MÉDAILLES DE LA SICILE
La collection complète des médailles de la Sicile est sans aucun doute, une des plus curieuses qui existent' tant par la variété des types que par le grand caractère des têtes, presque toutes ces anciennes médailles ayant ete frappées par des Grecs , et dans le plus beau temps des arts. Indépendamment de l'intérêt quelles présentent à cet égard et de la perfection à laquelle lart monétaire avait été dès-lors porté en Sicile, on ne peut disconvenir que ce ne soit l'espèce de monument qui prouve Je plus la grandeur et l'ancienne puissance de ses premiers habitans. Monumens d'autant plus précieux, qu'ils assurent incontestablement les noms et l'existence, non seulement des différens princes qui ont régné en Sicile, mais encore d'une partie des grands hommes et des personnages célèbres qu elle a produits, ou qui y ont joué quelque rôle important. ■
' Un intërêt particulier que présentent encore ces mëdailles mais qm n est propre qu'à celles qui ont été frappées à Rome , oJ depuis la domination des Romains en Sicile, c'est de nous rappe-
Nous avons donc pensé devoir entrer dans quelque détail à ce sujet, et joindre à notre voyage de Sicile une notice ou description sommaire de ses médailles; mais ces descriptions et ces recherches ne pouvant être fort étendues dans un ouvrage comme cehii-ci , les personnes qui portent le plus de goilt et d'intérêt à ce genre de curiosité , pourront consulter les auteurs qui^en ont traité très au long, tels que Paruta, Goltzius, Havercamp , Mayer, etc. '. Nous nous contenterons de donner ici quelques notice» abrégées des plus intéressantes médailles, et en premier lieu de celles anciennen.ent frappées sous chacun des prmces qm ont régné dans la Sicile , jusqu'au siège et à la prise de Syracuse par Marcellus; ensuite nous parlerons de celle» qui ont rapport à l'histoire , à compter de cette époque et sou» la domination des Romains.
C'est le choix de ces différente» médailles que nous présentons sur quatre planches ou tables séparée», et
,er nlnsicr, faiU mémorable, de son hUtoirc, tels que la prise de Svracu,c par Maroellus , la guerre des esclaves en Sicile , etc. ; méri.c >,ue .UlUcilement on retrouve dans les mélailles greciues. .,«; en Rendrai , ne pr.isentent <,ue les di^rens attr.buU des divinités dont le culte était particulier à clia-iue ville , ou des Ijpes vagues, comme des quadriges ou autres, qui semblent n'avoir eu trait qu'aux jeux pjlhiens ou olympi,,ues , si vaut* et s. célèbres chez les Grecs.
• Indépendamment de ces auteurs anciennement connus , nous en avons consulte particulièrement deux dont les ouvrages nous ont paru mtiriter beaucoup plus de confiance: P. Burmann, éditcur du Voyage de Philippe Dorville , et surtout 1 excellent ou- Trage du prince de Torremuz/a, si connu dans la republuiue des lettres par ses recherches et ses profondes connaissances dans l'antiquité.
qui, réunies avec les médailles des villes anciennes de la Sicile, qu'on trouvera à la suite, renfermeront tout ce que nous avons trouvé de plus authentique et de plus intéressant en ce genre.
Le premier de ces princes connu dans l'histoire de l'ancienne Sicile est Gelon; il ne régna que sept ans, et vivait environ quatre cent quatre-vingt-dix ans avant l'ère chrétienne; presque toutes ses médailles portent d'un côté une tête qui semble devoir être celle de Gelon , attendu qu'elle est ceinte du diadème ou bandeau royal. Le revers de ces médailles, qui représente presque toujours une Victoire conduisant un bige ou char attelé de deux chevaux, donne lieu de penser qu'elles furent frappées après l'événement de la bataille et de la victoire signalée que Gelorf remporta, près d'Himère, sur les Carthagnois commandés par Amilcar. Elles portent toutes pour inscription rEAHNOS 2YPAK02I0Y, Gelonos Siracosiou. La plus précieuse de ces médailles de Gelon, n°4, est en or; les autres qui se ressemblent, à quelques légères différences près, sont en argent, et toutes fort rares. Le prince de Torremuzza en donne encore deux qui, au revers de la même tête de Gélon, présentent un aigle tenant la foudre de Jupiter dans ses serres, et deux autres petites, sur l'une desquelles, n" 5, est un lion , et sur l'autre , n° 9 , le chiffre ou nombre XII, dont il est difficile de pouvoir expliquer la signification. Ces deux dernières sont encore également rares.
Hieron 1*% frère de Gelon , fut appelé par le peuple au trône de la Sicile. On conserve de ce prince un gt^xià nombre de médailles du plus grand caractère.
MÉDAIT.LCS
des princes on tyrans qui ont gouverné la Sicile avant la domination des Romains.
Geloit.
HiERoir I«'.
fi
532 DESCRIPTION DES MÉDAILLES Son règne, qui, suivant Diodore, ne dura que onze ans et huit mois, fut célèbre par de nouveaux avantages remportés sur les Carthaginois , rivaux et toujours ennemis des Syracusains. Avide de tous les genres de gloire, Hieron voulut remporter le prix des jeux olympiques : aussi fut-il chanté par tous les poètes de son temps , et on peut croire que ses triomphes furent également célébrés sur ses médailles, puisqu'elles portent presque toutes pour revers un char triomphal attelé de deux chevaux , quelquefois de trois et quatre, et pour inscription lEPONOS. On voit de l'autre côté la tête d'Hieron ceinte du bandeau ou couronnée de
lauriers.
Dans d'autres médailles, n° 2, nous voyons ce prince à cheval , et dans l'action de combattre. Sur quelques unes, n- 10, 11 et 1 4, au lieu de la tête d'Hieron , c'est celle d'une Cérès couronnée d'épis, et derrière la tête quelque emblème du labourage, pour indiquer son zèle et son amour pour l'agriculture, art qu'il regardait avec raison comme le plus utile à la
Sicile.
N" 541. Les médailles de ces tyrans sont en très petit nombre
Dehys TAn- et fort rares : il est assez vraisemblable que les crnau- T^ *'"'°' tés de ces princes farouches , et l'horreur qu'ils lais-
Dewts S6- l -,.!»•• •
seront après eux, ont fait détruire jusquaux monumens qui pouvaient rappeler leur mémoire. La seule médaille de Denys, reproduite sur la planche 54 1* de notre Atlas, et qui porte le n° 2 , est en argent. Elle se trouve dans plusieurs collections , et particulièrement dans le cabinet du roi de France. Les caractères puniques gravés sur le revers, prouvent incontesta-
cond.
blement qu'elle a été frappée par les Carthaginois. Elle présente d'un côté la partie antérieure d'un cheval, avec le symbole de la trinacrie, et de l'autre un palmier, types et emblèmes assez ordinaires de beaucoup de médailles de cet ancien peuple. Au reste , le nom de Denys en caractères grecs, aiontsiot, ne peut laisser aucun doute qu'elle n'ait été frappée sous le règne de ce tyran.
