‹ Voyage pittoresque à Naples et en Sicile [microform]Chapitre 68 sur 96 · SUR LES VOLCANS ETEINTS DU VAL DI NOTO , EN SICILE · texte numérisé non relu

SUR LES VOLCANS ETEINTS DU VAL DI NOTO , EN SICILE

Par le commandeur de Dolomieu.

Le mont Etna n'est ni le seul, ni le plus ancien volcan (le la Sicile. Cette île a été dans tous les temps la proie des feux souterrains, et ils y avaient établi leur empire destructeur long-temps avant la retraite des eaux et le dessèchement du globe. Les deux grands agens de la nature dans le règne minéral y ont travaillé dans le même temps et dans les mêmes lieux à la formation des montagnes; ils y ont mêlé leurs produits , et y ont laissé des preuves de huv action simultanée. On voit les matières volcaniques dans le sein des montagnes calcaires, et les bancs calcaires s'y trouvent interposés au milieu des courans de laves. L'ordre et l'arrangement symétrique de ces différentes matières prouve que leur mélange n'est point l'effet d'un bouleversement instantané , qu'il n'a point été produit par une de ces grandes catastrophes de la nature qui réunissent dans les mêmes lieux les substances qui ont pris naissance à une grande distance les unes des autres; enfin elles ne sont point disposées ainsi par les courans qui entassent confusément ce qu'ils arrachent sur leur pa'^sage.

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L'existence des volcans avant la formation de certaines montagnes calcaires est une vérité qui m'a été contestée lorsque je l'ai annoncée en 1776, d'après mes observations en Portugal ; vérité qui a été appuyée par les descriptions des volcans éteints d'Allemagne, données par différens auteurs ' , et à laquelle les volcans éteints du Val di Noto en Sicile ajoutent Campagnes la dernière évidence. Ces volcans présentent encore YaldiNoio, d'autres particularités intéressantes qu'on ne ren- '^°534. contre point ailleurs , et que je crois devoir faire connaître.

Les volcans éteints de la Sicile occupent le centre du Val di Noto ; mais il serait difficile de fixer exactement leurs limites , parce qu'ils ont envoyé pardessous les massifs calcaires des courans de lave qui y restent ensevelis, et dont il n'est pas possible de . fixer l'étendue. Souvent, en creusant au milieu de la pierre calcaire, on est tout étonné de trouver des matières volcaniques dans des lieux où l'on ne devrait pas soupçonner ces produits du feu. Les laves de ces anciens volcans, en partant des montagnes qui les ont lancées, comme autant de rayons divergens, vont s'étendre jusqu'aux extrémités de cette province, et arrivent jusqu'à la mer qui bat ses côtes.

Je trouvai les premiers indices de ces volcans en allant de Syracuse à Sortino , à une lieue de cette dernière ville , aux extrémités du profond vallon qui y conduit. Quelques morceaux de lave entraînés et arrondis par les eaux m'annoncèrent d'avance que

• Voyez les Lettres physiques et morales sur l' Histoire de la Terre et de l'Homme , par de Luc , Lettres CIV et suit. , tome IV.

j'allais entrer dans un pays volcanique. Mon attention se fixa bientôt après sur un courant de lave que je vis sortir d'une montagne calcaire qui était sur ma droite. 11 était coupé par le vallon, dont les eaux coulaient sur un sol calcaire , et il allait se perdre dans un massif de même nature qui était sur ma gauche. Je passai ensuite alternativement sur des matières calcaires et volcaniques pour arriver à Sortino , ville baronnale bâtie sur une montagne calcaire qui domine le vallon, et lui présente des escarpemens de plus de deux cents toises d'élévation, dans lesquels les bancs de pierre dure sont horizontaux et exactement parallèles.

Les environs de Sortino m'offrirent des phénomènes et des singularités dont l'explication me parut difficile, et qui tinrent long-temps mon esprit en suspens. Je vis d'abord les matières volcaniques enseve- . lies sous des bancs horizontaux de pierre calcaire , très coquillière, contenant surtout une infinité de madréporites, quelques uns d'un volume énorme. Je vis ensuite des hauteurs dont les sommets seuls étaient volcaniques et les noyaux calcaires, sans que les laves qui couronnaient ces sommets eussent communication avec aucun courant , et eussent d'autre étendue que le plateau qu'elles recouvraient. Ces laves n'avaient pu être formées où je les voyais, elles étaient venues d'ailleurs : mais d'où et comment furent les premières questions que je me fis , et auxquelles je restai long-temps à trouver une réponse. Je ne concevais pas comment elles avaient pu s'amonceler sur les hauteurs où je les trouvais isolées , et où elles n'a-

vaient relation avec aucun courant dont je pusse suivre les traces jusqu'au foyer, d'autant qu'elles étaient environnées de vallées toutes creusées dans la pierre calcaire. Je me déterminai à consulter les montagnes les plus hautes qui étaient à quelque distance. J'en vis plusieurs dont la forme était à peu près conique, et dont les sommets étaient pointus ; elles étaient vers le nord ou nord-ouest de Sortino , dans la direction de l'Etna , qui terminait mon horizon à une distance de treize ou quatorze lieues. J'imaginai dans l'instant que ces montagnes étaient les vrais volcans, qu'elles reposaient sur les foyers où s'étaient préparées les laves que j'observais, et que ces foyers pouvaient avoir communication avec ceux de l'Etna. Ce petit système arrangé me paraissait tout naturel, et je cherchais déjà à expliquer comment avait pu être rompue la communication des laves de Sortino avec les montagnes dont elles étaient sorties; mais quel fut mon étonnement lorsque , après avoir visité successivement toutes ces montagnes , je vis qu'aucune d'elles ne contenait la solution de mon problème, et que même elles ajoutaient infiniment à la difficulté de son explication.

