‹ Voyage pittoresque à Naples et en Sicile [microform]Chapitre 59 sur 96 · RETOUR DE MALTE EN SICILE. ARRIVÉE A SYRA · texte numérisé non relu

RETOUR DE MALTE EN SICILE. ARRIVÉE A SYRA

CUSE. DESCRIPTION d'uNE PARTIE DE SES MO-

NUMENS ET DE SES ANTIQUITES.

L'impatience que nous avions de repasser en Sicile, et la saison surtout qui commençait à s'avancer, nous déterminèrent à quitter Malte, sans vouloir même attendre quelques vaisseaux qui devaient partir, ainsi que nous, au premier jour, et retourner en- France ; mais comme nous allions prendre notre esperonare pour nous embarquer, le patron vint nous dire que si nous voulions remettre au lendemain, nous pourrions voyager de conserve avec un bâtiment maltais qui devait sortir du port , et que ce parti serait d'autant plus prudent qu'on voyait depuis quelques jours plusieurs corsaires barbaresques croiser autour de l'île.

Nous convînmes donc de différer de vingt heures notre départ. Le lendemain arriva; le bâtiment maltais ne sortit point, et nous fûmes obligés dé partir seuls , sans la moindre escorte. Nous quittâmes le port de Malte le 1 7 septembre.

à cinq heures du soir, quoique le vent fût assez contraire, et vînmes prendre du lesta un mille de la ville, sur des rochers où Ton fait du sel avec l'eau de la mer, comme sur une partie des côtes de la Sicile.

Dès que notre lest fut chargé, et la nuit s'approchant, nous commençâmes à ramer à petit bruit en doublant toutes les pointes de File , non sans prendre garde à ne pas nous laisser intercepter et à tomber dans quelque embuscade. Nous traversâmes une petite anse appelée Cala di San GluUano, et vînmes aborder à celle de la Madalena , sous le canon du fort. Comme nous n'étions pas plus curieux que nos mariniers d'aller faire un tour à Maroc ou à Alger, nous mîmes à terre dans cet endroit, afin d'y attendre la nuit, et nous nous prêtâmes avec la plus grande obéissance à tout ce qu'ils voulurent pour la sûreté commune. '

Nous remîmes à la mer dès que la nuit fut bien fermée. Nos bateliers prudens ramaient en silence; une barque pareille à la nôtre, et qui voguait avec la même précaution, nous rencontra à quelque distance de là , et il est à croire

' Les matelots maltais craignent infiniment les corsaires turcs ou algériens , parce que , s'ils sont pris , ils doivent s'attendre à être mis aux fers ; esclavage d'autant phis dur pour eux qu'il règne de tous les temps une haine implacable entre les deux nations.

que la surprise , l'inquiétude et la frayeur, furent réciproques des deux côtés.

Nous continuâmes notre route, en traversant la Cala di San Paolo jusqu'à la pointe de la Melleha, où nous jetâmes l'ancre sous le vent, résolus d'y passer la nuit^ et peut-être la journée du lendemain, si le vent ne nous devenait plus favorable. Heureusement, vers les trois heures du matin un vent de terre s'étant élevé , nos bateliers se déterminèrent à mettre à la voile , pour prendre le large et faire canal. A la pointe du jour, nous aperçûmes les quatre galères de la religion : cette rencontre rendit si bien le courage à nos gens, qu'ils ne se souvinrent même plus de la peur de la veille, et qu'ils nous assurèrent que jamais les esperonares maltais ne craignaient lesbâtimens turcs, de quelque espèce qu'ils fussent.

Le vent cala au jour, et la bonaoe nous obligea d'avoir encore recours à la rame jusqu'à midi, que le vent du ponent nous arrêta tout, court. Ce vent occasionna de plus un roulis insupportable , qui commençait à nous chagriner beaucoup ; mais la rôtie à l'ail des matelots nous donna appétit ; nous avions imaginé de changer nos provisions contre les leurs, et nous nous en trouvâmes à merveille. Sur le soir, un vent frais nous fit faire un assez bon chemin, enfin après avoir perdu de vue l'île de Malte et celle de Gozzo ,

Page 1