‹ Voyage pittoresque à Naples et en Sicile [microform]Chapitre 37 sur 96 · partie · texte numérisé non relu

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l.a fête de Sainte-Rosalie, à Palerme, ne nous laissant pas le temps d'aller voir Syracuse , Malte et la côte du midi avant le lO juillet, époque où cette fête commence, nous changeâmes notre marche et allâmes parcourir l'intérieur de la Sicile, que nous ne devions voir qu'après avoir fait le tour de l'ile ; nous quittâmes donc Catane, avec le dessein d'y repasser à notre retour, et nous nous dirigeâmes vers Aderno, Centorbi, Castrogiovani, Termini et Palerme.

Nos premiers guides, qui ne connaissaient pas cette route, et qui savaient d'ailleurs que nous devions les laisser à Palerme , nous prévinrent de vitesse et nous abandonnèrent à Catane. Nous en choisîmes d'autres plus instruits , et nous ne prîmes qu'un cambieri au lieu de deux; c'était déjà une folie de moins , mais encore une de trop ; car ces gens vous coûtent le prix de deux chevaux, et ne sont presque d'aucune utilité ; pourtant cette fois il eût été difficile de nous en passer; le cambieri étant le propriétaire des chevaux ^ nous les eût refusés sans cette condition.

Nous sortîmes de Catane à six heures du matin , et , cheminant entre la base de l'Etna et la plaine de Lentini, nous rencontrâmes d'abord à six milles un petit village appelé Misterbianco y bâti sur la lave. On doit encore aux recherches du prince de Biscaris, et aux fouilles qu'il a fait faire dans ce lieu, la découverte de quelques constructions antiques; mais, comme elles nous ont paru d'un léger intérêt, nous ne nous y sommes pas arrêtés. Au surplus, il semble que c'étaient les restes de quelque conserve d'eau, jadis destinée à des bains qui existaient dans les environs, et dont on voit encore des ruines, mais très informes. A deux mille pas de là , nous rencontrâmes, sur notre route, deux autres villages, mais pauvres, misérables, et absolument abandonnés à cause du mauvais air qui y existe presque

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toute Tannée. Ce fut à l'un de ces villages , celui de Belpasso, où vint aboutir de ce côté une partie de la terrible lave de 1669, qui détruisit, comme nous avons vu, une grande partie de

Catane.

Ce malheureux village est peut-être , parmi tous ceux qui sont situés dans la partie habitable de FEina, celui qui a le plus souffert des fureurs du volcan. Depuis cette époque de 1669, les courans de lave en ont trois fois chassé les habitans, obligés de reconstruire d'autres demeures dans de nouvelles positions. On ajoute que, chaque fois, ce village a seulement changé de nom et pris pendant quelque temps celui de Malpasso, pour reprendre successivement le premier ( Belpasso ) , qu'il ne devait sans doute qu'à la fertilité extrême de tout ce territoire.

C'est sur une montagne à quatre milles plus loin, qu'est située la ville de Paterno, l'antique Hybla major. Elle fut détruite par les Sarrasins, et depuis, les Normands y ont construit un château qui sert aujourd'hui de prison. U y a, dans les environs, plusieurs sources d'eau minérale, mais qui, n'étant point entretenues, se perdent dans les terres où elles séjournent et forment des marais qui rendent l'air et le séjour de Paterno très malsains : la population y est cependant encore de douze mille âmes.

Après avoir diné à la hâte dans un mauvais ca-

baret , nous en partîmes pour gagner Aderno , qui est à dix milles p*r-delà; le chemin que nous avions à faire, en côtoyant toujours la basç de l'Etna, est si souvent traversé par les laves et si embarrassant a suivre que nous ne pûmes y arriver qu'un moment avant la nuit. L'entrée d' Aderno semblerait annoncer une ville considérable, par l'étendue du grand nombre de bâtimens qui la composent, mais qui sont presque tous ou des églises ou des couvens ; ils se trouvent dominés par un château construit du temps des Normands et qui est d'un gjenre assez pittoresque.

On nous conduisit d'abord aux Capucins , où nous couchâmes j et le lendemain un chanoine, aussi obligeant qu'instruit de l'histoire de son pays, vint nous proposer de nous faire voir les restes de l'antique Adrano ou Adranum, épars et perdus dans les campagnes de la ville actuelle. Il nous mena en premier lieu au temple de Mars , hors de la ville ancienne et moderne. Ce temple, qui fut dédié à Saint-Jean dans l'établissement du christianisme , puis abandonné on ne sait pourquoi , est aujourd'hui en grande partie tombé en ruines; il ne l'est cependant pas assez pour qu'on n'en puisse distinguer le plan , la construction , et qu'on n'y aperçoive même quelques restes de décorations , qui , quoique simples, paraissent avoir été d'un bon style. On

Raines da temple de

Mars, à Aderno ,

voit encore devant la porte remplacement d'un péristyle surmonté d'un fronton , mais il n'existe plus aucun vestige des colonnes.

Près de là, on trouve les débris d'un grand tombeau carré, élevé sur des gradins, avec une voûte souterraine. Ce monument est si ruiné et si couvert de lierre et d'arbustes de toute espèce , que ce n'est plus maintenant qu'une touffe de verdure. Quant à ce temple de l'ancien Adranum , toutes nos recherches se bornèrent a distinguer quelques fragmens d'une grande construction, qui éuit, suivant toute apparence , la base d'un temple; mais les colonnes et les constructions élevées auront été sans doute renversées par quelque torrent de lave , quoique bâties autrefois avec des pierres énormes , et posées à sec l'une sur l'autre.

