‹ Voyage pittoresque autour de mondeChapitre 14 sur 34 · ILES SANDWICH · texte numérisé non relu

ILES SANDWICH

Ije yo octobre, vieux style ( r"' novembre ), 1816, nous avons ([uitté la baie San-Franciseo, et fait route pour les iles Sandwich. M. Éliot, anglais de nation, (|ui avait long-temps demeuré dans cet arcliipel , en qualité de médecin du roi, et qui tiepuis avait liiit un long séjour en Californie, s’embarqua sur le Riirik , pour retourner à Ovaihy ■. ce tpii nous fut tri's- avantageux ; car, profondément versé dans la langue des insulaires et instruit de leurs u.sages, il nous a l’endu fie tri's-grands services.

Le 9(21) novembre, nous eûmes connaissance d’Ovaihv. Le Mona-Roa frappe d’abord les regards et se distingue aisément des deux autres grandes montagnes de file, le Mona- Vororaï et le Mona-K.éa. INoiis ite vîmes pas du tout de neige sur aucun de ces sommets; à notre seconde relâche, l’année suivante, nous n’en aperçûmes pas non plus. D’après le calcul de M. Hunier, astronome fie fexpédition du capitaine Krusenstern , l’élévation du Mona-Roa est fie mètres au-flessus ilu niveau de la

mer. PI. I.

Le flanc du Mona-Vororaï (|ui fait face à la mer , est couvert de lave jusqu’au rivage. ],orsi[ue le soleil flarde ses ravons sur

ce côté, il est très -difficile de le regarder, parce tpi’il réllécliil une liiniière trop éclatante On nous dit que ce volcan avait eu. en 1774; l'iie éruption qui avait causé de grands ravages dans nie, et qu’à -présent 11 vomit souvent <le la fumée.

Nous étions encore à-|)eu-près à cinq milles de la terre, lorsque plusieurs canots nous accostèrent; ils nous vendirent des melons d’eau , des ignames et des patates. Ayant le projet de nioniller à File de Valion, parce tpie son port est excellent, nous voulions demander à Tamméaméa, roi de cet archipel , la permi.ssion d’y aller.

Nous fumes très-surpris de ce qu’ayant demandé aux insulaires oii le roi était alors, ils ne voulurent pas nous le dire; enfin nous apprimes qu’il se trouvait dans la haie de Tiritatéa on Kiekakéa.

Comme il fait ordinairement calme dans le voisinage des lies hautes, nous ne pûmes arriver dans la haie que le 12, au lever du soleil. Plusieurs milliers d’insulaires armés étaient rassemblés sur le rivage , et quelques centaines d’entre eux avaient des fusils. On nous conduisit an roi ; il était assis près de la plage , à côté de la maison de Kahoumanon, sa femme favorite, sur une belle natte étendue à terre et fabriquée dans ces iles ; une grande pièce d’étoffe noii'e, de manufacture indigène, lui servait de manteau; les principaux chefs, tous armés , se tenaient autour de lui; plus loin était le peuple. Un homme (|ui était assis derrière le roi, avait à la main un mouchoir et un crachoir fait d’nn très-beau bois brun et orné de dents humaines; le prince ne se servit pas de ce viernier meuble.

Tamméaméa nous reçut très -froidement, parce qu’un navire américain arrivé dans cette ile peu de tenqis avant nous , qui avait à bord beaucoup de poudre et d’armes et qui probablement voulait les vendre promptement, raconta que le vais.seau russe le Rurik , accompagné de plusieurs autres bâtiments de sa nation,

(levait venir aux îles Sandwich afin de s’en emparer pour son souverain. A cette nouvelle, le roi fit aussitôt consirnire nn fort à Vallon. Ensuite , lorsque l’on aperçut notre pavillon , le peiqile se rassembla en armes auprès du roi. Nous avons appris de|)uis <pie les insulaires armés étaient au nombre de 4000 hommes.

M. Eliot, auquel le roi témoigna beaucoup d’amitié dès qu’il le reconnut, ayant représenté à ce prince que les nouvelles débitées par le navire américain étaient fausses et que le but du voyage du liurik était entièrement pacifique, les impiiétudes de Tamméaméa ,se calmèrent. M. Eliot lui ayant dit ensuite que nous lui demandions la |)ermission d’acheter des provisions, il nous promit tous les secours qui étaient en son pouvoir, ajoutant ipi’il éprouvait une vive satisfaction à faire (pielque chose pour une expédition de découvertes, et que tout ce dont nous avions besoin nous serait fourni gratuitement.

Tamniéaméa nous permit de parcourir l’ile , mais nous fit toujours accompagner de quelqu’un , sous prétexte que ces promenades pourraient être dangereuses pour nous, parce que les insulaires n’avaietit pas confiance à nos intentions pacifiques.

Il nous conduisit ensuite à .sa maison, ipil ne se distinguait des autres tpie par sa grandeur; le jilancber en était couvert de belles flattes; on voyait au milieu une table à l’européenne et une chaise. Je demandai à Tamniéaméa la jiernii.ssion de faire son portrait; cette jiroposition parut lui plaire beaucoup; mais il m’invita à sortir nn instant, parce qu’il voulait s’habiller; il ne tarda pas à me faire ra|ipeler . que l’on juge de ma surprise, en voyant ce nionaripie se pavaner dans un vêtement de matelot; il avait un patitalon bleu, un gilet rouge, une chemise blanche propre, et une cravate de soie jaune. Je le priai de changer de costume, il refusa absolument, et insista pour être peint eoiiime il était vêtu. Dans la planche il est rc|)résenté avec son manteau noir. Planche II.

Il nous invita à déienner dans sa maison des saerillces, près dn temple. Les mets nous furent présentés sur des assiettes de porcelaine de la Chine. Un cochon de lait rôti , ainsi que les ignames, les patates et autres racines furent servis sur des feuilles fraiches de bananier; le bon vin ne manqua point au repas.

