‹ Voyage pittoresque à Naples et en Sicile [microform]Chapitre 57 sur 96 · IV · texte numérisé non relu

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quoique taillée dans la roche, les chambres qu'on trouve d'espace en espace, l'enduit qui existe encore dans plusieurs, la décoration de deux piliers cannelés dans l'endroit le plus vaste, et qui paraît avoir été le lieu principal , la distribution des petites niches pour recevoir les lampes qui donnaientla lumière àces demeures souterraines,

enfin la régularité des tombeaux, dont la plupart, placés sous des voûtes carrées , avaient une espèce de décoration représentant un sarcophage couvert en forme de fronton ; tout cela peut faire croire que ces catacombes de Malte ont été destinées aux différens emplois dont nous venons de parler, et ne sont point , comme celles de Naples , des excavations faites au hasard, pour tirer des pierres et des matériaux à bâtir, puisque la petitesse de» corridors en aurait rendu la sortie sinon impossible , au moins très difficile ; et que, dans cette seule intention , on n'y aurait point pratiqué cette espèce de distribution assez régulière

qui y existe.

Des catacombes, nous entrâmes dans la vieille ville , fortifiée par de grands fossés et de belles murailles, et non moins bien bâtie que la Valette, mais d'une solitude et d'une dépopulation effrayante : on n'entend dans les rues que le bruit qu'on y fait, et l'on croirait entrer dans un cloître après la retraite. 11 y a sous la porte principale, encastrée dans le mur, une statue mutilée de

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Juiion, qu'on nous dit être antique, mais dont lestyle, le caractère, paraissent plutôt gothiques. C est très peu de chose que cette figure , à laquelle il manque d'ailleurs la tête et les mains Nous vîmes encore dans la rue, contre la muraille du palais sénatorial, deux morceaux de marbre d'une corniche et d'un entablement, plus charges d'ornemens que de bon goût, et du travail le plus nie'diocre.

A en juger par tout ce qu'on a trouvé de sculptures et de médailles dans l'île de Malte , on peut croire que les arts n'y ont jamais été poussés à un grand point de perfection. Diodore nous apprend que cette île fut habitée d'abord par les Phéniciens, les plus anciens navigateurs de l'univers; ils en furent, dit-il, long-temps possesseurs. Il n'est pas même rare de trouver encore a Malte, des monnaies de cuivre de cet ancien peuple, qui représentent une tête de femme , et au revers les dieux Orus, Isis et Osiris '. Des Grecs ensuite vinrent s'y fixer, sans y faire d'autres établissemens que ceux qu'exigeait leur commerce Ceux-ci furent suivis par les Carthaginois, dont

Colonia hœc est Phenicum , qui cum negotiationes suas ad Oceanum usque ad occidenlalem cxUnderent, refugium in ham insulam , obportuum commoditatem et inprofundo mari situm, habebant. Quœ causa fuit, ut loci ejus habitatores mercatorum bénéficia statim et opibus augerentur, et nomine inclarescerent. (DioD. Bg Sic, Lih. V.)

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on a aussi des médailles avec des inscriptions puniques , et enfin vinrent les Romains , qui y frappèrent de nouvelles monnaies , avec des inscriptions grecques d'un côté, et latines de l'autre.

Dans le partage de l'Empire romain l'ile de Malte passa àl'empereur d'Orient; quelque temps après les Sarrasins s'en rendirent maîtres, et depuis, les Normands la leur enlevèrent. De là elle passa aux empereurs d'Allemagne , ensuite aux rois de Sicile , et successivement à toutes les maisons qui y ont régné; on sait qu'enfin Charles- Quint la donna à l'ordre des chevaliers de Jérusalem , la seule puissance qui pût y faire un établissement solide.

L'ile de Malte, malgré la beauté de son port, malgré l'avantage de sa situation pour le commerce de la Méditerranée, dont elle occupe le centre , ayant été long-temps inculte , et ne devant le peu de productions qu'on en retire aujourd'hui qu'aux travaux forcés des habitans, ne pouvait qu'être onéreuse à ses maîtres. Malte était donc resté comme un entrepôt de commerce, un lieu de rafraîchissement pour les flottes qui s'y arrêtaient , et devenait alternativement la possession de tous ceux qui y faisaient des descentes. Il fallait à Malte une souveraineté telle que celle qui y règne depuis deux cent cinquante ans^ assez peu puissante pour n'en inquiéter aucune autre ; que ses nouveaux maîtres fassent en même

temps religieux, militaires et célibataires, composant une même famille, dont l'économie de chaque membre revînt par héritage à l'accroissement de la masse ; aussi la population des naturels de l'île s'est-elle accrue, depuis l'établissement de l'ordre, jusqu'à cent cinquante mille habitans , en y comprenant l'île de Gozzo et le rocher de Cumino.

