CHAPITRE XIV
DESCRIPTION d'une PARTIE DU VAL Dl NOTO ET DES
ÎLES DE LIPAUI. *
Si la beauté des campagnes de Fancienne Enna, maintenant Castro Giovani, est au-dessous de ridée qu'on a pu s'en former d'après la description des poètes; si leur fertilité, quoique fort grande , ne répond pas à ce qu'on devait en attendre d'après la supposition que Cérès y avait établi son séjour, on peut au moins assurer que les environs de Piazza surpassent tout ce qu'on
' Nous donnons , comme supplément à notre Voyage , ces notices sur une partie du Val di Noto. Les dessinateurs que nous avions envoyés en Sicile ayant négligé d'aller visiter cette partie méridionale de l'île, plus curieuse, il est vrai, à parcourir et à examiner par des naturalistes qu'elle ne l'est pour les monumens et les antiquités , qui y sont en très petit nombre , nous ne doutons point qu'on ne lise avec plaisir les descriptions que le commandeur de Dolomieu nous a envoyées, et particulièrement ses observations sur un assemblage d'anciens volcans éteints depuis des siècles dans cette partie de la Sicile , qu'il s'est attaché à examiner avec la plus grande attention. Ce Mémoire nous a paru renfermer en particulier les vues les plus neuves , et les détails les plus intéressans.
peut imaginer en abondance et en activité de végétation.
Cette ville , placée dans le centre de la Sicile , Environs de est bâtie sur une petite montagne isolée. Elle n'a n'^530! rien de remarquable dans ses édifices publics et particuliers, mais elle doit s'enorgueillir de la richesse de son territoire et de la beauté de ses campagnes. Tous les genres de productions lui sont propres, et elle réunit ce qui appartient à tous les climats , à toutes les températures : la vigne s'y appuie indifféremment sur l'oranger et sur le noyer. La ville est entourée de vallons qui , comme des fossés naturels , pourraient servir à sa défense, mais qui sont uniquement employés a la culture des légumes, et des herbages de toute espèce; ils en fournissent non seulement pour la consommation des habitans , mais encore pour un commerce lucratif avec les villes moins favorisées par la nature, et qui sont à quelque distance de Piazza.
Les vallées voisines formant son territoire sont de la plus grande fertilité, et présentent à chaque pas des aspects enchanteurs. Un des objets les plus intéressans de la culture sont les bois de noisetiers , qui occupent tous les lieux oi» les eaux abondent, et fournissent des promenades charmantes par leur fraîcheur et leur ombrage.
Il y a un nombre infini de jardins dans les environs de la ville; chaque particulier a le sien,
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ou plutôt la campagne entière est un vaste et beau jardin divisé par quelques fossés , pour servir de limites aux possessions ; celles qui appartiennent aux nobles , dans lesquelles on n a pas sacrifié tout à l'intérêt, et où on a pu admettre des productions de pur agrément, sont des endroits délicieux.
Un des plus remarquables est celui des Capucins vieux , appartenant au marquis de la Foresta. L'art n'y a exactement fait que ce qu'il faut pour jouir d'une superbe nature, et pour mettre en action toute sa fécondité. Ce n'est point un jardin anglais , encore moins un jardin français; rien n'y a été fait par système; on ne s'y est assujetti à aucun plan ; on y a favorisé seulement la circulation des eaux , l'accroissement des arbres, la multiplication des plantes de toute espèce. Les arbres fruitiers de tous les genres y sont mêlés avec les chênes , les pins , les peupliers, les melicuques et les cyprès. Les arbustes odoriférans garnissent les intervalles des grands arbres. Les vignes se groupent avec les noisetiere et les orangers , et forment des guirlandes en passant des uns aux autres. Tout est confondu, et tout réussit parfaitement, parce que la nature se complaît également dans toutes ses productions, lorsqu'on ne veut point forcer ses vues et son plan. L'œil se repose partout agréablement, il n'est point fatigué par la monotonie des formes, ni
par l'uniformité des nuances. La chaleur y est tempérée par les eaux qui s'élèvent en jets , tombent en cascades, et circulent de toutes parts. Le nombre des rossignols qyi semblent s'y être rassemblés de toutes les parties de la Sicile montre par des chants mélodieux la prédilection que ces oiseaux ont pour ce lieu vraiment enchanteur.
