DES ILES DE LIPARI
Les iles de Lipari méritent sans contredit, par la variété des phénomènes quelles présentent, d'attirer également et la curiosité du voyageur et l'étude du physicien et du naturaliste. On rencontre en effet dans cet archipel de feu , dans cet amas d'iles qui sont incontestablement le produit de feux souterrains, une suite de volcans réunissant les différens états par où passent successivement toutes les montagnes volcaniques , et ce qui leur est particulier, et ne se voit peut-
* Nous avons promis de donner à la suite de notre Voyage de la Sicile, une description des îles de Lipari ; mais nos dessinateurs n'ayant pu s'y arrêter par les raisons que nous avons fait connaître au commencement du huitième chapitre , volume lU , nous y suppléerons avec avantage par l'extrait que nous allons donner du voyage que le commandeur deDolomieu y a fait en 178 1. Nous regrettons sans doute de ne pouvoir rendre compte avec autant d'étendue que nous le désirerions , de tous les détails curieux dans lesquels est entré cet habile naturaliste ; mais ces recherches et ces observations étant plus particulièrement du ressort de l'histoire naturelle , nous invitons ceux de nos lecteurs qui se sont livrés à ce genre de connaissances , à avoir recours à l'ouvrage même.
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être en aucun lieu du monde, un de ces volcans, le Stromboli, qui est dans une agitation et une activité continuelle, qui n'a pas un instant de calme et de tranquillité, et après des intermittences courtes et réglées, lance au loin des tourbillons de feu et de pierres enflammées.
Le trajet de la Sicile aux îles de Lipari , en partant de la petite ville de Melazzo, située sur la côte, n'est que de quelques heures, surtout lorsqu'on a un vent favorable , leur distance de la Sicile n'étant que d'environ trente milles. L'assemblage, la réunion de toutes ces îles, dont le plus grand nombre porte encore l'empreinte des feux qui les ont fait naître , présente en y arrivant un aspect austère et menaçant. Situées vers le troisième degré de longitude et le trente-huitième de latitude, elles se trouvent placées entre l'Italie et la Sicile^ mais bien plus rapprochées des côtes de la Sicile. Elles sont au nombre de dix, qui ont toutes leurs noms particuliers; savoir : Lipari, Vulcano et Vulcanello, Salina,' Panaria,Baziluzzo, LiscaBianca, Datôli, Stromboli, Alicuda et Felicuda. Les anciens les nommaient îles Éoliennes ou Vulcaniennes , et aujourd'hui plus communément on les nomme îles de Lipari, du nom de la plus grande, de la glus peuplée et la plus fertile de ces îles. '
' Voici les noms anciens de toutes ces îles Liparis et Vul-
Vues de l'île
Valcano,'
no« 536 et
Il paraît, d'après tous les historiens qui en ont fait mention, tels que Strabon, Diodore, Pline, etc., qu'on n'en connaissait autrefois que sept, ce qui pourrait faire penser que les trois autres sont de formation plus moderne; et, d'après les observations récentes dont nous sommes redevables au commandeur de Dolomieu , il y a tout lieu de croire que plusieurs îlots ou rochers isoles, et qu'on distingue aujourd'hui par des noms diffërens , faisaient autrefois partie d'une de ces lies volcaniques beaucoup plus considérable, et que, par quelque révolution nouvelle ou quelque bouleversement intérieur, une portion de cette île se sera abîmée dans la mer, et n'aura laissé que les côtés de son immense cratère, qui forment aujourd'hui différentes petites îles séparées les unes des autres ; c'est ce que nous verrons plus en détail en parlant de l'île Panaria, où nous accompagnerons notre voyageur. Nous allons le suivre d'abord à Vulcano , puisque c'est là que commencent ses intéressantes descriptions.
L'île Vulcano n'est distante du cap Melazzo et des côtes de la Sicile que de trente milles. Elle est presque inabordable de toutes parts, entourée
canis ; Evonimos , qu'on croit être ce qui forme aujourd'hui nie de Panaria , et celles de Lisca Nera et Lisca Bianca ; Dy-^ dima, les Salines ; Strongîle , Stromboli; Phenicudes, Felicuda, et Ericodes ou Ericusa, maintenant Alicuda.
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de rochers escarpés et couverts de laves noires grises etrougeâtres, qui annoncent l'empreinte et les traces du feu auquel elle doit son existence. La forme de l'île est celle d'un cône tronqué, à base circulaire, etsa hauteur à peu près d'un demimille. Après avoir fait presque en entier le circuit de l'île, on voit, vers la partie opposée au nord-est , les rochers qui s'abaissent et présentent une plage basse sur laquelle il est possible d'aborder; on découvre alors que ce cône de rochers dont on a fait le tour par mer, n'est qu'une enceinte qui renferme un second cône plus exact que le premier, et dans lequel est maintenant placée la bouche du volcan.
En abordant sur cette plage basse, qui forme comme une espèce de port, on a à la gauche ce cône intérieur du volcan, et à la droite une autre petite montagne volcanique appelée // P^ulcanello; il paraît que cette montagne formait autrefois une île séparée deja grande; mais que, par quelque éruption du Vulcano, le bras de mer très étroit qui les séparait a été comblé, et l'on pense que ce fut celle qui arriva en i55o, l'une des plus considérables dont on ait conservé la mémoire.
La grande île Vulcano a à peu près douze milles de circuit; elle est formée, comme nous l'avons dit, par une montagne ou rocher représentant un cône escarpé de toutes parts, et
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qui n'est ouvert que d'un seul côté. Cette ouverture donne entrée à une vallée circulaire, qui l'environne comme une espèce de plate-bande d'environ cent pas de largeur, toute couverte de cendres blanchâtres et de scories ; on y voit aussi de grosses pierres de diflërente nature, et une grande quantité de pierres-ponces légères, provenant des éjections du volcan dans ses dernières
éruptions.
