DESCRIPTION
DU VOLCAN DE MACALUBA, OD OBSERVATIONS SDR LES PHÉNOMÈNES SINGULIERS QUE PRESENTE UNE MONTAGNE DE CE NOM SITUÉE PRES DE GIRGENTI ;
Par le commandeur de Dolomieu. '
Si la dénomination de volcan n'appartenait exclusivement aux montagnes qui vomissent du feu, si elle n'annonçait pas toujours de grands effets produits par ce terrible élément, si elle convenait à toute montagne formée par l'entassement de ses propres explosions, j'appliquerais ce nom au phénomène singulier que j ai observé en Sicile , entre Arragona et Girgenti ; je dirais que j'ai vu un volcan d'air dont les effets ressemblent à ceux qui ont le feu pour agent principal; je dirais que cette nouvelle espèce de volcan a, comme les autres, ses instans de calme et ses momens de grand travail et de grande fermentation ; qu'elle produit des tremblemens de terre , des tonnerres souterrains, des secousses violentes, et enfin des explosions
* Quoique nous ayons trouve dans le journal de nos voyageurs une relation assez exacte de ce volcan de Macaluba , nous avons cru devoir insérer celle que nous en a donnée le commandeur de Dolomieu. Cette nouvelle description, faite par un observateur plus exerce' à voir et à e'tudier la nature , nous a paru mériter la préférence , et avec d'autant plus de raison que le principe et les causes de ce singulier phe'nomène , qu'il attribue entièrement à l'air et non au feu , comme elles l'ont été jusqu'ici,* y sont expliquées d'une manière infiniment claire , et beaucoup plus vraiserablahlc fjuc toutes celles qu'on a j)u donner.
qui élèvent à plus de trois cents pieds les matières quelles projettent. Mais, sous quelque nom qu'on désigne ce phénomène , il n'en sera ni moins singulier ni moins intéressant.
Ee 18 septembre 1781, en allant d'Arragona à Girgenti , je quittai le chemin qui conduit à cette dernière ville pour observer un lieu dit Macaluba , qu'on m'avait annoncé comme très singulier, et sur lequel la variété des relations avait fort excité ma curiosité. Le sol du pays que je traversai est essentiellement calcaire. 11 est recouvert de montagnes et monticules d'argile , dans lesquels les eaux font de grandes dégradations et de profondes coupures, et dont quelques uns ont un noyau gypseux; après une heure de marche, je trouvai le lieu qui m'était désigné: j'y vis une montagne d'argile à sommet aplati , dont la base n'annonçait rien de particulier, mais sur la plaine qui la termine , j'observai le plus singulier phénomène que la nature m'eût encore présenté.
Cette montagne à base circulaire représente imparfaitement un cône tronqué; elle peut avoir cent cinquante pieds d'élévation, prise d'un vallon qui est au-dessous et qui en fait presque le tour ; elle est terminée par une plaine un peu convexe, qui a un demimille de contour: elle est de la plus grande stérilité, et ne produit pas la moindre végétation. On voit sur son sommet un très grand nombre de cônes tronqués, à différentes distances les uns des autres, et de différentes hauteurs ; le plus grand peut avoir deux pieds et demi, les plus petits ne s'élèvent que de quelques lignes. Ils portent tous sur leurs sommets des petits
cratères en forme d'entonnoir, proportionnels à leurs monticules , et qui ont à peu près la moitié de leur élévation pour profondeur. Le sol sur lequel ils reposent est une argile grise , desséchée et gercée dans tous les sens, qui s'enlève en feuilles de quatre à cinq pouces d'épaisseur ; le grand balancement qu'on éprouve en marchant sur cette espèce de plaine annonce qu'on est porté par une croûte assez mince appuyée sur un corps mou et demi-fluide ; on reconnaît bientôt que cette argile desséchée recouvre réellement un vaste et immense gouffre d'une vase liquide, dans lequel on court le plus grand risque d'être englouti.
L'intérieur de chaque petit cratère est toujours humecté, et on y observe un mouvement continuel; il s'élève à chaque instant de l'intérieur et du fond de l'entonnoir, une argile grise délayée, à surface convexe, qui en s'arrondissant arrive aux lèvres du cratère, qu'elle surmonte ensuite en forme de demi-globe; cette espèce de sphère s'ouvre pour laisser éclater une bulle d'air qui a fait tout le jeu de la machine. Cette bulle , en se crevant avec un bruit semblable à celui d'une bouteille que l'on débouche, rejette hors du cratère l'argile dont elle était enveloppée, et cette arsrile coule à la manière des laves sur les flancs du monticule ; elle en gagne la base et s'étend à plus ou moins de distance. Lorsque l'air s'est dégagé , le reste de l'argile se précipite au fond du cratère, qui reprend et garde sa première forme , jusqu'à ce qu'une nouvelle bulle cherche à s'échapper. Il y a donc un mouvement continuel d'abaissement et d'élévation
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qui est plus ou moins précipité , et dont l'intermittence est de deux ou trois minutes. On l'accélère en donnant des secousses à la croûte d'argile sur laquelle on marche.
