IV
nous entendîmes de loin les cris d'une innombrable troupe de courlis, qui nous annonçaient les approches de la Sicile. Effectivement, dès que le jour parut, nous aperçûmes la pointe délia Secca, terre aussi basse que sèche, mêlée de sables et de roches, avec quelques palmiers nains , mais où nous ne distinguâmes encore aucune habitation. Nous suivîmes la rive avec un si petit vent, qu'il fallait l'aider de la rame. Toujours bien portans, nous étions tous raccommodés avec la mer, et grâce à la cuisine et à l'ail des matelots maltais , contens de notre navigation, nous étions loin de prévoir ce qu'elle allait
avoir de funeste.
Nous passâmes devant Camarina , ancienne ville trahie dans le temps de sa gloire par Denys le Tyran. L'histoire dit que Denys en emmena les habitans lors du siège de Gela , et la livra aux Carthaginois, qui, de leur côté, renoncèrent au siège de Syracuse, à condition que cette dernière ville resterait au pouvoir du tyran. Camarina, sans fortifications ni murailles, fut détruite depuis ; elle est maintenant enterrée sous le sable. Tout son territoire appartient au prince de Biscaris, qui, dans les fouilles qu'il a fait faire a plusieurs reprises, y a trouvé nombre d'antiquités intéressantes, principalement plusieurs beaux vases grecs , les plus précieux de son cabinet, et peut-être les plus beaux qu'on connaisse.
Après avoir passé un endroit appelé IscogUette, nous découvrîmes le château de Biscaris dans l'éloignement. Le vent devint contraire, mais à force de rames, nous parvînmes à gagner la côte , et nous amarrâmes sous Terra Nuova , qui est bâtie sur la hauteur.
Nous n'étions occupés que de l'idée d'y retrouver, dès que nous aurions mis pied à terre, la véritable situation de l'antique- ville de Gela, une des plus puissantes de la Sicile , et dont on nous avait assuré qu'il existait encore quelques ruines, entre autres une colonne dorique entière , quoique renversée. Nous devions ensuite passer à Calata Girone , qu'on dit être l'ancienne Hybla Hœrea , où on trouve encore des médailles antiques^ et de là gagner la célèbre Syracuse, que nous regardions comme le terme de nos travaux, lorsqu'au moment de toucher à Terra Nuova, nous entendîmes crier de la rive : Speronara di Malta, alla larga. Nous répondîmes que nous étions pleins de santé , que nous en rapportions de Malte les certificats les plus authentiques; alla larga y alla larga y fut toute la réponse qu'on nous fit.
Nous voulûmes répliquer; mais nous ne trouvâmes plus à parler qu'a des canons de fusil braqués contre nous par quelques misérables gardes-côtes qui profitaient de l'instant où ils pouvaient être impunément insolens, et nous
braver sans danger. U nous était cependant bien difficile d'obéir ; nous craignions encore moins leurs fusils que la mer et la faim; nous n'avions pas quatre livres de pain pour treize que nous étions, et pas une goutte d'eau.
Nous demandâmes le gouverneur, auquel nous étions adressés , mais il nous fît dire qu'il était malade, qu'il ne pouvait descendre sur le rivage, et qu'il nous conseillait de partir. Nous eûmes recours au juré , qui se trouvait vice-consul de la nation française; il nous fit répondre que nulle considération ne pouvait le déterminer à s'approcher d'une barque pestiférée , et qu'il ne nous verrait pas ; que nous eussions à nous éloigner de la rade, parce qu il se trouvait , par sa charge , obligé de nous y contraindre; ses coquins d'émissaires, dont le nombre augmentait à chaque instant, n'étaient que trop disposés à lui obéir. I.a populace s'en mêlait , nous baflbuait et nous menaçait. H fallut payer d'audace; nous déclarâmes fièrement que nous ne quitterions le rivage que lorsqu'on nous aurait apporté quelques provisions pour continuer notre route.