Le roi y assista, ainsi (pie cpielcjues Anglais et .Vméricains établis dans nie; aucun d’eux ne voulut rien prendre. Le repas fini, on nous dit cpie c’était une offrande d’actions de grâce aux Dieux, de ce (pie nous étions venus non comme ennemis , ainsi ([u’on l’avait craint, mais comme amis.

Tamméamca déjeuna eiisnite seul dans sa maison; on lui servit du poisson grillé, des bananes, des patates, et du pava, c’est une bonlliie faite de racines de tarro écrasées dans l’eau. Le roi ne .se servit ni de couteau , ni de fourchette ; il semblait aimer beaucoup le bon vin de Madère. Nous lui finies présent d’excellent vin doux du Chili, qui ne fut pas de son goût; il le comparait à de la mélasse. Les domesliipies et même les chefs avaient les épaules découvertes en inésencc du roi.

Tannnéaméa a sept femmes (pii sont toutes âgées et extraordinairement grosses, de même t(ue toutes les femmes des chefs sans exception. Kahoumanou, celle (pi’ll aime le mieux, est trèsgrande et très-forte; si elle n’était pas si noire, elle |)Ourrait passer pour une belle femme. PI. III.

Nous vimes chez elle ses deux filles; l’une Agée d’environ dixhuit ans, l’autre de treize. Celle-ci est très-jolie, mais très-noire; elles sont, comme tontes les femmes de ces iles, découvertes jus- (pt’â la ceinture.

On dit (pie Tamméaméa, dans sa jeimes.se, était extrêmemeni jaloux. Deux de ses fils devinrent amoureux de Kahoumanou ; il en fut instruit et résolut de les jinnir; il les étrangla de ses propres mains sui- une place publiijne , en présence dn jieiqile.

Les reines, (le nu'nne (|iie tontes les tennncs de distinetlon , oui ;ni|>i(\s d’elles de jeunes gareons ponr chasser les inonehes avec des tondes de pinnies ou de ndtans. PI. 111. On se préserve de l’ardenr dn soleil avec des parasols.

Nous avons rendu visite à Liolio, dis dn l'oi , et héritier dn royainne ; il était assis à terre sur une belle natte, à-pen-près tout nn ; il nous re<?nt très-f'roldeinent , ne proféra pas nne parole, et eut l’air de faire à peine attention à nous i il était entouré de [)lusieurs chefs. Liolio a été en Angleterre; il parle bleu anglais; il déteste tous les étrangers, et les changeinents que son père a introduits dans le gonvernenient. On dit (|ue tous les vieux chefs ont end)rassé son parti.

La haie de Tiritatéa n’est pas grande ni connnode jtour les hàtiniens tpii veulent v uionlller, parce (|ue le liiud est de rochers de ('(trail aigus (pu coupent les câbles. Nous y avons trouvé inonillé nn grand navire améric'ain à trois mâts, le Bridüs , de Boston. Le inauvais temps lui avait fait perdre deux de ses mâts dans sa traversée de la c(')te Word-Onest d’Ainéricpie il cet archipel. Il avait ri'paré ses avaries dans la haie de Karakakoua , tristement céh’hre par la mort du capitaine Cook. Il devait aller ensuite à la Chine.

Le village situé sur le bord de la mer est assez grand et ombragé de beaux cocotiers. On y voit trois maisons en pierre, qui servent de magasins au roi.

Les insulaires ont construit le long du rivage de grands hangars sous lesquels ils conservent leurs pirogues de guerre au nombre de plusieurs centaines; (piehpies-uues ont ipiarante et jusqu’à soixante |)ieds de longueur; toutes sont creusées dans un seul tronc d’arbre. Les plus longues sont ordinairement dctuliles.

Ovaïhy n’est pas aussi abondante eu fruits ipie h\s autres des de cet archijtel •. notamment que Movv et Vahou; mais on dit tpie

les femmes d’Ovaïliy sont les pins jolies. La modestie n’est pas la vertu à la mode chez beanconp d’entre elles, car elles nous tirent des avances.

Parmi les présents (pie nous finies an roi , les objets tpii lui plurent davantage furent deux mortiers en bronze, avec une quantité de bombes. Ijorsqne nous primes congé de loi, dans la soirée, il donna ordre à mi des chefs de nous condnlre à Vabon , de nous y faire fournir tons les secours dont nous avions besoin, et de veiller à ce que nous fussions bien reçus.

Le 1 2 (24) nous eûmes connaissance de File de Vabon, et le 1,3 (20 ) lions lions en approchâmes. Elle nous parut beanconp pins fertile qn’Ovaïby, moins brûlée et moins noire, et bien pins verdoyante. Sur sa cfite méridionale s’élève nue montagne conique assez liante, dont la cime la pins élevée s’est affaissée, et semble être le cratère (fiin volcan éteint depuis long-temps.

Plusieurs jiirognes nous aecosti'reiit. Manonva, ainsi s’appelait l’envoyé du roi (pii nous accompagnait, alla à terre dans un de ces bateaux. Bientôt nous aperçûmes le village et le port d’IIanaronrou, oii plusieurs vaisseaux étaient à l’ancre; nn fort en défend l’entrée ainsi que ses rives; il est monté de trente canons de bnit, de douze et de seize; sur ses murs flotte le pavillon du roi Tamméaméa , qui offre sept bandes alternativement bleues, ronges et blancbes; dans le coin supérieur, pr(“s du bâton, se trouve Fiack, on petit pavillon anglais.

Entre antres bâtiments mouillés dans le port , il y en avait deux an roi: nn grand navire à trois mâts, qui portait le nom de la femme du vice-roi, et nn très-beau brig , de dix-bnil canons, qui se nommait la Kahonmanou , en Fbonnenr de la reine. Celui-ci devait être expédié à la Chine par le roi, avec nue cargaison de bois de Santal. Lorsipie l’année suivante nous revinnies dans cet archipel , nous apprîmes (pie la Kahoumnnou était effèe-

tivenieiit allée à Canton, mais qne les Chinois ji’avaient pas voulu l’admettre, sous pré’texte que ce navire portait un pavillon ([u’ils ne connaissaient pas.

rous les bâtiments t[ui appartiennent an roi , sont coinmandés par (les Amén'icains ou des Anglais; la moitié' des matelots est aussi conqiosée d’étrangers , et le reste l’est d’indigènes.