Le prince de Torremuzza rapporte deux médailles de Denys, presque semblables à celle-ci , et , par cette raison, nous n'avons point cru les devoir faire graver; il en est de même de deux ou trois autres que Goltzius et quelques auteurs après lui donnent dans leurs ouvrages ; mais comme ils ne disent point où elles sont, nous ne les croyons pas assez certaines pour les joindre aux nôtres.
On ne connaît qu'une seule médaille attribuée à Denys le jeune, voyez n" 17. Le prince de Torremuzza , qui la rapporte dans son ouvrage , la regarde comme de la plus grande rareté ; elle est en bronze et conservée dans le muséum de Palerme : elle porte d'un côté la tête de ce prince coiffée d'une peau de lion , avec l'inscription AïONTSiOY , et au revers un aigle qui déchire un lièvre dans ses serres.
On trouve encore sur la même planche, au n° 12, une médaille qu'on attribue à Hipparinus, second fils de Denys , qui ne régna à Syracuse que deux ans. Elle est en bronze et porte d'un côté une tête de Jupiter, et de l'autre un sanglier courant, avec un fer de lance au dessus; on voit à l'exergue les caractères grecs innAP, qui sont les lettres initiales du nom du tyran.
Agathoci.es.
Agathocles fut , après le gouvernement orageux des Denys , un des plus grands hommes qui aient régné en Sicile. Nous prions nos lecteurs de se rappeler le portrait de cet homme extraordinaire qu'ils ont dû trouver dans le précis historique des révolutions de Naples et de Sicile placé à la tête du premier volume de cet ouvrage. Ils y ont vu comment Agathocles , fils d*un simple potier de terre , parvint à s'emparer de la couronne, et la conserva en héros jusqu'à sa mort.
Les premières médailles d* Agathocles, qui se présentent n°' I et 4, ayant d'un côté une tête de Cérès ou Proserpi ne coiffée d'épis, et au revers une Victoire qui élève un trophée, ne sont pas très rares et se trouvent dans plusieurs collections ; elles sont toutes en argent et portent pour inscription le nom d'Agathocles , ArA©OK/EOS , et à côté de la tête le mot grec KOPAS5 qui veut dire vierge. Celle n^ 16 est dans le même cas; elle est en or, et porte d'un côté une tête de Pallas casquée, et au revers le foudre de Jupiter, avec les mots ATAeoKAEOS basiaeos.
Il n*en est pas de même de la médaille n° 7 , sur laquelle on voit une tête coiffée d'une peau d'éléphant, et au revers une Pallas qui lance un javelot. Elle est extrêmement rare , mais on la voit au musée impérial de Vienne ; elle est en or , et d'une grande beauté : on pense que la peau d'éléphant doit avoir rapport aux avantages qu' Agathocles remporta en Sicile sur les Carthaginois. Mais , de toutes ces médailles , celle n* 5 nous paraît devoir être une des plus précieuses, parce qu'elle présente la tête même de ce prince. On peut au moins le présumer au diadème ou bandeau
iiâ
royal dont elle est ceinte. Elle a pour revers une Victoire élevant un trophée d'armes à la gloire d'Agathocles. Cette médaille est en argent, et de la plus grande rareté ; elle a été donnée en premier lieu par Goltzius ; mais le prince de Torremuzza se rappelle l'avoir vue entre les mains d'un orfèvre à Messine, qui ne voulut la lui vendre pour aucun prix.
Ces deux princes sont mis au nombre des anciens Icetas tyrans de la Sicile, et régnèrent à Syracuse, ainsi que Sosistrates. cela paraît prouvé par le nom même STPAKOSmN * écrit sur leurs médailles, l'un après que Denys le jeune fut chassé du trône, et l'autre du temps de Pyrrhus. Au revers d'une tête de Proserpine, couronnée d'épis de blé, n" 10 et i4, on voit un char conduit par une Victoire, et pour inscription Eni iketa, c'est-à-dire sous le règne d'Iceias. Quant à la médaille n** 1 5 , les lettres initiales SOSIS indiquent, sans aucune difficulté, le nom de Sosistrates. Le bandeau ou diadème dont la tête est ornée, désigne que c'e.st celle du tyran luimême. La médaille porte sur le revers un lion , et audessus la massue d'Hercule.
Quoiqu'il paraisse plus naturel de mettre les médailles de Pyrrhus au nombre des médailles de la Grèce , tous les auteurs qui ont réuni celles des différens princes de la Sicile , y ont compris ce fameux roi d'Epire , un des plus grands généraux de l'antiquité. Nous voyons dans l'histoire que Pyrrhus épousa la fille d'Agathocles, et qu'ayant été appelé par les Syracusains pour les défendre contre les Carthaginois, on lui donna en Sicile le titre de roi.
Les médailles de ce prince, soit en or, soit en
Pyrrhus.
No 54a.
HisRon II.
536 DESCRIPTION DES MÉDAILLES bronze, ne sont pas très rares; plusieurs portent d'un côté une tête de Diane, et de l'autre une Victoire qui soutient un trophée d'armes ou une Pallas qui lance un javelot. Les autres ont quelque flifférence dans leurs revers, et sont toutes également belles. Le n° 6, qui porte une tête de femme inconnue avec un voile orné de feuilles de chêne , est beaucoup plus rare : cette dernière appartient au prince de Torrerauzza. Toutes ont pour inscription le nom de Pjrrhus ,
nïPPOT BASIAEfiS.
Le meilleur, le plus excellent prince qu'ait eu la Sicile est Hieron II , fils d'Hierocles, et de la race de Gelon. Jamais la ville de Syracuse ne fut aussi riche ni aussi puissante que sous son règne : père et ami de ses sujets, il ne s'occupa qu'à les rendre heureux, et à faire fleurir dans son royaume les arts , l'agriculture et le commerce. Aussi voit-on sur presque toutes ses médailles la tête d'une Cérès ou celle de Neptune, et au revers le trident du dieu des mers , pour marquer que c'était de la navigation et du commerce que la Sicile devait tirer toute sa puissance. Content de remplir les fonctions et les devoirs d'un roi , il en négligea le titre , et l'on ne voit sur toutes ses médailles que le nom lEPûNOS, sans le titre de BASiAEfiS, qui était joint à celui de tous ses prédécesseurs. On est même assez incertain si les empreintes des têtes sont celles d'Hieron , ou celles de Jupiter ou de
Neptune.
Ces médailles ont le plus grand caractère, et prouvent bien par leur beauté à quel point de perfection les arts avaient été portés à cette époque en Sicile.
DE LA SICILE. 53y
Toutes sont en bronze et se trouvent très ordinairement dans les cabinets, excepté celles n"* 8 et i5, qui sont en argent, et qu'on ne connaît que dans les ouvrages et les collections données par Havercamp et Paruta.