Les différentes observations du commandeur de Dolomieu, et surtout le retentissement des coups d'un marteau avec lequel il voulut casser quelques pierres dans cette vallée, lui prouvèrent qu elle n'était soutenue que par une voûte fort mince qui recouvrait un abîme immense. Ce retentissement, qui se propageait au loin dans des cavités souterraines, lui fit même craindre qu'il n'y eût du danger à y rester; et cependant, en réfléchissant sur la force de cette voûte, qui supporte tout le poids de la montagne intérieure , on peut être rassu?é sur sa solidité. Cette montagne, dont la pente est fort roide, est recouverte d'une cendre mobile dans laquelle on enfonce jusqu'aux genoux; ce qui en rend l'accès beaucoup plus difficile que de celle qui contient le cratère de l'Etna, et d'ailleurs elle est encore plus haute et plus escarpée.
Ici le cratère n'occupe pas exactement le centre du cône, il est placé un peu plus dans la partie
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du sud, et, avant d'y arriver f on rencontre un plateau de soixante pas de large, percé de plusieurs trous en forme d'entonnoir, et une scissure de vingt pieds de profondeur qui s'ouvre dans le milieu du cratère. Toutes ces cavités sont tapissées de soufre, et il en sort une fumée blanche et épaisse qui est suffocante; c'est sans doute par cette ouverture qu'a coulé une lave noire vitreuse dont on voit le cours sur toutie flanc de la montagne. L'auteur remarque à ce sujet que ces espèces de laves vitreuses se rencontrent plus fréqt^emment dans ces îles volcaniques que sur l'Etna ou le Vésuve; ce qui semblerait prouver que le feu qui les a produites y est d'une beaucoup plus grande activité. Cette lave vitreuse est d'une extrême dureté; elle a la cassure du silex, et fait feu avec le briquet.
Après avoir traversé, et non sans danger, cette espèce de plate-forme dont nous venons de parler, et monté encore une centaine de pas, notre intrépide observateur se trouva, sur les bords du plus magnifique cratère ou plutôt du plus redoutable; mais, pour ne point affaiblir nf rien changer a sa description, nous transcrirons ici la peinture qu'il nous en fait lui-même : «C'est, dit-il, une excavation qui a la forme *< exacte d'un entonnoir, dont l'ouverture serait « un peu ovale; sa profondeur est à peu près a égale à la hauteur de la nouvelle montagne,
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c< c'est-a-dire qu elle peut être d'un mille; son (( plus grand diamètre me parut d'un demi- « mille, et le moindre de quatre cent cinquante « pas; elle est terminée dans le fond par une If petite plaine qui peut avoir cinquante pas de « diamètre ; la pente des parois intérieures est « extrêmement roide, de manière qu'il serait (( impossible de descendre dans le fond, quand t( même on n'aurait pas le risque du feu à courir. H D'ailleurs, qu'y gagnerait et qu'y verrait-on « de plus? Cette vaste cavité est très régulière, u elle ne dérobe a l'œil rien de ce qu'elle con- «. tient, et j'avoue qu'elle fut pour moi un des w spectacles les plus grands et les plus imposans « que la nature m'eût encore présentés. Ce cratère M fait une impression plus vive sur l'imagination « que celui de l'Etna , qui est beaucoup plus ce vaste , mais moins profond et moins régulier , « et que j'ai vu dans un instant où le fond s'était c( élevé presque à la hauteur des bas-bords du « cratère. Je restai très long-temps h admirer « celui-ci, et à faire rouler dans l'intérieur de « grosses pierres que je trouvai sur ses lèvres , et u dont la chute, par la roideur de la pente, après « avoir produit dans le fond un très grand bruit , « faisait retentir et frémir la montagne ; elles « entraînaient avec elles des soufres sublimés et « attachés aux pierres de l'intérieur de cetenton- « noir; ces pierres,, en arrivant dans la petite
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w plaine, paraissaient s'enfoncer dans un fluide, « et je vis alors avec ma lunette que ce fond conu tenait deux espèces de petits lacs, que je jugeai «< être pleins de soufre fondu , que je voyais « couler sans cesse des parois contre lesquelles il « s'était sublimé; il s'y fond ensuite par la cha- « leur qu'il y éprouve, pour subir de nouvelles « sublimations ; car je ne puis croire qu'il y ait «de l'eau dans cette plaine brûlante; elle y « serait à l'instant réduite en vapeur. »
Le commandeur de Dolomieu a observé ensuite, après être descendu de la sommité du volcan, et avoir examiné les difîerentes natures Hes pierres dont il est entouré, qu'il y existe dans beaucoup d'endroits de profondes crevasses dont il sort continuellement de la fumée, qu'il y en a beaucoup qui donnent une forte chaleur et subliment du soufre, et que jusque dans la mer on éprouve sensiblement l'impression du feu, principe et source de tous ces phénomènes; le sable même, quoique recouvert par l'eau, conserve un grand degré de chaleur ; il est des endroits à quelques pas du rivage, où la mer, quand on y met la main, est chaude au point de causer une sensation douloureuse.
