SUITE DE LA. DESCRIPTION DE SYRACUSE. SES
TOMBEAUX, SES CATACOMBES. — GROTTES ET VALLÉE d'iSPICA. — RETOUR A MESSINE PAR AU- GUSTA, LENTINI, CATANA, etC.
Après avoir parcouru en entier le faubourg de l'ancienne Syracuse appelé VJchradine, nous passâmes à celui de Ticha ou Tiché, qui était audessus. On ne découvre dans toute cette partie de la ville antique que quelques indications de ses anciennes rues tortueuses et étroites, mais faciles encore à distinguer aux traces que les roues des chars ont autrefois formées dans le rocher même ; ces traces sont creusées dans quelques endroits jusqu'à six pouces de profondeur.
Ce rocher, qui faisait presque toujours la première assise des murailles , donne çà et là quelques indications du plan des maisons antiques. 11 parait qu'elles étaient toutes fort petites, posées à cru sur la roche, et sans aucune fondation ni substruction ; on dirait que le temps en a dévoré les pierres , car on ne voit plus , dans cette
partie de Syracuse, qu'une roche toute nue; et il serait impossible de deviner qu'il y ait jamais existé une ville, si on n'apercevait, de distance en dislance, des restes d'aqueducs qui avaient été construits et pratiqués sous terre : plusieurs de ces aqueducs conduisent encore l'eau assez abondamment , après l'avoir amenée de
trois lieues de distance.
Nous en comptâmes jusqu'à douze, qui vraisemblablement autrefois distribuaient l'eau à tous les quartiers de Syracuse par des canaux qui se divisaient et se coupaient dans tous les sens. Il y a lieu de croire qu'on avait pratiqué dans un grand nombre des maisons de la ville des puits particuliers qui y répondaient , car on en voit encore plusieurs. Ces puits sont fort étroits et forés comme un canon ; mais ce qu'il y a de vraiment étonnant, c'est la solidité de ces anciens aqueducs souterrains , qui , dans beaucoup d'endroits , paraissent parfaitement conservés , quoiqu'ils aient été construits l'un au-dessous de l'autre jusqu'à trois étages, et sans s'élever audessus du niveau du sol.
A côté et sur la gauche de ce faubourg de Titha , on entre dans celui de Neapolis. Nous nous approchâmes des murailles antiques et de l'enceinte de ce quartier, en suivant les sinuosités de la roche qui y formait une fortification naturelle. Ces murailles, plus ou moins fortes et plus ou
moins élevées , selon la nécessité du terrain , étaient bâties de grosses pierres carrées et posées a sec les unes sur les autres; il y a encore plusieurs endroits où il reste jusqu'à quatre assises bien entières. Enfin , nous arrivâmes aux ruines d'un château qui terminait ces deux faubourgs , dans la partie la plus élevée de la ville , qu'on appelait Epipole,
On ne saurait dire positivement si Epipole était un cinquième quartier de Syracuse, ou seulement le nom d'une forteresse qui n'en faisait point partie, et devait être, suivant les apparences, séparée autrefois du reste de la ville, puisque Cicéron n'en fait point mention. Elle était construite sur la partie la plus élevée du rocher , qui se termine au point, et dans le lieu où est actuellement un hameau appelé Belvédère. On ignore si l'enceinte où s'élevait l'ancienne forteresse s'appe- XoitEuîjaley ou si Euryale était le château même. Quoi qu'il en soit, il en reste encore une ruine assez apparente pour juger de son étendue et de sa forme ; c'était sans doute le poste le plus avantageux que les Romains eussent pu prendre pour assiéger Syracuse , puisque de là on découvrait non seulement tous les mouvemens qui pouvaient se faire dans les difierens quartiers de la ville , mais dans tout son territoire, dans ses deux ports, et jusqu'en pleine mer. Cependant Marcellus négligea , à ce que dit l'historien, de s'en emparer.
et l'on voit, dans le récit qu il fait de ce siège célèbre, qu'après avoir emporté le faubourg de Ticha, il fit retirer ses troupes, dans la crainte sans doute d'être enveloppé entre TAchradine et la garnison du château qu'il laissait derrière lui à la puissance de l'ennemi.