Dans le nombre des médailles des princes de la Sicile, on peut remarquer, pour la beauté et le grand caractère des têtes, celles de la reine Philistis, avec cette inscription basiaissas ^iaistiaos. On y voit une superbe tête de femme couverte d'un voile, et au revers un quadrige conduit par une Victoire. La seule difficulté est de savoir quelle était cette reine Philistis, et à quelle époque de la Sicile on doit la placer. Havercamp penche beaucoup à croire que ce doit être la reine Demarate, femme de Gelon , attendu que cette princesse était indifféremment connue sous les noms de Philistis et de Demarate, ce qu'il est bien difficile de vérifier. Mais une observation que nous croyons devoir ajouter et qui nous paraît intéressante, c'est que, dans le cours de ce voyage et en passant dans les ruines de Syracuse, nous avons vu sur une des bases des gradins du théâtre de cette ville , encore existans en partie, le nom de cette rei»ie Philistis gravé en caractères grecs très lisibles et parfaitement conservés : ce qui ne peut laisser de doute qu'il n'y ait eu à Syracuse une reine de ce nom , mais sans que rien puisse conduire à fixer le temps où cette princesse a existé.
Le prince de Torremuzza réunit dans son ouvrage sept ou huit médailles de la reine Philistis , qui n'ont guère entre elles d'autres différences que les traits
Philistis.
Thehon,
II
538 DESCRIPTION DES MÉDAILLES d'un âge plus ou moins avancé. Cette seule observation le conduit avec raison à conclure que Philistis doit avoir eu un très long règne, puisque dans quelques unes on voit la tête de cette reine dans toute la fleur de la jeunesse, que sur plusieurs autres elle est représentée dans un âge plus avancé, et enfin sur une dernière elle y a tout le caractère de la vieillesse. Nous avons pensé devoir joindre à ces médailles connues de Philistis, celle dont il est parlé dans les Transactions philosophiques. Cette médaille, qui est rapportée par le docteur Swinton , garde des archives de l'université d'Oxford , dans une lettre au docteur Maty, et que lui seul nous a fait connaître, doit être fort rare et d'autant plus curieuse qu'on trouve au revers de la même tête de Philistis , également voilée, la représentation de figures égyptiennes qui se rencontrent quelquefois, mais très rarement, sur les médailles de la Sicile; elle est gravée n° i3. '
Les médailles qui suivent sont celles de Theron. Quoique ce prince n'ait régné que sur la seule ville d'Agrigente, son nom fut si célèbre dans toute la Sicile , que nous avons cru devoir le mettre au nombre de ses anciens princes; d'ailleurs l'histoire nous apprend que Theron contribua beaucoup à la défaite des Carthaginois à Hymère , ayant réuni ses forces avec celles de Gelon, dont il était beau-père. A sa mort, les Agrigentins lui décernèrent les honneurs
' Oo pourrait ëlever quelques doutes sur la vërilé et l'authcnlicité de cette médaille ; mais , en la supposant vraie , quelques curieux que nous ayons consultés à ce sujet la regardent comme fîtant plus yraisemblableraent une médaille de Malte.
héroïques; on lui éleva un tombeau à Agrigente, et Pindare, qui était son contemporain et le premier poète lyrique de l'antiquité, chanta dans ses odes les triomphes de Theron aux jeux olympiques.
Quant à ses médailles, elles sont en très petit nombre. Celle n" 10 porte d'un côté une tête qu'on peut croire celle d'une divinité, et de l'autre un crabe, type ordinaire des médailles d'Agrigente , avec l'inscription ©EPO, qui ne laisse aucun doute qu'elle n'ait été frappée sous le règne de ce prince. La dernière, n° 10, ne paraît pas aussi certaine, et le prince de Tor-^ remuzza ne l'affirme point comme telle; cependant il n'est pas absolument éloigné de la donner à cet ancien tyran d'Agrigente, parce qu'indépendamment du nom de la ville AKPArANTiNaN , on peut penser que les caractères grecs qu'on aperçoit sur le revers sont les lettres initiales du mot Theron.
Phintias fut aussi un des plus anciens princes qui régnèrent à Agrigente. On voit, dans Diodore , qu'il était contemporain d'Icetas, tyran de Syracuse, et qu'à la suite d'une guerre qui s'éleva entre eux , Phintias se retira d'Agrigente, et fit bâtir au bord de la mer, sur la côte méridionale de la Sicile, une ville à laquelle il donna son nom. La ville de Gela ayant été détruite vers le même temps, Phintias en attira les habitans pour peupler sa nouvelle ville, dans laquelle il avait fait élever des temples et des édifices considérables. '
• Phinlias urbem concUdit, nomine Phintiadem . Gelentesque e patria submotos , in ea coliocauit. Sita autem hœcest ad mare, mûris enimdomibusquc Ce/ce destructis , populum in Phintiadem transtuUt;
Phintias.
54o DESCRIPTION ÛES MÉDAILLES
On pourrait au reste présumer que ce prince avait une grande passion pour la chasse , d'après les revers de ses médailles, qui portent toutes ou un sanglier ou un chien courant,avec l'inscription grecque B A si AEflS <DINTIA. Sur l'une, n" 17, on voit la tête même de ce prince avec le signe connu de la trinacrie : celle-ci est une des plus rares ; les autres sont assez communes et toutes en bronze.
Archimède. Il aurait été sans doute à désirer que lantlquité nous eût conservé, par des médailles, la mémoire ou i^plutôc la figure et les traits d'un homme aussi célèbre. Mais on n'en connaît point de certaines , et les médailles d' Archimède, que quelques auteurs nous ont données, sont regardées comme suspectes : ainsi , nous nous sommes contentés d'en faire seulement mention ici, sans avoir voulu les faire graver ni les réunir à cette collection. Havercamp, qui les rapporte d'après Paruta et Goltzius, sans dire même où elles existent, n'eu présente que deux qui sont en bronze. Sur l'une, Archimède est représenté sans barbe , avec une espèce de toque ou de casque sur la tête ; et dans l'autre avec de la barbe, et plus âgé : ce qui fait penser à Havercamp que cette seconde tête pourrait bien être celle de Jupiter ; mais ce qui , suivant lui , les caractérise le plus toutes les deux, c'est qu'on voit représenté sur l'une une sphère , et sur l'autre le croissant de la lune avec des étoiles , attributs qui ne conviennent effectivement qu'à un géomètre et à un astronome. Le nom d' Archimède est d'ailleurs encore
pnstquam mœ nia ^ for unique insis^uc , at IcmpLi Ueorum condideiat. (DiOD. DB Sic, Lib. XXII.)
indiqué sur un des revers par ces lettres réunies
Parmi un nombre fort considérable de ces médailles Médàii.i.es
de la Sicile,
relatives à l'histoire de la Sicile, et qui, dans la col- depuis la do-
l^.' ui'' TT ^*J mination des
lection publiée par Havercamp , monte a près de Romains, deux cents, nous avons choisi seulement celles que le prince de Torremuzza rapporte dans son ouvrage, et sur lesquelles on jie saurait élevçr aucun doute. ^"^ ^'»^* La première , que tout porte à croire avoir été frappée en l'honneur de la victoire de Marcellus sur les Sjracusains, est sans doute une des plus intéressantes ; elle est en argent. D'un côté, on voit la tête de ce général romain, et auprès le signe connu de la trinacrie, emblème qui, comme nous l'avons déjà dit, était univei sellement reçu pour désigner la Sicile. Au revers, on voit Marcellus allant déposer lui-même les trophées de sa victoire dans un temple , afin d'en rendre grâce aux dieux ; on voit pour épigraphe , sur la médaille, le nom de Marcellus élu cinq fois consul.