Autour de cette ile, et particulièrement dans la petite rade où l'on peut aborder, et qui est au pied du cône intérieur, on voit souvent des ibulles d'air s'élever du fond de la mer; elles
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viennent éclater à la surface , et leur effet ressemble au bouillonnement de l'eau sur le feu. Les anciens auteurs, tels que Pline, Strabon, etc., ont parlé de cette ébuUition de Feau de la mer autour des lies de Lipari, et attribuent ce phénomène à Textrême chaleur de Feau , quoiqu'il soit impossible qu'un aussi grand volume d'eau puisse jamais s'échauffer au degré de l'ébuUition. Le commandeur de Dolomieu pense , au contraire , que ce phénomène n'est dû qu'à un très grand développement d'air fixe , qui traverse toute la masse de l'eau pour venir éclater à la superficie, et qu'il est produit en plus grande abondance dans le temps de la fermentation intérieure qui précède et accompagne les éruptions.
Lipari n'est éloignée de Vulcano que d'un mille ; mais le canal qui sépare les deux îles est d'une très grande profondeur. Celle-ci, placée au nord-est de Vulcano, peut avoir dix-huit milles de circuit; elle est fort irrégulière dans sa forme, ainsi qu'à sa surface, qui contient plusieurs montagnes très distinctes, et très diversement composées. Les unes sont noires, et ont l'aspect des montagnes volcaniques , d'autres sont d'une blancheur éblouissante et semblable à celle de la craie.
Les pierres et les terres de ces montagnes ont aussi des caractères extérieurs qui les feraient méconnaître, et causeraient même quelque doute
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sur l'agent qui a contribué à leur formation ; les unes ayant l'apparence du silex ou caillou , et d'autres ressemblant aux pierres et terres calcaires : tout, en un mot, dans cette île, doit tenir en suspens et l'esprit e(^ l'imagination du naturaliste qui y arrive; ce n'est qu'après deux jours de .courses et d'observations que le commandeur de Dolomieu lui-même s'est convaincu qu'elle devait être entièrement volcanique.
.Parmi les différentes montagnes qui s'élèvent dans l'île de Lipari, on en peut remarquer trois, dont la plus haute, placée dans le centre, et qui se nomme Monte Sant-Arigelo , paraît avoir été formée avant toutes les autres, et leur avoir comme servi de base et de point d'appui. La forme du cratère qui la termine est très reconnaissable par l'escarpement intérieur des collines ou enceintes qui l'environnent : mais le temps a presque rempli cette ancienne bouche du volcan , qui ne présente aujourd'hui qu'une plaine circulaire d'environ deux cents pas de diamètre. La montagne est toute composée de pierres -ponces, de cendres de différentes couleurs, et de morceaux de lave noire et vitrause.
Au nord de cette montagne de Sant-Angelo, il y en a une autre d'une forme conique, moins élevée que la première , mais dont le cratère est plus déterminé. Celle-ci est couverte, dans sa totalité , de cendres d'une blancheur éblouis-
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santé , ce qui lui donne l'apparence d'une montagne entièrement composée de craie ; mais , avec plus d'examen , on voit que cette cendre n'est autre chose qu'une pierre-ponce calcinée , et réduite par le ftu à une extrême raréfaction.
Outre ces deux ou trois montagnes principales dont notre observateur fait la description, et qui dominent toute l'île de Lipari , il a reconnu a plusieurs autres les mêmes formes de cratères plus ou moins grands , et qui suffisent pour prouver qu'elles ont toutes été autant de productions des feux souterrains, surtout celle appelée Monte délia Guardiaz, au sud de la ville de Lipari : celle-ci est presque toute formée par des laves solides de diverses couleurs, qui ont coulé sur ses flancs, et jusque dans la mer. On en trouve aussi beaucoup de vitreuses, et particulièrement d'une espèce de verre noir fort recherché des anciens, et qu'ils appelaient pierre obsidienne.
Un des phénomènes qui annoncent le plus dans l'île de Lipari la présence des feux souterrains encore dans une grande activité, c'est la chaleur subsistante de ses étuves; elle y est même, dans quelques unes , au point de ne pouvoir être supportée. Ces excavations, en forme de grottes de quatre ou cinq pieds de large sur autant de hauteur, sont taillées dans les rochers situés à l'ouest de l'Ile, dans une partie fort escarpée sur le bord
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de la mer : une* forte odeur de soufre les annonce au loin , et tout le terrain sur lequel elles sont placées est pénétré par des vapeurs brûlantes, qui sortent au travers des fentes du rocher sous la forme d'une fumée épaisse.
Ces étuves de Lipari , toutes grossièrement taillées dans le tuf volcanique, seraient salutaires dans beaucoup de maladies ; mais elles sont si incommodes , si dénuées des choses les plus nécessaires, qu'elles sont fort peu fréquentées; on n'y trouve même presque point de logement. Les vapeurs qui échauffent ces étuves sont humides, et semblables à celle de l'eau mise en ébullition par une forte chaleur; mais elles varient et éprouvent toutes les vicissitudes des volcans. Il y a même des temps où elles deviennent trop fortes pour que les malades puissent les supporter. Notre voyageur a remarqué qu'il sort du corps de la même montagne, et à trois cents pieds environ au-dessous de ces étuves, une source d'eau presque bouillante», assez considérable pour faire tourner trois moulins placés audessous de la chute ; l'eau de cette source jette une fumée épaisse, et conserve sa chaleur quelque temps même après avoir mis les roues des moulins en mouvement; elle descend à la mer par un ravin profond, et lorsqu'elle est refroidie, elle sert de boisson aux habitans de l'île, qui n'en ont point d'autre. Il est très vraisem-
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blable que c'est cette même source d'eau chaude qui produit les vapeurs des étuves dont nous venons de parler.
