‹ Voyage pittoresque à Naples et en Sicile [microform]Chapitre 62 sur 96 · VOYAGIi WTI'ORESQIJE · texte numérisé non relu

VOYAGIi WTI'ORESQIJE

de son amant, imagina de la transformer en fontaine, et que les dieux, sensibles au malheur d'Alplice, le métamorphosèrent à son tour en fleuve. Plus amoureux encore sous celte forme, et ne pouvant oul.lier sa tendresse pour Aréthuse, Alphéc eut bientôt réuni ses eaux avec celles de la nymphe dédaigneuse, qui ne pouvait

plus l'éviter. ^

Fiction charmante, mais que le lieu même, et ce qui porte encore aujourd'hui le nom de>«taine d'Jréthuse , ne rappellent nullement a l'imagination du voyageur. Il est d'ailleurs vraisemb^able que cette fontaine ?ura, amsi que tout le pays, changé de forme et de nature. Sa situation seule doit être cependant toujours la même, et telle que nous venons de la trouver indiquée par Cicéron , dans la description de

Syracuse. > , ii

Cette Aréthuse, si chère à Diane, a laquelle on accordait les honneurs divins, à laquelle Hercule même sacrifiait des taureaux : cette fontaine révérée dont les eaux nourrissaient une quantité innombrable de poissons sacrés, n'est maintenant qu'une abondante source d'eau saumâlre qui s'échappe entre de tristes rochers, coule dans une espèce de bassin anguleux , forme de deux vieilles murailles, qui n'ont même pas le mérite d'être antiques, et où le linge le plus sale est lavé par tme troupe de femmes plus sales

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encore. A côte de celte fontaine, on voit d'autres canaux qui conduisent avec la même abondance les eaux de la même source dans des tanneries ; le reste, divise dans des conduits épars, sort ça et là, se perd, ou est retrouvé sans utilité, et vient aboutir enfin dans la mer par une quantité de canaux qu'on distingue encore à Tenlour de Tîle lorsque la mer est basse.

Malgré Tétat pitoyable dans lequel est aujourd'hui cette fontaine tÛ Aréthuse, en voyant l'abondance de ses eaux, on n'est point étonné de la célébrité qu'elle pouvait avoir anciennement ; car il est, pour ainsi dire, miraculeux qu'il sorte du centre d'un rocher isolé et presque entouré par la mer, une source d'eau douce qui , si elle était rassemblée, paraîtrait plutôt la naissance d'un fleuve ou d'une grande rivière, que la source d'une fontaine. Suivant toute apparence, elle avait autrefois un grand et profond bassin, qui, au rapport des historiens, contenait une grande quantité de poissons de toute espèce; poissons qu'on ne pouvait toucher sans offenser Diane, divinité tutélaire de Syracuse, et à laquelle on avait élevé un temple dans le centre de

l'île.

A cent toises environ de la fontaine, et à Tembouchure du port, lorsque le temps est calme , on aperçoit le bouillonnement d'une source abondante, qui sort avec violence du fond de la mer,

et ne mêle ses eaux qu'à la surface. Quoique cet efiFet existe et se vaie en d'autres endroits , il rappelle ici cette ancienne fiction du fleuve Alphée , qui de l'Élide roulant ses eaux à travers celles de la mer, venait, suivant la fable, les mêler encore dans toute leur pureté à celles de sa belle nymphe. Nous cherchâmes à plusieurs reprises cette source connue depuis tant de siècles, mais le vent, ou la mer qui était trop haute apparemment, nous empêchèrent de la distinguer.

Près de la fontaine d'Aréthuse était le palais de Verres, et cette promenade délicieuse^ dont Cicéron accuse l'avare préteur d'avoir fait un lieu de prostitution. Il paraît même, d'après le passage de l'orateur, qu'il devait y avoir dans ce même lieu un bois révéré et consacré à la divinité ' ; c'est encore la promenade publique de la ville moderne, mais sans nulle sorte d'ornement,

* Iste novo quodcan ex génère imperator , pulcherrimo Sjracusarum luco stativa sibi castra faciebat. Nam in ipso aditu , atque ore portas , ubiprimum ex alto sinus ad urbem ab litore inflectitur, tabernacula carbaseis intenta velis collocabat. Hue ex nia domo prœtoria , quœ régis Hieronisfuit, sic emigrabat, ut per eos dies nemo istum extra illum lucum videre posset. Hue omnes matières , quibus cum iste consueverat , convenicbant ; quarum incredibile est , quanta multitudo fuerit Sjrracusis : hue homines digni istius amicitia , digna viia illa con~ viviisque veniebant, (Cic. , in f^er., Lib. Y.)

et resserrée dans un espace fort étroit planté de quelques arbres, entre un grand mur et le parapet du port.