Lorsqu'on enfonce un bâton dans un de ces cratères, il en ressort peu à peu et par secousses, mais il n'est point lancé au loin comme on me l'avait annoncé. Pendant que j'étais occupé à observer tous les phénomènes de cette montagne, trois de mes gens s'amusèrent à jeter dans un des grands cratères, des morceaux de l'argile durcie de la surface ; ils y étaient engloutis , et une heure de ce travail ne fit que dilater un peu plus cette bouche sans la remplir. Il y a quelques petits monticules qui sont entièrement secs, et qui ne donnent plus passage à l'air; le nombre des uns et des autres est en général de plus de cent , et varie chaque jour ; outre les petits cônes , il y a quelques cavités dans le sol même, surtout dans la partie de l'ouest, qui est un peu plus basse; ces petits trous ronds, d un ou deux pouces de diamètre , sont pleins d'une eau trouble et salée, d'où s'élèvent et sortent immédiatement les bulles d'air qui y excitent un bouillonnement semblable à celui de l'eau sur le feu, et qui crèvent sans bruit et sans explosion. Je trouvai, sur la surface de quelques unes de ces concavités, une pellicule d'huile bitumineuse d'une odeur assez forte, que l'on confond souvent avec celle du soufre.
Tel est l'état de cette montagne pendant l'été et l'automne jusqu'au temps des pluies; et c'est ainsi que je l'ai vue. Mais pendant l'hiver les circonstances sont toutes différentes ; les pluies ramollissent et détrem-
peut l'argile desséchée de son sommet; les monticules coniques sont dissous, ils se rabaissent et se mettent de niveau, et le tout n'offre plus qu'un vaste gouffre de boue d'argile délayée, dont on ne connaît pas la profondeur, et dont on ne s'approche qu'avec le plus gr.;nd danger. Un bouillonnement continuel se voit sur toute cette surface: l'air qui le produit n'a plus de passage particulier, et vient éclater dans tous les endroits indistinctement.
Ces deux états différens que je viens de décrire n'existent que dans les temps de calme de cette montagne. Elle a aussi ses momens de grande fermentation, où elle présente des phénomènes qui inspirent la terreur et la crainte dans tous les lieux voisins, et qui ressemblent à ceux qui annoncent les éruptions dans les volcans ordinaires ; on éprouve, à une distance de deux ou trois milles , des secousses de tremblement de terre souvent très violentes; on entend un bruit et des tonnerres souterrains, et après plusieurs jours de travail et d'augmentation progressive dans la fermentation intérieure, il y a des éruptions violentes et avec bruit, qui élèvent perpendiculairement, quelquefois à plus de deux cents pieds, une gerbe de terre, de boue, d'argile détrempée, mêlée de quelques pierres. Toutes ces matières retombent ensuite sur le même terrain d'où elles sont sorties. Ces explosions se répètent trois ou quatre fois dans les vingt-quatre heures • elles sont accompagnées d'une odeur fétide de foie de soufre qui se répand dans les environs, et quelquefois, dit-on , de fumée : ensuite il y a cessation dans les phénomènes préliminaires, et la montagne reprend de
nouveau un des deux états sous lesquels je lai représentée.
Les éruptions de ce singulier volcan arrivent en automne lorsque les étés ont été secs et longs, mais après des intervalles différens. Il s'écoule souvent un grand nombre d'années sans qu'il y en ait; ensuite elles ont lieu deux années de suite , ou deux dans trois années, comme en 1777 et 1779, époques desdernières; l'intermittence de cinq ans, dont parient différens auteurs, €st un fait contraire aux observations. '
• llcampo (H Margaruca pressa u^grigento , ogni cinque nnnija una curiosa nouità. Tonando un granfragore ed oscurrissimi nimbi, manda funri tanta quantuh di cinere , e difango , chefa crescere la terra sei hraccia , e spira di sotto un vento cosï gagliardo che solfieva i sassi, e respinge le legna. (Maraviglie délia Natura di Nie. Sbrpetto.)