De ces ëtuves, le commandeur de Dolomieu passe ensuite à des bains chauds, qui en sont éloignés d'un mille, et qui conservent cependant une très forte chaleur; les eaux en sont presque bouillantes , et l'on est obligé de les laisser refroidir du jour au lendemain pour pouvoir s'y baigner. Ces bains, fort connus des anciens, et dont ils faisaient même souvent usage par volupté , produiraient les meilleurs effets pour toutes les maladies de peau, pour les rhumatismes, etc. ; mais ils sont aujourd'hui entièrement abandonnés, parce qu'on y est très mal logé et qu'on y manque de tout. '
Nous n'entrerons point ici dans les descriptions et les recherches curieuses que le même auteur a faites sur la nature et l'origine des pierres-ponces, qui se trouvent en grande abondance dans l'ile de Lipari, ces détails étant plus particulièrement du ressort de l'histoire naturelie ; nous pouvons dire seulement , d après l'analyse qu'il nous donne de cette production volcanique, qui est fort employée dans plusieurs
' Hœc insula thermis celebribus exomata est; balnea ista non modo ad bonam valetudinem œgrotantibus mulium conferunt, sedpro singulari aquarum genio non mediocrem voluptatis. fructum prœstant. (Diod. de Sic. , L. V.)
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arts, que les rochers graniteux sont regardés comme le principe des pierres-ponces , et qu'ils ne sont réduits à cet état de combustion que par le feu le plus actif et le plus violent. Il en est de même des laves vitreuses dont nous avons parlé, et qu'on trouve dans la même ile et dans celle de Vulcano ; l'Etna lui-même n'en donne point, non plus que Je Vésuve, ou du moins très peu. ^ •.: . '
Il est donc incontestable , d'après la quantité de productions volcaniques de toute espèce dont l'ile de Lipari est couverte, et la forme des différentes montagnes qui s'élèvent sur la superficie, que, quoique les feux souterrains y soient en apparence plus tranquilles , ils n'en existent pas moins, et qu'une légère circonstance pourrait suffire pour ranimer leur activité : nous venons même de voir qu'ils ont dû être autrefois plus violens et plus terribles que dans beaucoup d'autres volcans.
' La lave qui est sortie des flancs de l'Etna en 1669, et qui a traversé Catane , a pour base un granit qui n'a point été dénaturé , dont aucune des parties constituantes n'a été altérée. Cette lave , placée de nouveau dans un feu de fusion , se vitrifie et se met dans l'état d'une frite opaque un peu poreuse , qui ressemble aux pierres-ponces ; preuve certaine qu'un feu plus actif dans le volcan aurait changé cette immense coulée de lave en pierres semblables à celles de Lipari. Le caractère vitreux des laves noires de Lipari , la quantité de pierres obsidiennes qui s'y rencontrent, montrent évidemment que son inflammation est plus active que celle du volcan de la Sicile.
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Il serait, au reste, très difficile de déterminer précise'ment l'époque où les grandes éruptions des volcans de Lipari ont pu cesser; mais tcmt nous porte a penser qu'elle doit être fort ancienne ; et d'après les divers auteurs qui en ont fait mention, soit dans l'antiquité, soit parmi les écrivains des derniers siècles, le commandeur de Dolomieu croit pouvoir faire remonter cette époque à la moitié environ du sixième. Cette conjecture devient d'autant plus vraisemblable, qu'elle se trouve d'ailleurs appuyée par les vieilles traditions de la Sicile et les chroniques du temps. '
On doit croire, d'après ce que les anciens nous disent de cette île , qu'elle n'était point autrefois aussi fertile et aussi féconde en grains
» Il est parlé , dans Arîstote , des volcans de Lipari. In Lipara conspicuum ignem , aiunt , atque lucentem , non interdiu , sed noctu tantum ardere. Ce philosophe vivait environ trois cents ans avant J.-C. Strabon et Diodore , qui vinrent trois siècles après , en font aussi mention , ainsi que Silius Italiens. Et Théocrite, plus ancien qu'eux tous , compare les feux de l'amour aux flammes de Lipari :
Sed quos amor excitât ignés
Vulcanijlammis Liparensibus acrius ardent.
Parmi les modernes, c'est-à-dire vers la fin du quinzième siècle , Fazelli ne parle plus de ces volcans éteints que comme étant déjà d'une grande antiquité ; mais il clit qu'on en apercevait encore les traces. Insula hœc ignem expluribus crateribus oUm evomebatf cujus ora et vestigia adhuc cermmtur. On
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qu'elle l'est aujourd'hui, en fruits de toute espèce et de la plus excellente qualité *. Cicéron en parle comme d'une île inculte : peutêtre que la violence de ses feux , et la prodigieuse fermentation que tout le territoire de l'île éprouvait alors , était peu favorable à la végétation et a la culture; mais depuis long-temps cette île est devenue d'une fertilité extrême , et surtout pour certaines espèces de fruits, comme les figues et les raisins, qui y sont délicieux. Les Liparotes en font un commerce considérable , en les faisant sécher pour les transporter dans les pays étrangers. Il s'y fait aussi un vin fort renommé, qu'on nomme Mahoisie de Lipari. '
voit donc que c'est dans le long espace de temps qui s'est écoulé entre ces deux époques que les volcans de Lipari se sont éteints ; et comme quelquefois, ainsi que le remarque le commandeur de Dolomieu , la fable est venue au secours de la vérité , l'histoire d'un saint Calogero , protecteur de la Sicile , qui , dans le sixième siècle , évoqua les diables de Lipari pour les confiner à Vulcano , peut donner à penser qu'il est vraisemblable que les feux de l'île de Lipari , trouvant un autre débouché , auront pu alors se porter à Vulcano , qui n'eu est qu'à peu de distance , ces deux îles volcaniques ayant sans doute un foyer commun.