Notre contenance ferme et décidée imposa d'autant plus que nos bateliers avaient déjà santé h l'eau , et que nous avions l'air de protéger leur mouvement : la garnison demanda une trêve que nous accordâmes ; on députa encore au gouverneur et au juré; mais comme ces deux braves
gens se trouvaient en sûreté et à l'abri de leurs murailles, nous ne pûmes obtenir d'autre réponse , sinon que nous eussions à nous éloigner. Nous y eussions été contraints, au risque de tout ce qui pouvait arriver de fâcheux, ayant une longue route à faire, par un vent contraire, et le long d'une côte où il nous était partout également défendu d'aborder, si un Maltais, à qui le bateau sur lequel nous étions appartenait, n'eût pris sur lui de nous acheter du pain, et de nous faire apporter de l'eau et du vin.
Nos provisions arrivèrent l'une après l'autre; nous étions obligés, le fusil à la main, de les garder à vue de dessus notre bord , pour empêcher qu'elles ne nous fussent dérobées par les mêmes gardes qui exerçaient leur piraterie sur tout ce qu'ils rencontraient. N'osant plus nous menacer, ils s'en prenaient à ceux qui arrivaient d'un quart de lieue ; car notre aventure avait mis en émeute tout le pays, et les habitans de Terra Nuova, curieux d'en voir la fin, furent obligés de gagner les hauteurs, les tours et les murailles de leur ville.
Notre départ eut l'air d'une levée de siège; obligés de nous remettre en mer, pour nous consoler de notre désastre , nous mangeâmes de nouveau de l'ail et du pain. Quand la faim revenait, on remettait la nappe^ et, comme arlequin , nous
disions, que mangerons-nous? De Tail et du pain. Le soir, le matin, même demande, même réponse ; mais nous avions bon appétit et nous nous portions bien.
A chaque fort ou tour de garde, dès qu'on nous apercevait , nous entendions crier de loin : Speronara di Malfa, alla larga. Enfin, sur le midi , le vent devint si fort et si droit de proue , nos matelots étaient si fatigués de ramer, que nous jetâmes Fancre à quatre cents pas de terre , sous la pointe de San Pietro , pays pierreux et désert. A peine notre équipage avait-il commencé à prendre quelque repos , qu'il sortit d'une ruine deux gardes qui vinrent nous dire de continuer notre route et de nous éloigner de la côte. Nous répondîmes que nous ne voulions pas aborder , que nous étions au-delà de l'espace prescrit, et qu'ils nous laissassent en repos attendre le vent. Ces gens s'ennuyaient apparemment d'attendre au soleil , car ils ne cessaient de crier; mais comme nous restions toujours à la même place , sans faire trop d'attention à leurs hurlemens, soit la solitude du lieu , soit la circonstance qui leur parut favorable pour essayer la portée des balles de leurs fusils, nous fûmes assez étonnés d'en entendre siffler une au-dessus de nos têtes; elle n'atteignit heureusement personne. Nous ne pouvions punir ces deux coquins , sans risquer de nous faire une très longue et très mauvaise
affaire; aussi prîmes-nous du large jusqu'à plus d'un quart de mille. U manquait des événemens à notre voyage, et nous nous applaudissions presque de les voir se succéder et remplacer les dessins dont nous ne pouvions plus garnir nos portefeuilles, mais nous ne savions pas encore tout ce qui nous attendait.