Après bien des recherches, nous découvrîmes cependant au bas de la muraille, et près d'une autre fontaine, qui est un démembrement de l'Aréthuse, deux fragmens de fabrique romaine ( Opus redculatum) y constructions antiques qui véritablement pourraient avoir appartenu au palais de Verres.

Nous rentrâmes ensuite dans l'intérieur de File encore appelée aujourd'hui Orlfgie , de l'ancien nom grec O'frvyiA, qui veut dire île , insula. On voit dans la fable que Minerve, Proserpine et Diane se partagèrent la Sicile , et que Syracuse échut a cette dernière déesse. Ce quartier de l'antique Syracuse resta toujours le plus important, parce qu'il commandait les deux autres, et surtout l'entrée du port; il devint l'habitation des tyrans, qui le fortifièrent; et depuis les Romains sentirent si bien de quel avantage était sa position qu'ils ne voulurent permettre a aucun Syracusain de l'habiter depuis la prise de

la ville .

Nous cherchâmes en vain les palais de Denys, ses jardins, son tombeau; les baips fameux du tendre Daphnis, fils de Mercure, et l'inventeur de la poésie bucolique. Ce Daphnis qui charmait Diane par le chant de ses vers, et qui devint

Restes tem

nerve ,

aveugle pour avoir été infidèle " ; tout a disparu. Le seul monument antique dont il existe encore estes du quelques restes un peu conservés , c'est un temple ^^'^'^^ de Minerve, dont on a fait la cathédrale de la Syracuse moderne ; mais on a absolument masqué et dénaturé l'édifice , qui était, ainsi que tous ces autres temples antiques, d'ordre dorique sans base. Un évéque de Syracuse imagina de faire une église de cet ancien temple dans le douzième siècle ; on a démoli depuis la partie occidentale pour y bâtir la façade de l'église ; le mur intérieur a été ouvert en arcades , et l'on a muré les entrecolonnemens pour former des bas-côtés et donner plus de largeur au temple moderne.

11 reste dans la partie latérale douze colonnes engagées dans le mur ; ces colonnes , avec celles qu'on a enlevées de la partie du fond du temple pour y élever le portail moderne , et celles qui naturellement devaient porter le fronton oriental, aussi détruites, s'élevaient ensemble au nombre de seize ; et leurs entre-colonnemens devaient donner une dimension bien longue à cet édifice , pour les six colonnes qu'il avait de largeur. Ce-

• La fable dit que ce berger de Sicile, éperdiiment amoureux dune nymphe , avait demandé aux dieux , de concert avec celle qu'il aimait , que celui des deux qui le premier violerait ses sermens , devînt aveugle. Daphnis fut inconstant; il s'attacha à une autre nymphe , et fut privé de la vue surle-champ.

pendant les colonnes intérieures qui formaient la porte du temple ne laissent aucun doute sur l'existence de deux entre-colonnemens qui manquent au fronton. *

On dit qu'autrefois ce temple était voûté, et qu'un tremblement de terre arrivé en 1642, fit écrouler la voûte qui le couvrait ; il reste à savoir si cette voûte était antique ; ce qu'il y a de bien certain , c'est que le tremblement a dû être très violent, puisque l'entablement en a été dérangé, et qu'une partie des colonnes en ont perdu leur aplomb. La dimension en était courte, l'entrecolonnement fort large, et elles posaient sans bases sur trois gradins de neuf pouces, qui euxmêmes étaient appuyés sur la roche vive.

