VILLE DE GELA. — VOYAGE A MALTE. DESCRIP
TION DE CETTE ÎlE , SON PORT, SES FORTIFICA- TIONS, SES ANTIQUITES.
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Nous partîmes de Girgenti le 1" septembre au matin; arrive's.a Fembouchure de TAgragas, nous voulûmes , avant de quitter tout-à-fait cette partie de la Sicile , retourner un moment sur nos pas, pour donner un coup d'œil au môle ou port de Girgenti , que nous n'avions aperçu que de nuit, et qui méritait notre attention, à cause.de son commerce de blés, et des chargemens considérables de grains qu'on y fait presqu'en tout temps pour l'étranger.
Le blé étant une des principales richesses de la Sicile, le gouvernement s'est occupé d'établir une administration intérieure pour la conservation de cette denrée précieuse, et l'a assujettie à des règles qui, après en avoir déterminé des approvisionnemens fixes pour chaque canton de File, n'en permettent la sortie que dans quel-
ques popts particuliers; c'est ce qu'on distingue en Sicile par le nom de caricadori. '
Il y a sept de ces carlcadores dans toute retendue de la Sicile, savoir : Termini, Castellamare, Marsalla, Sciacca, Girgenti^ Alicata et Terra Nuova. Les quatre derniers se trouvent placés sur la côte méridionale , parce que c'est la partie de la Sicile qui produit la plus grande quantité de blé, et le caricadore de Girgenti est un des principaux. Nous allâmes donc examiner les magasins formés dans ce port , ainsi que les caves ou citernes qu'on a taillées dans les rochers. On y rassemble efFectivement une immense quantité de grain, sans qu'il soit nécessaire d'y apporter le moindre soin , attendu que la nature de la roche n'étant , ainsi que celle de Sciacca , nullement susceptible d'humidité, le grain peut s'y conserver sans la moindre altération, et dans un état de siccité parfaite. '
* Le gouvernement, voulant prévenir les "inconvéniens qui résultent toujours de la cupidité , surtout dans le commerce des blés , et ne pas exposer la Sicile à la diseUe d'une denrée aussi nécessaire, quoiqu'elle y soit de la plus grande abondance , a établi une loi par laquelle il est enjoint à toutes les universités de faire conduire dans ces sept caricadores une quantité de blé déterminée et suffisante à l'approvisionnement de l'île pour deu« années , et ce ne doit être que sur les certificats authentiques des officiers publics qu'il existe dans les fosses ou conserves la quantité de blé fixée pour chaque dépôt, qu'on accorde l'extraction de l'excédant.
» On a eu la preuve que le blé pouvait s'y conserver sans so
Après la réserve faite de cinquante mille salmes , pour la portion que doit fournir Girgenti à l'approvisionnement du pays, on permet aux étrangers de venir enlever ce qu'il y a d'excédant ' . Le gouvernement répond de la sûreté et de la quantité du blé mise aux magasins, et les propriétaires n'ont qu'une très petite somme à payer pour le droit de conserve. Les blés qu'on y introduit sont infiniment secs lorsqu'on les transmet des citernes dans les magasins : la seule impression de l'air gonfle le grain d'un vingtième; cette augmentation appartient au souverain , qui n'est obligé de rendre que la mesure qui a été livrée. On assure que le profit serait très couse gâter pendant des temps considérables. Quelques unes de ces caves reivplies de grain ayant été totalement oubhées , ou comblées extérieurement par des éboulemens de terre ou d'autres accidens qui en avaient fait perdre la trace , on n'a pas été peu surpris d'y retrouver le blé parfaitement bon au bout de vingt ans. Ces fosses ou citernes , creusées dans le rocher , sont faites dans la forme de deux cônes ou cloches renversées l'une au-dessus de l'autre : on leur donne ordinairement vingt Si vingt-cinq pieds de profondeur sur dix-huit à vingt de largeur ; elles n'ont qu'une seule ouverture circulaire à la partie supérieure, d'environ deux pieds de diamètre , et l'on construit seulement en maçonnerie , autour de cette ouverture , un petit mur d'un pied ou deux , qu'on recouvre d'une large pierre pour que l'eau ou l'air ne puissent y pénétrer.