Les jardins de Centorbi et de Constantiiiiano ne le cèdent en agrément à aucun autre. On y ^loit partout la même abondance, la même fertilité , la même quantité d'eau : on, y reaiarque également de grandes allées de cyprès , des chênes énormes , dont les troncs sont garnis de lierre , des bosquets d'arbustes , des massifs d'arbres fruitiers, des bois de noisetiers qui ont la hauteur des taillis de chênes, un mélange d'orangers, de citronniers , d'aloès , de vignes , le tout jeté confusément. 11 faut moins de temps pour que les arbres y acquièrent toute la hauteur dont ils sont susceptibles, et on voit, dans un jardin planté depuis vingt-cinq ans, des arbres qui, partout ailleurs, en auraient demandé cinquante pour prendre un pareil accroissement.
Les jardins des Capucins et des Récollets sont encore très beaux, tant par leur position et leur étendue que par la quantité d'arbres qu'ils renferment. Ils pourraient leur faire su||K)rter les autres privations auxquelles les moines sont condamnés, s'il leur était possible d'y oublier qu'ils
ont sacrifié leur liberté, et qu'ih ne leur reste ni celle de penser ni celle d'agir : il n'y a point de lieux ni de positions agréables pour celui qui n y voit qu'une prison, des maîtres, et une règle austère à observer.
Les campagnes de Pi azza, outre le blé, dont enes donnent une très grande quantité, fournissent encore tme infinité d'autres objets d'exportation. Il y croit du chanvre et du lin , et les villes voisines y envoient prendre tous les fruits que la nature peut produire, et dont ces campagnes fournissent une imtnense quantité. On y compte entre autres plus de trois cents espèces de poires-
Les noisettes y sont un objet de commerce important, aussi les bois de noisetiers y sont-ils cultivés avec un soin infini; ils demandent autant de façon que llîs vignes, et ils ont besoin de fréquens arrosemens. Les vins y sont de bonne qualité et en grande abondance. On y exporte aussi en grande quantité les pignons de pins, dont les amandes fotit de très bonnes confitures, et des pistaches comparables à celles d'Alep. Les huiles d'olive sont les meilleures de la Sicile, parce qu'on les fait avec plus de soin. En un mot, c'est un des pays du monde le plus favorisés par la nature. ÎVÏaîs je dois aussi rendre justice aux habitons^ ils ne s'y livrent point a cette oisiveté, à cette indolence, qui est propre aux pays abon-
dans et chauds ; ils sont actifs, ils ont beaucoup d'intelligence pour l'agriculture, sont très bons jardiniers, et entendent parfaitement les arrosemens. La fertilité des campagnes de Piazza est due à l'abondance de ses eaux et au parti qu'on en sait tirer.
Le peintre ne pourrait rendre qu'imparfaitement dans ses paysages la beauté des campagnes de Piazza; les richesses y seraient si prodiguées, qu'on croirait toujours que ses compositions sont l'effet de l'enthousiasme ou d'une imagination féconde, quoique ses tableaux fussent encore loin de la nature.
Au-dessous de Tenceintedela ville, auprès de la place du marché, il y a un arbre remarquable par son ancienneté, et par l'époque à laquelle il a été planté. C'est un olivier qui date de ii63, époque où la ville fut restaurée sous le règne de Guillaume -le -Bon; il n'est pas très gros, et ne paraît pas absolument desséché par la vieillesse : on le conserve avec soin , ayant pris la précaution de bâtir un petit mur pour soutenir les terres dans lesquelles il étend ses racines; et on y a mis une inscription où , par deux vers latins , on rappelle son origine commune avec la ville.
Far urbi, ac olice ubertas , œqualis origo Sepibus huic arbor crescat et urbis honor.
Cette ville fut la place d'armes de Roger, lors-
Enyirons de
Pîetra Percia,
qu'il fit la conquête de la Sicile , et elle doit son nom à cette circonstance. On conserve dans la cathédrale Te' tendard du conquérant. Piazza porte le titre de Urbs opulentissima. Le langage des habitans diffère peu de celui du reste de la Sicile; il se rapproche de la langue romance , dont il a conservé beaucoup de mots.