Un vent de scirocco s'éleva tout à coup, nous éloigna un peu de la côte , et nous porta jusqu'à une baie appelée la Pouzzola, où se chargent les caroubes qui viennent en abondance dans cette partie de l'ile , et que nous apercevions amassés par tas sur le rivage. '
Le soir le temps se couvrit et nous menaça fort de marquer l'équinoxe par un orage. Ne pouvant aborder nulle part, ayant autant à craindre de la terre que de la mer, nous cherchions au moins quelque anse de sûreté pour passer la nuit
• Le caroubier est un arbre de moyenne grandeur qui vient assez communément dans les pays chauds , comme en Sicile ; il y en a aussi beaucoup en Provence, en Espagne. L'arbre est fort brauchu , garni de feuilles épaisses , presque rondes , et qui ne tombent point en hiver. Son fruit, qu'on nomme carouge ou caroube , a la forme d'une gousse aplatie , de la longueur d'un demi-pied et plus , sur un ou deux pouces de largeur. Elle renferme un suc épais , mielleux et noirâtre , qui ressemble à la moelle de la casse. Lorsque le fruit est mûr , il a un goût assez agréable, et les pauvres s'en nourrissent. On en fait, par la fermentation, une espèce de vin ou d'eaude-vie. Cette liqueur est assez communément employée pour confire des tamarins et d'autres fruits.
36o VOYAGE PITTORESQUE
sous le vent. Notre petit équipage força de voiles et de rames pour doubler les îles Forraiche et la pointe de la baie de la Marsa ou de San Pietro, afin de pouvoir nous ranger sous un rocher anguleux appelé // Castellucio , où nous arrivâmes heureusement assez tard pour n'être pas aperçus de la garde : le temps était d'ailleurs si mauvais, que la sentinelle fut peu curieuse de sortir de sa baraque , et de venir visiter Fanse que formait le rocher à pic qui nous couvrait.
Cette cale, large de trois milles et plus profonde encore, forme une espèce de demi-port commencé par la nature , et qui serait même avantageux par sa situation , si l'ouverture, qui en est très vaste, n'y laissait entrer la grosse mer; ces côtes d'ailleurs, fort basses, en livrent l'intérieur à toute la force des vents, de sorte qu'on n'y peut trouver de sûreté qu'à l'angle seul des rochers où nous avions cape. Nous calâmes donc entièrement pour donner moins de prise au vent, et nous nous fermâmes avec nos voiles, pour passer la nuit, comme les limaçons se renferment dans leur coquille pendant la mauvaise saison.
Les éclairs étaient continuels, le tonnerre grondait, mais au loin; et comme nous étions exténués de fatigue, nous nous endormîmes et passâmes ainsi une partie de la nuit , c'est-â-dire jusqu'à deux heures avant le jour. Soudain un
coup de tonnerre effroyable réveilla tout l'équipage et le mit sur pied. C'était comme l'explosion d'un canon de 24,' il fut suivi d'une bordée générale et d'un feu roulant : le bruit n'attendait pas l'éclair, l'éclair reprenait à la fin du bruit; ce n'était rien pour qui ne craignait ni l'éclair ni le bruit , mais aussitôt nous sentîmes notre barque se soulever et replonger avec tant de violence que l'eau de la mer y entrait par tous les côtés. Dans le même moment le vent pressant la voile qui nous couvrait , la pluie et la vague passèrent par-dessus et nous inondèrent. Nous entendîmes les traverses qui la soutenaient crier, céder et se rompre; pour comble d'infortune une affreuse bourrasque étant survenue, acheva de déchirer notre vanne, et nous restâmes exposés à un vent, à une pluie si terribles, qu'ils nous étaient à tous la respiration.
Dans une pareille détresse , nous n'avions d'autre ressource qu'une seule petite ancre d'où dépendait notre sort ; elle nous soutenait encore contrereffort des vagues , mais elle ne tenait qu'à un fil, et ce fil était bien tendu : pour le soulager un peu, nous imaginâmes d'attacher notre lest à des cordes et de le descendre à la mer; les matelots revenant ensuite dessus avec les rames, nous nous rapprochâmes ainsi du rocher protecteur, qui ne nous avait jamais paru aussi éloigné que dans le moment où nous virâmes de
la proue à la poupe. Cette terrible bourrasque se calma enfin, car, heureusement pour nous, ce n'était qu'un grain, et encore passa-t-il
vite.