• Le salme de Sicile équivaut à un setier deux tiers de Paris , du poids d'environ quatre cents livres.
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sidérable pour le gouvernement si l'administration était meilleure; mais mille abus le rendent peu avantageux , souvent même les réserves sont vides et les approvisionnemens viennent à manquer, comme cela est arrivé en 1764. ^e GkgenU* La situatiou du port moderne de Girgenti n a II" 499- pas été, à ce qu'il paraît, plus heureuse que celle de plusieurs autres ports du royaume de Naples, dans la Fouille et dans la Calabre; deux vents opposés se réunissant , ou plutôt concourant à remplir également celui-ci. Le sud- est y fait entrer les terres que la vague détache de la côte, et, d'une autre part, le nord-ouest y amène tout le sable de ces parages , ce qui le comble et le diminue journellement. Le gouvernement, après avoir, à grands frais, essayé de parer à ces deux inconvéniens par de grandes jetées, s'est déterminé à y entretenir, comme au port de Crotone , des forçats qui travaillent , ou au moins doivent travailler perpétuellement à vider et creuser l'entrée de ce nouveau port, extrêmement utile pour l'exportation des denrées de toute la partie méridionale de l'île.
Le port de Girgenti a encore l'avantage de devenir une retraite nécessaire pour les bâtimens, qui sont plus exposés sur cette côte aux courses des Barbaresques que sur le reste des côtes de la Sicile, étant à très peu de distance, et presque a la vue de l'Afrique. Au reste, ce môle n'est
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point du tout le port de l'ancienne Agrigente , qui était placé autrefois à l'embouchure de l'Agragas; il n'en reste même aucun vestige apparent si^ce n'est quelques fabriques ou constructions antiques recouvertes des eaux de la mer, et quelques anneaux de fer ou de bronze qu'on aperçoit , nous dit-on , dans les grands calmes , sur les bords du rivage. ^
Nous continuâmes ensuite notre route, et, après avoir fait douze milles dans un vaste vallon , nous trouvâmes a droite les soufrières de Palma , dont Textraction est la plus simple possible. Ce travail consiste à tirer les pierres de la montagne, à les casser, et à les entasser sur un fourneau où on met le feu. Le soufre ne tardant pas à se liquéfier, est reçu dans des espèces de grandes chaudières qui forment le fond du fourneau; il passe ensuite par un conduit dans des caissons où il se refroidit. On trouve des morceaux de ce soufre gros comme de gros cailloux, et de même forme, sans mélange d'autres matières, très raffiné et presque transparent; c'est ce qu'on appelle le soufre vierge. A trois milles de là on en trouve encore.de cristallisé et d'une couleur brillante , comme celle de la topaze d'Orient. Les pierres qu'on retire du fourneau, après l'extraction du soufre, sont légères et poreuses; il y en a quelques unes avec un principe de cristallisation blanche, et tout àFcntour de cette solfa-
ma , n" 5oo.
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tare , le rocher est d'un gypse gris, mêlé de glaise
cendrée.
A deux milles plus loin le pays devient abondant et couvert d'arbres fruitiers, d'amandi^s principalement. On fait dans tout ce canton de la Sicile un grand commerce de fruits que les Vue de Pal- HoUaudais viennent acheter a Palma, gros bourg à deux milles encore au-delà. Les maisons de Palma sont bâties avec une espèce de pierre et un mortier si blanc , qu'il semble qu'elles sont toutes nouvellement construites ou qu'on bâtit encore celles même qui tombent en ruines. Nous ne nous y arrêtâmes que le temps nécessaire pour notre diner, et, pendant qu'on l'apprêtait, un de nos dessinateurs prit une vue de la place et de l'entrée de la principale église.
Cette petite ville est assez peuplée, et dans une position charmante : ses environs sont remplis de jardins délicieux, tout ce pays est en général d'une abondance extrême en vignes, en blés, en toutes sortes de fruits. On ne sort de la vallée de Palma que pour découvrir la vaste plaine baignée par l'ancien fleuve Himera, au-delà des célèbres campagnes de Gela.