La montagne Saint-George , une des plus hautes de tout le canton , du sommet de laquelle je pouvais prendre une idée topographique de tout le pays qui domine ce qui l'entoure, à l'exception de quelques pics calcaires qui lui sont au sud (tel que celui de la montagne de Bonjuan), cette montagne, dis-je, dont la forme est conique , et qui est isolée par des vallées dont le sol lui est surbaissé de trois ou quatre

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cents toises , a sa base calcaire. Sur cette première assise repose une couche volcanique , ensuite une autre tranche calcaire, à laquelle succède un sommet formé d'une lave dure. Une autre montagne auprès du fief de la Copodia, également conique, est toute volcanique , à l'exception d'une couche de pierre calcaire, dure et blanche, qui la tranche à moitié de sa hauteur , et parallèlement à sa base ; quelques montagnes où les couches volcaniques et calcaires sont plus ou moins nombreuses. La montagne de Pencalia est volcanique à sa base et calcaire à son sommet. Et enfin la montagne isolée sur laquelle est bâtie la ville de Carlentini , est moitié calcaire et moitié volcanique ; mais ici la division des deux substances se fait par un plan vertical; la pente du nord, c'est-à-dire celle qui est en face de l'Etna, est calcaire; celle du midi est volcanique. Cette dernière circonstance me prouvait bien évidemment que ces laves n'avaient pu venir de l'Etna, quand même j'aurais supposé la formation de la plaine de Catane produite par l'effort de courans postérieurs aux premières éruptions de ce volcan , puisque ces laves n'auraient pu s'amonceler derrière un massif calcaire, qui lui était opposé.

Après être arrivé à cette limite des volcans dont je poursuivais le foyer, je pris le côté de l'est , je suivis jusqu'à Mililli les hauteurs qui accompagnent la vallée de Lentini, et qui dominent la plaine d'Augusta, et cheminant à mi-côte, je vis déboucher du milieu des montagnes (qui, réunies par leur base, ne forment qu'un même groupe sous le nom de monts

Hybléens, CoHes Hyblœi) plusieurs courans de lave, qui se terminent comme s'ils avaient été coupés, sans avoir eu le temps de descendre dans la vallée et de s'incliner pour en prendre la pente. Plusieurs de ces courans sont cristallisés • en basaltes prismatiques. On en voit de très belles colonnes auprès de Mililli. Au-delà de cette ville jusqu'à Syracuse, on n'aperçoit plus de trace de volcans, et les escarpemens en face du golfe d'Augusta n'offrent qu'un massif calcaire en bancs horizontaux.

Les courses infructueuses que j'avais faites au nord et à 1 est de Sortino pour trouver les foyers qui avaient pu fournir les laves que j'avais rencontrées, loin de me décourager, ne firent que m'engager avec plus d'ardeur dans de nouvelles recherches. Je revins à Sortino, et en allant visiter l'emplacement de l'ancienne Erbessus, connue maintenant sous le nom de Pentarica, je traversai deux gorges d'une extrême profondeur, dont les encaissemens, taillés presqu'àpic, ont plus de six cents pieds d'élévation ; je n'y vis rien que de calcaire, et je m'assurai ainsi que les volcans que je cherchais n'étaient pas dans la partie du sud. Il me restait à visiter celle de l'ouest. J'y voyais de loin de très hautes montagnes, et je ne pouvais plus douter qu'elles ne dussent être le centre des courans de lave que j'avais vus dispersés et dépecés en tant de lieux différens. Je m'acheminai donc sur

' Ici, comme dans tous les basaltes en colonnes, ce n'est point une cristallisation proprement dite , mais un simple retrait de la lave sur elle-même par le concours des eaux de la mer où ces laves ont coule.

celle qui me parut la plus haute, et qu'on me nomma Santa Fenere; elle est à trois lieues à l'ouest de Sortino ; le chemin qui y conduit est sur un sol entièrement calcaire; mais, après avoir descendu un vallon pour arriver au pied de la montagne, tout devient volcanique. J'y vis àes laves poreuses et compactes en blocs isolés et en fragmens, des cendres, des scories, et généralement tout ce qui caractérise une montagne formée par l'entassement des éjections volcaniques. La montagne s'élève sous une forme à peu près conique, dont le diamètre de la base est allongé de Test à l'ouest. Sa pente est rapide ; je la gravis du côté du sud. Au tiers de sa hauteur , sur un petit plateau en corniche, je trouvai un petit lac de forme irrégulière , qui me parut avoir été une des bouches latérales du volcan. Le sommet est terminé par un plateau un peu concave, qui en domine un autre un peu moins élevé du côté de l'ouest. L'un et l'autre doivent être l'emplacement d'un cratère comblé par le temps ou par la main des hommes; car je trouvai sur ce sommet des fragmens de briques et de pierres taillées, qui me firent soupçonner qu'anciennement on y avait bâti un fort ou un château, d'où on jouissait sûrement de la vue la plus étendue et la plus propre à faire des découvertes.