Le i4 (26) nous sommes entrés dans le port qn’nn récil (le corail met à l’abri de la laine. Il est situé par 21° 1 cS’ o” de latitude nord, et 160° 3i’ 22” de longitude à l’onest de Paris.

■lobn ïoung, si connu par les relations des voyageurs qui nous ont précédé's dans cet archipel , oii il est établi depuis vingt-six ans, vint nous voir. Il (*st aimé et estimé du roi et de son peuple. Il a ([iiatre-vingt-trois ans. Lorsque nous revinines ici, en 1817, il était extrêmement affaibli , de sorte ipie l’on ne |ionvait guère (tspérer ipi’il vécut encore long-temps. Il avait été maître d’équipage d’un navire américain ipii aborda en mars 1790 à Ovaïby. Le 17, Yonng avait obtenu la permission de rester à terre jns- (pi’an lendemain ; lorsqu’il voulut retourner à bord , il trouva toutes les pirogues tabouées et retirées sur la grève, et Tamméanu'a lui déclara qne s’il osait se servir d’une embarcation du pays, il serait mis à mort, mais (|ii’on lui en fournirait une le lendemain. Cependant, instruit ipi’une goélette, commandée par le fils du capitaine américain, avait été arrêtée dans une baie, au sud d Ovaïby , et (pie quatre des cinq hommes qui la montaient avaient été massacrés par les Insulaires, le roi ne voulut point permettre à Yonng de partir; il le traita d’ailleurs avec beaucoup d’amitié. Le bâtiment d’Yoïmg, (pii avait levé l’ancre pour profiter du vent favorable, resta deux jours devant la baie de Karakakoua , tirant des coups de canon jiour avertir Yonng, et sapprocbani de la cote autant (pi’il était pussible; enfin un coup de vent l’obligea de s’éloignei- et d’appareiller.

Quand Young se vit litrcé de rester dans un jtays dont il ignorait la langue, ou il ii’y avait pas d’autre enrojtéen , et fl oii il ne pouvait espérer de sortir bientôt, à moins d’im événement extraordinaire, il tomba dans le chagrin et rabattement. Le roi ebercha à le consoler et à lui rendre le courage; il lui témoigna beaucouj) d’ari'ection et d’estime, lui donna des cbamps et des bonnnes pour les cultiver, lui fit aussi présent de cocbons, enfin ordonna aux cbefs de lui mart|uer de l’amitié et des égards, d'ous prodiituèreut leurs dons à Young, de sorte ipi’en peu de temps, il fut un des plus i-icbes particuliers du pays. Il ajtprit la langue, se fit aimer des babitauts, épousa une témrne d’une classe distinguée, et fut élevé au rang des t befs ; alors il résolut de finii' ses jours dans file. /Vvtint de parvenir à ce degré de considfM-atioii , il avait Ibrmé avec un autre .Anglais le projet de .s’enfuir; ce dessein écboua. Dejtuis cette éjxtque il s’était résigné à son sort; sa bonne conduite envers les indigènes et envers les etrangers qui abordent à cette ile, lui avaient acquis l’estime générale et la confiance illimitée de Tannnéaméa. Toutes les affaires lui passaient par les mains.

Le fort de Vabou est gardé par une garni.son d’insulaires; les canonniers sont Américains ou Anglais. M. Billey , officier de la compagnie anglai.se des Indes , en était commandant.

Kraïniokou , vice-roi de Vabou, gouverne cette ile au nom de Tannnéaméa. C’est un bomme de beaucoup d’esprit, qui entend le commerce aussi bien ipie son souverain. Les Américains relàcbent à cette ile tous les ans au printemps, quand ils arrivent dans le grand Océan; et en automne, dans leur traversée de la côte nord-ouest du Nouveau-Continent à la Chine. TIs y prennent des rafraicbissenieiits, et v cbargent aussi du bois de Santal. Ce bois ne coûte aux iles Sandwicb t[ue six piastres le quintal , et se vend dix et onze piastres à la Cbine, oii l’on en fait toutes sortes de

petits ouvrages, tels tpie des éventails; ou en extrait aussi une huile odorante, el on le hrùle eoinnie offrande devant les images des Dieux. Ce hois étant très-lourd, un navire peut en charger pour une valeur considérahle sans en prendre une quantité (pii rencoinlirerait. Comme il est très-ahondant sur ees ilês, c’est un de leurs principaux objets de commerce. Le roi ne prenait autrefois ([lie du fer en échange, ondes outils de ce métal, et des armes; il reçoit volontiers aujourd’hui des armes, de la jiondre , du Ijiscuit de navire, et aime beaucoup, lorscpie c’est possible, (ju’on lui paie une partie de la somme en [liastres.

On [lèche dans cet arclii|iel, et sur-tout à \'aliou, de trèsbelles [lerles. Elles a|)[iartiennent au roi ; il les rassemble soigneusement. Souvent des Américains et des Anglais restent ici pendant (|iiel(|ues mois avec des marchandises [lonr les échanger secrètement avec les naturels contre des [lorles ; mais ce commerce clandestin ne leur est pas très -avantageux ; car les insulaires, s’imaginant ([ue c’est une marchandise extrêmement [irécieuse, en demandent un [irix à-|)eu-près égal à celui ([u’oii peut espérer d’en obtenir en Europe ou en Chine.

Parmi les objets ([ue ces îles fournissent abondamment aux navires (|ui arrivent , on [leut compter les femmes. Tous les soirs, au coucher du soleil , ils sont entourés de centaines de pirogues chargiT's de jeunes filles (|ui a[)partleiinent aux basses classes du peuple; celles ([ni sont nées dans un rang [ihts élevé, ne cèdent qu’à des sollicitations réitérées. Au reste , les femmes de cet archipel , de même ([ue celles de beaucoup de pays de la zènie torride, ont, trî’s-jeunes encore, et ([uehpiefois même avant l’âge de dix atis , commerce avec les hommes.