C'est en sortant d'une chaîne de montagnes, sur le bord de la mer, en deçà du fleuve Himera, aujourd'hui Fiume Salso, qu'est bâtie Alicata. On ignore quels ont été les fondateurs de cette ville, et l'époque oii elle a commencé à exister ; mais
Ville et port
d*Alicata ,
nos 5oi et
5oa.
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un rapport très marqué entre son nom et le mot grec Jlicas ctAo? ou aMva, qui dans cette langue signifie sel, substance salée, semble devoir lui donner une origine grecque, et par conséquent fort ancienne. *
Il n'est point extraordinaire que la position d'un lieu sur les bords d'un fleiive dont les eaux ont dû de tous les temps contracter un goût de sel , lui ait fait donner dès son principe un nom qui y ait rapport ; mais, comme nous l'avons déjà observé, une ambition presque générale à toutes les villes de la Sicile, c'est de prétendre remplacer celles qui ont pu exister anciennement dans leur voisinage.
Au rapport de tous les historiens , de tous les poètes de l'antiquité, il y avait très certainement dans cette partie de la Sicile, et près des côtes méridionales, une ville célèbre, et qui a été une des plus puissantes de cette *île, l'antique Gela.
• Le fleuve Himera , auquel on donne aujourd'hui le nom de Fiume Salso, est un des plus étendus de la Sicile ; il la sépare presque en ligne droite du nord au midi , et prend sa source dans les montagnes appelées di Madonia , qui font partie des monts Nebrodes , près du château de Polizi. A peu de distance de sa source, il traverse plusieurs mines de sel, et, entre autres, celle d'Alimena , qui donnent effectivement à ses eaux un goût acidulé très sensible. Unde recto deinceps Jluxu pergens mineras salis et lapidicinas complures interjluit quarum aquis et augmcntatur et salsior reddilur. ( Fazelli. )
Il <î
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Apparet Camerina procul , campique Geloi Immanisque Gela,Jluvii cognomine dicta. *
(ViRG. , Mneid. , Lib. III.)
Ce fut un des premiers établissemens que les Grecs firent dans la Sicile ; il est même antérieur à Agrigente, puisqu'au rapport de Thucydide ce furent les habitans de Gela qui fondèrent la ville d' Agrigente, cent ans après leur arrivée dans
« Caraarina était située k deux railles plus loin , sur la même côte méridionale de la Sicile. Rien west, en général, plus exact que les citations de Virgile , qu'on pourrait , en matière de géographie, regarder comme un historien véridique. Cette Gamarina était une colonie de Syracusains , dont il est question dans les guerres particulières de ces différentes villes grecques les unes contre les autres : les plus faibles étaient détruites par les plus puissantes; celle-ci fut prise et ravagée par les Carthaginois à la même époque que Gela. Il n'existe plus aujourd'hui de cette ancienne ville que des médailles et des ruines presque à rase terre , mais très suffisantes pour en pouvoir distinguer' l'étendue.
Il y en avait encore une autre près de là et sur la même côte , qui avait été bâtie par Phintias , tyran d' Agrigente , et à laquelle il donna son nom. Élevé au trône, et protégé par les Carthaginois, ce prince avait apparemment bâti celte ville à l'embouchure du fleuve Himère pour inquiéter les Geléens, qui en étaient très voisins , et se trouver à portée de les attaquer ou de les gêner dans leur commerce. La Sicile était , à cette époque , divisée pour ainsi dire en autant de factions que de villes et de colonies , et nous voyons à ce sujet dans Diodore que , dans les guerres qu'il y avait alors entre les habitans d'Agrigente et ceux de Gela, ces derniers ayant été les plus faibles , se retirèrent à la nouvelle ville de Phintia. ( Diod., Lib. XXII.)
rjle. Il ne fallait rien moins qu'une origine aussi Illustre et aussi ancienne pour faire l'objet de 1 ambition de deux villes situées à peu de di stance Tune de Fautre, dans les environs des lieux ou 1 antique Gela a dû exister, Alicata et Terra Nuova. .