Différens auteurs anciens et modernes parlent de la montagne de Macaluba , près d'Agrigente; ils la désignent sous différens noms, mais aucun ne cherche à en expliquer les causes. Voici ce qu'on trouve dans Solin , l'un des plus anciens auteurs qui en aient fait mention, et dans Fazelli, historien moderne de la Sicile.
Idem ager Agrigentinus éructât limosas scaturigines : et ut vente J'onlmm suffîciunt rws subministrandis , ita in hac Siciliœ parte , solo nunquam dcficiente œlerna r^jectione terram terra evomii (Sof.IN, c. XI.)
Non longe ah Agrigcntino ager est a Magharucca Saracenico adhuc nomine clarus , qui assidua rejectatione e diversis aquœ venis terram evomit cinerulentam. Ubi certis annis incredibiiis prope limnsœ scaturiginis moles , ex solis visceribus , remugientibus simiU agris , ad superna effunditur, (Fazblliis , L. I , dec. I , cap. V.)
Nous joignons ici une relation donnée dans le pays même au commandeur Dolomieu , d'une de ces éruptions arrivée en 1777, et faite par un témoin oculaire : « A une lieue de distance de la mer, der- « riére Girgenli , on trouve un lieu nomme Moruca par les anciens , • et maintenant Macalubi, où, sur une hauteur dans l'ëtendue « d'une salme de terre stérile , on voit différentes bouches qui ,
On est toujours tenté dattribuer des effets presque semblables à une même cause; on a vu cette montagne avorr des éruptions comme lEtna, et cela a suffi aux hab.tans des environs, et au petit nombre de voyageurs qu. I ont observée, pour supposer que tous ces
u irouDJe. Le 3o du mois de septembre innn une d^mi qui , croissant a chaque moment , surpassa celui du nlus fnri-
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. soT„r r^ ""«^'"«s . et la bouche principale par laquelle
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slans a la hauteur de quatre-vingts palmes. Quoique cette einlo . «on eût une couleur de flamme dans quelques parties elircon"
Z: T '''"""''■"- '«'™<'-"t également sur toute la salle d • terre ; la majeure partie rentrait dan, la grande ouverture dont . el e euu sort.e. Cette éruption dura une demi-heure etelte . repéta trou.autres fois avec l'intermittence d'un quartdCure et la " durée d un quart d'heure. Cependant on entende sous le t" 1 . le mouvement et l'agitation des grandes masses , et à la d tan ê . de trcs mdles , un hruit semblable à celui de la mer en fureur . Pendant ces terribles phénomènes , le, personnes qui éta en" ^I: . sentes crurent quela fin du-monde arrivait, et craignaient d'é re . ensevehes sous l'argile vomie par la principale bLchë Ce e . vase recouvra tout le terrain à l'élévation de^x palmes , ei en
• Zr'TT " ''"'" ^""^"^ " """1"- «"e argile' aTt . e él.qu.de le jour de l'éruption . elle parut le lendemain avo" repns sa première consistance , et permit au, curieux de s'appro- . cher de la grande bouche, située au milieu .pour l'observer. CeUe
.le emps de 1 éruption. Les bouches qui s'étaient fermées lors
de explosion reparurent de nouveau, et on entend encore un
. petit murmure .souterrain qui fait craindre une autre érup-
tik-. '^
age^ VOYAGE PITTORESQUE
phénomènes sont uniquement dus aux feux souterrains. J'y arrivai avec cette prévention, je croyais n'avoir à examiner qu'un volcan ordinaire, ou dans sou commencement, ou sur sa fin ; je ne soupçonnais pas qu'il y eût un autre agent dans la nature capable de produire les phénomènes que l'on m'avait annoncés ; mais je ne tardai pas à être détrompé. Je ne vis rien autour de inoi qui m'annonçât la présence de l'élément igné qui, lorsqu'il est en action , imprime à tous ses produits un caractère distinctif ; et je fus bientôt convaincu que la nature emploie des moyens bien dissemblables pour produire des effets qui se ressemblent. Je reconnus que le feu n'était point ici l'agent principal, qu'il ne produisait aucun des phénomènes de cette montagne, et que si dans quelques éruptions il y a fumée et chaleur, ces circonstances ne sont qu'accessoires, et n'indiquent point la vraie cause des explosions. Mais .avant de développer la nature du nouvel agent, il faut que je donne quelques détails que j'ai négligés, en décrivant ce qu'il y a de plus apparent dans ce singulier phénomène.