Mouillés jusqu'aux os , le vent nous pénétrait de
froid ; tout ce que nous pûmes faire alors fut de nous rassembler sous nos voiles et sous nosbabits, quoique trempés par la pluie, pour nous réchauffer un peu , et nous attendîmes ainsi le jour avec impatience. Il parut enfin et dissipa nos frayeurs, car le calme était revenu tout-a-fait, et les flots s'étaient entièrement apaisés. Nous nous séchâmes de notre mieux, et, après avoir repris courage et déjeuné de bon cœur, nous et nos matelots ; nous remimes en mer pour gagner le cap Passaro ^ où nous arrivâmes après douze
milles de marche.
Cette pointe ou extrémité de la Sicile, ce promontoire, nommé autrefois Pachinum, est devenue par le laps de temps comme une petite île nouvelle, Feau de la mer ayant recouvert un espace considérable, un bas-fond de près d'un mille de large qui la sépare de la grande île , ainsi que les petites pointes des rochers qui semblent l'y attacher encore. Nous vîmes, en passant
à l'extrémité de ce promontoire , un château
fortifié qui a la forme d'une grosse tour carrée ;
on y entretient une petite garnison, qui semble
être là en exil au bout du monde.
Comme le vent était encore contraire , nous demandâmes humblement à faire de l'eau ou à nous tenir sous le vent, mais on nous refusa inhumainement l'un et l'autre ; et malgré la grosse mer et l'apparence d'un nouvel orage qui se formait, nous fûmes obligés de tirer au large pour éviter la côte, qui dans cette partie est fort dangereuse et presque sans abordage. Heureusement que dès que nous eûmes doublé le cap, un vent de scirocco très frais s'étant élevé, notre petite barque fut portée avec une telle vitesse, que nous fîmes quarante-quatre milles en moins de quatre heures.
Cette partie orientale de la Sicile est bien plus agréable à la vue que celle du midi ; nous vîmes en passant les riches campagnes arrosées par le fleuve Helorum, aujourd'hui Abisso, dont les débordemens, dit Virgile , ainsi que ceux du Nil, fertilisent ses bords. Nous aperçûmes de loin Avola, dont le territoire produit un sucre qui a été peut-être la première production de ce genre connue des anciens.
Dès que nous eûmes gagné le cap Longo , nous découvrîmes Syracuse, qui n'en est plus qu'à six milles. L'impatience que nous avions d'y arriver s'étant communiquée à nos matelots, ils redoublèrent de courage, et en moins d'une heure nous nous trouvâmes à l'entrée du port.
Port et ville
de Syracuse,
Quoique Syracuse soit aujourd'hui une des villes célèbres de l'antiquité la plus éloignée de son ancienne splendeur, elle conserve cependant de loin quelque chose d'imposant, soit par sa seule situation, soit encore par la beauté et rétendue de son port, un des plus vastes qu'on connaisse et qu'il y ait dans le monde.
En voyant l'immensité de ce port , si souvent occupé autrefois par les flottes nombreuses qui s'y rassemblaient , nous nous rappelions une partie des événemens qui s'y sont passés; ces terribles batailles des Athéniens et des Romains, données dans son enceinte; celles qui eurent lieu entre les Syracusains et les Carthaginois, ces cruels Carthaginois qui, après avoir été les dominateurs d'une grande partie de la Sicile, finirent par y trouver leur tombeau. On voit en entrant à gauche la plaine où ils avaient campé, pour faire le siège de cette ville immense ; à droite l'ile appelée Ortigie , aujourd'hui la ville moderne de Syracuse , et qui n'en était que la forteresse ; ensuite les riches quartiers de Neapolis, de Tichéetde l'Achradine , jadis enrichis de temples et d'édifices magnifiques, bâtis par Hiéron dans le plus beau temps des arts.