* Frugum mediocriter ferax y eosque arborum fructus , qui jucundissimamfruentibus oblectationem afferunt, subministrat. (DioD. DK Sic. , Lib. V.)
» La culture de la vigne est pour Lipari l'objet principal de l'économie rurale. Cet emploi du sol procure plus d'avantage €t plus de profil ; aussi les vignes attirent tous les soins des
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L'île est assez peuplée ; on y compte environ quatorze mille âmes, dont le plus grand nombi^e habite la petite ville de Lipari , qui est la capitale de toutes ces îles. Cette ville est laide et mal bâtie; elle est située au bord de la mer, au-dessous d'une montagne escarpée qui forme un cap assez prononcé , avec un château uniquement fortifié par sa position.
cultivateurs; elles sont très bien travaillées : les ceps sont soutenus par des bois arrangés de manière à former des espèces de toits plats , élevés de trois pieds , sur lesquels on replie et on attache les branches ; l'air qui circule au-dessous de cette charpente en échafaudage empêche le raisin de se pourrir , dissipe l'humidité et procure une maturité plus parfaite. On y fait des vins de plusieurs espèces , tous très bons ; le plus renommé et le meilleur est celui de Malvoisie. On en exporte beaucoup dans les pays étrangers ; mais il a le défaut de ne pas se conserver dans les climats plus chauds. La majeure partie des vignes est destinée à faire des raisins secs , dits passoli. La seule façon qu'on emploie consiste à cueillir le raisin lorsqu'il est bien mûr, à le plonger dans une lessive de cendres plus ou moins charjfée de sel , selon la maturité du raisin , et à le mettre ensuite sécher au soleil. L'objet de cette lessive chaude et alcaline est d'absorber l'acide du raisin , afin que la partie sucrée du moût puisse encore se cristalliser, et attire moins l'humidité de l'air. Les raisins qu'on emploie pour les passoli sont de deux sortes : les uns , petits , noirs et sans pépins , sont les plus délicats et les plus recherchés ; les autres , jaunes, longs et avec des pépins, sont les passoli ordinaires. L'une et l'autre espèce forme l'objet d'un commerce considérable , qui procure, en retour, aux habitans les choses nécessaires à la vie , surtout le blé , dont ils ne recueillent que pour trois mois.
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11 y a deux petits ports aux deux côtés du promontoire sur lequel est placé le château ; mais ces deux ports sont aussi mauvais l'un que l'autre, et exposés à tous les vents. Le caractère des insulaires est au reste fort marqué ; ils sont braves, actifs, laborieux et excellens marins. Leurs femmes sont très fécondes, et leur tempérament est si prématuré, que les mariages du peuple se font ordinairement dès l'âge de douze ans. '
Au nord-ouest de Lipari, et après avoir traversé un canal de deux milles, notre voyageur passe à l'île appelée Salini, nom qui lui vient des salines que les habitans entretiennent sur une plage basse au sud-est de l'île , où ils font du sel
' Les îles vulcaniennes ont été regardées long-temps comme servant de retraite aux brigands et aux bandits qui désolaient le commerce et la navigation sur les côtes de la Sicile et de l'Italie. Nous voyons dans Tite Live que , du temps des Romains , les habitans de Lipari étaient considérés comme tels , et alors fort redoutés : il nous rapporte que les Romains ayant envoyé L. Valerius , L. Sergius et L. A. Manlius comme ambassadeurs pour porter des présens au temple et à l'oracle de Delphes, ils furent interceptés et pillés par les pirates de Lipari. Mos erat civitatis , velutpublico latrocinio, partamprœdam dwidere.
Mais Diodore de Sicile, dans son récit du même fait, ajoute une circonstance honorable pour les habitans de Lipari , et surtout pour Tymasitheus, qui en était le gouverneur; c'est que non seulement ils condamnèrent et punirent ceux des leurs qui avaient commis ce vol , qui fut regardé comme un
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pour la consommation de toutes ces iles. Celleci peut avoir quinze milles de circuit; sa forme est presque ronde. Elle contient trois montagnes élevées , qui forment entre elles un triangle ; deux surtout absolument isolées et séparées par une vallée qui traverse toute File, de façon que, lorsque de dessus mer on la voit de loin dans la partie du sud, la courbure des eaux faisant disparaître la vallée , on croit apercevoir deux îles séparées et très voisines Tune de l'autre. '
Cette vallée, d'environ cinq cents pas de large, est de la plus grande fertilité, et comparable même à celle de la base de l'Etna. Quant aux montagnes volcaniques qui l'environnent , et auxquelles est due cette végétation abondante, il y a tout lieu de croire que les feux souterrains
sacrilège , mais ayant fait rendre aux ambasSadeurs romains les présens destinés pour l'oracle de Delphes , ils leur donnèrent ensuite une escorte pour qu'ils pussent y arriver en
sûreté.
L'historien ajoute que Cette action de Tymasitheus fut tellement approuvée à Rome , que lorsque , cent trente-sept ans après, l'île de Lipari tomba , avec toute la Sicile , au pouvoir des Romains , la postérité et les descendans de Tymasitlieus furent déclarés libres et exempts de tout tribut. Post annos vero CXXXFII, cum Liparam Carthaginensibus adimerent, Tjmasithei posteras a tributis immunes et omnino liberos esse jusserunt.