Sans vouloir décider sur ce grand dififérend et déterminer quelle est celle de ces deux villes dont les titres sont le mieux fondés, nous nous contenterons de rendre seulement compte ici de 1 opimon que nous croyons être la plus vraisemblable quoiqu elle ne soit pas, à beaucoup près, générale dans le pays, et même parmi quelque savans siciliens versés dans l'étude de l'antiquite.
II paraît, ainsi que Dorville l'a fort bien observe', que c'est faute d'avoir d'abord déterminé quelle est la rivière qui portait le nom de Gela
• /rf ex omnibus hisce autoritatibus constat, Gelam ad fin- .<«« Gclœesse sUam. Quodsi sciremus certo guiJlu.ZToc
cere ^ et « eo solum modo vagaremur, ut nesciremL auod nuUbuspassuumfuisset remota a mari ,at,ue adeo iJZt nemnonscremus, longitudo vero esset notl Clu.eriTœin SUJlumen Terrce No.œ hodie dictum esse Gelam Sa Zi .equu esse flu^eu S.,su™, ,uod .idimus J^^^lZJdl tauone esse H.meram : deinde ,uia Drillo fluvius ni™is ptpe ad Ca^anaam accédât, urbem po.en.issi^a™, ,uasi innZ non vero s.mUe esse urbes duos ta^potentes sibi fuisse vicZ '
(DORVILLK.) ^ ^^i^^uiuA.
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qu'il existe quelque doute a ce sujet, puisque, d'après tous les auteurs, et particulièrement le passage de Virgile que nous venons de citer, la ville antique en avait pris le nom, et qu'il est naturel de croire qu'elle devait en être très voisine. Indépendamment des raisons dont nous avons déjà parlé , et qui nous autorisent à penser qu'Alicata a été, depuis qu'elle existe, placée sur le fleuve Himère , aujourd'hui Fiume Salso, Dorville cite , en faveur de l'opinion qui place le fleuve Gela à Terra Nuova, un passage d'Ovide qui nous parait décisif. Cet ancien poète, en parlant de ce fleuve , le caractérise par un seul mot, tel qu'il est encore aujourd'hui, c'est-à-dire redoutable et dangereux à traverser par les tournoie mens d'eau dont son cours est rempli:
Prœterit et Cyanem, etfontem lenis Anapi Et te vorticibus non adeunde Gela.
( OviD. , Fast. , Lib. IV.)
Ces tourbillons, ces précipices dangereux existent encore aujourd'hui dans la petite rivière ou torrent qui passe à Terra Nuôva, parce que son sol , son cours rapide et les montagnes qui le resserrent et où il prend sa source , n'ont pu changer. Le voyageur Dorville nous assure en avoir fait lui-même l'expérience, et dit qu'il connaît peu de passages de rivière qui soient aussi dangereux : Nec memini me iterjecisse magis pericu-
W^, nam illud in clivo collium habebamul unde sœpe animus horrebat in précipites valles prospiciends.
Voilà donc une forte présomption en faveur deTerra Nuova, sans parler d'une quantité considérable de ruines, de restes de temples, de colonnes encore existantes autour de cette dernière vdle, et l'on n'en voit point auprès d'Alicata. • *^
A tous ces titres, qui nous paraissent fondes, le seul qu'oppose la ville d'Alicata est un monument très curieux, il est vrai , un marbre, une mscription antique faite par les Geleens eux-mêmes, et à l'époque de l'ancienne république de Gela. On assure que cette inscription a été trouvée sous terre à Alicata avec quelques fragmens de statues antiques en exécutant une fouille près d'une des tour^ de garde de la ville. Cette découverte, faite en 1660 a paru si décisive , et d'une telle importance aux habitans, qu'ils ont pensé que toute contestation serait désormais inutile, et qu'on ne pourrait douter désormais qu'Alicata n'ait été autrefois 1 antique et célèbre ville de Gela, quoiqu'il soit naturel de penser que l'inscription, qui par elle-même est d'un volume très peu considérable, puisque le marbre n'a qu'une palme de hauteur sur trois dé largeur, a^ être transportée très facilement d'une ville à l'autre • et
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c'est , à ce qu'on nous a positivement assuré , ce
quia eu lieu.