Je ne pus douter que cette montagne ne fût le volcan que je cherchais, et qui avait répandu ses laves à une très grande distance autour de lui, surtout dans la partie de l'est; mais il me restait à résoudre le problème de la formation des montagnes isolées et coniques , mi-parties volcaniques et calcaires y

qui ne tiennent à aucun courant , et qui semblaient n'avoir aucune relation directe avec mon volcan. L'étude de la montagne Santa Venere et des pays circonvoisins m'apprit que ce volcan s'était élevé au milieu de la mer, qui alors occupait nos continens, que sa tête seule s'était élevée au-dessus du niveau des eaux. Je fus convaincu que lorsqu'il répandait autour de lui des torrens de matières enflammées, la mer entassait des dépôts calcaires; que chaque nouvelle éruption trouvait un sol plus élevé sur lequel elle se répandait ; que bientôt les nouvelles matières volcaniques étaient ensevelies sous de nouveaux dépôts , et qu'ainsi , par l'entassement successif et régulier des produits du feu et des dépôts de. l'eau , s'était formé un énorme mnssif à sommet aplati et horizontal. Ce massif occupait tout le centre du Val di Noto, recouvrait de plusieurs centaines de toises le sol sur lequel s'étaient répandues les premières laves , et fut divisé, morcelé et dégradé par les courans ou par les ballottemens des eaux lors de la grande débâcle, ou de la catastrophe qui changea l'emplacement des mers.

Les vallons et les gorges qui se formèrent au milieu de ce massif séparèrent les laves de la montagne à qui elles appartenaient , coupèrent les courans et façonnèrent, avec les débris de ces massifs, des montagnes de toutes les formes, mais la majeure partie coniques, ainsi qu'on peut le voir journellement, lorsque, dans un terrain argileux et submergé, l'eau se retirant avec précipitation , excave partout où elle trouve moins de résistance, creuse les premiers sillons qu'elle a tracés,

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Pic volcani-

et forme de petits cônes dont les sommets sont à la hauteur du sol sur lequel reposaient les eaux.

Les parties où les laves avaient coulé successive-

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parcoaches mcut , daos la même direction, les unes au-dessus des

alternatives 1 ' ■ . 1 ^ i^«

de laves et de autres , out donne naissance aux montagnes dans lespierrescal- q^gHes les couclies volcaniqucs et les calcaires se suc-

caires, *■ ^

n°535. cèdent parallèlement. Celles sur lesquelles aucune lave ne s'est portée n'ont produit que des montagnes totalement calcaires, qui se trouvent entremêlées avec les autres. Celles enfin sur lesquelles le hasard ou des circonstances locales ont entassé de préférence , et dans le même lieu , les matières que vomissait le volcan , sans laisser le temps au dépôt des eaux de se mêler avec elles, ont produit quelques petites montagnes presque entièrement volcaniques, où les cendres sont agglutinées par une pâte calcaire.

Pour parvenir à expliquer la formation de la montagne de Carlentini , il faut supposer qu'un vaste courant de lave s'était enflé et entassé à son extrémité; que là s'était faite son intersection pendant que les eaux arrondissaient la portion du massif calcaire contre lequel il s'appuyait, et façonnaient ainsi un bloc miparti dont la division des matières se faisait par un plan vertical. Cette théorie rend raison de tous les phénomènes , de toutes les singularités qu'on observe dans ce mélange des produits du feu et des dépôts de l'eau ; et une infinité de preuves de différens genres, mais qui seraient étrangères à ce Mémoire , concourent à démontrer l'existence d'un ancien plateau qui était élevé de plusieurs centaines de toises au-dessus du sol actuel des vallées et du niveau de la mer, qui cou-

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EN SICILE. r^rjj

vrait non seulement le Val di Noto , mais encore entièrement la Sicile, et dont les débris ont formé toutes

les montagnes actuellement existantes, à l'exception de l'Etna.

La montagne de Santa Venere est la plus haute du Val di Noto, et une des plus hautes de la Sicile, après le mont Etna. De son sommet on découvre une étendue immense. La distance et l'illusion de l'optique font paraître plan et de niveau tout le pays qu'elle domine, quoique ce soit un assemblage de montagnes séparées par des gorges profondes; elle est couverte de neige tout l'hiver, et même elle la conserve pendant l'été dans des fosses où on la rassemble pour la provision de Syracuse et des îles voisines. Le 1 5 mai j'avais extrêmement chaud avant de m'élever sur cette montagne , et je sentis un froid très vif lorsque je fus au sommet. A midi même le soleil n'était pas assez chaud pour contrebalancer la sensation du froid : le thermomètre de Réaumur, placé à l'ombre, restait au point de la congélation. Tout le côté qui est sous l'aspect du midi est cuhivé ; -malgré la pente rapide et la quantité de blocs et fragmens de lave qui le couvrent, le froment y croît assez bien à la- faveur d'un peu de terre noire qu'on aperçoit à peine au milieu des pierres. Les épis de froment étaient presque mûrs au pied de la montagne, pendant que le blé était encore en herbe sur le sommet. Il y a plusieurs petites sources à une très grande hauteur, fournies par la fonte des neiges, qui donnent une eau fraîche et légère. A l'aspect du nord , la montagne est couverte de bois depuis le sommet jusqu'au tiers de sa hauteur. Au-dessous de

la limite de cette forêt, c'est-à-dire aux deux tiers de son élévation , la montagne a une enceinte calcaire qui l'enveloppe du côté du nord , qui cache sa base et l'unit à des montagnes calcaires qui sont au-dessous. Il est évident que toute la montagne, à la réserve de son sommet , a été ensevelie sous des pierres calcaires, et que ce sont les courans qui l'ont de nouveau isolée et détachée, dans la partie du sud, du massif au milieu duquel elle se trouvait. Une eau qui court creuse en tournoyant au pied du rocher qui s'oppose directement à son impulsion ; de même la tête de cette montagne a pu occasionner un effet semblable, en présentant un obstacle aux courans qui circulaient autour d'elle.

