‹ Voyage pittoresque à Naples et en Sicile [microform]Chapitre 2 sur 96 · DIVI. ANTONINI. F · texte numérisé non relu

DIVI. ANTONINI. F

DIVI HADRIANI.

NEP. DIVI TRAIANI.

PARTHIC. PRONEP.

DIVI NERV/E. ABNEPOTI.

. PVBLICE.

Ces deux inscriptions ont été faites en l'honneur de deux empereurs régnant en même temps, ÂNTONiN et Vérus , auxquels il fut élevé aussi des statues dans le même temps par la ville d'Hydrontum. L'empereur Adrien adopta, comme on sait, Antonin, à condition qu'il adopterait lui-même Lucius Verus , qui était fils d'^Elius Caesar. '

• Quoique ces deux inscriptions ne soient pas de l'antiquité la plus reculée, leur parfaite conservation semble faite pour

Le port d'Otrante est petit , mauvais par 'sa forme , et plus mauvais encore par son état , qui ne permet aux vaisseaux d'en occuper que rentrée. Ce n'est plus qu'une rade peu sure, le fond étant comblé de sable. Il est cependant certain que, par sa situation, il pourrait être le premier port de l'Adriatique , et en devenir la clef; c'est ce qui avait fait naître, dit-on, à Pyrrhus le projet extraordinaire de faire construire un pont de bateaux pour communiquer à la Grèce, qui n'en est qu'à cinquante milles de distance, et h Mahomet II de s'en emparer, afin de s'ouvrir la porte la plus commode pour entrer en Italie.

Otrante ne nous présentant rien d'assez inté-

prouver une opinion qui paraît être assez fondée : c'est qu'on doit attribuer la rareté extrême des monumens dans toute cette partie de l'Italie à la qualité et k l'espèce même de la pierre avec laquelle ils ont été construits; étant d'une nature fort tendre et destructible par la seule impression de l'air, tous les monumens grecs qui étaient les plus anciens s'y sont comme anéantis d'eux-mêmes ; ce qui n'est point arrivé dans le reste de l'Italie , en Sicile et ailleurs , où la dureté de la pierre a pu les sauver de la fureur et de l'orgueilleuse jalousie des peuples barbares; car on ne peut qualifier autrement la résolution qu'ils ont prise de démolir des édifices qui , par la solidité de leur construction , auraient pu durer autant que les montagnes. Cette absolue dégradation n'existe pas dans les anciens édifices élevés en briques, plus à l'abri , j)ar leur uature , des différentes impressions de l'air.

ressaut pour nous arrêter davantage , nous remontâmes le fleuve Hydrum, qui a pris son nom d'Hydrontum, ou qui lui a donné le sien. Ce fleuve se perd et disparait à chaque instant dans les jardins qu'il arrose et fertilise. Il est alors divisé en canaux , qui , dans leur plus grande largeur, pourraient être franchis à pieds joints. C'est cependant le plus grand fleuve de cette partie de l'Italie qu'on appelle le Talon de la Botte, Nous retournâmes sur nos pas jusqu'à Morigeno ; de là, nous allâmes diner à Sombrino, où on nous servit du vin si vif, qu'une seule bouteille nous étourdit au point qu'un verre de plus nous aurait fait perdre entièrement la tête , et cela le plus traîtreusement du monde ; car il est doux et agréable à boire, et ne tient en rien de la lourde chaleur de la plus grande partie des autres vins d'Italie.

Apres Sombrino , le terrain s'élève , et , lorsqu'on est arrivé au sommet de cette élévation , on découvre, dans l'espace d'un quart de lieue, la mer Adriatique des deux côtés de la Terre d'Otrante, les montagnes de l'Albanie et celles de la Calabre. De ce côté , la vue est superbe ; on aperçoit Gallipoli , qui termine une plaine riante et couverte d'oliviers. C'est effectivement le pays de la terre qui produit le plus d'huile; on l'embarque à Gallipoli, et elle se répand de là dans toute l'Europe. Il y arrive des vaisseaux de toutes

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les nations, qui ne chargent autre chose que cette marchandise , qui rapporte , dit-on , au roi quatre millions en droits de sortie : à la vérité, ce droit se paie par l'étranger; mais il n'en est pas moins certain que c'est toujours en rabais du prix de la denrée.

