I.a dernière année du règne de Ximenèsen a
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donné un exemple dans la révolte des prêtres de File , qui projetaient d'assassiner le grand-maitre dans l'église, ainsi que tous les chevaliers , et qui ayant manqué ce projet, osèrent exécuter celui de s'emparer de deux forts, et de tirer sur la ville le canon qu'ils ne savaient heureusement ni charger ni affûter.
C'est à l'occasion de cette ridicule expédition que le grand-maître régnant a pris le prétexte d'avoir un régiment à lui outre sa garde ordinaire, et qu'il a fait ce pas de plus vers cette souveraineté indépendante où tendent toutes les monarchies, tous les princes, tous les chefs , et en général tous ceux qui arrivent à l'autorité.
Les lois de chaque Etat sont toutes bonnes , toutes sages, toutes propres au peuple pour lequel elles ont été faites ; pour connaître un gouvernement , il ne faut pas demander le code d'un pays, ni s'informer des lois qui y régnent, mais s'instruire de la manière dont on sait les enfreindre ou les éluder.
Le grand-maitre n'est que le premier entre ses égaux : au conseil il n'a qu'une voix de plus que chacun de ceux qui y assistent, et toutes les affaires doivent être portées à ce conseil ; le grandmaitre à Malte n'est donc en apparence que ce qu'était un consul à Rome, un archonte à Athènes, et ce qu'est un landaniann en Suisse ; mais.
dans le fait et par la nature du gouvernement, il en est tout autrement.
S'il s'agit d'affaires publiques qui exigent le secret, c'est dans un conseil particulier où le grand-maître est absolu qu'elles se traitent. Au grand-conseil, il faut que ce soit le grand-maître qui y propose une affaire pour qu'elle y soit traitée; ainsi il dépend absolument de lui de la laisser dans le silence, s'il ne désire pas qu'elle soit termmée, ou s'il ne voit pas les bureaux formés et disposés à la juger suivant sa volonté. Si elle est importante, qu'elle tienne à la constitution de 1 ordre, et qu'elle soit de nature à être décidée avec la sanction des formes, le grand-maître alors fait le calcul des voix qu'il sait lui appartenir, et distributeur de toutes les grâces de l'ordre, ou créateur de celles qu'il juge nécessaires, il crée autant de baillifs de grâce qu'il a besoin de voix pour l'emporter sur le parti contraire. Il peut donc ainsi tout proposer, tout faire accepter, sans répondre personnellement de rien. C'est par ces moyens qu'on peut dire avec vérité que la puissance du grand-maître à Malte est dans le fait plus que monarchique. '
•Outre linfluence que donnent au grand-maître les grâces qu .1 distribue , il est réellement souverain absolu de tous les hab,tans de Malte, qui n'appartiennent point au corps de la religion. Ce pouvoir , qui appartient essentiellement à l'ordre lu. est confie le lendemain de son élection. Tous les tribunaux
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Un des principaux édifices de la cité Valette, que nous allâmes visiter en arrivant à Malte , est la paroisse du château ou l'église de Saint-Jean : quoique très simple dans son intérieur, et d'une architecture assez médiocre, cette église mérite d'être vue, à cause de sa décoration intérieure, qui est de la plus grande richesse. Le grandmaitre de la Cottonere a surtout contribué à l'embellissement de cet édifice , en y employant à grands frais les artistes les plus estimés de son temps; aussi lesornemens de toute espèce y sontils prodigués : les pilastres, ainsi que le pavé de l'église , sont revêtus de marbre en mosaïque , et les très nombreuses sculptures sont enrichies de la plus magnifique dorure; mais parmi tous ces ornemens , les peintures du chevalier Mathias Preti , connu sous le nom du Calabrèse , nous parurent mériter le plus d'attention. Cet artiste célèbre a peint dans la voûte toute l'histoire de saint Jean ; et c'est là qu'on doit voir ce peintre pour le connaître et lui accorder l'admiration qu'il mérite. Grand dans la composition, fier et vigoureux dansl'exécution, sa manière est franche
de juridiclioQ civile et criminelle dépendent de lui ; de sorte qu'il est maître absolu de l'île. L'ordre ne s'est réservé que les détails qui sont relatifs à la santé et à la monnaie. Le graudniaître en fait cependaiil battre à son coin particulier et pour son compte ; mais il est obligé de suivre le titre des espèces adopté par l'ordrt'.