Celui de Marcellinus, écrit du côté de la tête, est celui de Publius Lentulus Marcellinus, questeur de Rome en l'an 673. Ce magistrat, de la famille Claudia, avait passé par adoption dans celle de Cornelia, et s'était fait sans doute un honneur de consacrer à l'im- ' mortalité ce trait célèbre de la vie d'un de ses aïeux.
11 en est de même de la médaille n° 2 , également d'argent, sur laquelle on voit d'un côté la figure d'un Jupiter armé de son foudre,avec le nom du même Lentulus Marcellinus, et au revers le symbole de la Sicile avec les épis de blé.
Le n° 3 ne porte aucun indice qui puisse rappeler quelque événement particulier de l'histoire de la Sicile; mais le nom grec sikeaictan, qu'on lit dans l'exergue, ne laisse aucun doute qu'elle n'appartienne à cette île ; elle porte d'un côté une tête de Cérès avec un voile, et couronnée d'épis de blé, et de l'autre un char avec une Victoire : cette médaille est d*iine grande rareté.
Les n*" 4 et 5 , avec le nom de Lucius Aquilius , ont été frappées sans doute à l'époque de la guerre des esclaves. L'emblème d'un guerrier qui relève une femme à genoux , doit avoir trait aux services que le consul Manlius Aquilius rendit à la Sicile , en terminant celte guerre. *
se -^ l- %
' On sait qu'il y a eu cbez les Romains, du temps de la république, plusieurs guerres occasionne'es par les révoltes des esclaves. Une des plus considérables fut celle qui eut lieu dans la Sicile vers l'an 468 de Rome, et qui dura ({uatre années, pendant lesquelles un certain Athénion , s'étant mis à leur tête , ravagea toute la Sicile avec une armée de vingt mille bomraes et deux raille chevaux. Lucullus , envoyé contre eux, les défit ^ mais, ayant négligé de profiter de ses avantages , ces rebelles se rallièrent , et continuèrent leur brigandage jusqu'à ce que le sénat renvoya en Sicile Manlius Aquilius, qui remporta une victoire signalée sur ces révoltés, et tua leur chef de sa main. Il les poursuivit avec vigueur , et en détruisit le plus grand nombre par le fer et la flamme. Mille d'entre eux enfin résolurent de se rendre à discrétion au consul , qui les fit conduire à Rome, et forma le projet de les donner en spectacle au peuple , en les fiiisant combattre contre des bétes féroces. Mais ces malheureux se voyant destinés à servir de jouet à la cruauté du peuple , prirent le parti désespéré de tourner leurs armes contre eux-mêmes, et de s'égorger les uns les autres. L'esclave Satyrus, leur chef, termina cette horrible tragédie en se tuant lui-même le ilernier.
Le n° 6, qui porte d'un côté le symbole de la Sicile et de l'autre une tête d'Auguste, avec l'inscription grecque KAISAP ATTOKPATfiP TPIi2NANAPi2N,
Cœsar imperator triumvir y est une des plus rares médailles de la Sicile. Elle doit avoir été frappée à l'occasion de la victoire d'Auguste sur Sexte Pompée, dans la Sicile.
Les six médailles suivantes, sur lesquelles est une tête d'Auguste avec les chiffres romains viii. ix. x. XI. xir. et XV. ajoutés au mot imperator, ne peuvent indiquer que les différentes années de l'empire d'Auguste sur la Sicile, à compter du moment où cette île fut réunie à l'empire romain par la défaite de Pompée.
C'est sans doute en mémoire de cet événement célèbre que la médaille n° i3 a été frappée. On y voit d'un côté la tête de Jules César et celle d'Auguste, et de l'autre celle d' Agrippa, qui commandait la flotte d'Auguste ; au-dessous de la tête d'Agrippa est le symbole ordinaire qui désigne la Sicile, et pour inscription M. AGRIPPA L. F. COS. ITER. DES. TER.
On voit sur la quatorzième les têtes de Marc-Antoine et de Cléopâtre en regard l'une de l'autre ; au revers est représenté un trirème, et pour inscription Lucius Bibulus, alors proconsul de Sicile.
Les trois suivantes, n"" i5, i6 et 17, en bronze, ont été frappées sous l'empire d'Hadrien, et étaient destinées à rappeler le souvenir du voyage que cet empereur fit en Sicile, ainsi que les bienfaits dont il combla les habitans de File; c'est ce qui est indiqué par l'emblème d'une femme ayant trois épis sur la
Rs
'>44 DESCRIPTION DES MÉDAILLES tête, et qui est aux genoux de Tempereur; elle porte cette inscription, Restitutori Siciliœ. Celle marquée n" 17, également avec le buste d'Hadrien, fut sans doute frappée en Sicile; elle est indiquée sur le revers par une tête de Méduse, souvent adoptée dans les médailles de Syracuse, et surtout par cette représentation dune Amphitrite ou monstre marin, qui désignait chez les anciens les monstres de Charybde
et de Scylla.
Enfin, la dernière de ces médailles, n" i8, fut frappée sous le règne d'Antonin Pie. On voit d'un côté la tête de cet empereur, avec l'inscription imp. T. iELius cj:sar antoninus, et au revers la figure de la Sicile, personnifiée sous l'emblème d'une Cérès, et présentant une couronne murale , afin d'indiquer par là les vœux des villes de la Sicile pour cet empereur, également chéri des Romains et de tout
l'empire.
N^us avons cru devoir joindre encore deux autres petites médailles de Sicile, qu'on trouve dans la collection d'Havercamp; elles nous ont paru intéres- 4 santés , parce qu'elles semblent rappeler la reconnais-
sance des Romains pour les secours qu'ils retiraient de cette île. L'une et l'autre furent frappées sans doute dans des temps de disette et de famine, dont Rome fut préservée par les blés qu'elle faisait venir de Sicile.
MF.D4ii.t.«s Sans vouloir entrer dans de grands détails sur des anciennes toutes les médailles des villes de la Sicile dont nous
Tilles de ni- , ' . . . 1
cUe. avons donné la description a mesure que nous les avons parcourues, nous nous contenterons d'indiquer
P"" ''*' Torremuzza , relies des médailles ou'il
cette y Ile , une de, plus anciennes de la Sicile avait a .«es époques diverses, porté des noms d^r t' que dans son origine on h.i avait donné le nom de
«cauueiies ce nom p«» ^«^t-i»
nJLr^ 1 1 '^ ^" caractères grecs
comme les plus anciennes et par conséquent le! p , s'
rsé;:ru:;ïs^^^^^
^«/— -.etronsWrrc^'ireX::^ a des époques postérieures, soumise par les Marnée'
«>ns, peuple qui habitait Jextrémité'de 'i Jj «^^pan,e du Bnttium, elle prit le nom de w!