Les hommes sont extrêmement jaloux de leurs compatriotes; mais ils cèdent aux blancs, sans répugnance, leurs femmes, leurs sœurs on leurs lilles. Un homme [leut avoir autant de femmes

qu'il peut eu uoiinir; les gens du coumiuu ii’eii oui ordinaireiiieiit qu’une.

Lorsqu’un homme a jeté ses vues sur une jeune fdle, il l’invite à venir vivre avec lui. On reste ainsi plusieurs semaines, jilusieurs mois, justpi’à ce que l’on soit latigué l’un de l’autre; ou se sépare sans se fâcher ; l’homme cherche une autre femme , et continue ainsi <à en changer jusqu’à ce qu’il soit las de ce train de vie. Si la femme devient enceinte, riiomine reste avec elle. Il n’y a pas d’exemple de séparation dans ce cas.

Donner un baiser est une chose inconnue; on .se frotte mutuellement le nez comme si l’on voulait flairer une (leur.

Les grands se distinguent aisément du peuple; ils sont de haute taille et gras ; leur teint est brun foncé; ils ont les cheveux moins longs que les gens du commun , souvent crépus et courts; les lèvres généralement assez grosses ; tandis tpie le peuple est petit et maigre, a le teint jtliis jaune, les cheveux plus lisses.

Les enfants , en venant au momie , sont complètement noirs ; la jeune fille, la jtlus jolie et la plus déliiate, qui s’expose le moins à 1 action de I air et du soleil, est noire; celles ipii sont obligées de travailler constamment à l’ardeur du soleil , sont presque de couleur orangée.

Les grands ne se distinguent pas du |jcuple par l’hahillement, excepté que pour se vêtir, ils emploient de plus grands morceaux d’étoffe ; cependant nous avons observé que la couleur noire jioui' les vêtements, leur est exclusivement dévolue.

La noblesse est héréilitaire , non par les hommes, mais par les femmes. Les enfants d’un homme noble et d’une (éimne <[ui ne l’est pas, sont regardés comme étant de la classe commune; mais les enfants d’une femme nolile et d’un homme qui ne l’est pas . appartiennent à la classe de la noblesse.

La condition des femmes n’est |ia.s améliorée depuis tpie l’im-

mortel Cook nous a lait connaître cet archipel. Il leur est délendii, sons peine de la vie, de manger du cochon, des bananes et des cocos; de faire usage du feu allumé par des hommes; d’entrer dans l’endroit oii ils mangent; (piand une lérmne enfreint une de ces défen.ses , on la tue sans pitié. Étant mouillés dans le port, nous vîmes llotter sur l’eau le corps d’une jeune femme. Elle avait eu le malheur, étant ivre, d’entrer dans la maison oii les hommes niangeaient; les habitants lelranglèrent surde-diamp, et le jetèrent à la mer

Cha(pie famille a, par ce motif, plusieurs maisons; riiomme en a trois : il dort dans l’une, mange dans la seconde, et fait du feu dans la troisième; la femme en a un nombre égal. Si un homme mange dans la maison de la femme, aucune lermne ne peut plus V entrei-; si l’homme se sert du feu allumé par les femmes, aucune d’elles ne peut ensuite en faire usage.

Ces femmes et les gens du eomrnun sont également exclus des mystères de la’ religion (^l'aboii'). Au commencement de chaque mois, il y a deux à trois jours de fête ÇTa/mu), et dans le courant de l’année il y en a quatorze, (pie les chefs sont obligés de passer dans les temples à prier ; ils y mangent et ils y dorment aussi pendant tout ce temps; car ils ne peuvent, tant qu’il dure, entrer dans une autre maison ; s’ils y mettaient le pied, elle serait brûlée à l’instant. S’ils touchent une femme, elle est mise <à mort sur-le-champ; s’ils touehent un homme, il faut (pie eelui-ci reste dans le temple à se puiilier pendant toute la durée de la fête. Les Tahoués ont la liberté de sortir du temple pour se promener; alors ils se font accompagner par des hommes qui portent des drapeaux , pour iudi([uer au peuple (pi’il doit s’éloignei-. Pendant toute la duré'e de ce tabou , les femmes ne peuvent pas aller sur la mer, sous peine de mort. Quand nous étions dans file, la femme de Kra'imokoii rc.sta [lar malheur trop long-tenqjs à bord

d’un navire américain , et ne retourna à terre qn’après le coin lier du soleil , un jour que le tabou connnençait. Connue le tabou était connnencé dès ce moment, le peuple, transporté de fureur, l’attendait sur le rivage, et se jeta sur elle j)Our la punli-. Heureusement des Américains et des Anglais (pii avaient prévu l’évènement , réunirent leurs efforts et la sauvèrent.

Les prières se font dans une langue (jui n’est comprise de personne, et pourtant tous les nobles les savent par cœur. Ils appellent Dieu, .Itoua, et Aloua nom' noi«’ j Grand Dieu ). On le représente par des figures en bois , de même tpie d’autres dieux; mais seul il a plusieurs centaines de dents de cbicn dans la boucbe , et est orné de plumes.

Les autres dieux ont chacun des noms différents; tels que lanatatea, pl. VIII, lig. 3; Otibou -Otouaï on Oréro , pl. VI, fig. 3; Kavakaka'i, pl. Vil, fig. 2; Lanaréré, Otaounouton, pl. VII, fig. 1; Tanaré-Papaou , pl. VU, fig. 4; Kaleaoko , j)l. VIII, fig. i; .Avajielou, Vramokou Otavata , pl. VI, fig 4; Ilareopapa, pl. VI, fig. .2 ; Vlan , pl. \ I , fig. i .

La planche V représente le temple du roi; le dieu qui porte un oiseau sur la tète est celui de la guerre. Il v a aussi un tambour sacré nommé ^Ipahou ; il est orné d’un grand nombre de dents, sur-tout de celles des victimes humaines qui ont été immolées aux dieux. On offre en sacrifice des cochons, des bananes, des cocos et des bonnues, à ce qu’on nous a dit, mais il parail que ce sont toujours des criminels.