L'historien Athénée nous apprend qu'au-dessus du portique de ce temple il s'élevait une tour, où était un bouclier resplendissant, qu'on apercevait à une grande distance sur mer, et que lorsque les vaisseaux , en s'éloignant du port , venaient à perdre ce bouclier de vue , ils jetaient leurs offrandes dans les flots, pour se rendre Neptune

' Dans le rang intérieur de ces colonnes , on peut remarquer une singularité assez rare parmi ces temples antiques , c'est qu'il s'y trouve deux colonnes qui ont deux pieds de hauteur de plus que les autres ; mais , malgré cette irrégularité , elles ne dérangent pas l'ordre de l'architecture , attendu qu'elles ne portent point sur le même socle qui sert de base aux autres colonnes.

te

et Minerve favorables. L'histoire de ce bouclier n est peut-être pas bien certaine, mais la seule élévation du temple, et sa situation au-dessus de toute la ville, devait suffire pour qu'il fùfapcrçu de très loin. '

On ne sait si Ton doit regretter qu'on ait fait de cet antique monument une église moderne, car si ce qu'on y a ajouté de murailles et de constructions le dénature, il est plus que certain qu'il n'en existerait plus rien sans elles : on en peut juger par le temple de Diane, qui, non

* Altéra ibidem œdes Minervœ fuit, et ea ornatissima, ad cujus verticem (L. IX ex Palemone Atheneo referente) eminebat ex œrefuso Minervœ scutum,auro illitum , in^ens adeo, ut eminus a navigantibus , alque allô mari cerneretur. Quod e Syracusano, qui soherant poriu, cum primum viderc desierant, scyphum Jîctilem , quem a deorum ara juxia Olympii fanum extra muros sita, consulto acceperant , melle , thure , aromaiibiisjloribusque repletum in Neptuni et Minervœ honorem, in mare projiciebant ; perac'oque ita velcris superstitionis voto lœti cursum sequebaniur (Fazelli, de Reb. Sic,

Parmi les richesses que Cicéron reproche à Verres d'avoir enlevées de Syracuse , il regrettait parliculièrcment tout ce qui ornait ce temple de Minerve, en peintures, en statues précieuses que ce préteur avait feit emporter, quoique Marcellus , dit l'orateur, eût cru devoir les respecter lorsqu'il s'était emparé de la ville. Les batailles d'Agathocles étaient représentées sur ces murailles en vingt -sept tableaux d'une admirable perfection. On y voyait, en outre , les portraits de tous les princes qui avaient régné en Sicile , et que Verres fit détacher de dessus les murs, les laissant sans nulle décoration , ainsi

loin de là, est si détruit que, sans les plus grandes recherches, on pourrait presque douter de son

existence.

Ce temple fameux, le premier élevé à Syracuse, est tellement recouvert et enseveli dans toutes sortes de masures, qu'il faut en aller rechercher les restes dans l'intérieur même des habitations et des maisons élevées à l'entour, où il est comme enterré. '

Obligés d'abandonner des recherches qui nous parurent absolument inutiles dans cette partie de l'ancienne Syracuse, nous prîmes le parti

que les portes du teïnple , qui étaient de la plus grande richesse. On venait de toutes parts voir ces portes , à cause des ornemens en or , en ivoire et en bronze dont elles étaient couvertes. Quid ego de valvis 'illius templi commemorem ? Vereor, ne hœc qui non videront , omnia me augere atque ornare arbitrentur..,. Confirmare hoc liquide , judices , possum valvas magnificentiores ex auro atque ebore perfectiores nullas unquam ullo templo fuisse.... ea dctrahenda curavii omnia. Gorgonis os pulcherrimum , crinitum anguibus revellit atque abstulit , et tamen indicavit se non solum artijicio , sed etiam pretio qucstuque duci, non bullas aureas omîtes ex his valvis> quœ erant et multœ et graves , non dubiiavit auferre , quarum iste non opère delectabatur , sed pondère. (Cic, in Fer., Lib. IV.)

* En cherchant dans l'intérieur des maisons on retrouve deux des chapiteaux de ce temple encore en place et élevés sur leurs fûts. Nous les vîmes chez un particulier qui demeure rue Resaliba. Ces chapiteaux sont à moitié engagés dans la construction d'un mur moderne ; l'autre moitié est dans l'étude d'un notaire qui habite la maison voisine.