EN SIQLE. ' 3.^^
et facile, comme celle de Paul Véronèse, dont il tient beaucoup pour la couleur et le pinceau. Il serait peut-être à désirer qu'il eût réussi de même à imiter ce peintre dans la grâce et l'élégance de ses figures, quelquefois sans noblesse et un peu trop fortes.
Il y a encore dans la chapelle Saint-Jean de cette même église un grand tableau de Michel- Ange de Caravage, qui nous parut d'une composition aussi simple que terrible. Ce tableau, représentant la Décollation de saint Jean , yalut , dit-on , au peintre la croix de chevalier. On prétend qu'il était venu la solliciter, pour pouvoir tirer vengeance d'un chevalier romain qui lui avait refusé le cartel.
Arrivés à Malte la veille de l'anniversaire delà levée du siège de i565, dont on célèbre la fête tous les ans dans cette église , nous fûmes curieux d'y assister, d'autant plus que nous devions y voir une grande partie de l'ordre rassemblée, et dans le plus grand appareil. L'office commence par un service mortuaire pour les courageux chevaliers qui furent tués au siège de Malte ; on y rappelle leurs noms, et les actions qui ont mérité de consacrer leur mémoire à la postérité.
Le lendemain, à une messe solennelle, toutes les troupes étant sous les armes, et tous les chevaliers en habit de cérémonie, le grand-maître est salué à l'évangile par l'étendard de la religion ,
Fort Manoel et île da Lazaret, n* 5o5.
que porte un chevalier de la langue d'Auvergne- Cet étendard est placé à côté de son siège sous le dais, et un page lui apporte la même épée et le même poignard que Philippe II envoya en cette occasion à La Valette. La cérémonie est terminée par une longue procession, pendant laquelle les forts font entendre tour à tour des salves de leurs batteries.
Les chevaliers auxquels nous avions été adressés voulurent nous accompagner en sortant de l'église, et nous montrer les principales fortifications du port ; en conséquence ils nous conduisirent d'abord à la plus importante, qui est le fort Saint-EIme , et ensuite au fort Manoel ou Emmanuel, le plus nouvellement fait, et le plus parfait en même temps. Ce dernier est placé sur une petite île qui est au milieu du port Marsa Musciette.
Ce fort Manoel ou Emmanuel, parfaitement régulier, tire son nom de celui du grand-maître Manoel de la Vilhena, qui le fit construire dans la petite île du Lazaret, pour défendre le port de Marsa Musciette; il fut élevé sur les dessins du chevalier de Tigné , par le chevalier de Mondion, en 1723. '
' Indépendamment du fort Saint-Elme , qui défend la cité Valette du côté de la mer, augmenté en différens temps, et terminé par le grand-maître Raymond de Perellosau commencement de ce siècle , la ville de Malte est défendue du côté des
Rien n'est imposant comme la vue et l'ensemble de toutes ces fortifications réunies : aussi n'y eut-il jamais de situation tracée par la nature aussi avantageusement que celle de la ville de Malte, entourée de deux ports également sûrs , également vastes l'un et l'autre , et qui pourraient contenir un très grand nombre de vaisseaux de tous les rangs. Indépendamment de ces deux ports pnncipaux, on peut encore en compter quatre ou cmqplus petits qui y communiquent, où les vaisseaux sont parfaitement en sûreté, et dont tous les abords et les extrémités sont garnis et hérissés de batteries de canon; une grande partie de ces batteries sont placées à fleur d'eau, et
terres par les fortifications de la Florianne, qui furent commencées sous le grand-maître de Lascarisen ,635, et terminées en ,7,5. On yoit encore à chacune de ces langues de terre , ou presqu'îles qui entourent leport , un grand nombre de forff.cat.ons , dont une des plus considérables est la Cottonere Cette vaste enceinte, ainsi appelée du nom du grand-maître qu. 1 a fondée en ,670 , défend du côté des terres le fort Sa.nte-Marguerite et la p.-esqu'île de La Sangle , qui sont auUnt de forteresses redoutables. Une des principales et des plus ancennes en même temps est le château Saint-Ange , qui term.ne la cité Victorieuse, et soutint en grande partie les efforts des lurcs pendant le terrible siège de i565
On a depuis fait construire un autre fo.t nommé Sicasoli, du nom d un commandeur de la langue d'Italie q..i donna pour 1 lever trente mille écus à la religion. Cet ouvrage est d autan plus nécessaire et plus important que , par des bat- ^r.es placées a fleur deau , et qui répondent à celles du fort ^amt-Elme, .1 défend absolument l'ent.ée du port.