Je m'empressai , en arrivant sur la plaine de Macaluba, de vérifier s'il existait quelque chaleur dans les bouillonnemens que je voyais autour de moi ; je ne marchais qu'avec crainte sur cette surface tremblante; il me paraissait dangereux d'approcher des grands cônes auprès desquels la terre était plus abreuvée qu'ailleurs, et où je pouvais m'engloutir; cependant, rassuré par différens essais, je m'avançai jusqu'au centre de cette plaine ; je mis la main dans la vase délayée des cratères et dans les creux pleins d'eau
EN SICILE. 3g I
que je voyais bouillonner, *t au lieu de la sensation de chaleur que j'attendais, jy trouvai du froid: j'y plongeai mon thermomètre, qui à l'air libre était à vingt-trois degrés et demi ,• il y descendit de trois degrés. J'enfonçai le bras nu dans la vase d'un des cratères , aussi profondément que je le pus , et j'y trouvai plus de fraîcheur encore qu'à la surface ; nulle odeur de soufre, point de fumée; en un mot, par tous les moyens possibles je ne découvris, dans l'état où était alors la montagne, aucun vestige de feui
Ce fait bien constaté , il fallait reconnaître si dans les grandes éruptions il y avait le concours de l'élément igné, et s'il y jouait le principal rôle. Je commençais déjà à en douter; je parcourus la plaine dans toutes ses parties, et la montagne sur tout son contour extérieur ; je n'y vis aucune matière sur laquelle le feu eût agi ; j y en trouvai au contraire qui me prouvèrent que cet ^gent destructeur n'y avait point existé. Je vis dans les éjections des dernières éruptions, des argiles boueuses qui contenaient du spath calcaire sans aucune altération , des pierres calcaires absolument intactes avec des cristaux réguliers de spath , des fragmens de sélénite écailleuse ou gypse spéculaire. Ces matières, c'est-à-dire le spath et les gypses cristallisés, sont altérées par le moindre feu , l'argile grise s'y dessèche, s'y cuit et y devient rouge. Puisque cette argile et ces pierres ne portent point l'empreinte du feu , elles n'ont donc point été soumises à son action ; il n'y a donc point existé, et on ne peut lui attribuer ce singulier phénomène.
Lorsque mes observations m'eurent bien convaincu
29ii VOYAGE PITTORESQUE
que cette montagne n était point un volcan ordinaire, je trouvai assez facilement la cause de tous ces phénomènes. J'avais recueilli dans une bouteille une portion ♦de l'air qui se dégage tant de la vase délayée que de l'eau , j'y plongeai une bougie allumée , qui s'y éteignit dans l'instant. Cet air, mêlé avec l'air atmosphérique , n'eut ni inflammation ni explosion ; je n'avais pas la faculté de faire d'autres expériences , mais celle-ci me suffisait pour reconnaître Tair fixe, et pour voir qu'il est l'unique agent des phénomènes que j'ai décrits ; il m'a paru que l'explication suivante me donnait la vraie solution du problème qui m'avait embarrassé un
instant.
Le sol de tout le pays est calcaire, ainsi que je l'ai dit plus haut ; il est recouvert de montagnes d'une argile grjse et ductile, qui contient assez souvent un noyau gypseux ; le hasard a placé au milieu de celle dite Macaluba une source d'eau salée ( elles sont en très grand nombre dans mi pays où les mines de sel gemme sont très communes ). Cette eau détrempe sans cesse l'argile , et s'écoule ensuite par suintement sur un des côtés de la montagne. L'acide vitriol ique de l'argile s'empare par affinité de la base du sel marin , et en dégage l'acide marin qui se porte sur la pierre calcaire qui sert de fondement. Sa combinaison avec cette nouvelle base produit un grand développement d'air fixe qui traverse toute la masse d'argile humectée qui le recouvre pour venir éclater à sa surface. L'acide vitriolique de l'argile peut encore se combiner directement avec la pierre calcaire et former continuellement du gypse. L'air, en traversant cette argile, lui fait
éprouver un effet qui ressemble au pétrissage , et qui augmente sa ductiUté et sa ténacité. Pendant l'hiver, qui est la saison des pluies , l'argile est plus délayée , l'air se dégage plus facilement, et les bouillonnemens sont plus multiphés. Pendant Tété l'argile se dessèche à sa surface , et y forme une croûte plus ou moins épaisse. L'air fait alors quelque effort pour sortir, et il se fait jour à l'endroit où il trouve le moins de résistance. Il entasse peu à peu la portion de terre qu'il enlève avec lui, et il forme les petits cônes au milieu desquels il gar/le son passage ; mais lorsque les étés ont été longs , chauds et secs , l'argile devient de plus en plus compacte et tenace; elle n'est plus abreuvée qu'imparfaitement par la source qui est au-dessous et qui diminue; elle n'est plus perméable à Tair, à l'élasticité duquel elle fait résistance; l'air qui continue à se dégager dans la partie inférieure qui est toujours humide , fait de yains efforts pour s'échapper, et lorsqu'il est accumulé et comprimé à un certain point, il produit les tremblemens de terre, les bruits souterrains, et enfin les éruptions dont j'ai parlé ; il a d'autant plus de force que la résistance est plus considérable. C'est donc lui , c'est donc l'air fixe qui peut être regardé comme l'unique agent de tous les phénomènes de cette montagne. . •
La fumée qui accompagne les éruptions n'est point
une circonstance contraire à l'explication que je donne. La fumée n*est le plus souvent que l'eau réduite en vapeur; les nuages et les brouillards lui ressemblent, et il n'est point extraordinaire que l'air, en se dilatant et en produisant les explosions que je lui attribue ,
réduise en vapeur l'eau de la source qui est sous la
montagne.