La première des médailles qui se nréoent. cette table est en argent; c'est L des pC IriL:" e le porte d'un côté une tête ou masqu'e de Z ,' au-dessous un lièvre courant. Sur" Ltre face ,u ™.heu dune couronne de lauriers, est la Cre de /upuer ass.s, tenant un vase dans une main; ce die, est désigne par l'aigle placé à ses pieds; elle a pou; inscription M£«XNlON. Parmi les médailles de Re" gio, on en trouve quelquefois une à peu près pareille
-Ces indication, renvoient aux quatone chapitre» oui
I« Voyage pittoraHjae en SiciJe. "?'"■«> qui composent
' La forme de, lettre, grecque, qui composât le non, Zankap e,t encore une preuve de leur extrême antiquité
Cbap. I«r. '
546 DESCRIPTION DES MÉDAILLES à celle-ci; mais les antiquaires observent à ce sujet que ces deux villes , très voisines l'une de l'autre, ayant été gouvernées du temps d'Anaxilas par les mêmes lois, il n'est pas étonnant qu'elles aient fait frapper une monnaie semblable. *
La médaille qui est au-dessous est également fort rare, ainsi que toutes celles qui se trouvent rangées sur la même colonne.
Les deux premières des deux autres colonnes deviennent fort intéressantes , à cause des têtes de César et d'Auguste qui s'y trouvent, avec les noms de ces deux empereurs écrits en lettres grecques , r. lOTAlor KAISAP TPIûN ANAPÎ2N , Caius JuHus Cœsar triumvir, sur Tune; et sur Vautre, kaisap xebastos apxiep. MEr. AHM. EEOYS, Cœsar Augustus Pontif. Max.
Trib. Pot.
Au revers de ces médailles on voit sur l'une la figure de Mars tenant un javelot renversé et appuyé sur son bouclier, sur l'autre le trépied, un des emblèmes qui caractérisent Apollon , et pour in$cription le nom delà ville, auquel est ajouté le mot NEOKOPQN. Ce surnom de Neocores, qui veut dire nouvellement dédiée ou consacrée , avait été adopté par plusieurs villes de la Grèce pour désigner un culte récemment établi chez elles pour tel ou tel empereur. On sait que les flatteries et l'adulation pour la personne des empereurs étaient portées dans toutes les provinces sou-
• Il est assez difficile d'expliquer ce que peut signifier ce lièvre qu'on aperçoit sur un grand nombre des plus anciennes médailles de Messine. Plusieurs antiquaires imaginent que ce fut cet Anaxilas qui , le premier , apporta et fit connaître cei animal dan» la Sicile.
mises à l'empire jusqu'à en faire des dieux. Il paraît donc que les habitans de Messine, ainsi que le prouveront encore les médailles de quelques autres villes de la Sicile , avaient cherché à faire leur cour à leurs maîtres, en faisant frapper ces deux médailles que nous regardons comme fort curieuses. '
Quant à celle sur laquelle on lit écrit , en grec , le mot ZANKLE , elle poite d'un côté la. figure d'un poisson, qui ne peut signifier autre chose que l'emblème d'une ville maritime, et de l'autre plusieurs compartimens en carré, dans le milieu desquels est placée une coquille; quelquefois c'est une tête qui y est représentée. *
Une des» plus anciennes villes de la Sicile fut celle N*' 545. de Naxos , fondée par des Chalcidiens qui vinrent s'y Chapitre 11. établir sous la conduite de Theocles, et détruite par xaoïimj Denys le Tyran ; ses premiers habitans se réfugièrent ®*
sur le sommet d'une montagne voisine, et y bâtirent Taorminum. Nous avons vu, en parcourant les restes
' Nous n'oserions attester que ces médailles soient bien véritables j mais elles se trouvent rapportées par plusieurs auteurs , tels que Paruta , Groltzius , Havercamp et le prince de Torremuzza.
'Nous devons, à ce sujet, aux lumières de l'abSë Barthélémy une observation qui nous a paru rendre parfaitement compte de cette espèce de marque ou empreinte particulière qu'on retrouve non seulement sur quelques me'dailles de la Sicile , mais sur un grand nombre des premières qui ont été frappées dans l'antiquité.
L'art de graver , de frapper des monnaies , a eu , comme tous les autres arts , son enfance , ses progrès et sa perfection. Une des premières difficultés qu'on a dû rencontrer était de contenir la pièce d*or ou d'argent sur le coin où elleT devait être frappée , pour qu'en
IIHUM
548 DESCRIPTION DES MÉDAILLES des monumens de cette dernière ville, qu il y existe encore une grande partie d'un théâtre, bien fait pour donner une idée de son antique magnificence. Pour Naxos, il n'en existe plus le moindre vestige; quelques personnes sont même assez portées à croire que ces médailles appartiennent plutôt à l'île même de Naxos dans la Grèce; mais ce doute est détruit par une observation que nous trouvons dans l'ouvrage du prince de Torremuzza , et qui semble décider la question , au moins pour quelques unes de ces anciennes monnaies. On peut en remarquer une sur laquelle , indépendamment du nom de la ville NASinN, on lit encore celui du fleuve ASXINOS; cette médaille, qui est fort petite , se trouve placée dans un des côtés au bas de cette planche. Ce nom d'^55/«05 était celui d'un fleuve qui coule dans le territoire de l'ancienne ville de Naxos; il est appelé aujourd'hui dans le pays Fiufne Freddo. La médaille, très rare et d'argent, est conservée dans le Muséum du couvent de Saint-
recevant le coup et l'effort du levier, l'empreinte qu'on avait à y reprt^senler se trouvât dans le milieu de la pièce de mëtal : pour cela , on imagina une espèce de griffe , ou forme saillante , sur laquelle la médaille portait , et qui servait à la maintenir dans la position où on voulait la frapper. Cette forme fut d'abord carrëe; on la divisa ensuite en divers losanges , comme on en voit au revers de plusieurs mëdailles anciennes , mais tracés très inégalement et sans aucune régularité. Depuis, on avisa de tirer parti de ces compartimens , en y gravant ou une tête ou un poisson , quelquefois une coquille , un chiffre dont la signification était sans doute de distinguer la monnaie et d'en déterminer la valeur. Enfin , quand l'art fut porté à sa perfection , cette forme carrée et ces compartimens disparurent , et l'on vint à bout de graver également des objets différcns sur chaque côté de la médaille.
Martin près de Palerme. Elle présente d'un côté un faune assis, tenant une coupe, de l'autre une tête inconnue avec le nom du fleuve ASSINOS.
Ces médailles de Naxos sont en général de la plus grande beauté, et présentent presque toutes, ainsi que celles de Taorminum que nous avons réunies dans la même table, des feuilles de vigne et des grappes de raisin, pour indiquer sans doute un terrain très fertile produisant alors d'excellent vin , et qui en prodjiit encore.
