l'autre, il est possible que les chemins aient varié dans plusieurs endroits, et que, par conséquent, les distances soient devenues différentes. 11 en est de même des lieux et des

nous a servi de modèle dans l'extrait que nous avons ajouté sur notre carte , est l'édition faite par Jérôme Surita.

Indépendamment de cet itinéraire, nous en avons encore deux autres dans le même genre , dont l'un a été fait par un évcque de Bordeaux , qui , dans le temps des croisades , fit le voyage de Jérusalem ; et un autre plus ancien , sous le nom de l'anonyme de Kavenue , qu'on croit avoir été composé , dans le quatrième siècle , par un moine de cette ville.

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villes par où ces routes passaient, et qui ont pu être désignés sur un itinéraire et oubliés sur l'autre.

Mais, malgré les défauts, les incorrections dont ces deux monumens antiques sont remplis , et surtout la difficulté qu'on trouvera toujours quand on voudra, en les comparant, les accorder ensemble, on ne peut disconvenir qu'ils ne renferment infiniment de curiosité et ne soient fort intéressans à connaître, soit à cause de l'utilité dont ils peuvent être pour l'intelligence des anciens auteurs, soit en même temps en ce qu'ils nous représentent et réunissent dans un très petit espace, et sous un même point de vue, la totalité des grands chemins et des voies publiques des anciens.

Ces chemins militaires, faits par les Romains dans la partie seule de l'Italie^ étaient en très grand nombre; car, indépendamment des douze voies majeures, Flaminienne, Salare, Nomentane, Tiburtine, Prenestine, Lavicane, Latine, Appienne, Laurentine, Ostienne, Aurélienne et Triomphale, indiquées sur la carte antique, toutes partant de Rome, l'histoire en cite douze autre%qui partaient également de Rome, et un plus grand nombre qui commençaient dans différens endroits de l'Italie, et qui étaient faites pour communiquer d'une ville à l'autre; c'est parmi ces dernières qu'on comptait les voies

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^milienne , Trajane , Domitienne , Popilienne, etc. '

Toutes ces routes militaires et beaucoup d'autres encore, qui, dans l'itinéraire d'Antonin , allaient jusqu'à quarante-sept, avaient été faites, suivant les détails que 'Pline nous en a laissés, dans l'étendue de mille et vingt milliaires ita-

' Indépendamment de l'inscription antique de la Polla , dont nous avons parlé chapitre IX, page 176, et d'après laquelle , suivant le sentiment de l'abbé Cliauppy , nous avons donné à cette longue voie des Romains , qui allait de Capoue à Reggio , le nom de via Popilii , nous devons aux recherches du même savant la connaissance d'un autre monument qui paraît effectivement venir à l'appui de cette opinion : c'est une inscription antique qui existe à Nola , à peu de distance de Capoue j elle avait été faite pour être mise au bas de la statue d'un Pollius, qui, dans le nombre des différens services qu'il avait rendus à sa patrie, avait sans doute fait entièrement rétablir une voie qu'on appelait alors via Populi. La ressemblance du nom sur un monument trouvé dans une ville également située sur la même route, peut être regardée comme une preuve de plus que ce doit être la même voie Popilienne dont il s'agit. Voici l'inscription :

POLLIO JVLIO CLEMENTIANO

SVBVENTORl CIVIVM

NECESSITATIS AVRARIAE

DEFENSORl LIBERTATIS •

REDOMATORI VIAE POPVLI

OMNIVM MVNERVM RiCREATORl

VNIVERSA RECIO ROMANA

PATRONO PRAESTANTISSIMO

STATVAM rOLI.OCAVIT.

■.■•aBijgi.

CARTE THÉODOSIENNE. 247

liques, qu'il donne de longueur à l'Italie, lesquels équivalent à cinq cents de nos lieues, sur une largeur de quatre cent dix milles, ou deux cents lieues environ; de sorte que, au dire deBergier, dont nous consultons l'ouvrage sur les grands chemins de l'Empire, en supputant la quantité de milles qu'il y a sur ces routes, on trouvera que , dans l'Italie seule , les Romains avaient fait quatre mille cinq cents lieues de chemins pavés. '

Nous ne présentons, de cette carte de Peutin-

• Il est nécessaire d'observer que , dans cette étendue de cinq cents lieues que Pline donne à l'Italie sur sa longueur , et deux cents lieues de largeur , il n'a voulu parler que de la longueur même du chemin, qui, partant d'Aouste au pied des Alpes , par Rome et Capoue jusqu'à Reggio , pouvait former ces cinq cents lieues, à raison de ses contours et de ses circuits extrêmement multipliés. C'est même ce qu'il désigne clairement par l'expression , cursu meante , qui caractérise toutes les sinuosités et les détours qu'on était obligé de faire pour suivre cette route , l'Italie n'ayant sûrement pas trois cents lieues de long , ni cent de large. Voici le passage même de Pline : Paiet longitudine ab Alpinofine prœtoriœ Jugustœ , per urbem, Capuamque, cursu meante, Rhegium oppidum, in humero ejus situm , a quo veluti cervicis incipit Jlexus , decies centena , et vigenti M.passuum : multoque amplior mensura jieret lacinium usque ; ni talis obliquitas in latus digredi videretur. Latitudo ejus varia est CCCCX millium intcr duo maria , inferum et superum , amnesque Varum atque Arsiam : médias , atque ferme circa urbem Romam , ab ostio Aterni amnis , in Adriaticum mareinjluentis, ab Tiberina ostia CXXXFl. (Plink, Liv. III, Nat. Hist.,c.Y.)