C'était k un des châteaux de cette forteresse qu'aboutissait cette fameuse muraille de trente stades de longueur, qui enfermait Ticha et une partie de l'Achradine. Cette muraille fut élevée par Denys; il y employa, dit-on, soixante mille hommes pendant vingt jours , et la fit construire en entier avec des pierres de taille énormes qui en rendaient la construction d'une extrême solidite On en voit encore les ruines, qui suivent, de même que du côté de Neapolis, toutes les sinuosités du rocher. '
. Malgré l'état de destruction de l'antique Syracuse , il est aisé de voir que sa situation sur la plate-forme d'un rocher naturellement escarpé, et presque de tous côtés, était une des plus avantageuses qu'on pût désirer, et c était sans doute la raison pour laquelle nous voyons, dans Tite Live, que Marcellus craignait d'en entreprendre le siège. Qua^riquamne vi capi videhat passe inexpugnabilem terrestri ac marUimo si a urbem, necfame, quamprope liberi ab Carthagme commeatus alerent. Indépendamment de ces remparts naturels Syracuse était entourée par de fortes murailles soutenues de distance en distance par des tours que ses différens princes avaient fait élever. On trouve à ce sujet , dans Diodore, une description curieuse des travaux prodigieux que Denys 1 Ancien avait ordonnés avant de déclarer la guerre aux Carthagmois, et
Ce fut près de ces murailles que Marcellus posa son camp, et c'est par ce côté qu'il entra dans la ville. C'est de là aussi qu'on peut, ainsi que ce grand homme, pleurer sur Syracuse en pensant à la destruction , à l'anéantissement presque total dans lequel est réduite aujourd'hui une des villes les plus magnifiques et une des plus célèbres de l'antiquité. Elle était si vaste qu'on se faisait la guerre dans son enceinte, et qu'on se la disputait comme un royaume. Denys le jeune dans l'Ortygie, les Carthaginois dans le port , Hycetas dans l'Achradine , et Timoléon dans le reste de la ville; chacun, avec un intérêt différent, était seul contre tous, s'observait, se retranchait, et faisait tous les mouvemens d'une campagne. Cette ville enfin, que le règne d'Hié-
auxquels il présidait lui-même pour encourager et animer les travailleurs par sa présence. Tanta operantium multitudo magnam spectantibus admirationem afferebat , dum quisque designatum sibi munus gnaviter exsequi laborat. Etenim Dionysius , ut alacritatem operarum excitaret , magna hic architectiSf illic f abris , istic operariis dona proposuerat. Jpse prœterea cum amicisper totos dies operum inspectioni adherebat , ubique sese ostendens et defatigatos subinde relevons ; tandem seposita imperii majestate , privati personam induit, et gravissimis se ministeriis ducem et magistrum prœbens , communes cum aliis quibusvis œrumnas in se receptas sustinuit , quofactum, ut certatim quique lahori incumberent , et diurnis nonnulli operibus etiam noctis partem adjicerent : tam ambitiosa multitudinem consummandi operis cupiditas incesserat. (Diod. dk Sic , Lib. XIV, c XIX.)
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4oo VOYAGE PITTORESQUE
ron avait portée au plus haut point de richesse et de grandeur, est tellement détruite qu'on la chercherait dans elle-même sans pouvoir la trouver , si le sol de la ville et la nature du rocher sur lequel elle était bâtie ne retraçaient encore
son enceinte.
Nous redescendîmes dans la Neapolis, et revînmes passer près du théâtre, dans l'endroit où on dit qu Hiéron fit élever un temple qui avait un stade de longueur. Cest des ruines de ce temple que furent enlevées, à ce qu'on assure, ces belles colonnes de granit que nous admirons encore au portail de la rotonde à Rome. U ne reste plus aujourd'hui , dans tout l'emplacement de l'antique Syracuse, qu'un très petit nombre de ces monumens respectables faits pour attester la magnificence de l'art chez les anciens; mais la nature seule, plus sublime, plus grandiose que tout ce qui y avait été formé de la mam des hommes, suffit pour en dédommager amplement ceux qui peuvent l'apprécier et en admirer les beautés.
Latomieser. Un dcs lieux qui nous frappèrent le plus par vantdejardîn j^^^. singularité cst cucorc uue de ces latomies, a cfm, à syr'a- ^^ prcs pareille à celles dont nous avons déjà -^'9. cherché à faire la description , mais qui , par son
t immensité et ses contrastes, offre peut-être en-
core plus de curiosité; celle qui appartient aujourd'hui aux Capucins de Syracuse, et ils en ont
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formé leur jardin. Les différentes plantations qu'ils y ont faites, ou qui y viennent naturellement, la rendent d'un effet aussi mystérieux que pittoresque. Qu'on imagine une vaste galerie, si on peut donner ce nom à l'excavation la plus agreste, la plus sauvage, construite et taillée entre des rochers coupés a pic , d'une hauteur prodigieuse, et qui, parleur forme irrégulière, et quelquefois percés à jour, produisent dans leur enceinte des effets de lumière tels qu'un peintre ne pourrait les imaginer ni plus piquans, ni plus heureux.
C'est au milieu de ces roches menaçantes et escarpées, sous ces voûtes suspendues et mangées par le temps, qu'on peut, à l'ombre des orangers, errer avec une sorte de volupté, à cause de la fraîcheur qui s'y rencontre et de l'air parfumé qu'on y respire. Indépendamment d'une quantité d'arbres de toute espèce que la nature y a fait croître , ou par touffes ou épars ça et là , de longs et magnifiques berceaux couverts de vigne, qui ont été construits au pied de ces rochers et dans toute leur longueur, y ajoutent encore un nouvel agrément ; enfin il serait difficile de rencontrer nulle part un contraste plus frappant du gracieux au terrible, du sévère à l'agréable. Anacréon et Young y auraient trouvé également les couleurs de leurs tableaux.
Quant aux possesseurs actuels de ce lieu vrai-