Quelques médailles de Taorminum portent pour empreinte une tête d'Apollon, avec le nom d'APKATETAS, Duûc, Conductor^ ce qui pourrait désigner le culte que les hommes devaient rendre au père de la lumière. Quant à la figure du minotaure ou bœuf à face humaine qu'on voit au revers, on s'accorde à penser que cet emblème était pris chez les anciens pour signifier un fleuve; en conséquence, ce serait ici le fleuve Onobla, aujourd'hui Cantara, ou une autre rivière appelée Fiume Freddo ^ qui toutes deux entourent et fertilisent le territoire de Taormine.
Les historiens de la Sicile s'accordent à donner à la ville de Catane une origine commune . à celle de Naxos; il paraît que ses habitans adoptèrent, ainsi que ceux de Naxos, le même culte et la même vénération pour Bac«hus, puisque sur un grand nombre de ses anciennes médailles on retrouve non seulement la tête de ce dieu couronnée de lierre, mais encore celle de son compagnon Silène , et sur plusieurs de ses revers un char attelé de tigres, t«l que les anciens représentaient ceux des Bacchantes.
chap. m.
Catane.
If
55o DESCRIPTION DES MÉDAILLES
Parmi un grand nombre des médailles de Catane, toutes d'un très grand module et d'une beauté exquise, et représentant, au revers d'une tête d'Apollon, un quadrige et une Victoire qui apporte une palme au vainqueur pour prix de la course , on doit en remarquer une beaucoup plus rare que les autres et également belle, sur laquelle, entre autres singularités, on aperçoit écrit sur une espèce de pavillon ou drapeau volaiit que soutient la victoire, les caractèi'es grecs EYAO qui forment le commencement. du mot EYAOriA, cri de triomphe et de Victoire par lequel les Grecs annonçaient au vainqueur qu'il avait remporté le prix de la course.
On retrouve encore sur plusieurs médailles de Catane l'empreinte des divinités généralement révérées dans la Sicile, telles que Cérès, Proserpine, Hercule, Apollon , etc. Mais un sujet particulier aux médailles de cette ville, et qu'on y doit voir avec plaisir, est celui qui représente la belle action de deux de ses anciens habitans, Amphinomus et Anapus, qui, dans une éruption de l'Etna, abandonnant tout ce qu'ils pouvaient posséder de plus précieux , emportèrent leurs pères , cassés de vieil lesse , et les sauvèrent ainsi de l'embrasement général.
N'*547. Près de Catane, en suivant les bords de l'Etna, il
Chap. Vf. y avait autrefois une ville appelée Hybla , nom aii-
Htbla, jEt- ciennement donné à trois villes différentes de la Sicile;
''uM^t^'^*- celle-ci , désignée par le nom d^Hjrbla major, une
gàhtia. autre Hybla , qu'on distinguait par le surnom de mi-
nor, voisine de Gela, et enfin une troisième appelée
Hjblapatva ou Megara , située près de Syracuse. Nous
connaissons quatre médailles de cette Hybla major, aujourd'hui Paterno; elles sont gravées dans notre table n° 647. La première porte d'un côté une têle voilée, ornée d'une couronne murale : au revers, on voit une femme tenant une amphore ou vase fort allongé et terminé en pointe ; à ses genoux est un chien qui la caresse, et pour inscription ïBAAS mefaAAS. Les autres médailles de cette ancienne ville se ressemblent , à peu de différence près ; mais ce qui le? caractérise le plus, c'est la figure d'une abeille représentée derrière la tête delà déesse, et qui suffit poui rappeler le souvenir de ce miel d'Hybla, si vanté et si recherché dans l'antiquité.
L'ancienne ville d'^Etnaion devait être, suivant Strabon , située au pied de l'Etna , à quatre-vingts stades de Catane , près d'un lieu où est aujourd'hui un hospice de bénédictins, appelé Santa Maria di Licodia. Quant à ses médailles, elles sont peu intéressantes , et en très petit nombre ; elles portent presque toutes une tête de Cérès couronnée d'épis, et au revers une corne d'abondance, emblème de la fertilité du pays où elle était située.
En suivant la base de l'Etna , on rencontre les ruines de l'antique Adranum , ville anciennement bâtie dans le lieu où est aujourd'hui la petite ville d'Aderno , ainsi que nous l'avons dit en donnant une petite vue des débris d'un temple célèbre qui y était élevé au dieu Mars. Aussi, sur le plus grand nombre des médailles d' Adranum , voit-on une tête de Mars casquée et un chien sur le revers « ; quelques unes portent
• Nous avons vu . en parlant de ce lemple de Mars à Adranum ,
Chap. V.
Agtrium,
ASSORO,
Cbwtorbi et
ElTNÀ.
une tête d'Apollon , et sur l'autre face une lyre avec l'inscription aapanitan.
Plus vers le midi , entre Catane et Leontium , une des plus anciennes villes de la Sicile était celle de Morgantia ou Morgan tium. Un petit bourg appelé Murgo, dans le même lieu où était la ville antique, a encore conservé un nom qui y a beaucoup de rapport. Le peu de médailles qu'on en connaît indiquent par leur beauté l'état de perfection où les arts y avaient été portés autrefois ; deux des plus rares , et toutes deux également belles, représentent d'un côté une tête de Pallas, et de l'autre un lion avec un serpent; celles-ci sont en bronze. D'autres plus petites , en argent, portent une tête d'Apollon d'un côté, et au revers un aigle qui dévore un serpent, ou la figure d'une Victoire assise, ou encore un épi de blé au revers d'une tête de vieillard : toutes ces médailles sont d'un dessin pur et correct , et ont la même inscription, MOrrANTIfiN.
En avançant dans l'intérieur de la Sicile, on arrive à San-Philipped'Argyro, anciennement nommée ^gjrium, et en grec ArTPiNAïQN. Cette ancienne ville d'Agyrium , connue autrefois pour avoir été la patrie de l'historien Diodore de Sicile, était encore célèbre par le culte et les honneurs qu'elle décerna à Hercule et à Yolaus , son neveu, en reconnaissance des grands services que l'un et l'autre rendirent à ses habitans. Effectivement, sur presque toutes les médailles d'Agyrium, on reconnaît la figure d'Hercule avec quelques uns de ses
les raisons que quelques antiquaires croient devoir nous donner de la représentation d'un chien sur les médailles de cette ville.
ll^%-
attributs , ou bien celle d'Yolaus couronné par un Génie: telles sont les deux premières qui se présentent sur ce fleuron , toutes deux d'une grande rareté. Datis Tune on voit une tête d'Hercule jeune , et au revers un chien qui dévore un chevreau , et pour inscription ArTPiNAïQ. Sur l'autre médaille, c'est également la tête de ce demi-dieu coiffée de la peau d'un lion , et au revers un bœuf à face humaine, qui devait être , comme nous l'avons déjà dit, et suivant le sentiment de plusieurs antiquaires, l'emblème de quelque fleuve divinisé. Deux autrçs médailles d'Agyrium portent d'un côté une belle tête de Jupiter, et au revers cet Yolaus ou Hercule lui-même qu'une Victoire ou un Génie vient couronner comme une divinité tutélaire de la ville.