En mesurant cette montagne, ce que les circonstances ne m'ont pas permis de faire, on pourrait peutêtre connaître la hauteur que les mers n'ont pas surpassée pendant l'inflammation de ce volcan , puisque si son sommet eût été submergé, et que son cratère eût été rempli par les eaux qui l'environnaient, elles auraient communiqué par sa cheminée avec son foyer, et elles auraient ou ralenti ou anéanti ses feux, dont le travail long et actif est prouvé par l'immensité des matières qu'il a vomies. De même , en mesurant la hauteur où commencent les pierres calcaires , on saurait que les eaux se sont nécessairement élevées au-dessus et entre ces deux extrêmes ; on pourrait avec vraisemblance supposer l'ancien niveau pendant une époque fort longue. En jugeant par approximation , et comparativement avec les autres sommets qui m'environnaient, je croirais que la hauteur de cette montagne

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est au moins de sept à huit cents toises au-dessus du niveau actuel, et que les premières couches calcaires sont élevées de cinq ou six cents toises.

Tl y a donc un très grand intervalle, relativement à l'élévation, entre le sol sur lequel ont coulé les premières laves et celui sur lequel se sont répandus les courans postérieurs; une des laves les plus basses, et par conséquent des plus anciennes , est celle qui forme le sol de la vallée dite Piano delà Margi^ près de Sortino;le fond est un impasto volcanique, formé de cendres et de fragmens de scories, faiblement agglutinés, et recouvert par une lave solide. Ces matières pénètrent sous les coteaux voisins, de manière que si le berceau de la vallée avait été un peu moins creusé son sol aurait été calcaire, sans qu'on pût soupçonner qu'il recelait un courant de lave. Au milieu de cette vallée, il y a un trou rond de douze pieds de diamètre et de quinze ou vingt de profondeur; il s'est fait pendant les tremblemens de terre de 1780, par l'affaissement de ce qui formait le toit de la cavité à laquelle il communique: il m'aurait fallu des cordes pour y descendre, et je ne pus m'en procurer ; d'ailleurs l'entreprise n'aurait pas été sans danger. Je vis de ses bords qu'il donnait jour à une galerie qui va de l'est à l'ouest, selon la direction que devait avoir le courant, et qui peutêtre remonte jusqu'à la. montagne de Santa Venere, distante de deux lieues. Il y a une infinité de semblables galeries souterraines au milieu des laves de "l'Etna.

A trois lieues à l'ouest de la montagne de Santa Venere, il y a une grosse montagne volcanique nom-

mëe Monte Lauro. Son sommet était également hors de l'eau , et ses flancs recelaient un foyer qui préparait les laves qu'elle lançait à une grande distance autour de sa base. Ce volcan a été , ainsi que le premier que j'ai décrit, enseveli au milieu du massif calcaire , et il a mêlé ses productions avec celles de la mer. Sa sommité domine toutes les montagnes des environs , et est terminée par une espèce de plateau inégal, dont le contour irrégulier peut avoir deux milles de diamètre, et sur la surface duquel il y a quelques endroits creux, comme de petites vallées , semblables à celles du sommet de l'Etna; mais je n'y ai trouvé aucun vestige du cratère qui devait y exister anciennement , et que les catastrophes de la nature ont fait disparaître. 11 y a une grande quantité de blocs de laves de différente nature, et toute la montagne est formée de laves, de cendres et de scories entassées par couches, qui indiquent les irruptions successives du volcan. La base du Monte Lauro, du côté de l'ouest et sud-ouest, est ensevelie sous les montagnes calcaires du comté de Modica; de manière que le petit village de Monte Rosso est en même temps la limite du comté de Blodica et des productions volcaniques visibles. Si au-delà on ne trouve plus vestige de volcan , ce n'est pas qu'ils n'aient envoyé des laves sur cette direction , mais c*est parce que l'ancien massif y a été moins morcelé, et que les gorges n'y ont pas été approfondies au point de rejoindre et de couper les courans djp laves qui ont passé au-dessous, et qui se sont étendues jusqu'au cap Passero, à une distance de plus de dix lieues. '

* Rica n'égala mon étonnenient lorsque , me promenant au bord

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I*s laves de Monte Lauro , qui ont décrit d'autres rayons et qui se sont dirigées vers dautres points autour de sa base, se sont mêlées avec les couches calcaires, comme celles de Santa Venere, et elles ont ensuite. ete séparées de leur montagne originelle. La montagne au pied de laquelle est bâtie la ville de Bûcher, et qui est détachée par une vallée, ou gorge profonde , du groupe de montagnes au centre duquel est Monte Lauro présente dans sa partie du sud-ouest "ne alternative de couches calcaires et volcaniques qu. se distinguent de loin par la couleur noire des unes et blanche des autres. Son sommet, formé par un plateau très élevé et très étendu , est entièremen' cou! vert d une couche volcanique ; mais, dans la partie de Buschem. , le mélange ne subsiste plus, tout y est calcaire , et on croirait que la montagne à laquelle est adossée cette dernière petite ville, serait la limite des produitsdufeu et des volcans éteints, si, dans le fond des gorges extraordinairement profondes qui entourent la ville dePalazzuolo,on ne trouvait des laves qui percent des deux côtés le massif calcaire et escarpé sous lequel les courans sont ensevelis. Ces laves , peutêtre de la même époque que celles de la plaine delli IVlargi, dont jai parlé, sont couvertes au moins par quatre cents toises de pierres calcaires, en couches nonzontales.