Ce genre d'impôt est certainement le plus pernicieux à l'industrie d'un royaume, où le cultivateur ne se donnera jamais la peine de faire rendre au sol un superflu qu'il ne pourra vendre qu'à bon marché, et où l'inaction est toujours un moyen de se soustraire à l'imposition. Cette imposition n'existe donc que sur le commerce^ et jamais sur la terre ni sur l'individu , qui devient un être isolé pour l'État dès qu'il veut, et peut se contenter d'un nécessaire que le sol lui donne trop facilement.

Port et ville GallipoH cst situéc très agréablement dans une

de Galbpoli, ai • •

n»33o. Ile qui ne tient au continent que par un seul pont. Elle est défendue par un château qui serait assez fort s'il était approvisionné. Bâtie sur un tertre isolé, et environné de la mer de tous les côtés , les murs qui entourent la ville bordent le rocher, de manière que les flots en baignent la base. C'est dans ce rocher, et sous les maisons de la ville , que sont creusées les caves où on renferme l'immense quantité d'huile qui se fabrique à Gallipoli. On vante particulièrement l'excellence de ces caves , parce qu'elles ont^ à

ce qu on assure , la propriété de clarifier l'huile en très peu de temps , et de lui donner une qualité qui les fait rechercher et préférer a beaucoup d'autres. Ce n'est pas qu'on en fasse cas pour manger; car, malgré l'excellente qualité des olives, la manière de fabriquer l'huile dans ce pays la renci forte au goût , et elle n'est employée que dans les manufactures. Malgré cet inconvénient, les commerçans la viennent chercher de fort loin , quoique le port de Gallipoli ne soit rien moins que commode.

Ce port, presque tracé par la nature, deviendrai t de la plus grande sûreté pour les vaisseaux, si on prenait le parti de construire un môlesur un écueil qui s'élève à peu de distance dans la mer, et de le joindre a la ville par une jetée ; sans cet abri , peu dispendieux, les vaisseaux, souvent forcés d'attendre leur chargement pendant plusieurs mois, et toujours exposés à être poussés a terre par le vent du nord, quitteront infailliblement le commerce de Gallipoli ; et préféreront doubler le cap de Leuca, qu'on appelle aussi dans le pays Finistère, pour retrouver le port de Brindisi , beaucoup plus sûr et plus abrité maintenant par les travaux qu'on y a faits depuis peu.

Gallipoli fait encore un commerce assez considérable en toile de coton de toute espèce et en mousselines, le coton étant une production -très

IfnR'

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abondante dans ce pays, où on le file et le fabrique sur les lieux.

La cathédrale est ornée de quantité de tableaux , parmi lesquels on admire ceux du Cupoli, peintre originaire de Gallipoli. On prétend que ce peintre vint faire ses études à l'Académie de France , mais qu'il ne peignit et n'acquit de réputation qu'à son retour. Ses tableaux sont d'une riche et brillante composition ; mais son dessin n'est pas toujours correct : il pèche surtout dans la perspective de ses figures, qui , bien que d'un style noble et fin de trait , sont peintes d'une manière sèche et dans le goût des premiers tableaux de Raphaël.

Gallipoli n'offre, au reste, aucune antiquité ni même aucun vestige qui puisse en indiquer ; la situation resserrée de cette ville ayant toujours obligé de construire, reconstruire et fouiller dans le même lieu et sur un rocher aride, qui ne laisse à trois mille habitans que la place de leurs maisons, sans jardins ni aucun espace de libre. Les caves servent de magasins, et se louent par mois aux propriétaires des terres du dehors , qui y amènent leurs huiles pour les clarifier et les charger ensuite.

11 y a apparence que ce sont ces deux avantages qui ont fait bâtir Gallipoli dans le lieu où il existe acluellement; car, selon une tradition du pays, qui n'est pas sans vraisemblance , cette ville était

DU ROYAUME DE NAPLES. 3i

autrefois à quelque distance et un peu plus au midi. Effectivement, à quelques milles de là, dans les terres, on voit plusieurs vestiges de murailles d'une très grande ville absolument détruite : elle l'est même au point qu'il est impossible de rien découvrir de sa forme et de son étendue ; mais des tombeaux., des vases , et surtout des médailles d'or, d'argent et de cuivre, ne laissent aucun doute que ce n'ait été une ville grecque , où les arts furent connus et portés à leur perfection.