Le tambour commun s’appelle Houra-Houra aux des Sandwich; la danse et le chant se désignent aussi par le même nom. Pl. VIII.

l'outes ces idoles des des Sandwich ont généralement trois, quatre, six, et même plus de huit pieds de hauteur; les insulaires sendjlaient ne pas avoir beaucoup de respect pour ces images des dieux ; ils en faisaient des olqets de plaisanterie, .l’ai entendu

(lire «[lie des étrangers étaient un jour entrés sans perniission dans un temple où il y avait un grand noniùre de ces idoles; le peuple voidait punir par la niort l’affront lait aux dieux; mais les Américains et les Anglais tpii habitent dans ces des employi'rent leur influence pour calmer la furie du peuple. Enfin on se contenta de brûler le temple, et on jeta les dieux dans un coin. Nous avons remarqué une figure de Priape |)armi ces idoles.

Chaque chef a sous sa dépendance un certain nombre d’hommes qui lui obéissent , qui sont tenus de cidtiver ses champs et de lui remettre une quantité déterminée du [iroduit. Quand le roi veut faire travailler , les chefs sont obligés de lui fournir des hommes.

Les favoris du roi lui mai'(|uent leur affection en manifestant le desii' d’ètie sacrifiés aux dieux à l’instant oii il mourra. Nous avons vu un de ces hommes , destiné à finir ses jours au moment oii le roi expirerait. ( PI. X, fig. i.) Cet homme paraissait heureux de l’idée et lier de l’honneur de servir encore le roi après cette vie terrestre. Il aimait extraordinairement sa femme, faisait tout ce qui pouvait lui être agréable, et lui choisissait les étrangers les mieux laits qui avaient su lui plaire.

On cultive beaucoup le mûrier à papier dans ces des. Lorscpie l’arbre est âgé de trois ans, on le coupe tout près de la racine; on racle soigneusement l’épiderme qui est jeté comme inutile, puis on enlève l’écorce; on la laisse tremper une (pilnzalne de jours dans l’eau, pour ramollir, ensuite on la pétrit et on en fait des boules de la grosseur d’une pomme moyenne; on les pose sur une planche propre et on les Irapjie avec des maillets de bois, pour applatir , étendre et amincir la masse; de sorte (|n’uue de ces boules devient une pièce tl’étoffe <pii a sept à huit pieds de long sur autant de large. La pâte pouvant se sécher pendant (ju’on la travaille ainsi , on rinnnecte fréquemment , et la préqia-

ration (Inrant souvent dix à douze jours, on nionllle eonstannneni la pâte pendant la nuit. L’étoffe que l’on obtient par ce procédé est d’un gris jaunâtre ; elle est ensnite teinte avec des couleurs tirées de feuilles et de racines de végétaux ; toutes les ligures que l’on y dessine sont exécutées avec un soin et nue patience extrêmes par des fennnes qui se servent à cet effet d’un petit roseau féudu. Les étoffes qui ne sont pas teintes se lavent aisément. Ou frotte les autres d’Imile odorante que l’on extrait des racines et du bois de santal.

On récolte beaucouj) de tabac, dont les Américains ont ap])orté la graine: il est très- fort. Les insulaires sont devenus des fumeurs déterminés ; les femmes mêmes ont souvent la pipe à la boucbe.

Le coton est nn produit indigène de cet arcbipel ; mais on n’eu lait aucun usage.

Les femmes aiment beaucoiqt à se parer; elles se coupent les cbeveux très-courts; elles relèvent ceux du front, et les enduisent de cbaux plusieurs Ibis dans la journée , ce tpd les fait devenir blonds, et même entièrement blancs. Nous avons souvent vu de ces cbeveux teints rpn étaient couleur de rose ; mais nous n’avous ])u ap|)rendre comment ou leur donne cette teinte. Plusieurs Européens croyaient que cette mode n’existait (pie depuis ipi’ils fré- (pientent ces des. Cette opinion n’est pas vraisemblable, puisque les cheveux de la déesse Hareojiapa ( J^l. M, lîg. a. ) sont jieints de la même manière, et ([ue le bois dont elle est faite est coupé dejiuis cent ans au moins. Les jeunes femmes et plusieurs bommes ont depuis long-temps adopté la mode abandonnée jiar les Européens, de mettre les cbeveux en (piciie. Beaucoup d’hommes se teignent aussi les cbeveux.

Les pirogues des naturels sont très- longues et doubles, ou pourvues de balanciers sur un des c(')tés. On les lin't ordinaire-

ment allei' à la pagaïe. (Je n’est tpie par un vent très - favorahle (pie les insulaires emploient les voiles. Ils sont excellents nageurs; mais on a quel(|uefois exagéré leur liahileté en ce point; ils ne peuvent pas nager à plus (le sept milles (le distance (le terre; on n’en a pas vn non plus (jui plongeât à plus (le onze brasses de [trofondeur ; ([iiand ils y parviennent , le sang leur sort par le nez et par les yeux ; du reste, ils sont très-adroits dans cet exercice. Le cuivre de notre bâtiment s’était rongé sons la (piille; un insulaire plongea, examina le dommage, en vint rendre compte, plongea de nouveau avec un marteau, un morceau de cuivre et des clous, et répara tout avec beaucoup d’exactilnde.

Souvent des insulaires s’embartpient sur des navires américains (pii vont à Canton ou à la C(')te nord-ouest d’.\méri(pie ; à leur retour, ils (’|)rouvent lieancoiip de jilaisir ;'i raconter leurs aventures à leurs compatriotes; et, comme cela arrive frt'cpiemment aux bonnnes plus civilisés , ils exagèrent ce ([u’ils ont vu dans leurs voyages. Ce sont de bons matelots, fidèles et de bonne bumeur.

Le peuple et les cbefs aiment extraordinairement les hablllemenls européens; (piebpies chefs s’en vêtissent, mais seulement (piaiid ils font visite aux bâtiments ([iil arrivent. Taïniotou, frère de la reine Kahoiimanoii , était prescpie toujours mis à l’anglaise.