Les habitans d' Alicata , fiers de leur découverte, ont donc encastré l'inscription antique sur le mur d'un corps-de-garde du château de leur ville , où l'on peut même regretter de voir un monument aussi curieux, tant par son extrême antiquité que par le sujet de l'inscription. Plusieurs auteurs ,' tels que le marquis Maffei , le prince de Torremuzza, ont déjà donné cette inscription antique dans leurs ouvrages ; mais on la trouvera surtout fort exactement rendue, et avec des notes très savantes de Pierre Burmann , dans le voyage de Dorville.
Cette inscription grecque, que son étendue ne nous permet pas de donner ici en entier, contient un décret de la république de Gela, par lequel le sénat ou l'assemblée du peuple, après avoir fait l'éloge de la bonne conduite du gymnasiarque Héraclide, fils de Zopirus, et loué les soins qu'il avait apportés à former les élèves du gymnase auquel il présidait^ lui accorde une couronne d'oliviers , et ordonne en outre que ce décret sera gravé sur une colonne élevée aux frais de la république dans le gymnase même. A la suite de ce décret on lit les noms des élèves qui ont été chargés de placer la couronne sur la tête du gymnasiarque^ ils sont au nombre de onze. '
' Ce qui peut ajouter encore à la curiosité de ce monument
Ce monument précieux, en attestant l'existence certaine de cette antique colonie grecque, ne peut
antique, c'est que, par la forme de plusieurs des lettres et des caractères grecs gravés sur celte inscription , il y a tout lieu de croire qu'elle doit être d'une antiquité très reculée , et fort antérieure au temps oii les Romains ont fait la conquête de la Sicile.
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Condigna igiiur res est Oleagina publiée donarc corona
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qu'augmenter les regrets sur la destruction presque absol.ue d'une des plus puissantes villes de l'antiquité.
Quoiqu'on puisse reconnaître, à n'en pouvoir douter, qu'il y a eu, comme nous l'avons dit, auprès de Terra Nuova une ville très étendue et très riche en édifices, ce qu'il y a de débris de constructions et de colonnes est si informe, si détruit, qu'il est impossible de s'en faire une idée. On lit, dans Diodore, que ce fut après la prise d'Agrigente qu'Apiilcar, a la tête des Carthagi-
Heracîidan Zopiri F. Gymnasio Prœfectum vigiiantiœ ergo virtutisque In Gymnasium ; Decretumque De ea re Sculptum appendi ad Columnam in Gymnasii Aula Atque ad sœpta columnœ «fo<rio» * Cantari per trigenta dies ; ut apud Senatum relatum est Populus Geloorum de re proposita Censet laudandum et coronandum Corona Oleagina Heraclidem Zopiri F.
Vigiiantiœ gratia virtutisque Erga Gymnasium.
Ephebi ** coronantes ; Ascapiadas Ascapiadis F.
Artemon .
Antallus , etc.
* Id cat, Hymnunt in laudem post coronationem.
•* Id est, Adolescentes Gymnasii altimni.
, Version de l'abbé Châoppi )
EN SICILE. 3ii
nois , vint faire le siège de Gela. Ses habitans se défendirent avec un courage prodigieux ; les femmes mêmes, qu'on avait résolu d'éloigner de la ville avant le siège, voulurent en partager les dangers et les travaux. Il parait que les Geléens comptaient beaucoup sur les secours qui leur avaient été promis par Denys, tyran de Syracuse, mais que ce prince les trahit, et les abandonna à leur sort.
Gela, ainsi que Camarina, furent détruites en entier. Les Carthaginois enlevèrent une superbe statue colossale d'Apollon , élevée devant les portes de Gela, et l'envoyèrent à Tyr. Il faut lire dans l'historien lui-même ces détails intéressans, dans lesquels il peint le sort de ces malheureux citoyens, femmes, enfans, vieillards, errans dans les campagnes après la destruction de leur ville, et fuyant la cruauté des Cartha-
gmois.
