Y 0 Y AG E P I T T 0 R E S Q UE
couvrant 60 hectares de terrain a dû exister sur ce plateau. Il base son opinion sur de nombreux débris de poteries antiques, de briques et d’ossements humains dont il a constaté la présence sur ces hauteurs et aussi sur une pierre couverte de caractères hiéroglyphiques en relief, ce On ne peut toucher à l’histoire du monde, disait M. de Lesseps dans une conférence, sans rencontrer l’isthme de Suez : la sainte Famille, fuyant la persécution d’Hérode, traversa l’isthme; elle s’arrêta non loin du lac Timsah, dans un endroit où j ai fait élever une chapelle catholique consacrée à Sainte-Marie que les Arabes appellent Sitti- Mariam , et qu’ils ont eux-mêmes en vénération. La sainte Famille a donc traversé l’isthme, et Jésus, enfant, a séjourné près de l’endroit où Moïse avait été sauvé des eaux. »
Le canot a donné quelques tours d’hélice, et Gebel Mariam, disparu, fait place a
Toussoum.
L’est à Toussoum que fut installé le premier campement. Ce point de l’isthme, à l’origine, était un centre d’approvisionnements. Tout autour de ce campement on pouvait mesurer 40 kilomètres de désert sans rencontrer une seule habitation. En 1860, Toussoum était déjà un boulevard, borné, à son extrémité, par un grand bâtiment en maçonnerie et flanqué de docks, de baraquements, d’une briqueterie, d’un moulin, d un hôpital et de maisons rustiques cc construites, dit un rapport, avec des branches des arbustes du lac, des cailloux et de la terre glaise. » Ismaïlia a tué Toussoum, mais Toussoum a eu ses grands jours, alors que les fellahs commençaient la tranchée et que les organisateurs du travail installés à ce campement primitif y donnaient leurs ordres. Il ne reste, là, de ce passé, qu’un témoignage glorieux de l’énergique confiance avec laquelle on commença le creusement
du grand canal.
Cependant Toussoum ne tombera pas en oubli, car les touristes y viendront pour visiter le tombeau du cheik Ennedek. Ce cheik fut un santon vénéré à qui les Bédouins
ont élevé un tombeau en ce lieu. Le monument est un dé percé d’une porte et sur-
monté d’une coupole en briques. Le tout est d un blanc de chaux. Ce point lumineux se détachant sur l’ocre du sable et le bleu du ciel attire forcément le regard. Près du tombeau, ce ne sont que débris et lambeaux d’étoffes. Au mur, près d’une niche, est le cadre d’un tableau où quelques versets du Coran ont dû être inscrits par une main pieuse. D’ailleurs, le turbè du cheik Ennedek est au centre d’un cimetière. De tous les points de l’isthme les « nomades » viennent confier leurs morts à cette terre consacrée.
Suivant ce qui se raconte sous les tentes , le cheik Ennedek aurait été un musulman cc riche en troupeaux et en jardins » qui, revenu de la Mecque et renonçant à ses richesses, se serait volontairement exilé sur le plateau de Toussoum cc pour y mourir en Dieu. » A ceux qui venaient le consulter il ne demandait en payement qu’une
pierre, et c’est avec ce cc prix de sa sagesse » qu’il aurait commencé sa tombe de ses
mains.
Ces souvenirs légendaires sont merveilleusement appropriés aux sites. Mais voici le seuil du Sérapeum qui se dresse comme l’un des problèmes du creusement.