Les nobles étant sans exception très -gras , boivent du kava pour maigrir, en même temps ([u’ils gardent une diète sévère, et effectivement leur embonpoint diminue sensiblement; la peau se ride, tondie par écailles, et se renouvelle.

Beaucou[) de vieux cbefs boivent le kava, ou ava, par [ilaisir; Ils maigrissent , leurs yeux deviennent rouges ; l’usage de cette Itoisson leur donne un air de gens à demi ivres. Les voyages de Cook décrivent la maniéré dégoûtante dont on prépare cette bois-

son qui est en vogue tians les principaux arcliipels (In grand Oct^an , et dont 1 alnis produit par-toiit des effets pernicieux. On a pensé (jn il faut lin attribner en partie les nombreuses maladies de peau dont les insulaires sont attaqués.

.Fai vu à Vallon un Anglais que la goutte avait rendu entii'rement perclus; il ne pouvait ni s’asseoir ni marcher. Voici comme un vieil insulaire s’y prit pour le guérir. [I lui fit d’abord observer la diète la plus rigoureuse; ensuite il le frottait constamment tous les jours, en applicpiant les mains depuis la ceinture jns(|n’au bout des pieds , et ne cessait rpie lorstpie le malade s’endormait. En six semaines celui-ci fut entièrement guéri, comme il nous l’apprit lui-même lorsque nous revinmes à Vabou. Le jirocédé employé par cet insulaire rappelle ceux que le magtiétisme met en usage.

On supposait tpi’à la mort de Taniméaméa , Taïmotou s’emparerait de Movi , et Kraïmokou de Valion, les Iles les plus aliondantes en denrées et en bois de Santal; et (pi’Ovaïhy, File la ])lus pauvre du groupe, resterait à Lio-lio. Les Enropé’ens établis dans l’arclilpel .soutiendront sans doute les deux premiers prétendants chez les([uels ils ont toujours trouvé de l’appui, tandis qu’au contraire I>io-lio , ainsi (pie Je l’ai déjà dit , est leur ennemi juré.

Les des d’Otouvaï et d’Onihaou, appartenaient au roi Tamonri, (pii demeure sur la première. Tamméaméa les avait conquises; des secours fournis à Tamonri par la compagnie ru.sse d’.-Vnu’riipie, le mirent à même de les recouvrer, et elles formèrent de nouveau un royaume s(‘paré. L’état des choses a subi un nouveau changement. A notre arrivée à Vahou, l’année suivante ( 1817), nous a[)primes (pie Tamonri avait envoyé des aniha.ssadeiirs à Tamméaniéa , et s’était volontairement soumis à sa suzeraineté.

On dit <pie File d’Otouvaï alionde en bestiaux , et de même que Movi est aussi très-féconde en orangers; mais ce fruit n’v e.st

pas bon, il est ti'op aigie. Ou fabrique à Otouvaï de très-belles nattes avec des feuilles de baqiiois ( Pandanu.s odoruti.ssinuis \ aboli produit des ananas qui sont assez j;ros; on y a plante des ponnniers et des poiriei’s; Ils n’y réussissent ijue dans les montagnes; ils n’ont pas encore porté de Irnits.

b)n y volt (pielqnes vignes; elles ont été plantées par un Esjiagnol nonnné Maiiid, établi ilans cette de, à laipielle il a fait beaucoup de liien , parce ipi’il entend toutes les branches de l’économie rurale et domestiijne. I n tel honnne est d’antant plus précieux pour cet arcbipel , ipie tous les Américains et les Anglais ipii s’y sont fixés sont des marins ipil ne connaissent <pie leur métier. Marini sale une tr<‘s-grande (|uantité de chair de cochon pour les navires ipil relâchent ici; les salaisons sont bien laites. Il fait aussi sécbei- des bananes qui sont un mets exquis, non-seulement à la mer, mais aussi à terre; enfin il confit beancou]) de fruits au vinaigre.

La langue des insulaires est très-aisée à apjireiulre; elle consiste généralement en mots composés , tels que ■.

maké-maké. aimer, vouloir, souhaiter.

vaï-vaï. dormir.

noui-noiii beaucoup.

kaou - kaou. manger.

mira-mira voir.

Le ? se confond ordinairement avec leX'.et le / avec 1er, par exemple-. kanaka ou tanata honnne.

tara, karo , kalo ou tido. . . tarro, racine de \'aru.m escidentum.

tapa-kapa étoffe d’écorce de mnrier.

Tmïniokou. . Kraïmotou. .

T ammeaméa. Kamniéamca.

Tahoumanou. Kahoumanou .

Taùnotou. . . Kaïmokou.

TamouvL . . . Kamouri.

Noms propres.

I ons les noms ont une signification ;

Lio-Uo cliien de clnen.

kraïmoton requin.

nnya marsouin.

Ce nom est celai de lieancoiq) d'insnlaires ; on donne aussi ces mêmes noms aux Européens en y ajoutant /iooH/ê, adjectif qui vent dire étranger; on appelle cenx-ci, en général, karuika-haouri , lionmies étrangers.

Il lions sembla ipie les liommes d’nn i-ang élevé et les jeunes femmes, prononçaient ordinairement Ç pour k, et / jionr /-.

La danse de ces insulaires, snr-tont celle des hommes, est extrêmement gracieuse; ils ne reinnent pas beaiiconp les pieds, ne faisant qu’nn pas de côté, en avant ou en arriére; mais la tête, les bras et le corps, sont dans nn mouvement continnel , qui, loin d’être fort ni outré, offre toujours riiarmonie la pins agréable, et une grâce Infinie. Les bonimes ne dansent ordinairement ensemble qu’au nombre de trois devant un cercle de spectateurs; les femmes se réunissent souvent an nombre de cinquante pour danser; c’est nn divertissement ipéelles prennent; les bommes au contraire sont des danseurs tie profession qui se font payer. Quand ils dansent bien, les femmes leur jettent pour récompense des pièces entières d’étoflés. Les hommes ainsi que les femmes ont pour danser nn costume (larticulier ; les bommes portent des boucliers légers, couverts de plumes de coq et d’autres oiseaux, et à la poignée desquels est attachée une petite calebasse qui renferme des cailloux. Quand le bouclier est agité, ils font un bruit (pil n’est pas désagréable, snr-tont ipiand on le remue en mesure avec l’air de la danse.