it

248 CARTE /rHÉODOSIENNE.

ger, que la partie méridionale de l'Italie, à partir de Rome exactement jusqu'à rextréraité du royaume de Naples, ce qui , joint avec la Sicile, comprend notre voyage en entier; et nous avons, pour en faciliter Fintelligence, eu recours à des chiffres et des astëriques ? qui , renvoyant le lecteur à une table de notes gravées sur la carte, rétablissent et corrigent quelques uns des noms de villes mal écrits sur la carte antique, ou du moins sur la copie qui en a été faite à Vienne. On pourra, par ce moyen, suivre plus facilement ces anciennes voies, et les comparer avec celles qui se trouvent sur nos cartes modernes, d'après les observations de nos meilleurs géographes. *

' C'est ainsi que, sur la carte originale, la voie Appienue se trouvant interrompue à Eciano, au-dessus de Bénévent, nous avons continué à l'indiquer par un trait colorié , et ensuite depuis Sublubatia jusqu'à Mesochoro.

Il en est de même de la voieTrajane, qu'il était impossible de reconnaître dans l'ancienne carte. En partant de Bénévent, la voie revient sur ses pas jusqu'à Mcas, de là ad Pyrum le triiit du chemin n'existe plus ; nous l'avons rétabli par une couleur particulière , pour la distinguer des autres routes.

La grande voie Popilienne se trouvait aussi interrompue à Acerronia, avant d'arriver au lieu appelé ybrwm Popilil , que nous avons prouvé par les inscriptions être le même lieu qu'on appelle aujourd'hui la Polla ; nous avons également rétabli cette voie jusqu'à Mendicoleo , que notre savant guide pense avoir dû être écrit Medio loco , parce que effectivement , par le nombre des milles, ce lieu se trouve être placé dans le milieu de la voie , entre Capoue et Reggio.

CARTE THÉODOSIENNE. 24g

Le seul embarras, et il est grand, cest que la majeure partie de ces voies ne sont pas suivies exactement sur la carte de Vienne , que nous avons eue pour modèle : elles y sont abandonnées, reprises; d'autres, qui communiquent de Tune à lautre, ne sont point distinguées par un nom particulier; d'où il résulte une confusion et un embarras qui font de cet ancien monument un vrai labyrinthe , d'où il n'est pas aisé de sortir. Les conseils et les lumières de l'abbé Chauppy ont été pour nous le fil d'Ariane, et c'est sous ses yeux que nous avons appliqué à quelques unes de ces principales voies des Romains, des couleurs différentes, pour qu'on puisse les distinguer plus facilement les unes d'avec les autres.

La voie Appienne, la plus étendue, la principale de ces voies antiques, celle que les Romains appelaient par excellence Fia Regina ou Regina Fiarum, est coloriée en rouge; cette voie partait de Rome, et allait se terminer à Brindes.La voie Latine, commençant également à Rome, est coloriée en vert; celle-ci forme , sur la carte, trois branches différentes, et se divisait à un endroit qu'on nommait ad Flexum, sans doute à cause de la courbure de la voie, à soixante-dix milles de Rome : elle se terminait à Bénévent. C'est de cette ville de Bénévent que partait la voie Trajane pour aller jusqu'à Brindes, où elle finissait, ainsi que la voie Appienne:

25o CARTE THÉODOSIENNE.

cette voie Trajane est coloriée en jaune. Le bleu indique la voie Domitienne, qui était peu considérable pour sa longueur; elle commençait a Sinuessa, sur la voie Appienne, et ne s'étendait pas au-delà de la Campanie. Enfin la voie à laquelle nous avons cru devoir donner, comme on vient de le voir, le nom de Popilienne , est distinguée par la couleur orange ; cette dernière était une des plus étendues de ces anciennes voies romaines; elle commençait, ainsi que nous l'avons déjà dit, à Capoue, et traversait, depuis cette ville, toute l'Italie méridionale jusqu'à

Reggio.

Nous n'entrerons point, au surplus, dans d'autres détails à ce sujet, quoiqu'ils ne soient pas à beaucoup près sans intérêt.

Avant d'aller rejoindre nos voyageurs, prêts à passer en Sicile , nous devons remplir le pénible engagement, consigné dans l'avant-propos de la seconde partie de notre ouvrage ' , en donnant à nos lecteurs d'affligeans détails sur les tremblemens de terre qui ont désolé le pays que nous venons de parcourir avec eux.

' Tome II , pag. 426 et 4^7.

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