' Jam duarumplebs urbium sedibus éjecta laie per campos, mulieres , pueri , innumeraque cujusque generis iurba, fuga effusa rapiebatur. Quod milites cémentes , Dionysio irasci detestarique illius consilia, Movebat eos gravis et calamitosa conditio. Pueros namque libéras et virgines cernebant annis nubilibus contra œtatis suce décorum, promiscueprout quemque pavor urgebat per iter prœcipites ftrri , quandoquidem gravitatem, verecundiam, reverentiamque aliorwn formido substulerat. Decrepitis quoque pari dolore congemiscebant , quos ultra naturœ vires cogipellique videbant ad iterpari celeritate cum juvenibus peragendum. Quibus ex rébus in Dionysium txarsit odium militum. (Diodorb, L. XIII. )
^ Il
3i2 VOYAGE PITTORESQUE
La ville d*Alicata nous offrait peu de curiosités intéressantes; aussi, après avoir pris les vues de son site et de son port, qui est, comme nous l'avons dit, un des sept caricadori de la Sicile, nous allâmes parcourir une partie de son territoire, en suivant le bord de la mer. Nous y remarquâmes, à quelque distance de la ville, une suite de rochers a fleur d'eau , dont la forme circulaire ressemblait assez à une disue ou jete'e ; ce qui semblerait indiquer qu'on aurait pu s'en servir autrefois pour faire le port de l'ancienne ville de Phintia, en ajoutant quelques constructions à ce qiiç la forme du local présentait naturellement.
Nous trouvâmes aussi sur la montagne qui domine la ville actuelle , auprès des Capucins , des fragmens de murs et de débris antiques qui nous parurent être les restes d'une citerne : cette ancienne construction avait été revêtue de ce mastic si souvent employé par les Romains, composé de briques cassées et mêlées de chaux , avec une espèce de mosaïque formée de petits dés de marbre blanc , distribués régulièrement dans le mastic. L'antiquaire d'Alicata (car chaque ville, dans ce pays, a son antiquaire) voulut absolument nous conduire à deux milles de la ville, en suivant la chaîne de montagnes. 11 nous fit
il ^ o
voir sur un rocher quelque apparence de gradins absolument en ruines , et qui avaient autant
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Tair d'un jeu de la nature que d'un ouvrage de l'art. C'était cependant, si nous devons l'en croire , les restes d'un ancien amphithéâtre de Gela , quoiqu'il n'y eût pas une seule pierre qui pût témoigner en faveur de cette opinion. Nous trouvâmes seulement dans cet endroit les restes d'une tour qui avait été anciennement construite pour servir de fanal. Elle y était d'autant mieux placée que, de là, on domine sur une grande partie de la côte, qui est très basse dans toute cette partie,' et sur une grande étendue de mer. Nous remarquâmes que le lit du fleuve Salso , à mesure qu'il s'approche de son embouchure , paraît beaucoup plus bas que le niveau delà mer; c'est au point que, pendant l'hiver, ses eaux remontent assez avant dans le fleuve , et lui communiquent un goût amer et saumâtre. Un autre mconvénient beaucoup plus grand, c'est que pendant l'été, où les eaux du fleuve sont bien moins abondantes, la mer s'oppose encore plus à son cours, en ferme l'embouchure avec des sables, et l'oblige de se répandre dans les terres, ce qui produit a Alicata et dans tous les environs le mauvais air qui y règne presque toujours.
La population d'Alicata est d'environ dix mille habitans qui jouissent de l'aisance que leur donnent un excellent territoire et d'excellentes productions en grains et en fruits. Le commerce principal de cette ville est celui du blé; sans par-
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1er de toutes les provisions nécessaires à Malte , dont elle est le magasin, et qui s'exportent et s'expédient journellement pour cette lie. Alicata fait encore un commerce particulier en macaroni , et en différentes pâtes de ce genre, qui y sont plus blanches et d'une meilleure qualité que partout ailleurs. Nous y mangeâmes des figues parfaites et des becfigues exquis ; on prend dans les environs de la ville une si grande quantité de ces petits oiseaux, qu'on est dans l'usage de faire une huile avec la graisse qu'on en retire; elle se met en bouteilles et se conserve pendant une année : les habitans s'en servent et l'emploient dans leurs cuisines en place de beurre.