On voit dans Diodore que ce fut ce temple élevé au dieu Adranum , qui donna le nom à la ville ' . Elle fut rebâtie par Denys le tyran , dans la quatrième année de la quatre-vingt-quatorzième olympiade , quatre cents ans avant J.-C. , lorsqu'il eut détruit les fortifications de Catane, et donné son territoire aux Campaniens. Aderno se flatte encore d'être cette prétendue Etna bâtie par Denys , et fonde cette origine sur quelques médailles

• Inter hœc gesta Dionysius in Siciliœ oppidum sub jElnœ collem exlruxit, quod ab insigni qiiodamfano Adranum vocasfit.

trouvées dans son territoire , où l'on voit écrit ce nom d'Etna, en grec aitnaiQN. Il parait cependant que ces médailles étaient plutôt celles que frappèrent les Campaniens , lorsque Denys leur donna Catane, en changeant son nom en celui d'Etna, qu'elle porta jusqu'au temps de Timoléon.

Il y avait autrefois , sous les murs de ce temple, une petite rivière, qui, absorbée dans sa source par la grande lave qui entra dans la ville, a formé apparemment cette quantité de sources jaillissantes qu'on rencontre dans les environs : elle fertilise le territoire, qui est très abondant en fruits, en mûriers , en toutes sortes d'espèces de jardinage. La ville actuelle, malgré un grand nombre de monastères , renferme encore dix milles habitans.

La principale église est construite sur un assez beau plan ; elle est surtout ornée de superbes colonnes de lave , qui sont d'une grande et belle proportion. On y trouvait autrefois beaucoup de vases et de monnaies antiques , mais le prince de Biscaris les a épuisés. Les médailles de cette ancienne ville portaient pour empreinte une tête de Mars d'un côté, et au revers un chien , avec l'inscription grecque AaPANOT ou aapanitan. On en voit encore une qui porte une tête d'Apollon, et au revers, une lyre avec la même légende. '

• Il y a lieu de croire que la représentalion d'un chien sur

Aqnédac du

prince de Bîs<

caris,

Nous partîmes d'Aderno, et arrivâmes, après avoir descendu l'espace de cinq milles, au pied de l'Etna, où coule le fleuve Symethus, aujourd'hui Giaretta , et qu'on appelle encore il Fiume Grande. C'est effectivement une des plus grandes rivières de la Sicile, elle a plus de soixante-douze milles de longueur, environ trente de nos lieues. C'est dans Fendroit où nous vînmes passer ce fleuve qu'existait, il y a peu d'années, un immense pont ou vaste aqueduc élevé en entier aux frais du prince de Biscaris , et auquel il ne manquait que d'avoir été construit avec plus de solidité, pour être un monument à comparer à ce

les médailles d' Adranum avait rapport à ce que Plutarque , Éliea et d'autres auteurs racontent d'un temple célèbre élevé dans cette ville , dont la garde était confiée à des chiens d'une grosseur énorme. Ces animaux étaient dressés à accueillir et à recevoir avec des caresses ceux qui, pendant le jour, venaient apporter leurs offrandes à la divinité , mais ils ne manquaient pas de devenir redoutables, pendant la nuit, pour les ivrognes et les malfaiteurs.

Différens auteurs qui ont traité des médailles de Sicile , tels que Goltzius , Paruta et après lui Havercamp , nous en donnent deux ou trois d'Adranum qui portent d'un côté un crabe ou écrevisse de mer, et de l'autre un aigle qui déchire un lièvre. Mais le prince de Torremuzza , qui a donné un excellent ouvrage que nous croyons devoir suivre de préférence, croit ces médailles douteuses , ou du moins pense qu'elles appartiennent à Agrigente ; il ne donne à Adranum que celles dont nous venons de parler, et qu'on trouvera gravées dans notre collection.

que les anciens ont jamais entrepris de plus considérable.

Cet aqueduc, fait pour rassembler toutes les eaux d'Aderno, et les porter d'une colline à l'autre, en traversant le vallon où coule le Symèthe, était élevé à plus de cent vingt pieds au-dessus du niveau du fleuve, et composé de trente et une grandes arches de vingt-cinq pieds de largeur, et de quarante-sept petites au-dessus. La principale de toutes ces arches, celle sous laquelle passait le fleuve, avait soixante et dix à quatre-vingts pieds d'ouverture.

En élevant ce monument utile, le prince de Biscaris devait augmenter considérablement le revenu d'une de ses terres appelée Aragona^ que le défaut d'eau obligeait de laisser en friche, et qui étant abondamment arrosée serait devenue d'une grande fertilité; mais malheureusement l'aquéduc avait été si mal construit , les piliers qui soutenaient les arcs étaient si élevés et si minces, la maçonnerie, dans laquelle on avait épargné la chaux, si mauvaise, qu'il était aisé de prévoir que le pont n'existerait pas long-temps. Effectivement, à peine était-il terminé, qu'il fut renversé par un tourbillon de vent, qui, en 1780, passa par-dessus et culbuta plus des trois quarts de l'édifice. Ce terrible ouragan était d'une telle violence qu'il enleva et dispersa les matériaux à une distance considérable : il ne reste de cet

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aqueduc que quatre ou cinq des arcades , dont les piliers paraissent plutôt de simples colonnes que des soutiens propres à une construction de

cette espèce.

L'un de nos dessinateurs, en représentant la vue de ce monument, l'a orné d'accessoires agréables, dont son imagination a fait tous les frais : car il est impossible que des voitures attelées de beaucoup de chevaux puissent jamais pénétrer dans un lieu où l'on ne peut aborder qu'à cheval ou en litière. Mais cette petite incorrection est, dans le fond, de peu d'importance, et produit un effet trop agréable pour lui en savoir mauvais gré.

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