33o VOYAGE PITTORESQUE
mettraient en pièces dans un moment les vaisseaux qui oseraient s'en approcher.
La nature du sol étant presque en totalité composée d'un rocher très tendre, a rendu bien moins difficiles et moins dispendieux les travaux nécessaires pour élever et conduire cette immensité de murailles et de fortifications ; on en a même abusé, car Tordre de Malte ne serait point en état d'entretenir le nombre de soldats nécessaires pour les garder, et ces ouvrages non défendus deviendraient bientôt, en cas d'attaque , des retranchemens dangereux s'ils étaient occupés par l'ennemi. Cette manie de fortifications en a entraîné une autre , qui est celle de l'artillerie et des canons. Cette seule place en a plus de quinze cents, dont cinq cents sont de bronze, et cependant on en fond, on en achète chaque jour de nouveaux.
Ayant à peu près parcouru toute la partie principale de la ville de Malte particulièrement nommée la cité F'alette, nous famés curieux de voir les autres parties de l'ile, et entre autres cet ancien faubourg qui, à si juste titre, mérita de cîié victo- porter le nom de cité Victorieuse ' ; c'est une TeTu Saint- partie de ce faubourg qu'on trouve représentée n^ioè. sur notre Atlas, tel qu'on l'aperçoit de l'autre
• Veitot, dans son Histoire de Malte, donne la relation de ce siège , ainsi que celle du siège de Rhodes , sous le grandmaître Villiers de l'Isle Adam , en i522.
côté du port et de la place où est une fontaine publique appelée fontaine de Neptune ; nous allâmes visiter aussi le fort Saint-Michel , situé à la pointe de l'île, ainsi que la ville de La Sangle, quartier très bien bâti , coupé par deux grandes et belles rues, qui, par d'autres petites rues de traverse , conduisent aux deux ports des Galères et des Anglais. C'était dans cette partie de Malte que les chevaliers avaient formé leur premier établissement , avant de venir occuper la cité de La Valette. Cet ancien faubourg n'est ni moins bien bâti, ni moins propre que la nouvelle ville. C'est dans le port dont il fait le fond , qu'on renferme les vaisseaux et les galères de la religion ^ Ce bassin particulier qui débouche dans le grand port, est fermé et défendu à l'extrémité par le château Saint-Ange, qui, avec les batte-
• « La religion entretient toujours trois vaisseaux de soixantequatre pièces de canon, une frégate de trente-six, quatre galères et deux galiotes , destinés à la garde du port. Les équipages en sont payés toute l'année , et forment à peu près deux mille quatre cents hommes, sans y comprendre les soldats. Quant aux forces de terre, elles consistent en seize raille hommes environ , que , dans un cas de nécessite , l'ordre de Malte pourrait armer et mettre sur pied d'un moment à l'autre; mais, par une économie très sage, il n'entretient que ce qu'il lui en faut pour mettre ses possessions à couvert de toute insulte, et se faire respecter de ses propre^ sujets,
« Tous les habitans de l'île, depuis lâgc de seize ans jus qu'à soixante, son» enrôlés, et formeraient dix régimeus
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ries de la pointe de l'autre presqu'île, mettrait encore en sûreté la marine de Tordre, quand bien même une flotte ennemie aurait pu forcer ou prendre les deux forts Saint-Elme et Ricasoli, qui défendent l'entrée du port.
Nous sortîmes de la ville sans pouvoir trouver la campagne, car ce qu'on appelle ainsi à Malte est tout aussi bien bâti que la ville même , et parait également fortifié par de grands murs continuels, construits pour retenir ou encaisser le peu de terre qui existe dans File, celle qu'on y apporte ou qu'on y fabrique. C'est dans ce lieu qu'on peut voir plus que partout ailleurs à quel point la nécessité rend les hommes industrieux. Ces laborieux habitans , après avoir brisé leur rocher, qui heureusement est d'une qualité assez tendre , le mêlent au peu de terre dont il est revêtu , et à force de le cultiver et de l'arroser, ils
M plus ou moins nombreux suivant la population des villages « qui les composent. On peut estimer ces régimens cfe huit à « neuf cents hommes chacun. Les habitans de l'île de Gozzo u sont aussi enrégimentés , et la population de cette île peut « fournir trois ou quatre mille hommes pour sa défense.