• On croit que c'est à cette apparence que cette île doit son ancien nom de Dydima, ainsi que le dit Strabon. A forma Dydimam , id est Gemellam vocarunt.
qui les ont formées, sont éteints depuis des temps reculés, aucun poète, historien ni géographe de l'antiquité n'en ayant fait mention. On retrouve cependant encore à la sommité de ces montagnes les vestiges de leurs anciens cratères, encore très apparens, ainsi que des courans de laves qu'elles ont produites autrefois, et dont on voit des masses considérables qui descendent jusque sur les bords de la mer comme par gradins. Ces laves, qui sont extrêmement dures, tiennent beaucoup de la nature. du porphyre; leur grain est serré et fin, sans aucun pore, leur couleur noire ou rougeâtre avec des points blancs et ronds, et elles seraient susceptibles du même poli que le porphyre si on voulait en faire usage pour l'architecture.
Du sommet de la plus haute montagne de l'île Saline qui domine sur la totalité des iles de Lipari, le commandeur de Dolomieu put apercevoir dans la partie de l'ouest deux autres de ces îles, mais elles ne parurent pas mériter qu'il les allât examiner de plus près, d'autant plus qu'elles se trouvent à dix et vin^t milles de distance de celle où il était. Ce sont les deux îles Alicuda et Felicuda , l'une et l'autre formées d'une seule montagne conique, qui peut avoir près de dix milles de contour; elles sont peu habitées. La première est couverte d'arbres et moins cultivée que la seconde, qui a d'assez bons IV. 33
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pâturages : on y cultive même du blé et des
vignes.
L'île Panaria, à laquelle il passa ensuite, mérita bien davantage son attention , et à plus juste titre ; nous devons même à ce sujet , aux recherches attentives de cet observateur , une découverte qui nous paraît infiniment curieuse , et qui semble avoir échappé jusqu'ici aux voyageurs et aux naturalistes.
Cette île, qui, suivant toutes les apparences, était TEvonimos des anciens, a environ huit milles de tour ; elle ne présente à la première inspection qu'une simple montagne , et même moins élevée que les autres îles de Lipari ; mais ce qui mérite d'être remarqué, c'est que dans la partie du sud-est le rocher, qui est coupé à pic intérieurement, conserve une forme demi-circulaire , et que toutes les petites îles ou rochers isolés qui en sont à peu de distance , décrivent entre elles un demi-cercle régulier, dont la courbure répond exactement à la portion d'arc intérieure que forme l'île Panaria. Le commandeur de Dolomieu n'hésite point, d'après cette observation, à penser que toutes ces îles ne sont plus que les restes ou des portions détachées d'un vaste cratère dont la mer s'est emparée, et qui en composaient autrefois un seul beaucoup plus considérable qu'aucun des volcans qui existent aujourd'hui dans cette partie du globe.
Ce premier aperçu ne portant pas cependant encore dans l'esprit de notre observateur le degré de certitude qu'il désirait, il a voulu s'en assurer par un examen plus particulier des matières qui composent toutes ces petites lies, et qu'il a trouvées absolument pareilles à celles de l'île principale ,• leur forme même a été pour lui une conviction de plus.
Voici le raisonnement sur lequel il a appuyé son opinion à ce sujet, et qui nous paraît être une démonstration parfaite.
Toutes ces petites îles , parmi lesquelles il y en a beaucoup qui ne sont que des rochers à fleur d'eau % sont essentiellement volcaniques, c'est-à-dire qu'eUes portent toutes l'empreint© du feu qui les a produites, mais non sans doute dans la forme qu'elles avaient autrefois. Une expérience constante nous prouve qu'aucune montagne volcanique ne peut s'élever par l'effort des feux souterrains, qu'autant qu'elle a dans son centre et dans son intérieur un cratère ou une ouverture ptr où s'élancent les inatières
• On leur donne le nom de Formiculi , dénomination qui désigne bien leur nombre et leur petitesse. Il y en a ensuite quelques unes de plus élevées ; ce sont celles appelées Datolo, Lisca-Nerà, Lisca-Bianca et Basiluzzo. Voyez à ce sujet la carte de la Sicile , sur laquelle cette partie des îles Éoliennes a été détaillée avec soin, et conformément à ces observations.
qui relèvent successivement. Or, il est facile de voir qu'aucune de ces iles n'en présente la forme ni rien qui l'indique , que par conséquent elles ne sont que des fragmens d'une ancienne montagne, et toutes formées par les éjections sorties d'nn centre commun.
3asiluzzo est la plus grande de ces îles; elle a même deux milles de tour, et est cultivée sur sa pente extérieure , mais entièrement composée des mêmes matières que l'Ile Panaria dont elle a fait autrefois partie. Datolo n'est qu un rocher de lave du pied duquel sort une fontaine d eau bouillantejc'estruniquepartiedeVanciencralere
qui indique et conserve encore un reste d intlammation. Lisca-Bianca et Lisca-Nera doivent leurs noms aux laves qui les composent et les couvrent presque en entier , et qui sont, quoique de couleur différente, de même nature que celles de Panaria, et ayant pour base le gramt, mais dans un état de fusion différent.