38o VOYAGE PITTORESQUE

d'aller visiter le reste de la ville. Nous trouvâmes d'abord à la pointe de File Ortygie , un cliàteau construit vers le onzième siècle, dans le style et le genre gothique en usage alors ; il est facile cependant de reconnaître parmi ces mauvaises constructions modernes, des parties entières d'entablemens, de colonnes et de fragmens antiques, qui provenaient sans doute des monuraens de Tancienne ville, mais employés sans goût et sans discernement.

Plusieurs forts, de gros bastions, des châteaux isolés, de grands fossés où la mer communique du grand au petit port, donnent extérieurement à cette partie de la Syracuse moderne Faspect imposant d'une place de guerre , et sembleraient annoncer toute autre chose que les petites rues tortueuses et les méchantes habitations qu'on trouve dans son intérieur.

Ce château est très avantageusement situé, et commande l'entrée du port, qu'il pourrait défendre en cas d'attaque. C'était a cette pointe de rOrtygie que s'attachait une longue et forte chaîne qui fermait le port et allait aboutir de l'autre coté au rocher anciennement appelé Plemmjrium \ Ce fut dans ce port où, suivant l'histoire , se donna la dernière bataille navale qui

' Plutarque fait mention de cette chaîne qui défendait le port de Syracuse ; elle était portée et soutenue , de dislance en distance , par des bateaux légers , des trirèmes, liés et atta<

fit perdre aux Athéniens tout espoir de salut; elle fut livrée si près des murailles que les Syracusains pouvaient encourager et animer les combattans de leurs cris.

Après avoir traversé la petite lie Ortygie , qui renferme toute la ville actuelle de Syracuse, nous en sortîmes par la seule entrée qui y conduit du côté de la terre. Cette partie ou extrémité appelée autrefois la Bocca^ était l'endroit où Denys avait établi sa demeure principale , lorsqu'au retour de la levée du siège de Gela , il s'était vu abandonné de sa cavalerie et au moment d'être détrôné. Ce château, que sa situation seule rendait redoutable , défendait tellement ce quartier, qu'on y assiégea vainement le tyran , et que son fils, quoique dénué de talens politiques et militaires, s'y défendit au point que, sans la défection de ses troupes, Timoléon n'eût pu l'en chasser.

Cette entrée de Syracuse et toute cette partie delà ville, est celle qui a le plus perdu de son ancienne forme , ayant été bâtie et rebâtie en différens temps; aussi serait-ce en vain qu'on y chercherait le moindre vestige d'antiquité. On dit cependant qu'il y reste encore des souterrains qui communiquaient du château dans tous les fauchés ensemble avec des ancres et des chaînes. Acaios enîm triremesque et onerarias ancoris firmitas et catenis ferreis.cori' stricto^ tabulntis pontihus insternunt. (Mirabella.)

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bourgs, mais nous ne les vîmes point, et continuant notre route, nous arrivâmes par difFérens ponts à un autre quartier de la ville antique , et un des faubourgs les plus étendus , qu on nommait Achradine, Aujourd'hui cette partie de Syracuse est, en beaucoup d'endroits, couverte de maisons de campagne et d'habitations modernes, mais on n'y voit aucun monument, ni même la moindre trace des anciennes murailles qui devaient séparer ce quartier d'avec les autres.

Laissant l'Achradine à droite et entrant dans Neâpolis , nous trouvâmes d'abord les restes d'un ancien amphithéâtre bâti sur un terrain inégal. Cet édifice, moitié taillé dans le roc et moitié construit en grosses pierres, avec des corridors voûtés, était d'une forme ovale , fort allongée dans son plus grand diamètre et fort resserrée sur l'autre. Il parait qu'en tout c'était un monument médiocre élevé par les Romains , ainsi que celui dont on voit quelques restes à Tarente , et pour l'usage seul de la colonie qui y fut établie. On sait que les combats d'hommes et d'animaux , auxquels les amphithéâtres étaient destinés chez les Romains, n'étaient point en usage chez les Grecs, et qu'ils avaient même horreur de ces sortes de spectacles. Au reste le propriétaire de ce lieu , nommé aujourd'hui la Fossa de Granati, fort peu amateur de l'antiquité, a détruit une partie des voûles des corridors , et enlevé le reste

itiî

des gradins, pour pouvoir labourer plus à son aise sur l'emplacement.