Les musiciens qui jouent pour accompagner les danseurs, ont à la main gaucbe une grande caleliasse vide, ils l’élèvent doucement en l’air, et la lai.ssent tomber à terre; il en résulte nn son sourd

mais non dépourvu d’agrément; de la main droite, ils en frappent un petit tamliour , fait d’éealles de eoeos et recouvert de peau de re(|uin. Indépendamment de ces instruments, les femmes ont des morceaux de Itois qu’elles fra|)pent en mesure les uns contre les autres, ou des morceaux de roseau creusés d’entailles transversales, et sur lestpiels on fait passer, de l’un à l’autre bout, de petits morceaux de bois, ce qui pi(jduit un son bruyant comme celui d’une cresselle.

Les hommes poitent à l’avant-bras des ornements en os, et autour des jambes plusieurs cordons de dents <|ui font du bruit quand ils remuent.

Toutes les danses sont acconqiagnées d’un air qui est toujours le même.

Nous avons souvent entendu le peuple crier aux danseurs qui avaient lini, de danser comme les kanaka-baoiiri (les étrangers ). Les danseurs obéissaient à cette injonction, faisaient des sauts et des cabrioles, ensuite valsaient, et les spectateurs éclataient de rire.

Nous avons souvent vu les insulaires danser assis : ils s’ticcompagneiit en chantant , en frappant des mains , et battent la mesure sur leur poitrine.

Les femmes portent souvent au cou des tresses de cheveux d’hommes, auxquelles est suspendu par devant un morceau d’os taillé en forme de langue; c’est ordinairement de la dent de cachalot <pie les Américains vendent très-cher aux insulaires.

Les veiTt)teries roii£;e - foncé sont seules recherc hées ; on ne fait aucnn cas (le celles ([ui sont cfune antre couleur. On attache cm grand prix an drap d’Europe. Les fénnnes aiment beaucoup les miroirs; elles en demandent toujours; ([uand elles en ont, elles les portent constamment avec elles, et s’y regardent jtresqu’à cha(|iie instant.

On jouit dans ces des de la même sûreté cpie dans les pays civilisé's de l’Europe ; nous avons souvent dormi à terre dans les cabanes des hahitans. Fins de deux cents étrangeis Américains el Anglais vivent dans cet archipel; les insulaires lem- témoignent heaucouj) de considération; cjuelcpies-uns n’y font cpfun séjour assez court , d’autres y restent soit pour servir d’interprètes aux hàtiniens cpii arrivent, soit pour les approvisionner; cfautres n’y viennent cpie pom- aller dans d’autres pays du monde; car on y ti'ouve prescpie toujours des navires destinés pour la côte nordouest et meme pour tout le continent de l’Ainéricpie; pour les Philippines et pour Canton.

Les maisons sont commodes et propres, sur-tout celles des (èrmnes ; elles sont construites en claies , recouvertes en haut et sur les côtcès cfherhe sèche , enduite de terre. Line fenêtre sert à donner de l’air plutôt cjue du jour; les portes sont très-basses.

Les maisons sont toujours dirigées du nord-est au sud-ouest.

Les Inscdaires aiment extrêmement le combat de la lance; ils la jettent et la parent avec beaucoup d’adresse, en se baissant et se jetant de cêcté , ou en .sautant suivant cpie la circon.stance l’exige ; cpiehpiefois même ils saisissent la lance (jiu vient vers eux, et la jettent à leur adversaire.

Le i" ( ta J décembre, nous avons levé l’ancre, salué le pavillon du roi ïamméamc'a de sept coups de canon, cjui furent rendus coup pour coup, et eputté les des Sandwich avec l’espoir d’y revenir.

L’on apprit, l’année dernière { 1820), par une lettre de M. llicord , gonvernenr du Ivanitcliatlva , la mort fie rcnnniéanu*a. « Cet lioninie extraordinaire, dit M. Ricord , semblait destiné par la Providence à tirer ses compatriotes de l’ignorance et de la barbarie, en introflnisant |iarmi eux les connaissances , les arts et la civilisation fie l’Europe et fie l’Amérique. Ce fut an nuiis fie mars 1879 (pt’il mourut, >à Ovaïby , après une maladie fie quelques jours. Peu de temps ariparavant , un phénomène extraortlinaii'e avait eu lieu flans celte ile. Les eaux de I Océan y étaient montées à six pieils , puis redesceiiflues , en ui] certain nombre de minutes, penilant trois heures, et avec tant fie régularité et de trantpiillité, que ni les liâtiments mouillés flans le jiort , ni les maisons situées sur la cote, n’en éprouvèrent aucun dommage. Par l’edet fl’une siqterstition naturelle à tous les peuples sauvages, les insulaires i-egaidèrent ce phénomène comme le présage fie la mort prochaine de leur l'oi.

l'amméaméa sentant appi’ocher sa fin , avait fait rassemliler autour de lui les chefs des îles tpii hn étaient soumises; il les exhorta à maintenir religieusement ses institutions ; « Nous en « sotnmes redevables, leur dit-il, aux hommes hiancs tpii nous tt ont visités, et à ceux tpii vivent au milieu de nous; je vous « invite à les respecter plus que tout autre habitant de nos îles; <f à regarder leurs propriétés comme sacrées; à les laisser jouir (f de tous les jiiiviléges et de tous les avantages que je leur ai et accordés, n Ensuite il nomma pour son successeur Rio-Kio , son fils, âgé de vingt ans, et lui fit prêter serment en cette (pialité par les chefs réunis ; mais il recommanfla à sa femme fl’avoir soin de lui, à cause de sa jeunesse, la créant ainsi, |)our un temps, régente de ses états. Quelques heures après, il expira.