11 est vrai que ces belles , ces grandes idées disparurent, lorsqu après avoir traversé tout le port, et nous rapprochant de la Syracuse moderne, il nous fallut aborder à une chétive
baraque appelée le bureau de santé, où une députation mal peignée et en collet monté vint honnêtement nous proposer pour lazaret un tertre aride de dix pas en carré, sans nul abri et sans le moindre ombrage; asile misérable, qu'il nous fallut encore solliciter pour l'obtenir; mais comme tout parait bon à qui vient d'échapper du naufrage , nous nous hâtâmes de débarquer sur ce petit coin de sable, pour nous trouver au moins en terre ferme.
Nous fûmes bien plus étonnés lorsque, le lendemain de notre arrivée , on vint nous proposer de faire bâtir a nos frais une cabane pour nous couvrir, et une seconde habitation pour la garde, qui, suivant toutes les apparences, devait nous rançonner pendant notre captivité. Il était diiflicile que nous pussions accepter une proposition aussi étrange , et après avoir tenu conseil , nous pensâmes que le meilleur, que le seul parti à prendre était de retirer sur le rivage la barque dans laquelle nous avions fait notre voyage, et de nous résoudre à en faire notre unique asile, après avoir attaché au-dessus notre grande voile en forme de tente. *
Il n'y eut sorte de vexations et de pirateries que les commis de ce bureau de santé ne nous aient fait essuyer pendant notre séjour dans ce misérable réduit. Il est a croire que tous les voyageurs qui arriveront comme nous et en pareille cir-
Lazaret et intérieur da port de Syracuse , n*» 5io.
constance à Syracuse, n'y seront ni mieux reçus ni mieux traités. Pour faire trêve aux ennuis, aux contrariétés que nous éprouvions, nous fiimes trop heureux d'avoir recours à nos talens, et nous oubliâmes quelques instans notre fâcheuse position, en prenant plusieurs vues du rempart de Syracuse, au pied duquel nous étions si tristement retenus et si mal à notre aise.
Enfin, après avoir été les victimes del'avarice et de r insatiable rapacité de ces misérables comrhis, après avoir essuyé vingt-huit mortelsjours de quarantaine, couchés tout ce temps pêle-mêle avec nos matelots , baignés chaque nuit par l'excessive humidité de la saison et du lieu , brûlés à midi par Fardeur du soleil , et exposés tous les soirs à un vent de mer qui nous laissait la courbature de la fièvre, la liberté nous fut rendue, et nous fîmes notre entrée à Syracuse dans un état à faire pitié ; encore en eûmes-nous l'obligation à monsignorGargallo, vicaire général, qui en l'absence de l'évêque, auquel nous avions été recommandés, prit sur lui de soulager nos misères de tous les adoucissemens qu'il put y apporter; il eut même l'honnêteté de nous faire préparer des logemens au palais épiscopal , où nous passâmes quelques jours pour nous remettre de nos fatigues et rétablir nos santés affaiblies.
Avant d'entrer dans la description de cette ancienne ville, ou plutôt de ce qui en existe
cnse, no 5ir.
encore, nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs une carte ou plan géométral de cette ce- ^^^^ géomé-
,>, o -1 1 r tral da sol
lebre oyracuse ; ils pourront alors se former une qu'occupait
*J' . "i ••* J '.1 11 l'ancienne
idée exacte de sa position , de son étendue , de la ville de Syraforme et de la régularité de son port , un des plus heureusement disposés par la nature.
On peut dire que c'est presque aujourd'hui tout ce qui existe de cette ancienne ville, si ce n'est le rocher même sur lequel elle était construite, et où l'on ne reconnaît pour ainsi dire les traces et les apparences d'une ville qu'aux seuls vestiges des tours, des portes, et surtout des murailles qui l'entouraient, et dont il reste quelques parties assez entières.