Quelle devait être r immense étendue du cratère
qui réunissait à lui seul l'espace que toutes ces iles occupent aujourd'hui? Le commandeur de • Dolomieu estime que son diamètre devait avoir six milles, et que c'est aussi, suivant toutes les apparences , sa grande étendue qui a cause sa ruhie; son enceinte nes'étantpas trouvée assez forte pour résister à l'effort de la mer, elle l'aura rompue dans les parties les plus faibles en s em-
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parant de ses cavités, et aura ainsi à la longue occasionné sa destruction. '
11 résulte de cette découverte sur la forme et la nature de cette dernière île Panaria, une observation intéressante , et qui porte sur le nombre même des îles de Lipari. Elle nous explique la raison pour laquelle les anciens auteurs, en parlant de ces îles Éoliennes, n'ont jamais fait mention que de sept îles, tandis que tous les géographes modernes les font monter à dix et onze; il est certain qu'en les supposant nouvellement formées, et comme ayant été produites par quelque éruption dans des temps modernes, un événement de cette nature aurait fait une si grande sensation en Sicile et en Italie qu'on en aurait conservé la tradition ; ce qui n'est pas ; au lieu qu'il est très vraisemblable de penser que la destruction, ou plutôt la division d'une lie qui était peut-être inhabitée, et dont une partie aura été engloutie dans la mer par l'effort de quelque tempête , n'a été connue que de ceux qui naviguaient dans ces mers; par la suite on aura compté un plus grand Qombre
• On remarque souvent sur la surface de la mer , dans remplacement de l'ancien cratère , des bouillonnemens produits par un dégagement d'air qui prouve encore une fermentation intérieure. Ces bouillonnemens sont plus ou moins considérables, suivant le degré et l'état des feux qui les produisent.
Vaes da
Stromboli ,
n»9 538 et
ii-À
5i8 VOYAGE PITTORESQUE
d'îles, sans être instruit de ee qui avait pu les
produire.
Il n'y a d'habité, dans l'île de Panaria, que la vallée qui se trouve environnée de la portion de cercle formée par l'ancien cratère. Cette petite plaine est assez fertile , et renferme lesuliabitations éparses de trois cents personnes qui y vivent du produit et des échanges qu'elles font de leurs vignes, d'un peu de coton, et de quelques légumes qu'elles cultivent pour leur subsistance.
Le Stromboli est situé au nord-est des îles de Lipari, c'est la dernière de toutes ces îles, aussi ce fut par l'examen de ce volcan formidable que notre observateur termina son intéressante tournée. Après avoir employé un jour entier a faire sur l'île Panaria et les rochers de lave qui l'environnent toutes les remarques dont nous venons de rendre compte, il s'embarqua à l'entrée de la nuit pour Stromboli, qui en est à douze ou quinze milles^ afin de jouir davantage, dans l'obscurité et le silence , du spectacle imposant qu'ellerallait lui offrir.
(( Je m'en approchai, dit-il, pendant la nuit «avec d'autant plus d'empressement, et j'ob- (( servai ses différens phénomènes avec d'autant « plus d'attention, que je savais que la clarté w du jour me priverait d'une partie des circon- « stances intéressantes de ce singulier volcan. Le
EN SICILE. 5ig
(( cratère enflammé est dans la partie du nordu ouest de l'île , sur le flanc de la montagne. « Je lui vis lancer pendant toute cette nuit , par (( intervalles réglés de sept à huit minutes, des « pierres enflammées qui s'élevaient à plus de « cent pieds , qui formaient des rayons un peu (f divergens , mais dont cependant la majeure « quantité retombait dans le cratère qui les avait « lancées; les autres roulaient jusque dans la « mer. Chaque explosion était accompagnée « d'une bouffée de flammes rouges, semblables « à celle qu'on produit dans nos spectacles par (( le moyen du camphre et de l'esprit de vin ; « cette flamme durait quelquefois quatre ou (( cinq minutes, et s'éteignait tout d'un coup. « Un bruit sourd, semblable à celui d'une mine « qui éprouve peu de résistance, se faisait en- « tendre, mais il n'arrivait à l'oreille que quelque « temps après l'explosion , et quoiqu'il en fût (( l'effet, il en paraissait indépendant. Les pierres « lancées ont une couleur d'un rouge vif, et « sont étincelantes : elles font, l'effet des feux « d'artifice. »
Le commandeur de Dolomieu , en approchant lentement de l'île, eut tout le temps d'en examiner la forme et les dehors; à une certaine distance, cette île paraît être parfaitement conique ', mais vue de plus près, la montagne est
* Le nom de Strongyle que les anciens lui donnaient , et
•fil
terminée par deux sommets de hauteur différente. Elle est escarpée et inabordable dans les trois quarts de sa circonférence, qui a environ douze milles ; mais dans la partie du nord-est , la base de Tîle se prolonge, et forme une plaine inclinée qui se termine par une plage sur le bord de la mer.
C'est la seule partie de Tîle qui soit habitée et susceptible de quelque culture; elle produit même des fruits excellens , des vignes et quelques cotonniers, dont les échanges suffisent pour faire subsister environ deux cents habitans qui y vivent, comme autant de salamandres, dans la plus grande sécurité; quoique les explosions continuelles du volcan soient presque au-dessus de leurs têtes, comme elles se portent néanmoins constamment dans la partie opposée de la montagne, elles semblent les laisser sans danger, et effectivement, depuis un siècle, il ny a point eu d'éruption du côté de la plaine.
Le Stromboli est le seul volcan connu dont l'activité soit aussi continuelle et sans aucun temps de tranquillité. La manière dont se font ses explosions ne ressemble pas même à celle des autres volcans; d'ordinaire elles sont annon-
dont on a fait Stromboli , indique clairement que depuis longtemps cette montagne conservait une forme parfaitement ronde; 2TP0rrTAO2 , en latin , rotundus, en est la preuve. Strongyle , a figura sic dicta, dit Strabon., Lib. VI.