Conformément à l’usage du pays , la personne l’econnue comme devant hériter de l’autorité supiême . est obligée de cpiitter le

V aa )

lieu et même l’ile où le roi est mort. Kio-Rio dit à ses amis, en jjartant d’Ovaïhy; « Puisque mon père m’a trouvé digne d’être son successenr , de préférence à mes frères, je ne souffrirai pas d’autorité siqrérieure à la mienne ; et je déclare expressément qu’à l’expiration du terme fixé , je reviendrai comme roi , ou bien je ne serai rien. » Les chefs restés à Ovaïliy s’exercin-ent aux évolutions militaires ; toute l’ile est renqdie d’hommes la plupart armés à l’européenne. Les bâtiments étrangers qui se trouvaient alors mouillés dans le port , furent dans la néce.ssité de se tenir prêts à combattre.

lelle était la situation des des Sandwich an départ du navire américain qui nous a apporté ces nouvelles. On croyait que Rio- Rio, qui a nn parti considérable en sa faveur, et que les bâtiments américains sont préjtarés à soutenir, .si les circonstances l’exigent, réussira à maintenir son autorité légitime, lors même qu’il y aurait du sang répandu.

Le trésor trouvé à la mort de Tamméaméa se monte à 5oo,ooo piastres; il l’av'ait amassé par son commerce avec les Européens. Ce monarque possédait aussi une grande quantité de ntarchandi.ses , et quelques bâtiments marchands bien armés. Ce trésor peut passer pour être d’une richesse extraordinaire, si l’on considère (|u’à l’époque du voyage de Vancouver aux des S.'indwich , en 1793, Tamméaméa vint lui- même le trouver avec d’antres insulaires , [tour échanger des bananes et des cochons contre des clous.

Vancouver, qui était embarqué avec Cook, lors([oe ce gjand navigateur découvrit les des Sandwich, en 177g, se rappelait Tamméaméa, neveu du roi Terriobon , comme un homme d’une jthysionomie extrêmement farouche. Dans l’intervalle, Tamméaméa était parvenu à la suprême puissance. Vancouver fut agréablement surpris de voir que les années avaient adouci la férocité

des traits de Taniméaniéa , et que sa iigure aiiiioiieait de la liaiidiise, de riiitelligeiiee , de la Ijoiité et de la générosité. Il eut plusieurs oceasioiis de recoiiiiaitre l’esprit d’ordre et la .sagesse de ce prince, l'oiites ses (piestious étaient judicieuses ; rien de ce (pii était utile n’écliappait à ses observations.

M. Ricord cite uii fait (jui donne une bonne idée de Tesprit et du caracti're de Tannuéainéa. Un chef très - ambitieux ipii .s’était échauffé Fiinagination en buvant du ruiu, avait déclaré ipi’il n obéirait pas a un ordre du roi (pii venait d’être publié; et quelqu’un lui ayant adressé des re|)résentations, il s’écria avec hauteur; « Croyez -vous donc que je ne suis pas aussi bien roi dans mon ile que ramméaméa à Ovaïhy?» Instruit de ce propos, le roi dit à (pielqii’un de jjorter à celui qui l’avait tenu le crachoir dont le monarque seul a le droit de se servir. Quand le chef ret’ut ce présent inattendu, il comprit le motif pour lequel Tamméaméa le lui envoyait; et le lui reporta avec tout le res|)ect ([U un sujet doit a son souverain.»

M. Freycinet, capitaine de vaisseau, qui vient d’achever un voyage dans le Grand - Océan , attérit à Ovaïhy le 5 août 1819. Il nous apprend qu apres la mort de Tamméaméa, son palais avait été réduit eu cendres; et qu’à l’occasion de ses olisi-qiies, la presque totalité des cochons de l’ile avait, suivant f usage , été égorgée.

M. de Freycinet ajoute que Rio-Rio ne jouissait encore que d’une autorité précaire. Les chefs soumis par les armes de Tamméaméa élevaient des |)rétentions extraordinaires , ce qui fai.sait craindre une guerre prochaine.

ramméaméa devait, à l’époque de sa mort, être âgé de soixante-quinze ans environ. Son visage, quand je le vis en 1817, pour la dernière fois, annonçait un septuagénaire.

J’espère (pie l’on me pardonnera ces détails sur un roi qui a montré un caractère très-remairpiable, et qui, si le ciel l’eût fait

naître dans un pays civilisé, eût certainement tenu un rang distingué parmi les princes ses contemporains.

PI. XI, fig. I. Vase fitit avec une calebasse, dans lecpiel on conserve le paya. Les parois extérieures représentent une danse des habitants.

Fig. 2. V ase à mettre de l’eau. Il est également de calebasse. On voit sur ses parois des chèvres et des fusils.

Fie. 3. Crachoir orné de dents humaines. Le roi seul se sert de ce meuble.

Fig. 4. Écale de coco revêtue de peau de requin; elle sert de tambour dans les danses.

Fig. 5. Baguette à battre ce tambour.

Fig. 6. Hache de jiierre 1 l’on n’en fait plus usage.

Fig. 8 Instrument destiné à tatouer. On le trempe Iréquemment dans de l’eau oii l’on a fait dissoudre du charlion ; puis on l’applique sur les endroits où Ion veut empreindre des figures, et on le frappe légèrement à coups redoublés avec fiustrument fig. jusqu’à ce que l’épiderme soit percé: ces endroits piqués se gonflent, mais en trois ou quatre jours au plus l’enflure di.sparait.

Fig. 9. Instrument de musique. Il consiste en un bambou sur lequel on a creusé des entailles transversales, et le long duquel on promène un petit bâton ( fig. to ), ce qui produit un Inuit semblable à celui d’une crecelle.

Fig. Il et 12. Zagaies ou javelots.

Fig. i3. Lance.

PI. XIV, fig. I. 2. Bonnets faits de feuilles de baquois.

Fig. 3. Pipe. On s’en sert pour fumer sans employer de tuyau.

Fig. 4- S. Hameçons pour pêcher le poisson.

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