La nation maltaise a toujours conservé, dès son origine , l'esprit mercantile et de calcul , et le même éloignement pour les beaux-arts et la littérature. Le grand-maître régnant vient cependant de commencer un cabinet qui restera toujours à Malte, et sera joint à ce qui est déjà conservé au trésor de l'ordre , c'est-à-dire à quelques tableaux médiocres et à des bas-reliefs antiques trouvés dans l'île , mais dont la faiblesse et la médiocrité du travail indiquent, comme nous venons de dire, à quel point les arts y ont été de tout temps peu cultivés. Il y a aussi une bibliothèque publique, sous la direction de l'abbé Agio, jeune Maltais, que le goût naturel des sciences a seul formé , et qui, par son activité et ses talens, ne peut être que très utile à cet établissement.

Parmi le peu d'antiquités qu'on a pu retrouver à Malte en différens temps , on conserve une petite statue de Mercure en bronze , ayant des ailes à son bonnet, le caducée dans une main et une

bourse dans l'autre. Il était naturel que cette divinité fût particulièrement en honneur dans une lie, dont les Phéniciens, les premiers commerçans du monde, avaient été les maîtres pendant fort long- temps.

On ne peut trop savoir si une autre petite statue de bronze, conservée dans la même bibliothèque, et qui représente le Silence, est de la même époque. Ce dieu du silence, connu anciennement sous le nom di Harpocrates y était en grande vénération chez les Égyptiens , ainsi que chez les Grecs : quant à ce petit monument antique, il est d'une trop mauvaise exécution pour avoir jamais pu appartenir à ce dernier peuple. Il en est de même d'un autel, sur lequel on voit représenté l'emblème connu de la Trinacrie , qui a été particulièrement adopté par les Siciliens dans un grand nombre de leurs médailles. Nous avons déjà parlé de cet emblème singulier, qui semble avoir été imaginé pour indiquer la forme triangulaire de la Sicile : il est formé par trois jambes d'homme, qui partent, comme autant de rayons, d'une tête ou d'homme ou de femme, placée dans le centre de la médaille. Quelques antiquaires prétendent , on ne sait pourquoi , que sur cet autel-ci c'est une tête de Proserpine , mais dans tous les cas on peut dire que, quoique antique , c'est le monument du travail le plus barbare.

Cette bibliothèque de l'ordre de Malte, déjà assez nombreuse, s'augmente journellement de l'héritage des bibliothèques des chevaliers *. La collection des médailles qui y est réunie commence aussi à être assez riche , surtout en médailles grecques. Quant aux médailles de Malte même , parmi celles sur lesquelles on voit le nom de MEAITAION, quoiqu'elles soient en général mal frappées, mal exécutées, il s'en trouve de fort curieuses, mais sur lesquelles les antiquaires ne sont rien moins que d'accord dans les explications qu'ils en donnent. On nous fît voir dans la même bibliothèque, parmi différentes antiquités, deux fragmens de candélabre en marbre, avec des inscriptions grecques et phéniciennes très bien conservées , écrites sur le piédestal. '

' Elle contient déjk plus de trente raille volumes. Celles du cardinal Porto Carrero et du bailli de Tencin , que l'un et l'autre ont laissées en mourant à la religion , l'ont augmentée considérablement. On va bâtir un vaste palais pour la placer, et on y réservera un emplacement pour des cabinets de physique, d'histoire naturelle et d'antiques. Le goût et les connaissances que le commandeur Deodat de Dolomieu a pour l'histoire naturelle , l'ont porté \ former à Malte une collection en ce genre , qui deviendra intéressante pour le complet , la richesse et la variété des suites , surtout dans le règne minéral. Son attachement pour l'ordre ne laisse aucun lieu de douter que cette collection ne soit un jour réunie à la Bibliothèque de Malte , et n'en forme un des premiers ornemens.

' Ces inscriptions , traduites par le savant abbé Barthélémy;

Ces raonumens, s'ils ne sont point intéressans ni pour les formes , ni pour le sens même des inscriptions, le sont au moins pour leur antiquité. Us furent trouvés au fond du grand port, dans un endroit où Ton croit qu'a été autrefois un temple d'Hercule, dont il n'existe plus aucun vestige. On y a trouvé aussi une statue de ce dieu ; elle est en marbre, de deux pieds de hauteur, et quoique très estimée à Malte, elle est loin des beautés de la sculpture grecque, et manque à beaucoup d'égards dans les proportions et l'ensemble.