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Entre Bucheri et Vizini , toutes les montagnes sont mi-parties calcaires et volcaniques. Celte dernière ville est bâtie sur la pointe et à l'extrémitë d'une montagne escarpée de trois côtés, et entourée de gorges très profondes. Elle tient, du côté de l'est, à une autre montagne, avec laquelle elle est enchaînée, et qui la domine. Cette montagne, dite du Cahaire^ est formée par des basaltes qui présentent leurs têtes ou les extrémités de leurs prismes sur tous les côtés d'une espèce de dos d'âne. J'ai jugé, d'après cette position, qu'ils partent tous d'un centre commun dont ils s'éloif ent en divergeant. Il y a une carrière ouverte sur les flancs de cette montagne, dans laquelle on trouve et on détache des prismes régulièrement cristallisés; on s'en sert pour paver les rues , pour faire des bornes au coin des maisons et pour le seuil des portes. *

Les escarpemens qui entourent Vizini montrent, d'une manière plus frappante que nulle autre part, le mélange des produits du feu et des dépôts de l'eau. J'y ai compté onze couches alternativement calcaires ou argilo-calcaires et volcaniques, et elles paraissent de loin comme une étoffe rayée de noir et de blanc. Si j'avais même voulu distinguer tous les petits bancs d'un pouce d'épaisseur, le nombre des couches aurait doublé ; on y voit les matières volcaniques en couches

' Les prismes sont pentagones ou hexagones ; leur diamètre varie depuis un pied jusqu'à deux : ils sont articules , et leurs vertèbres ont quatre et cinq pieds de longueur ^ leur matière est une lave noire, compacte , très dure. 11 y a quelques groupes où les basaltes sont moins bien exprimes ; alors j'ai remarqué que la matière est plus poreuse et moins dure , raison pour laquelle le retrait s'est fait moins régulièrement.

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minces, au milieu de deux bancs calcaires fort épais, ou des bancs calcaires très minces au milieu des laves. ' Parmi les matières volcaniques de Bucheri et Vizini, on trouve beaucoup de grosses boules de lave formées de couches concentriques, qui se détachent les unes des autres lorsqu'on rompt la boule, et dont alors les morceaux ressemblent à des fragmens de bombe; on y trouve aussi quelques autres basaltes dont les tronçons, arrachés par les eaux , ont été entraînés dans le fond des vallées.

' Les matières volcaniques sont ici de différentes espèces , et varient <1 une couche a Tautre. Les plus communes sont Lmies par un sable noir agg utiné, qui a produit une espèce de tuf (.«/o volcamque). On voxt que ce sable ou cette cendre a été suspLdLque que temps dans l'eau , et qu'elle s'en est précipitée plus ou moins pro-Ptement à raison de sa grosseur, puisque l'œil distrngue

autres , dont celles de dessous ont le grain plus gros que celles de

D^utres bancs, d'une grande épaisseur, sont composés d'un IK>uding volcanique formé de fragmens de lave d'une densité e^

dune codeur différente agglutinéspar unematière calcat^^^^^^^^^^ une matière noire argileuse. Quelques uns paraissent le produit d éjections boueuses . bitumineuses. En général, il y a peu de cou rans de lave dure et compacte. Dans plusieurs couches leV ma tieres des deux natures sont mêlées et confondues à pi ITL parties égales ; niais on voit que la partie calcaire a enVelop'pérru

caires ou arg.lo-calcaires , quelle que soit leur épaisseur il v a qudques fragmens volcaniques. Cette observation L om™ ne a toutes les montagnes dépendantes de Santa Venere et de Ztl

son?r"- '"/?'"' '"'"''' ^* ^^"^'^'« ^' -«^i-es volcaniques ont garnies de lames et cristaux de spath calcaire, ou d'une la fere blanche qui approche de la nature du liège fossile tel celui que j'ai trouvé dans les basaltes de Lisbonne ' ^"'

Les produits des volcans s'étendent jusqu'à Grand'- Michelle. La plaine dite Marineo , qui est au-dessous de cette petite ville, a un sol volcanique recouvert de quelques collines calcaires, dont les bancs se correspondent, pour l élévation et la nature, d'une col- Fine à l'autre; on voit dans quelques unes, par les excavations des ravins, quatre couches successives de pierres noires et blanches, dont la plus basse est volcanique, et la plus haute calcaire. Le groupe de montagnes dont la plus élevée s'appelle MaJione, et donne son nom à tout son contour, est mi-partie calcaire et

volcanique.

De plus longs détails, et une description plus circonstanciée de toutes les montagnes où l'on rencontre les vestiges de ces volcans éteints ne seraient point instructifs. Je me bornerai donc à jeter encore un coup d'œil sur leur ensemble, et je dirai ensuite quelques mots sur la nature de leurs productions.