C'était sans doute, d'après les descriptions que nous en ont laissées les anciens auteurs, et surtout Cicéron, une des villes les plus puissantes de l'antiquité. Elle était composée de quatre parties ou quartiers différens les uns des autres , également séparés par des remparts et des murs élevés, qui en faisaient autant de forteresses. Voici ce qu'en dit Cicéron dans ses oraisons contre Verres. *
'ffci
if
' On a souvent répété que Syracuse était la plus grande et la plus belle ville de toute la Grèce j ce qu'on en a dit est constant; car, de quelque côté qu'on en approche , sa situation la fortifie par mer et par terre , et la rend agréable par son aspect. Elle a ses ports presque renfermés dans sa structure et sous l'inspection des édifices; et quoique leurs
Syracuse était divisée en quatre faubourgs, rOrtigie,rAchra(iine,TichaetNeapolis.L'Ortigie
était renfermée dans cette ile qui se trouve située k rentrée du port; c'était la forteresse de l'ancienne Syracuse , la demeure de ses princes , et comme un lieu privilégié à cause des temples de Minerve et de Diane qu'on y avait élevés ; c'est aujourd'hui tout ce qui compose la ville moderne. L'Achradine formait la partie la plus considérable de l'ancienne ville ; c'était aussi une des plus magnifiques. On passait ensuite dans le faubourg de Ticha , ou Tiché , ainsi nommé parce qu'on y voyait un temple de la Fortune, tJ^* ou Tv'x"' signifiant en grec Fortuna, Et enfin on
eaux aient séparément leurs diverses entrées, un confluent les rassemble toules à leur sortie ; leur réunion forme un petit détroit de mer qui détache de Syracuse cette partie qu'on appelle insulaire : mais elle s'y rejoint encore par un pont qui l'y retient attachée.
C'est une ville si étendue qu on dirait qu'elle est composée de quatre autres. L'une est cette île dont je parle, qui , quoiqu'enveloppée de deux ports , s'avance dans l'embouchure et dans l'entrée de l'un et l'autre port. C'est oiiest bâtie la maison que le roi Hiéron avait habitée , et dont les préteurs continuent de se servir. Elle contient plusieurs chapelles , mais principalement deux , de beaucoup préférables aux autres. L'une est consacrée à Diane , et lauUe , qui , avant l'arrivée de Verres, était très ornée, est dédiée à Minerve. A l'extrémité de cette île est une fontaine d'eau douce , qui porte le nom d' Aréthuse, d'une extraordinaire largeur, prodigieusement poissonneuse, et qui serait toute couverte des flots de la mer
arrivait a la Neapolis, qui, ayant été construite en dernier lieu , était appelée la Nouvelle Fille, et occupait la partie occidentale de Syracuse.
L'enceinte de ses murailles formait un circuit de vingt à vingt-un milles, en y comprenant l'Épipole, cinquième faubourg, construit à l'extrémité et sur la partie la plus élevée du rocher. Il paraît, d'après Cicéron, que c'était une partie distincte de Syracuse, puisqu'il ne la comprend point dans la description qu'il en fait. Ce quartier de l'Epipole se terminait par une forteresse redoutable appelée Eurjale, dont il est fait mention dans tous les anciens auteurs. Nous voyons
si, par un môle ou par une jetée de pierre, elle n'en était séparée.
La seconde partie de Syracuse est appelée ./^cAr«fl?me; il y a une place très spacieuse, de belles galeries, un prytanée en très bon ordre , une salle magnifique pour le conseil , un superbe temple de Jupiter Olympien , et les autres portions de cette partie sont partagées par une large rue d'un bout à l'autre, et par plusieurs rues de traverse qui contiennent les édifices particuliers.
La troisième ville dans Syracuse est nommée Ticha, parce que , dans cette partie , il y avait un très ancien temple consacré à la Fortune. Il y a , de plus , un vaste gymnase et plusieurs chapelles consacrées , ce qui rend ce quartier-là fort respecté et très peuplé.
La quatrième ville , parce qu'elle est la dernière bâtie , est appelée Neapolis. Il y a tout au haut un très grand théâtre ; de plus, deux temples merveilleux, l'un de Cérès et l'autre de Proserpine ; une fort grande et belle statue d'Apollon , surnommé le Temenite. (Cicbron; traduction c?c Villkfort.)