A quinze ou dix-huit milles a l'occident de Piazza, toujours en parcourant les charmantes campagnes dont nous venons de parler, on rencontre une autre petite ville appelée Pîetra Percia, située, à ce que l'on prétend , dans le même lieu où les Carthaginois fondèrent autrefois une ville sous le nom de Cauloniœ. Les environs de Pietra Percia sont couverts de bois, et de la plus grande fertilité. La ville, qui a le titre de principauté, est bâtie sur la crête d'une montagne , et est dominée encore par un vieux château bâti sur la sommité même. Un rocher percé de part en part à sa base a donné son nom à la ville. C'est dans les campagnes agréables qui l'environnent qu'a été prise la vue que nous avons fait graver. On y trouve beaucoup de mines de soufre, dont quelques unes ont été exploitées et ensuite abandonnées.
Les voyageurs font plusieurs centaines de lieues pour voiries ruines informes d'un monument antique, qui n'a jamais rien eu de remarquable , et nul de ceux qui ont visité la Sicile n'est venu
EN SICILE. 45g
admirer les campagnes de Piazza. Combien il y a loin cependant des beautés de l'art et du travail des hommes à celles d'une nature féconde.
Il y a plusieurs autres endroits de la Sicile que la nature a pris plaisir à embellir, et que les étrangers ne visitent jamais, tels sont les vallées dç Polizi , au pied des fameuses montagnes de Madonia , dont les productions ont beaucoup de rapport avec celles de Piazza ; les campagnes de Castel-Veterano , dans lesquelles la quantité d'arbres qui les couvrent ne nuit point à la culture du sol et à l'abondance du froment; les environs de Mineo, cultivés avec le plus grand soin, et rendant toujours au-delà de l'espérance du cultivateur. Partout ailleurs dans la Sicile le blé croît en grande quantité, mais la campagne y paraît dépouillée, parce qu'elle n'y est point couverte d'arbres, comme dans les environs de Piazza.
11 serait à désirer que ceux qui parcourent la Sicile voulussent quelquefois quitter les routes battues par les voyageurs qui les ont précédés; s'ils se guérissaient de cette terreur singulière qui les empêche de pénétrer dans l'intérieur de l'île, et qu'ils se transmettent des uns aux autres en citant des anecdotes aussi fausses que ridicules; si enfin ils se dévouaient à la fatigue nécessaire pour parcourir un pays où les chemins sont mauvais, et où il n'y a point d'auberges, ils prendraient de la Sicile, de ses habi-
46o VOYAGE PITTORESQUE
tans et de ses monumens, une idée diffe'renle de celle qu'ils peuvent avoir, lorsqu'ils se sont bornés à visiter les côtes, ou à suivre les grandes routes qui conduisent à quelques villes de l'intérieur.
Aucun voyageur, par exemple, n'a été de Syracuse à Sortino, ville baronnale qui n'en est distante que de sept lieues; quel contraste cependant un aussi courl voyage ne lui présenterait-il pas entre les mœurs corrompues des habitans de la ville maritime, et la simplicité, l'honnêteté et la candeur de ceux de cette petite ville? H aurait quitté un peuple dévoué en naissant à une maladie aussi incommode que dégoûtante, pour en voir un autre moins fameux, mais qui, dans une atmosphère plus pure, jouit de la meilleure santé, et parvient à une grande vieillesse.
Le hasard seul me conduisit dans cette petite ville, à peine connue des habitans de Syracuse, et dont je n'avais trouvé le nom dans aucune relation. Je remontais le fleuve Anapus, sans autre objet que de reconnaître où il avait pris certaines pierres que je lui voyais rouler jusqu'à la mer, lorsque, entraîné par la fraîcheur, la verdure, les sites pittoresques, et l'abondance des eaux d'un vallon profond qui me conduisait dans la direction de l'ouest, j'arrivai à Sortino. Cette ville, autrefois nommée Xuthiay était bâtie sur la croupe d'une montagne escarpée, où elle
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fut entièrement détruite par le tremblement de terre de 1693, et réédifiée sur le plateau qui est au-dessus, d'où elle domine de plus de deux cents toises le vallon par lequel j'avais été conduit. Je reçus des habitans l'accueil le plus empressé; logé dans un couvent, on m'y apporta des provisions de toute espèce, sans vouloir en recevoir le prix. Ma chambre était toujours pleine de gens qui venaient m'offrir leurs services, et me faire une infinité de questions. Je leur trouvai autant de bonhomie, d'affabilité et de candeur, que j'avais trouvé d'astuce, de bassesse et dé vil intérêt dans l'ancienne colonie de Corinthe.