cées par un murmure souterrain, avant-coureur de réruption , et presque toujours précédées par une gerbe épaisse de fumée mêlée de flamme. Ici l'éruption ne peut être prévue que par l'espace de temps qui s'est écoulé depuis la dernière ; il semble que ce soit le choc ou le concours des vapeurs inflammables qui l'allument subitement et produisent l'explosion, en chassant les pierres qui se trouvent sur leur issue. *
Après avoir traversé les vignes et la partie cultivée du Stromboli, ce qui occupe à peu près un tiers de la montagne, notre voyageur voulut examiner de plus près les effets et la marche presque régulière des explosions du volcan , en montant, non sans beaucoup de peine, sur la sommité la plus élevée. Le Stromboli se termine, comme nous avons dit , par deux pointes, mais on n'aperçoit plus ni sur l'une ni sur l'autre les vestiges du cratère qui les a formées, ce volcan
* La théorie de l'air inflammable fournît , suivant le commandeur de Dolomieu , la seule explication qu'on- puisse donner des singuliers phénomènes qui caractérisent ce volcan. Le feu intérieur peut dégager les vapeurs inflammables des matières qui sont près de son foyer, mais sans contact immédiat, à peu près comme il fait bouillir l'eau des sources qu'il échauffe. Ces vapeurs peuvent arriver , par des canaux , dans la cavité principale , oii est l'embrasement actuel , et s'y enflammer tout d'un coup ; le feu produit de l'air k proportion de son activité, et elle doit être plus grande pendant les orages que dans les calmes.
ayant éprouvé tant de révolutions que sa forme première a dû être changée depuis long-temps. Celui seul qui existe, et qu'on voit exhaler une fumée perpétuelle, est placé sur le flanc de la montagne aux deux tiers de sa hauteur; il est très petit, et n'a pas plus de cinquante pas de diamètre ; il a la forme d'un entonnoir , et se termine en bas par une pointe.
Du sommet du Stromboli on domine sur ce cratère enflammé, d'où on voit les éruptions se succéder avec la même régularité que pendant la nuit, chaque intermittence étant à peu près de sept minutes. Le jour on n'y aperçoit point de flamme, la lumière du soleil la faisant disparaître, mais seulement une fumée blanche et épaisse qui sort en même temps que les pierres , et qui se dissipe dans le vague de l'air. Les pierres lancées par le volcan, qui, la nuit, sont d'un rouge vif et étincelant , paraissent noires pendant le jour. Elles s'élèvent également en gerbe , et la plus grande partie retombant dans le cratère, elles sont lancées de nouveau jusqu'à ce qu'elles soient brisées et réduites en cendres.
Dans le dernier voyage que le commandeur de Dolomieu a fait pour examiner de près les volcans dont il nous donne la description, le Stromboli était dans un de ses momens les plus calmes; car il est des temps où il parait plus courroucé, où la fermentation intérieure est
plus active, les éruptions plus précipitées, les pierres lancées beaucoup plus haut, et à une plus grande distance dans la mer. En hiver, son inflammation est beaucoup plus considérable, et surtout aux approches du mauvais temps et des tempêtes sur mer; alors les intervalles de ses explosions ne sont que de deux ou trois minutes, et l'on voit, pendant la nuit surtout^ une flamme rouge et brillante sortir sans discontinuité de son cratère, et éclairer à une grande distance.
Une observation particulière que le même voyageur a faite sur cette montagne de feu , et qui semble mériter le plus de curiosité, c'est qu'il a découvert dans la partie du sud-est, à la moitié de la hauteur du volcan, une fontaine ou source d'eau froide qui sort à travers des cendres mouvantes, des laves et des scories. Cette eau, douce, légère, très bonne à boire, ne tarit jamais, c'est l'unique ressource des habitans lorsque leurs citernes sont épuisées.
Cette découverte, intéressante par elle-même, le devient encore plus par l'explication qu'il en donne, et qui nous paraît infiniment ingénieuse. Après avoir observé que la sommité de la montagne est absolument isolée, qu'elle est composée de pierres poreuses et de matières qui ne peuvent retenir l'eau , puisqu'elles sont pénétrables à la fumée, d'où elle sort souvent par des fentes et des trous d'un pouce de diamètre, que d'ailleurs
cette fontaine se trouverait desséchée par l'ardeur d'un soleil brûlant, encore plus tôt que celles du bas de la montagne, il croit devoir e» conclure que Feau qui fournit à cette sour«é si singulièrement placée, est le produit d'une évaporation qui se fait dans l'intérieur de 11 montagne, et dont les vapeurs se condensent vers le haut, comme dans un chapiteau; le même feu qui échauffe le réservoir d'une source d'eau chaude qui est au bas de la montagne, peut produire celle d'en haut par une espèce de distillation.
On sait au reste que c'était dans cette tle que les anciens avaient placé le palais d'Eole , comme les forges de Vulcain dans celle de Lipari. Cette dernière ile était particulièrement sous la protection de ce dieu , ainsi que cela est prouvé par toutes les anciennes médailles de Lipap. Le plus grand nombre porte pour empreinte la tête du dieu , couverte d'un casque épais et grossier. Sur quelques unes, Vulcain est représenté assis sur une espèce de trépied , tenant un lourd marteau dans une main et un vase dans l'autre.
Un grand nombre de ces médailles portent pour revers, deux, trois ou six boules de fer, avec le nom des anciens habitans de File AinAPAmîî. On pense assez généralement que le nombre de ces boules n'indiquait autre chose que la valeur différente de chaque monnaie. Quelquefois deux de ces boules se trouvent liées par une barre de
fer, ce qui a fait croire à quelques antiquaires que ces masses de métal pouvaient avoir quelque rapport avec le feu qui les avait forgées, et être regardées comme Femblème de la divinité qui présidait aux travaux des cyclopes.
La position de ces lies, le goût et Fhabileté des anciens Liparotes pour la navigation, sont encore indiqués sur quelques unes de leurs médailles par la réprésentation d'un poisson, ou la proue d'un vaisseau, ou encore par un trident, attribut ordinaire et le plus connu du dieu des mers.
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