L'apparence de flamme dont parte Fauteur de la relation peut encore être produite par l'opposition de la gerbe de boue et d'argile délayée, avec le soleil levant, qui , vu au travers, peut produire une couleur rouge. L'observateur, ainsi qu'il me l'a dit, était placé de manière à voir le soleil en face.
11 est encore possible que le concours de la matière bitumineuse qui est sous cette montagne, et qu'on reconnaît à l'huile de pétrole qui surnage l'eau des cavités, produise de l'air inflammable pendant le temps .de la fermentation intérieure ; cet air peut prendre feu ou de lui-même, ou par la collision des matières lorsqu'il se mêle avec l'air atmosphérique. Son inflammation dans les cavités de cette montagne n'est pas possible, puisque, pour produire cet effet, il lui faut le concours d'un air pur; il ne peut.s'en former dans la combinaison de l'acide avec la pierre calcaire qui produit l'air fixe, lequel, dans l'état ordinaire de la montagne , vient éclater à sa surface.
Dans les environs, à un demi-mille de distance, il y a plusieurs monticules où l'on voit les mêmes effets , mais en petit, et ils ne sont point sujets aux fortes éruptions ; on les nomme par diminutif Macalubette,
La stérilité de la montagne Macaluba et de celles dans lesquelles on observe à peu près les mêmes phénomènes, est uniquement due au sel marin de la source qui abreuve l'argile , et qui s'oppose à toute espèce de végétation.
C'est au concours d'un grand nombre de circonstances que l'on doit ce volcan singulier. Car d'ailleurs le dégagement de l'air fixe qui sort de l'intérieur de la terre est un phénomène très commun 5 d'est lui qui produit les bouillonnemens qu'on voit dans les eaux d'un très grand nombre de lacs et de fontaines , tant chaudes que froides; car ces eaux n'ont jamais par elles-mêmes le degré de chaleur capable de les faire bouillir. Elles sont très communes en Sicile , où les eaux jaillissantes du lac de Palices, Palicorum lacus^ sont les plus singulières '. Le voisinage des volcans en produit beaucoup : le lac de Paterno sur le flanc de l'Etna, celui d'Agnano, près de Naples, celui de la Solfatare , près de Rome , la fontaine de Spin , dans le duché de Modène, etc.; on pourrait en citer une infinité. Nous en avons aussi en France : une circonstance de plus , dans le lieu nommé Boulidou , près de Montpellier, l'aurait rendu semblable à la montagne de Macaluba. La rencontre d'un monticule d'argile sur le lieu où se fait le dégagement continuel d'air 1^^Le , lui aurait fait produire les mêmes phénomènes que j'ai observés en Sicile.
' Le nom Macaluba^ que porte aujourd'hui cette montagne , est un nom arabe qui signifie renversé ,
' Le lac de Palica , près Palagonîe , est dans le même ëtat , et produit les mêmes phe'nomènes dont parle Aristote dans son Livre DE Admirandis ACDiTiONiBUS : PoiTO in Sicilia Palicus fons est , qui dccem accubantium situm occupât : hoc etiam ad sexcubitalem altitudinem aquam ejicere aiunt , adeo ut acccftœ cum id videbant campos exundaturos arbitrarenlur : rursusque àqua in eundem t-editfontenij etc.
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bouleversé ; cette dénomination lui a été donnée, selon toute apparence, pour désigner ses effets qui bouleversent tout ce terrain. La même dénomination a été donnée à Malte, à un lieu dans lequel il s'est fait naturellement une très grande excavation , et où il reste encore un creux très considérable.