A peu de distance d'Argyro était une autre ville A^^eléey^ssorum, remplacée aujourd'hui par un bourg nommé Asaro. Ses médailles sont en très petit nombre et fort rares; une surtout devient intéressante à cause de la représentation du fleuve Chrysas , qui y est gravé avec le nom du fleuve à côté , et par le rapport qu'on y aperçoit avec un passage de Cicéron, où il est fait mention d'un fleuve qui coulait près d'Assore : c'est celui qu'on appelle aujourd'hui Dittaiano.'i Les habi- « tans d'Assorum , dit Cicéron , avaient fait un dieu de « leur fleuve., et lui avaient élevé un temple près du « chemin par où l'on va d'Assoro à Enna. Le culte de « ce dieu était fort révéré dans le pays, et son temple « était orné d'une superbe statue en marbre, qui re- « présentait le fleuve Chrysas. »> '
' Chrysas est nmnis qui per yhsorinorum agrns /luit. Is apud illos
■ ■I' .Il
Il ne resterait que le doute de savoir si cette médaille est bien certaine, caren6n le nom de Chrysas, écrit en caractères latins sur une médaille grecque , doit être regardé au moins comme une chose fort
extraordinaire.
Les médailles de la ville de Centorbi, autrefois nommée par les Romains Centuripa, et par les Grecs KENTOPiniNûN , portent presque toutes pour empreinte les têtes de Jupiter et d'Apollon , et au revers divers attributs de ces divinités : une seule nous paraît mériter quelque intérêt de plus, en ce quelle porte pour revers la représentation d'une charrue, qui doit être regardée comme le symbole et l'emblème de l'agriculture et de la fertilité du pays.
Aucune ville de la Sicile ne rappelle sur ses médailles le souvenir et l'idée de cette prodigieuse fertilité qui a existé de tout temps dans celte partie de rîle, comme celle de l'antique Enna ou Henna, remplacée aujourd'hui par la petite ville de Castro Giovani. Nous avons vu dans le cours de notre voyage que cette ancienne Enna était particulièrement consacrée à Gérés , qu'elle y avait un temple qui fut célèbre dans toute l'antiquité, et que, suivant l'opinion universelle, c'était le lieu où cette divinité avait donné aux hommes les premières leçons de l'agriculture. Aussi , sur presque toutes les médailles d'Enna, voyonsnous le nom et l'empreinte d'une tête de Cérès cou-
hab'-tur deus , etreligione maxima colitur. Fanum ejus est in agio ympter ipsam viam qua Assoro itur Ennam. In co Clirysœ est simulacrum prœclaie facium e vuimiore . etc. (Cic. , m Vervem , c. XLIV.)
ronnée d'épis , et au revers d'autres épis de blé avec une torche ou brandon allumé , pour faire allusion aux flambeaux que Cérès alluma sur le mont Etna pour aller chercher Proserpine.
Toutes ces anciennes médailles sont en bronze , et ont été frappées par des Grecs , ce qu'il est aisé de voir par l'inscription et le nom 2^AMATHP, joint à celui d'Enna, et qui était le surnom que les Grecs donnaient à Cérès. Une ou deux de ces médailles , d'un plus grand module que les autres , paraissent romaines, à en juger par l'inscription latine qui y est gravée ; on y voit également une tête de Cérès avec des épis de blé et le flambeau : la déesse est voilée , et autour de la tête on lit : l. munatius et m. cestius, qui furent élus duumvirs de la ville d'Enna. Le revers représente le char de Neptune qui enlève Proserpine, et l'épigraphe mun. henna , Municipium Enna , indique que ses habitans avaient alors obtenu le droit de bourgeoisie , et qu'ils avaient le titre de citoyens
romains.
Parmi les médailles de l'ancienne Himera , qui sont en très grand nombre, on distingue particulièrement celles sur lesquelles est la ville même d'Himera , sons l'emblème d'une femme qui verse de l'encens sur un autel où brillent des flammes, et offrant un sacrifice. Sur un plan plus éloigné est encore un faune ou satyre qui se lave à une fontaine et en reçoit les eaux qui sortent d'une gueule de lion , allusion bien précise à l'abondance des eaux thermales des environs d'Hymera, et qui ont été célèbres dans toute l'antiquité.
No 549.
Chap. VF.
Himera,
ÏERMIKI, SOLUNTK
et Palerme..
rs.- *
ii« "
Plusieurs médailles de Termini offrent une allusion à peu près semblable , en présentant au revers d'une tête d'Hercule les trois nymphes qui, suivant la fable , s'empressèrent de recevoir ce dieu dans son voyage de Sicile, et de le servir aux bains.
Une des plus curieuses et des plus rares en même temps parmi les médailles de Termini , est celle sur laquelle on voit un vieillard appuyé sur un bâton , et ayant un livre à la main; elle a pour inscription -É^EPMIT^ IMEPAlfîN. Le prince de Torremuzza pense que ce vieillard pourrait être le poète célèbre Stesichore, qui était originaire d'Himera, et que Cicéron cite, dans son oraison contre Verres, comme un des hommes qui ont fait le plus d'honneur à la Sicile par leurs ouvrages. '
Quelques médailles de bronze de Solentum sont tout ce qui existe aujourd'hui de celte ville, une des plus anciennes de la Sicile ; elles portent d'un côté une tête d'Hercule ou de Mars, avec l'inscription COAONTINON , et au revers une espèce de poisson de mer entre plusieurs globes ou boules, dont le nombre indiquait sans doute la valeur de la monnaie* La forme des lettres de l'inscription grecque donne lieu d'observer que cette ville devait être extrêmement ancienne , attendu que ce fut Simonides, poète célèbre et contemporain de Gelon , tyran de Syracuse , qui introduisit dans l'alphabet des Grecs le s, sigma, à la place de celui dont on s'était servi jusqu'à cette époque , et qui avait la forme d'un c. *
' Voir le Discours préliminaire du Voyage pilloresque en Sicile. * Voir le chapitre VI, article Solentum.
L'ancien nom de Palerme était, comme on le voit par ies médailles de cette ville, Panormos ; on le trouve indiqué ou par ces lettres du nom nANOP, ou par ce simple monogramme V^ ou IXP. Ces médailles de Palerme, en assez grand nombre, ne sont pas très rares; on aperçoit sur plusieurs lé symbole de la Trinacrie, qui fut, à ce qu'il paraît, particulièrement adopté par cette ville j elles ne présentent d'ailleurs rien de remarquable dans les divers emblèmes qui y ont été gravés à différentes époques , si ce n'est , comme sur un très grand nombre de médailles de Sicile , ce qui caractérisait la fertilité du pays , des épis de blé, des feuilles de vigne, ou des grappes de raisin. A des époques moins anciennes, et depuis la domination des Romains, on retrouve sur plusieurs médailles 4e Palerme le nom d'Auguste avec la tête de Livie, femme de cet empereur, sous l'emblème d'une Cérès , sorte d'adulation et de flatterie avec laquelle les Palermitains cherchaient sans doute à plaire à Auguste, en se mettant sous la protection particulière de cette impératrice. *
Nous avons vu, en passant près de Carini, la situa- N" 55o. tion de cette ancienne ville d'iccara, patrie de la ce- chap. VIL lèbre courtisane Laïs ; à peine en peut-on distinguer aujourd'hui le plus petit vestige , et il est même incertain si la ville de Carini lui doit son origine, comme le pensent quelques antiquaires. Mais ce qui seul a survécu aux marbres et aux monumens les plus durables, est une petite médaille de bronze, sur
' Voir à l'article Palkrmb, ch. VL
ICCARA ,
Iaetas , £irTXLI.A.
et
SSGSSTK.