Il paraît certain q*ie ces volcans existaient avant la retraite des eaux, puisqu'ils ont mêlé leurs produits avec ceux de la mer, et qu'il n'est pas possible de supposer une alternative de desséchemens et d'alluvions, qui serait nécessaire si ces volcans n'avaient pas brûlé au milieu de la mer. Il faut aussi que les dépôts des eaux se soient faits d'une manière uniforme , puisque toutes les couches sont horizontales , qu'elles se correspondent d'une montagne à l'autre, et qu'elles se recourbent seulement pour embrasser les courans délave qui se trouvaient sur le sol qu'elles élevaient. Ce n'est que long-temps après, et lorsque le massif entier a été formé, que les courans ou la fluctuation

de toute la masse des eaux y ont ouvert des vallées et des gorges, et qu'ils ont formé ces montagnes miparties, qui, sans cette supposition, seraient inexplicables; il n'y avait donc point de courans pour lors, ni de causes qui troublassent le travail réuni des deux élémens opposés. Mais il y a tout lieu de croire qu'à des époques postérieures et très éloignées le plateau qui formait le sommet du massif a été morcelé, puisque les coquillages et les madrépores ont eu le temps de se multiplier et d'acquérir un volume énorme avant d'être ensevelis sous de nouvelles couches. Qui donc a pu produire presque subitement un mouvement assez violent dans toute la masse des eaux, pour qu'elles creusassent à une si grande profondeur, et qu'elles emportassent une si énorme quantité de matières qui avaient eu le temps de se raffermir.?'

Il fallait, ainsi que je l'ai déjà dit , que les sommets de ces volcans s'élevassent au-dessus du niveau de la mer; car, s'ils lui avaient été inférieurs, les eaux seraient entrées dans les foyers, et auraient éteint l'embrasement peu après la première éruption. Leur inflammation a été longue, puisqu'ils ont préparé une immense quantité de matières, et qu'ils ont eu un

' Cette question lient à un grand fait que de Saussure a entrevu , qui sera confirme par la réunion des observations faites dans diflerens pays , et qui n'est peut-être pas aussi ancien qu'on l'a supposé en faisant remonter l'état actuel des choses au-delà de neuf ou dix mille ans. Une seconde question , appuyée sur un fait également certain , me paraît encore plus difficile à résoudre. Comment les laves qui coulaient au milieu de la mer ont-elles pu s^étendre aussi loin de leurs foyers, et parcourir un espace de dix Jicues , sans être coagulées par le contact des eaux ?

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grand nombre d'éruptions successives. Mais le niveau des eaux, à une autre époque, a été plus élevé, puisque dans la Sicile même on voit des dépôts calcaires sur des montagnes beaucoup plus hautes , telle la montagne Scuderi, dans le Val Demona, dont le corps de granit soulève une tête calcaire à plus de huit cents toises. Est-ce avant ou après l'inflammation des volcans que les eaux ont augmenté ou diminué? Voilà encore un autre problème que je ne puis résoudre. '

Il est d'autres volcans éteints, voisins de ceux que je viens de décrire, mais dont j'ai cru devoir faire un article séparé, parce que j'imagine qu'ils n'ont pas brûlé dans les mêmes temps, et qu'ils se sont beaucoup moins élevés. Ils occupent les environs de Palagonia, de Militello et de Scordia; on les traverse

' Les productions de ces volcans prësentent quelques variétés : on trouve presque partout un impasto , ou mélange de cendres , de sable, et de fragmens de lave, faiblement agglutinés et formant ensemble une pierre molle , de couleur grisâtre , dans laquelle se sont infiltrées des parties calcaires qui remplissent les fissures et pénètrent toute la masse. L'épaisseur et l'étendue de ces impasli prouvent que ces volcans vomissaient une grande quantité de cendres, que les vents les chassaient tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, an point de les amonceler quelquefois à plus de soixante pieds de hauteur. Cette espèce de tuf fait plus des deux tiers des productions de ces volcans. Les laves solides ont quelquefois coulé sur les cendres agglutinées , et quehpiefois sur la pierre calcaire à nu , dont alors elles prenaient les inégalités en remplissant les creux qui s'y trouvaient , de manière que , dans les points de contact des deux matières , il y a toujours un petit mélange des unes avec les autres. Ces laves ont quelquefois enveloppé des blocs de pierre calcaire sans les réduire en état de chaux.

Les laves de ces volcans sont les plus simples que je connaisse ; elles ne contiennent point de schorl et très peu de chrysolithe ; sin gularité remarquable . (jui prouve que leurs foyers étaient au mi-

en allant de Lentini à Mineo ; ils sont sur la gauche du fleuve Eryx , maintenant nommé Saint-PauL On rencontre au-delà du lieu dit Castellana une infinité de petites montagnes volcaniques, qui font entre elles une espèce de chaîne ou cordeau en demi-cercle; elles sont coniques, et n'ont pas plus de dix à douie toises de hauteur; elles sont toutes produites par des éruptions , et ont un cratère sur leurs sommets ou sut leurs flancs. Quelques unes sont entièrement ouvertes d'un côté , et à moitié détruites ; elles sont formées de scories noires, de fragmens de lave, et il en est sorti quelques courans de lave solide. Il y a aussi d'autres cratères sans monticules , qui ressemblent aux creux qu'auraient faits des mines ou fougasses. Aux environs de Palagonia , les montagnes sont plus élevées , et