« Le grand-maître nomme à toutes les places militaires , soit «t dans la milice, soit dans les régimens régulièrement entre- « tenus. La paie des officiers est assez modique ; mais comme « ils sont nourris aux dépens de l'ordre , elle est plus que suf- « lisante pour leurs besoins. Les revenus du grand-maître « peuvent monter jusqu'à trois cent mille écus de Malte , ce i< qui revient à sept cent vingt mille livres de France. » ( Lettres sur la Sicile, par le comte i<k Borch.)
viennent à bout d'en composer un terrain au moins très propre à la culture du coton , la production la plus abondante et la plus générale de Tîle , et qui leur est même si avantageuse , que ce qu'ils en retirent leur tient lieu de tout ce qui leur manque..
C'est effectivement avec le produit de leur coton que les Maltais font venir et paient à l'étranger tout le blé dont ils ont besoin pour neuf mois de l'année, l'île pouvant à peine les nourrir pendant trois. Aussi sont-ils obligés d'avoir recours à des travaux incroyables pour augmenter cette denrée, dont ils reconnaissent si bien l'avantage qu'ils y ont sacrifié jusqu'à leurs jardins, et une grande partie de leurs plantations d'orangers.
C'est au mois de mars qu'on sème le coton ; on commence par faire dans la terre un trou de quelques pouces de profondeur, ensuite on le remplit d'eau; dèA qu'elle est imbibée, on met dans la petite fosse le grain qu'on recouvre et qu'on n'arrose plus qu'il n'ait germé et soit hors de terre. La plante vient en peu de temps de dix à quinze pouces de hauteur, fleuri t au mois d'août, et donne le coton au mois de septembre; la maturité se manifeste lorsque la coque vient à s'éclater. C'est cette coque ou gousse qui renferme le coton, et dans laquelle la graine est enveloppée.
On cultive des cotonniers de plusieurs espèces.
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et dans diffërens pays : celui des Indes est le plus beau et le plus élevé ; il repousse pendant cinq ans sans qu'on soit obligé de le replanter. Le cotonnier des Antilles vient moins haut, et il faut le semer tous les deux ans ; mais il produit un coton d'un beau jaune et d'une grande finesse. L'ile de Malte est presque le seul lieu de l'Europe qui le produise ; on l'y travaille avec succès, et il faut croire que la filature du coton y était même fameuse autrefois, puisque Cicéron, qui, heureusement pour la connaissance de la Sicile, a eu à plaider contre Verres, l'accuse d'avoir employé , pendant trois ans , tous les tisserands de Malte pour faire des robes et des habillemens de femme. '
Quoique ces plantations de coton et quelques forêts d'orangers soient presque les seules productions de l'ile de Malte , nous fumes cependant curieux de prendre une idée de l'intérieur du pays, et d'y voir surtout deux maisons de plaisance du grand-maitre , qui ont beaucoup de réputation , et particulièrement celle appelée // Boschetto, On nous l'avait fort vantée pour rétendue et la magnificence, ainsi que pour la
' Insula est Melita, judices , satis lato, ab Sicilia mari periculosoque disjuncta , in qua est eodem nomine oppidum , quo iste ( Yerrès ) nunquam accessit , quod tamen isti textrimim per triennium ad muliebrem vestem conficiendam fuit. (Cic, in Verr.. Lib. IV.)
quantité de daims et de gibier de toute espèce qu'onyentretient,etqui est réservé pour la chasse du grand-maître; mais ce jardin si vaste, si magnifique, et dont on nous avait fait tant de belles descriptions, se réduisit à un vallon planté d'arbres , et qui , au moyen de quelques sources assez abondantes, désaltère un peu les yeux de l'aridité brûlante et de la sécl^eresse de tout le pays qu'il faut parcourir pour y arriver.