Son territoire est fertile, et les vallons dont elle est entourée offrent des positions délicieuses, des points de vue charmans , une fraîcheur et une vivacité de verdure qui firent sur moi d'autant plus de sensation que je venais de Malte, un des pays les plus secs et des plus arides de la nature. Il y a dans les vallons une grande abondance d'eau qui favorise la végétation, la culture d'une grande quantité d'arbres fruitiers , surtout des cerisiers, qui, rassemblés en touffes, forment des bois charmans. On voit sur ces ruisseaux plusieurs machines relatives aux arts, comme moulins à foulon, moulins à blé, etc.
C'est auprès de Sortino que j'aperçus les pre-^ miers vestiges des volcans éteints du Val di
Noto , et que je commençai à observer les circonstances singulières qui les accompagnent. On rencontre aussi à deux milles de cette ville l'emplacement et les ruines de l'antique Erbessus, qui, par sa position et ses monumens, mérite plus l'attention du voyageur que des fragraens de colonnes devant lesquels on s'extasie, parce qu'ils sont cités par quelques auteurs qu'on est convenu de prendre pour guide.
Erbessus , cette ville qui joue un grand rôle dans l'ancienne histoire de Sicile, par les sièges qu'elle a soutenus, et par la force de sa position, est si parfaitement oubliée dans la Sicile moderne , que le sol même sur lequel elle était bâtie a perdu son nom, pour prendre, on ne sait pourquoi , celui de Pentalica ou Pentarîca , ce qui a fait naître des doutes et de grandes discussions sur son emplacement ; elle était située sur un plateau de cinq cents pas d'étendue, et entourée de toutes parts par des gorges d'une profondeur extrême.
Jamais ville n'a été plus forte de position, puisque son accès est même encore très difficile, quoiqu'on n'ait plus intérêt à la défendre. Il n'y reste aucun monument, et les seules ruines qu'on y remarque sont les murs d'un château placé à une des extrémités de la plate-forme. Ils sont bâtis en très grosses pierres, quoiqu'ils ne soient pas d'une construction antique , et qu'on
les soupçonne d'avoir été élevés par les Goths. D'ailleurs, rien ne pourrait faire croire que cet emplacement ait été celui d'une grande ville, sans la quantité innombrable de tombeaux qui l'entourent et attestent son ancienne population.
Les vallons qui lui servent de fossés naturels se sont ouverts dans un massif calcaire, et présentent de tous côtés des escarpemens à pic d'une grande élévation, où le rocher, absolument nu, parait semblable à une haute et immense muraille. C'est dans ces escarpemens qu'on voit une quantité incroyable de cavités, dont l'ouverture est un carré long, et qui toutes ont intérieurement la même forme. Ce sont des chambres longues de six pieds, larges de cinq, et hautes de quatre; l'entrée ou la porte a deux pieds de large et trois de hauteur ; elle est précédée d'une incavation ou espèce de rainure creusée dans la pierre, qui forme un encadrement a la porte d'un pied de profondeur, et d'un pied et demi de largeur tout autour.
Plusieurs auteurs ont voulu que ces excavations servissent autrefois d'habitation aux Lestrigons, qu'on suppose avoir été les premiers habitans de cette partie de la Sicile; mais lorsqu'on les a examinées avec attention, on se persuade qu'elles ont été des tombeaux; car, comment croire que des hommes , même pour
Grottes de
San Penta-
rica,
motif de sûreté , se soient réfugies dans des creux dont Faccès était impossible sans se servir de très longues cordes pour y arriver, puisqu'il y en a qui sont sur des escarpemens à plus de trois cents pieds du fond du vallon , et à égale distance du sommet de la montagne, de manière qu'il était impossible dy parvenir par nul autre moyen. Le respect pour les morts, fondé sur la religion, faisait qu'on cherchait à les soustraire à la curiosité des hommes, à tout ce qu'on regardait alors comme une profanation , au-
cun lieu accessible ne paraissant assez sur pour y placer des corps , objets de la plus grande vénération.