lieu de substances différentes que celles où sont placés les feux de l'Etna. Aussi sont- ils à une plus grande distance des montagnes de granit du Val Demona , dont plus on s'éloigne , plus les roches de^ viennent simples. Quelques unes de ces laves ont le grain fin , peu marqué , comme celui des pétro-silex et de certains schistes. Les autres ont un grain plus gros, et ressemblent an grès; elles sont rouges , grises ou noires ; les laves poreuses qui occupent ordinairement la partie supérieure des courans, et qui se trouvent ainsi en contact avec les matières calcaires qui les ont recouvertes , ont dans leurs cavités ou du spath calcaire , ou de la ïéolithe , et quelquefois ces deux substances mêlées ensemble. La zéolithe affecte différentes formes ; lorsqu'elle remplit entièrement les trous globuleux de la lave , elle est blanche , opaque , soyeuse , et elle a de petits filets qui vont du centre à la circonférence ; lorsque la zéolithe est dans des cavités qu'elle ne remplit pas entièrement , elle est en cristaux transparens , rhomboïdaux ou sous des formes dépendantes du rhombe.

Je n'ai point trouvé de zéolithe dans les laves poreuses qui forment le corps des montagnes qui ont contenu des foyers.

quelques unes portent sur leur sommet une couche calcaire.

La singularité la plus remarquable de ces volcans est le lac Palices ( Palicorum lacus) ^ aujourd'hui nommé vulgairement Donna Fetia ou Nciftia; il est à deux milles à l'ouest de la ville de Palagonia, et à une lieue de celle de Mineo. Il est placé au milieu des montagnes volcaniques, au centre d'un bassin ou petite plaine d'une demi-lieue de diamètre , entourée à moitié par des rochers escarpés, qui la font ressem» bler à l'emplacement d'un vaste cratère. Cette plaine, un peu concave, contient, dans son centre, comme daps le fond d'un entonnoir, le lac , dont le niveau des eaux varie, et par conséquent l'étendue. Pendant l'hiver, il peut avoir de soixante à soixante-dix toises de diamètre, et dix toises de profondeur; mais pendant l'été, lorsque la saison a été chaude et sans pluie , il est quelquefois entièrement sec, A lepoque où je l'ai vu, à la fin de mai, il présentait un ovale long de trente toises, large de vingt , et profond de cinq ou six; il s'en exhalait une forte odeur de bitume de Judée, ou d'asphalte, qui se fait sentir à une assez grande distance. Ses eaux sont d'une couleur verdâtre, et elles ont un goût fade et nauséabonde. Lorsque je les ai observées, elles n'avaient pas plus de chaleur que l'atmosphère; on me dit que quelquefois elles étaient un peu tièdes.

Dans différentes parties de ce lac, il y a un bouillonnement violent et continuel , qu'on remarque surtout dans quatre endroits distincts, près du centre. Là, après des intermittences irrégulières, le bouillonne-

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ment augmente, Teau se soulève et forme de gros jets de deux ou trois pieds de hauteur, qui se rebaissent ensuite subitement pour s'élever de nouveau, après un intervalle qui ne passe guère cinq ou six minutes. Il y a des temps où le bouillonnement est un peu moins vif; on n'entend d'autre bruit que celui de l'agitation de l'eau.

Lorsque le lac est à sec, on peut y entrer sans danger, et s'approcher du fond de l'entonnoir, où l'on voit plusieurs trous très profonds, d'où il sort continuellement un vent un peu plus chaud , qui soulève la vase , le sable et les corps dont on obstrue ses ouvertures. Ce sont ces mêmes vapeurs aériformes qui , lorsque le lac contient de l'eau, produisent les bouillonnemens et les jets qu'on y observe, et, en soûlevaut l'eau qui s'oppose à leur issue , elles y produisent une écume blanchâtre. •

La vase ou boue qui est au fond et sur les bords du lac, est noire, visqueuse, et a une odeur bitumineuse; on trouve quelquefois un peu d'huile de pétrole sur la surface de l'eau. Tout le sol de la plaine est une terre noire, tenace, bi lumineuse et inflammable ; on y brûla, il y a quelques années, un tas de paille; l'inflammation se communiqua au terrain, qui, pendant plusieurs mois, jeta une flamme blanchâtre peu vive,

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Il aurait ëte mtëressant de connaître la nature de l'air qui produit ce singulier phénomène; mais, quoique j'eusse apporté des recipiens pour en faire l'essai , il ne me fut pas possible d'en recueillir , parce que je n'osai hasarder de m'avancer dans l'eau po..r arriver jusqu'aux bouillonnemens , qui étaient trop éloignés des