If
558 DESCRIPTION DES MÉDAILLES laquelle est d'un côté la tête yënérable d'un vieillard, avec l'inscription IKAP, et de l'autre un chien et deux globules , signe avec lequel on indiquait ordinairement le poids ou la valeur des monnaies.
La yille dlaetas, lAlTlNûN, située à peu de distance d'Iccara , et près du bourg moderne appelé Calatqfimi, est dans le même cas, et l'on n'en conserve que très peu de mé<||illes. Les unes portent la figure d'un soldat armé î^ne massue, au revers d'une tête de Jupiter; sur quelques autres on retrouve ce symbole singulier, qui désignait autrefois
la Sicile.
A quelques milles plus loin, et descendant vers le midi, on rencontre un mont fort isolé, et placé dans le centre du Val di Mazzara. Ce mont s'appelle Rocca di ArUella, et conserve encore le nom de l'ancienne ville d'Entella , qui était située sur ce rocher escarpé. Plusieurs de ses médailles annoncent, par les emblèmes qui y sont représentés , la position de cette ville au milieu d'un territoire gras et fertile. Tels sont différentes cornes d'abondance, ou des grappes de raisin entourées d épis de blé.
Largoque virens Enlella Lyœo,
(SiLivs Itaucus.)
Mais la plus curieuse de ces médailles, citée par le prince de Torremuzza , est celle qui porte d'un côté une tête de Cérès, et de l'autre un Pégase ailé. Outre l'inscription grecque, ENTEAAAS, on lit sur le revers celle de KAMOANfîN , Entella Campanomm. Ce dernier nom ajoute une grande curiosité à cette mé-
DE ÉA SICILE. 559
daille , en ce qu'elle rappelle un trait d'histoire rapporté par Diodore. Des soldats campaniens que Denys , tyran de Syracuse, avait appelés en Sicile, mécontens de ce qu'il ne tenait point les promesses qu'il leur avait faites, le quittèrent, et vinrent demander aux habitans d'Entella de les recevoir dans leur ville. Cette grâce leur fut accordée; mais ces traîtres Campaniens abusèrent horriblement de l'hospitalité qu'on leur avait donnée , et dans une seule nuit égorgèrent tous les habitans , à la réserve des enfans et des femmes qu'ils épousèrent. L'historien ajoute que, dans la crainte du ressentiment de Denys, ces barbares firent alliance avec les Carthaginois ; mais quelques années après, Timoléon, le plus juste et un des plus grands hommes qui aient gouverné la Sicile, fit punir de mort les principaux auteurs de cette affreuse trahison, et donna la liberté aux autres.
L'une des villes dont on voit le plus de médailles gravées sur notre planche, n° 55o, est la fameuse Segeste, ou Egeste, ou Sageste, car elle est également connue sous ces trois noms dans l'antiquité. Nous avons déjà, en parlant de cette ancienne ville, donné deux de ses plus belles médailles * , et nous réunissons encore ici une partie de celles qu'on regarde comme les plus rares et les plus curieuses. * On voit sur plusieurs la représentation d'un combat de lutteurs ; le sentiment assez général des antiquaires est qu'on a voulu représenter le combat d'Hercule et d'Eryx, dont il est parlé dans la fiable.
• Voir chap. VII , article Skgestb.
56o DESCRIPTION DES MÉDAILLES
C'est également la fable qui leur fournit Texplication de l'emblème du chien, ainsi que le nom de la nymphe Egesta, abandonnée par son père sur les côtes de la Sicile, et dont la tête est gravée sur un grand nombre de médailles de Segeste. Toutes ces vieilles fables nous paraissent au fond d'un très léger intérêt, et nous ne nous y arrêterons pas davantage. N- 55i. Aucun monument ne fut plus connu et n'eut plus
Chap. vin. de célébrité chez les anciens que le temple de Vénus Ektx,Dre- élevé sur le mont Eryx en Sicile. Nous avons vu, en PAwuM, Mo- lant de ce lieu, la vénération que les Romains suretSELiROHTK. tout avaient pour ce temple de Venus, dont ils voulurent avoir une représentation à Rome même, en y faisant construire près de la petite colline un édifice semblable , et dédié à Vénus Erycine , ainsi que cela est prouvé par ce passage d'Ovide:
Templafrequentari collinœ proxima portœ Nunc decet , a Siculo nomina colle tenet.
Ce fut sans doute à cette vénération particulière que nous devons la précieuse médaille d'Eryx , gravée à la tête de la planche n° 55i. Elle porte d'un côté la tête de Vénus couronnée de myrte , et de l'autre un temple élevé sur une montagne entourée de tours et de fortifications , avec le nom eruc. Autour de la ^ tête de la déesse est écrit c. considi. noniani , et en- * suite s. c. ; ce qui prouve que ce fut sans doute par un ordre du sénat que ce Caius Considius Nonianus fit frapper la médaille dont nous parlons. Il y a tout lieu de croire qu'il avait été envoyé en Sicile à la tête de la colonie romaine établie à Eryx , qu'il fut chargé
vraisemblablement de faire rétablir le temple de Vénus, dégradé par son extrême vétusté, et qu'on frappa alors celte médaille que nous regardons comme infiniment curieuse.
Sur quelques autres médailles d'Eryx, on voit la déesse elle-même tenant une colombe sur une main, ou un crabe ou écrevisse de mer; et de l'autre côté un aigle, emblèmes qui peuvent désigner la position fort élevée de cette ville, située d'ailleurs sur le bord de la mer, et que nous voyons adoptés par beaucoup de villes de l'antiquité.
Celles de l'ancienne Lilibée, remplacée aujourd'hui par la ville de Marsalla , ne présentent rien qui mérite de nous y arrêter, non plus que les médailles de Drepanum et de JMotya , qui sont fort rares et en très petit nombre. Cette belk tête d'Apollon sur une des médailles de Lilibée, avec une lyre pour revers, ainsi que le sphinx et le trépied entouré d'un serpent qu'on voit sur quelques autres, et qui sont autant d'attributs connus de ce dieu , ne sauraient indiquer autre chose sinon que cette ville devait être sous la protection particulière d'Apollon.
Les médailles de Selinunte offrent beaucoup plus d'intérêt, par les rapports qu'elles présentent à des événemens dont l'histoire fait mention. Un des plus mémorables, suivant Diodore, fut une peste cruelle qui ravagea Selinunte et tout son territoire. On lit , dans cet historien, que, par des travaux et des saignées qu'Empedocles fit faire à ses dépens pour réunir au fleuve Hypsa les eaux de plusieurs rivières qui inondaient le pays, il vint à bout, en purifiant l'air, de