Ces médailles ont toutes été enlevées à mesure qu'elles ont été trouvées. On nous en fit voir seulement deux, dont l'une était de la plus grande rareté pour le fini et la beauté du style ; il y avait aussi plusieurs bas-reliefs, des lampes et quelques vases en bronze d'un beau travail. Le lieu où on a trouvé ces antiquités se nomme Radgi , et on prétend, dans le pays, que c'est le nom ancien. Mais ne serait-il pas plus vraisemblable de penser que cette ville antique, située autrefois dans ces environs, et où on trouve des fragmens aussi précieux, aurait été cetle fameuse Salente, perdue aujourd'hui, que chacun veut placer à sa fantaisie , et pour laquelle on a submergé toute *'^^Pygia , afin de lui trouver un port jusqu'au milieu des terres.

Le savant Mazocchi paraît assez porté à le croire, d'après la dénomination de Salentinum,

donnée de tous les temps a cette partie, à cette extrémité de Tlapjgia. Mais il y a lieu de penser que l'ancienne ville de Salente était détruite et n'existait plus du temps de Strabon, de Pline, de Ptolémée, puisqu'il n'en est question dans aucun de ces auteurs. Au reste, Goltzius et Mayer nous en rapportent deux magnifiques médailles, sur lesquelles on lit pour inscription SAAAN- TiNfiN. Sur Tune des deux, il y a une belle tête de Neptune, et au revers, la figure du dieu armé de son trident. Sur l'autre médaille, on voit une tête casquée et entourée de quatre dauphins, et au revers, un cheval monté d'un cavalier '. Malheureusement on dit que cesauteursont quelquefois inventé les médailles qu'ils rapportent dans leurs ouvrages; nous n'en garantissons donc point l'authenticité.

En arrivant a Gallipoli, nous n'avions pas trouvé le consul ni l'agent du consulat; nous fûmes logés par l'agent de l'agent, car il n'y a partout si petit emploi qui n'ait son subalterne chargé de remplir les fonctions pour lesquelles on paie le supérieur. Le vice-agent nous reçut chez lui, sa mère faisait notre cuisine, il soignait nos chevaux, et tous les talens de la famille étaient employés à nous plaire; cependant nous quittâmes sans regret le séjour de Gallipoli pour continuer notre route.

• Voir la planche de médailles, n» 290.

Nous partîmes le matin. A deux milles de la ville, quand on est arrivé sur les hauteurs, on aperçoit l'ensemble de tout le promontoire ou cap de Lecce (Capo di Leuca) , extrémité de 1 ancienne Messapie , qu'on découvre de là en entier. La position de Gallipoli surtout, vue de cette distance , a quelque chose de très singulier, et ressemblerait beaucoup , de là à une ville flottante qui serait à l'ancre dans un golfe.

Nous laissâmes à gauche la petite ville de i\ardo et vînmes dîner à Porto di Cesare, après avoir traversé un assez triste pays. Ce port , qui est fort négligé aujourd'hui, serait cependant susceptible de devenir excellent, même avec fort peu de dépenses. Nous traversâmes ensuite un bois ou plutôt des landes qui, ne venant qu'à hauteur d'appui, couvrent tout le pays, le rendent sauvage, inhabité, tandis qu'avec des bras et de I encouragement on pourrait en faire de très nonnes terres.

Après avoir parcouru trente milles dans notre journée, nous arrivâmes à Vetrano, bourg qu'on a entouré de murs et de fossés, pour le mettre a labri de 1 insulte des Barbaresques. Ce fut le syndic qui nous logea, car on ne trouve point d auberges dans toutes ces petites villes. Cet inconvénient, fâcheux pour des voyageurs, rendrait le pays impraticable sans des lettres du

ministre aux présides, et sans de nouvelles recommandations des présides aux syndics.

Le lendemain, nous arrivâmes à Casai Nuovo, l'ancienne Mandurium, ville grecque alliée de Tarente, qui suivit toujours son parti et son sort, soit quand elle appela Pyrrhus , soit quand Fabius Maximus les soumit toutes deux à l'empire romain. Elle était entourée d'une double muraille, et d'un fossé creusé dans la pierre ou dans le tuf, car on ne sait comment nommer les lits, les bases qui forment le fond de toutes les plaines et des vallées de la Fouille, ainsi que de la terre d'Otrante depuis. Manfredonia jusqu'à Tarente. Nous trouvâmes des fragmens de ces murailles très bien conservés jusqu'à l'élévation de vingt pieds. Nous mesurâmes la largeur des fossés, l'épaisseur des murs, celle d'un corridor intérieur et d'un contre-mur. Le fossé extérieur est farge de quarante pieds, et les murs, bâtis à la manière de ceux d'Egnatia et de Muro , ont seize pieds et demi d'épaisseur.