Ces grottes étaient fermées par une grosse pierre enchâssée dans le rocher; plusieurs le sont encore; les autres ont été ouvertes par les paysans des environs , dans l'espérance d'y trouver de l'argent. Dans chaque chambre, il y a un petit gradin taillé dans la pierre, avec deux creux qui marquent la place de deux têtes. Quelques unes de ces chambres sont plus grandes que les autres, quelquefois du double; elles devaient renfermer alors quatre têtes ou plus. Le nombre de ces tombeaux, qui garnissent tous les rochers des environs, doit faire supposer une immense population. Il y a des pans d'escarpement où l'on peut en compter jusqu'à deux cents, qui sont sur sept ou huit rangs de hauteur, et il
parait que chaque famille avait son emplacement séparé et distinct, dans lequel elle creusait pour déposer ses morts. Je visitai plusieurs de ces excavations, et j'y trouvai encore des ossemens et des têtes. On m'avait assuré qu'elles étaient d'une proportion gigantesque, mais elles ne me parurent pas au-dessus des proportions ordinaires; d'ailleurs, la longueur des chambres dans lesquelles les corps étaient étendus, indique que ces anciens Lestrigons n'étaient pas au-dessus de la taille actuelle des Siciliens. La seule remarque que j'aie faite sur ces ossemens, est la grande épaisseur de la boîte des crânes.
Il y a dans le massif de rocher qui forme l'emplacement de l'ancienne ville, plusieurs fentes verticales d'une profondeur considérable, qui ont jusqu'à un pied de largeur, et qui vont'dans toutes les directions; elles peuvent avoir été produites par des tremblemens de terre.
Si le mot Erbessus est phénicien, et qu'il signifie, ainsi qu'on le suppose, caverne ou montagne excavée, on ne peut refuser au lieu dit San Pentarica d'avoir été l'emplacement de l'ancienne Erbessus. Outre les excavations faites à main d'homme dont je viens de parler, les gorges offrent de toutes parts des antres et des grottes, quelques unes très profondes et très spacieuses. L'entrée de plusieurs sert d'établissement à de petites manufactures de sal- ^^- 3o
pètre, où on lessive avec succès la terre enlevée à la surface de tous les rochers. La plus belle de ces grottes est celle nornmëe délia Mercwiglia;\e péristyle, s'il est-possible d'employer un terme consacré aux arts pour décrire les accidens de la nature, occupé par l'atelier des salpêtriers, est haut , large et spacieux. L'entrée en est basse et étroite, maïs peu a peu elle s'élève, s'élargit, et devient semblable à un vaste temple avec sa nef. Dans un endroit, la partie supérieure prend si exactement la forme d'une coupole, qu'on est étonné que la nature se soit aussi parfaitement rencontrée avec les ouvrages des hommes. Cette grotte pénètre la montagne de trois cents pas, et mérite l'attention des voyageurs. Elle renferme au surplus une grande q\iantité de chauve-souris, dont les ordures, accumulées sur le sol, sont d'excellens matériaux pour le salpêtre. Dans ce que j'appelle le péristyle, l'eau suinte à travers tout l'énorme massif de rocher qui le recouvre, et y forme beaucoup de stalactites. L'intérieur de la grotte est sec; ce qui doit venir d'une différence dans la densité de la pierre.
Auprès de celle-ci sont d'autres grottes également tapissées parla nnlnre d'une grande quanti (înprbts stalactites, dont les (ormes sont toutes piiL> bizarres et plus singulières les unes
que les autres.
Tous les environs de Pentarica pourraient
«Mi
fournir une suite de paysages infiniment curieux Site pîttoreset intéressans. De gros ruisseaux précipitent près'dt^lol leurs eaux au fond de gorges extrêmement pro- Pécari? fondes , et les roulent avec fracas au milieu des °" ^^^- * pierres; des antres noirs et profonds, des rochers escarpés, d'autres suspendus en l'air par un reste d'adhérence avec le noyau de la montagne; des masses énormes entièrement détachées et différemment inclinées; des arbres, des arbrisseaux et des plantes qui croissent partout où elles ont pu prendre pied et trouver un peu de terre j de grandes parties fortement ombrées, d'autres très éclairées, et tous les accidens de lumière produits par le contour des gorges; voilà les principaux objets qui présentent au voyageur une variété infinie de points de vue les plus pittoresques, où le grand, le terrible, est joint à l'agréable; c'est en les imitant que le peintre ferait un nombre immense de dessins, dont il pourrait ensuite employer les idées dans ses tableaux.
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