Nous fûmes plus contens d'un assez grand nombre de vases, de lampes antiques, de lacrimatoires, quoique bien éloignés encore de la finesse des vases grecs ; ceux-ci paraissent avoir été faits dans le temps où les Phéniciens étaient possesseurs de File de Malte, antérieurement aux Grecs et aux Romains. C'est à cette époque, au temps où les Grecs ont remplacé les Phéniciens à Malte , qu'on doit placer l'histoire ou plutôt la fable de la nymphe Calypso^ qui, si on en croit Homère, avait choisi File d'Ogygie pour sa demeure favorite (c'était le nom que Malte portait chez les Grecs ). Pendant quelque temps les antiquaires ont cru que la demeure de Calypso

se trouvent dans les Mémoires de l'Académie des Belles- Lettres.

avait été l'île de Gozzo, mais cette opinion a passé de mode ; on a transporté la demeure de cette nymphe à Malte même, et placé son palais dans le port de la Melleha, quoiqu'on n'y trouve rien qui ressemble à la description enchantée qu'en ont faite Homère et Fénelon. '

Nous traversâmes toute l'ile, pour aller voir cette baie ou port de Calypso, au fond duquel nous trouvâmes eflfectivement une fontaine fort abondante, qu'on a été chercher dans le rocher, par un aqueduc de quatre cents pieds de long. Rien n'est plus sauvage et moins capable d'échauffer l'imagination d'aucun poète, que ce qui porte aujourd'hui le nom du palais de cette nymphe voluptueuse, à moins qu'on ne veuille appeler ainsi quelques grottes sombres et humides, creusées dans l'intérieur du rocher, et où l'on ne peut apercevoir la trace du moindre ornement. C'est au travers de ces grottes, qui se communiquent les unes aux autres, qu'on a conduit par un canal une source de la plus belle eau , qui part de l'intérieur d'une montagne, descend ensuite par

' On sait que , suivant la fable , la nymphe ou déesse Calypso , fille de l'Océan et de Téthys, habitait l'île d'Ogygie , et qu'Ulysse ayant été jeté par une tempête dans cette île , la déesse l'y reçut favorablement; elle l'aima, et vécut plusieurs années avec lui : mais Ulysse préféra sa patrie et Pénélope à l'immortalité que la déesse lui avait promise, s'il eût consenti à rester avec elle. ,

différentes rampes le long du rocher, et finit par aller arroser un grand potager, le plus fertile et le plus abondant de l'île. '

Il est très vraisemblable que cette fontaine, placée par la nature au fond d'un port très sûr et très commode, a dû rendre anciennement cette partie de l'île de Malte très fréquentée, d'autant plus que c'est le premier port que les navigateurs rencontraient dans la Méditerranée en revenant d'Afrique, et que c'est par cette raison qu'on y avait fait quelques établissemens simples et rustiques, dont ces grottes et ces excavations sont les restes.

Nous reprîmes notre chemin vers la ville , et , après avoir passé au fond du port , nous allâmes voir les aqueducs par lesquels le grand-maître Vignacourt a fait conduire l'eau de la seule fon-

' Ce qu'il y a , sans contredit , de beaucoup meilleur k rencontrer dans cette partie de l'île de Malte que les souvenirs de ces antiques rêveries , c'est une quantité prodigieuse d'herbes balsamiques et odoriférantes qui croissent en abondance dans ce canton de la Melleha. Toutes ces plantes , et particulièrement la fleur des orangers , qui y sont en très grand nombre , peuvent contribuer à y faire produire aux abeilles un miel délicieux; il n'a pourtant pas la blancheur de celui du petit Hybla; mais il est infiniment plus agréable , à cause de la bonne odeur et du parfum qu'elles lui communiquent : il s'en fait un grand débit pour l'étranger. Ce miel est fort recherché; on peut croire que ce nom Mtxi, MtxiTo, qui, en grec, veut dire du miel, a pu être anciennement donné par les Grecs à cette île , à caute de la quantité prodigieuse qu'on en devait recueillir.

taine qu'il y ait à la ville. On remédie à cette disette d'eau , par une quantité prodigieuse de réservoirs construits avec d'autant plus de facilité que la même excavation qui sert de carrière et de fondation à la maison qu'on bâtit, lui sert ensuite de citerne; de sorte que chaque maison a la sienne, et qu'il né se perd pas dans l'île une goutte de l'eau qui y tombe.

Cette partie est la moins habitée ; mais en se rapprochant de l'ancienne ville , qui est dans le centre, on rencontre un grand nombre de jolis villages appelés Casaliy parmi lesquels il y en a plusieurs de bien bâtis, et très peuplés : ils sont tous construits de cette même pierre blanche dont est formée la totalité du sol de l'île. Chacun de ces villages ou bourgs a une église bien bâtie et très ornée ; les plus considérables sont ceux de Rabatto et de Berkercara, qui contiennent l'un et l'autre plus de trois mille habitans.

Enfin après avoir parcouru la plus grande partie de l'île de Malte , et tout ce qu'elle pouvait offrir de curieux, nous nous arrêtâmes sut- des hauteurs fort élevées, appelées les Rochers du Conradiriy qui terminent le fond du port, et d'où l'on découvre absolument et comme à vol ^"eàvoid'oi-

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