Il y a cependant au bas du vallon un lieu très agréable à voir , c'est la fauconnerie du grandmaitre, le seul endroit de l'île que nous ayons trouvé vraiment agreste, vraiment champêtre, et qui puisse enfin rappeler l'idée d'une nature fraîche et riante. De magnifiques eaux de source y arrosent de grands et vieux orangers de la hauteur des chênes , et procurent un ombrage, une température d'autant plus délicieuse qu'elle est plus rare et plus désirée à Malte que partout ailleurs.
Le parc de cette fauconnerie est rempli de cerfs de l'île de Corse , et de daims de l'Islande. La ménagerie, qui , par la température de l'île, serait susceptible de conserver tous les animaux de tous les climats , ne renferme que des gazelles, le plus joli, le plus léger, le plus délicat des qua' drupèdes. On sait que les yeux de la gazelle sont la comparaison favorite et la plus galante des amoureux orientaux , lorsqu'ils vantent les char-
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mes, la beauté de leurs maîtresses. Le corps de ces animaux est si frêle, si élastique, leurs mouvemens si rapides, et leurs jambes si menues, qu'on craint toujours qu'elles ne se brisent quand ils courent.
Nous passâmes ensuite à la vieille ville, l'ancienne Melita ', située dans le centre de l'île de Malte , et appelée aujourd'hui la città Notabile :
* Melita était , suivant les anciens , une ville riche et opulente. On lit dans Diodore qu'elle était surtout renommée pour les étoffes et les tissus de lin qu'on y fabriquait , et qui étaient d'un moelleux et d'une finesse extrême. Il paraît que la ville de Melita était citée pour la magnificence de ses bâtimens. Voici le passage même de cet historien : Opibus abun- (tant incolœ , variorum quippc operum artifices habent , inter quos excellant qui lintea insi^ni subtilitatc ac mollitie tcxunt. JDomus illic sunt perpulchrœ , suggrundiis et albario opère magnijicenter exornatœ. (Diod.'de Sic, Lib. V.)
Nous voyons encore dans Cicéron qu'il y avait autrefois dans celte île un temple de Junon , pour lequel les anciens avaient la plus grande vénération. Ce temple était rempli d'ornemens précieux , et l'orateur cite, entre autres, plusieurs statues de la Victoire , sculptées en ivoire avec un art admirable. L'avare Verres s'en empara , et Cicéron lui reproche ses brigandages dans cette île , avec d'autant plus de force et de raison que même les Barbares avaient toujours respecté les trésors qui y étaient renfermés : Dicunt legati Melitenses publice spoliatum templum esse Junonis , nihil istum in religiosissimofann reliquisse , quem in locum classes hostium sœpe accesserint, ubi piratœ fere quot annis hiemare soleant , quod neque prœdo violarit antea , neque hostis attigcrit , id ab uno isto sic spoliatum esse , ut nihil omnino sit relictum , pro dii immortales / etc. ( Cic. , m rerr. , Lib. IV. )
c'était la ville la plus considérable et la capitale de 1 lie, avant l'arrivée des chevaliers en ,53o t.ne est encore la résidence de l'évéque. Ce fut là ' dit-on, que saint Paul prêcha l'Évangile et habiti tt;ois mois après son naufrage. On voulut, avant d entrer dans la ville, nous faire voir la grotte n^eme ou Ion assure que l'apôtre avait dit la niesse; mais cette grotte, malgré toute sa reputation, nous parut si peu intéressante, même pourle naturaliste, et surtout si peu pittoresque, qu II ne nous fut pas possible de nous y arrêter m d en prendre la moindre vue.
On nous conduisit ensuite aux catacombes, que nous trouvâmes beaucoup mieux conservées que celles de Rome et de Naples : elles sont tail- .lees dans la plus belle pierre, saine, sans humidité, et si blanche, qu'il semblerait qu'elles viennent d'être terminées. On ne peut presque douter que ces excavations n'aient été faites et absolument destipées dans leur origine aux sépultures des anciens habitans de l'île , et il est vrai semblable que par la suite, les chrétiens auront pu s en servir, soit pour j enterrer aussi les morts soit pour s'y cacher dans des temps de persécution, et y célébrer les mystères de la catholicite.
La petitesse des corridore, dans lesquels il ne peut passer qu'un homme à la fois, leur distribution à peu près régulière, leur voûte cintrée