Près des ruines de cet ancien amphithéâtre on retrouve celles d'un autre monument qui, quoique bien délabré , offre encore un aspect très intéressant; c'est le théâtre de Syracuse. Les gradins, qui étaient entièrement taillés dans le roc, s'étaient jusqu'ici parfaitement conservés , mais depuis quelques années ils ont été abandonnés à la barbarie des gens du pays , qui viennent y chercher des pierres et des matériaux pour bâtir leurs maisons. Malgré toutes ces dégradations, on distingue encore une grande partie de ces gradins , les deux repos ou espèces de paliers , prœcinctiones , qui servaient à la distribution des spectateurs, et les escaliers par où on entrait et on sortait du théâtre.

Quant à la construction même de cet ancien édifice, le peu qui en existe suffit pour faire voir qu'il avait été fait avec le plus grand soin, et disposé pour que le spectateur y fût placé et assis très à l'aise. Nous remarquâmes encore que chaque gradin était entaillé dans son épaisseur, et formait à l'extrémité de la pierre une espèce de rebord pour y appuyer les pieds, et ne point gêner le spectateur qui était assis plus bas '. Il

Restes du

iliéâtredeSy

racnse ,

' Consultez le plan de ce théâtre de Syracuse , donné sur la carte ou table générale des édifices de la Sicile, n** 48 1.

parait qu'autour du théâtre il régnait une galerie circulaire dont nous aperçûmes la plateforme en quelques endroits; elle portait vraisemblablement un ordre d'architecture avec un corridor ou rang de loges couvertes ; mais toute cette partie de îcdifice est entièrement détruite. On distingue seulement très bien les deux angles de l'avant-scène, et par conséquent il est encore possible de juger de son étendue.

Nous ne pouvons douter que ce monument n'ait été un des plus somptueux et des plus magnifiques théâtres de l'antiquité, puisque Diodore, en parlant des différens édifices qui ornaient plusieurs villes de la Sicile dans ses beaux jours, et, entre autres, du théâtre d'Argyrium, comme un des plus remarquables , dit que celui de Syracuse était supérieur à tous les édifices de ce genre dans la Sicile. *

C'était à ce théâtre où, suivant Vusage des anciens Grecs, toute la république des Syracusains se rassemblait pour traiter des affaires pubhques : Plutarque dit que quand , vers la fin du règne de Timoléon , il se présentait quelque affau^ importante où on désirait le consulter, on le taisait prier , de la part de rassemblée , de se rendre au théâtre : lorsqu'il paraissait, porte dans sa

. In wbibus quoque minoribus aliquid factum est, sicut Ao^rinœ iUairum , omnium qui in SicHiasunt ^J^™^ efcer^io^V-l^^herrimum. (Dioo. dk Sic. , Lib. XVI , §. XXIIL)

litière , parce qu'il était alors trèsâgé et aveugle, le peuple le saluait par des applaudissemens universels. Timoléon y répondait, dit l'historien, en saluant également l'assemblée , et le silence rétabli , après avoir écouté attentivement ce qu'on avait a lui demander,il disait alors son sentiment.'

Au reste , la situation de cet édifjce était parfaitement belle ; placé presque au centre des quartiers principaux de Syracuse, et sur une partie un peu élevée, les spectateurs avaient le coup d'œil de la pleine mer, celui de l'île d'Ortygie , du grand port, des belles campagnes qu'arrose l'Apanus, du quartier où était élevé le superbe temple de Jupiter Olympien, du faubourg de l'Achradine, et enfin de la Neapolis.

Malgré la non-existence presque absolue, et le dépérissement de tout ce qui composait une des plus vastes et des plus magnifiques villes de l'antiquité , les restes du théâtre de Syracuse présentent encore un des plus beaux sites et un des

* Illud etiam, quod in concionîbus in honorem ejûs factum est , pulchrum erat spectatu ; nam cum autem de rébus parvis consultandum esset, ipsi inter se decernebant; cum vero grandia disceptarentur , illum accersiri jubebant. I lie per forum in lectica delaius , ad theatrum proficiscebatur, et dum veheretur, ut sedebat , populus eum una voce humanissime appellabat atque saluiabat. Ipse identidem faciens , et paululum immoratus , paululumque laudibus prœstitis auribus auditisquAy deinde adea, de quibus consulebatur, respondebat. (Mi-

RABELLA.)

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