On voit encore, d'espace en espace, des entailles dans la pierre , où on croit qu'on attachait les chevaux. Dans la partie la plus conservée, les dernières pierres paraissent décrire une naissance de cintre qui pourrait bien être celle d'une voûte qui venait chercher le contre-mur et couvrait cette antique galerie. Il n'y a que cette raison qui ait pu motiver une telle épaisseur de

mur, dans un temps où il n'y avait pas sûrement de canon. Le contre-mur était bâti de même, mais il est difficile d'assurer quelle était son épais' seur d'après ce qui en reste. La première forme de la ville était ronde, et une seconde enceinte y ajoutait ce qu'il faut à un rond pour en faire un ovale. Cette augmentation a une forme régulière ; était-elle de la primitive construction et pour séparer l'enceinte en deux quartiers? ou bien la première enceinte étant devenue trop petite pour les habitans, y ajouta-t-on une seconde ligne de circonvallation ?

C'est dans cette portion circulaire et cette se- Fontaine de conde enceinte de l'ancienne Mandurium, que «-"a^s/ se trouve une grotte fort célèbre dans ce pays, à " ' cause d'une fontaine dont parle Pline, et qu'il cite comme une curiosité naturelle. Cette grotte paraît formée par la nature; on y de'scend par un escalier dont l'entrée n'est qu'une ouverture rustique et grossièrement taillée à la surface de la terre. La grotte est à peu près ronde, de trente pieds de diamètre environ. Au milieu est une espèce de citerne, dans laquelle tombent deux pouces d'eau, sans altération dans aucun temps : le bassin qui la reçoit la perd dans la même proportion; de manière que, soit qu'on reçoive ou qu'on détourne l'eau du robinet, soit qu'on la puise dans le bassin, elle reste toujours à la même hauteur.

T^e principe de cet inaltérable niveau peut paraître surprenant dans un pays sans rivières, sans montagnes et dans un sol où les sources sont infiniment rares. On a fait des puits près de cette fontaine, qui n'ont rien change à son état ni à son niveau ; la qualité de Teau en est douce et savonneuse , comme celle qui s'en échappe et se perd dans les sables ; elle n'a pas même la crudité des eaux de source ordinaires, et ne forme aucun dépôt; le fond de son bassin est toujours clair et limpide, et la qualité de la roche d'où elle sort est la même que celle qui existe dans le reste du pays.

L'origine de Mandurium est inconnue. Mazocchi pense que le nom de Mandurium fut donné à cette ancienne ville par les Phéniciens ou les habitans de Tyr, et qu'elle devint ensuite colonie grecque. Ce savant antiquaire fonde son opinion, à cet égard, sur une médaille qu'il rapporte, et sur laquelle on voit , pour inscription, les lettres initiales du nom Mandurium, en caractères qui étaient communs aux Grecs comme aux Latins. Il observe, à ce sujet, que c'était assez l'usage de ces anciennes colonies de la Grande-Grèce , et il en cite plusieurs exemples, tels que des médailles de Crotone, de Métaponte, de Sybaris, sur lesquelles on ne trouve autre chose que KPO, ME, STB. I^a médaille de Mandurium porte, d'un côté, une tête inconnue et

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sans nulle indication^ et de l'autre, la figure d'un lion. '

On a encore trouvé, dans les environs, quelques médailles puniques; maisl'écriture phénicienne et punique se ressemblent si fort qu'il y a peu de personnes qui soient sûres de les distinguer; de çorte qu'il est difficile de savoir si ces monnaies, qui ne sont ni grecques ni romaines , sont ou tyriennes, comme on croit que devaient être celles des premières colonies qui occupaient ce pays des Salentins quand les Grecs sont venus s'en emparer, ou si elles sont puniques, du temps que les Carthaginois sont venus l'habiter. Au reste, les médailles de cette ancienne ville sont fort rares. On en trouve bien encore journellement de Tarente, qui en était très voisine; d'Héraclée, de Crotone, ainsi que des monnaies d'argent et d'or de toutes ces colonies grecques, mais presque jamais de Mandurium . dont on ignore le sort depuis que Fabius la prit et en emmena quatre mille esclaves. Dans le temps des princes normands, Roger, fils de Robert Guiscard, en fut le souverain, et éleva des murs sur la fondation d'une partie des anciens, ainsi qu'une église qui existe encore, mais qui n'a rien de remarquable.

' Voir la planche de médailles, n«> .290.

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