4go VOYAGE PITTORESQUE

telle que celle de la fontaine ardente , en Dauphiné, mais qu'on eut beaucoup de peine à éteindre , parce que lorsqu'on l'élouffait d'un côté , elle reparaissait de lautre; aussi, depuis lors, a-t-on l'attention de ne plus y faire de feu. Ce fait me ferait croire que l'air qui se dégage à travers l'eau , et qui prend peut-être issue à travers le sol, est de l'air inflammable de la nature de celui des marais , qui brûle sans explosion. La fertilité de ce bassin est extraordinaire ; il est toujours couvert de récoltes les plus abondantes , qu il rend sans exiger presqu'aucun travail du cultivateur. Lorsqu'on le traverse à cheval , on entend un bruit sourd qui annonce une grande cavité souterraine, recouverte d'une croûte en forme de voûte, telle que celle de la Solfaterra, près Pouzzol. Tout me porte donc à croire qu'il est aussi l'emplacement d'un an« cien cratère, dont une partie de l'enceinte existe encore dans les montagnes escarpées qui l'embrassent du côté de l'est; et, entre ce lac et celui d'Agnano, près de Naples , il n'y a d'autres différences que la plus grande abondance de l'eau dans l'un , et un plus grand dégagement de vapeurs dans l'autre. On disait aussi de celui de Palices que les exhalaisons en étaient mortelles , que les oiseaux et autres animaux qui s'y exposaient tombaient morts. On prétend aussi que les vapeurs qui s'élevaient du sol étaient méphitiques, de manière que lorsqu'on s'y couchait ou lorsqu'on s'y inclinait, on perdait la vie; et, si on y marchait simplement, il n'arrivait aucun mal '. Ce phénomène

' Alhenis, régnante Epœneto , olympiade 36, qua Jriiamm laco stachum vieil , m Sic^a apud PaUcios locum exœdificatun.

ressemble à celui qu'on observe encore maintenant dans la Grotte du Chien , auprès du lac Agnano.

Sur les bords du lac Palices, il y a quelques petits cônes formés de cendres et de scories, tels qu'on les trouve quelquefois dans les cratères de l'Elna et du Vésuve.

Les montagnes et les laves qui environnent le lac portent des vestiges de leur antiquité, puisque , dans une infinité d'endroits, elles sont couvertes et couronnées de pierres calcaires; elles se sont donc formées long-temps avant que notre continent fût habité, et cependant le cratère, dont le lac occupe l'emplacement, conservait encore un reste de son inflammation du temps de Diodore de Sicile, puisqu'il en sortait alors du feu , que l'eau y avait une chaleur considérable, et qu'on y entendait un bruit effrayant. '

J'ai voulu savoir si ce volcan avait quelque communication actuelle avec l'Etna, dont il n'est pas très éloigné. J'ai demandé s'il y avait quelque correspondance entre ses phénomènes et les éruptions de l'Etna, si son effervescence était plus vive lorsque le grand

fuisse y in quem si qids ingressus se reclinasset, morluus fueril , sin ambulassely nihil mali passum. ( Antigonus Mip. , Narrât, congés. )

' Ac primum cratères in illo existant , amplitudine quidem non ita vasti, sed qui ex profunditate inenarrahili scintillas ingénies éructant , lebetum naturam i-eferentes vi ignea œstuantium , unde fervens aqua ebulUt.... aqua tamen sulphwis odorem exuberantis prœbet ; et vorago illa rugitum ingentem ne horrendum emitlit. Tum quod longe admirabilius, humor neque supereffundilur, neque auhsidit , sed perpétua agitatus motu , stupenda projluxus vi in allum se extoUit. (DioD. DB Sic , Lib XI )

volcan était en travail, on m'a répondu qu'on n'avait jamais observé aucun rapport entre eux.

Les phénomènes de ce lac ont toujours paru si extraordinaires, qu'ils ont, dans tous les temps, servi de base à une infinité de fables. Maintenant c'est une fée qui l'habite; anciennement tous ses effets étaient regardés comme surnaturels et divins. On avait bâti sur ses bords un temple fameux dédié aux fils de Jupiter et de la nymphe Thalia , dont j'ai en vain cherché l'emplacement et les ruines *. Les sermens où le lac Palices était invoqué étaient aussi sacrés que ceux faits par le Styx ». Ce qui étonnait le plus les anciens , et ce qui est encore l'objet de la surprise et de l'admiration de ceux qui le voient maintenant, c'est la quantité d'eau qui paraît toujours s'élever et sortir de dessous terre, en forme de jets, sans qu'elle augmente l'étendue du lac , et qu'elle s'élève au-dessus de ses bords. ^

J'ai trouvé au milieu des montagnes voisines, sous

des laves, une substance bitumineuse, odorante, disposée par couches horizontales, et qui se divise par feuillets d'un ou deux pouces d'épaisseur. D'ailleurs, les productions de ces volcans ne m'ont rien présenté d'extraordinaire, et qui ne ressemblât aux matières des autres volcans éteints de la même province.

Le Val di Noto est la seule partie de la Sicile dans laquelle j'aie rencontré des vestiges d'anciens volcans; et les voyageurs qui en ont supposé et placé d'autres dans les autres vais se sont trompés, ou ont eu de fausses indications.

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' Situm vero est hoc templum in campo amcenissimo , et dcorum majestate digno. (Diod. bk Sic, Lib. XI.)

....Pinguis ubi et placabilis ara PaUci. (Virg. , jEneid. , L. IX.)

> lUic ini^ocato loci numine, testatumfaciebatesse jurator, de quo juraret. Quod si fideliter faceret , discedebat illœsus : si vero subesset jurejurando mala conscientia , mox in lacu amittebat vitam fahus jurator. Hcec res ita religionemfratruni covimendabat , ut cratères quidam implacabiles, Palici autem placabiles vocarentur. (Ma- CROBius, Satur. , Lib. V. )

3 Est et fans in Palice Siciliœ , amplitudine decaclini , aquas ad sex cubitorum altitudinem ejicit, ut inundaturus planitiem omnem videatur, verum eodem loco diffluens consistit. ( Arisiûibles , De Mirab. )

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