‹ Voyage pittoresque autour de mondeChapitre 28 sur 34 · SUR LES ILES DE CORAIL DU GRAND OCÉAN · texte numérisé non relu

SUR LES ILES DE CORAIL DU GRAND OCÉAN

PAR M. ADELBERT DE CIIAMISSO (i).

I jKS îjronpes d’iles basses dont le grand Océan et la mer de l’Inde sont parsemés dans le voisinage de rÉqnatcni', sont le eoiirüimemenl de montagnes sonmarines , dont la (ormation singniière et moderne semble a|)partenir à l’épocjne dn globe à laquelle nous vivons.

Ces montagnes s’élancent à pie dn sein de l’abime: la sonde, dans leur proximité , ne trouve point de fond; leur cime foiine des plateaux sid)mergés qn’nne large digne, élevée sur leur contour, convertit en autant de bassins, dont les pins étendus semblent être les pins profonds. Les moindres se comblent entièrement et produisent ebacnn une de isolée, tandis que les pins vastes donnent naissance à des groupes d’ilcs disposés circniairement et en cbapelets sur le récif (pii forme lenienceinte.

Ce récif, dans la partie de son contour opposée an vent, s’élève au-dessus dn niveau de la marée basse, et présente,

(i) J’ai en l’iioimeur <ie la communiquer à M. Eyriès, et elle a été imprimée dans les Nouvelles Annales de Voyages de MM. Eyriès et Malte-Rnin, 19^ numéro, 1821.

I CnoRis. )

au temps du reflux, l’image d’une large chaussée qui unit entre elles les lies qu’elle supporte. C’est à cette exposition que les des sont plus nombreuses, plus rapprocliées , plus f’eitiles; elles occupent aussi de préférence les angles saillants fin pourtour: le récif est au contraire, dans la |)artie de son contour située au-dessous du vent, presque partout submergé, et parfois il y est interronqni de manière à ouvrir des détroits par les(piels un vaisseau peut, comme entre deux môles d’un [lort, pénétrer dans le bassin intérieur à la faveur de la marée montante, De semblables ports se rencontrent aussi dans la partie de l’enceinte tpie des angles saillants et des des protègent contre l’action des vents et des flots.

Quelques bancs isolés s’élèvent çà et là dans l’intérieur du bassin; mais ils n’atteignent jamais le niveau de la marée basse.

Le récif présente, comme les morttagnes secondaires, des couches distinctes et parallèles de diverses épaisseurs.

La roche est une pierre calcaire composée de fragments ou de détritus de lithophytes et de coquillages agglutinés par un ciment d’une consistance au moins égale à la leur. Le gisement est ou horizontal ou légèrement incliné vers l’intérieur du bassin; on observe dans quelques-unes de ces couches des masses de madrépore considérables, dont les intervalles sont remplis par de moindres débris ; mais ces masses sont constamment brisées, roulées; elles ont toujours, avant que de faire partie de la roche, été arrachées du site où elles ont végété. D’autres couches, dont les éléments de même natuie ont été réduits en un gros sable, présentent une espèce de grès calcaiie grossier. La plus exacte comparaison ne laisse aucun doute sur l’identité de cette roche et de celle de la Guadelotqte qui contient les anthropohthes. Cette même roche forme les soi-disant récifs de corail qui, dans les mers équatoriales, bordent fré-

(jueinmenl les liantes terres, et de leur pied se ploiigeiil et se perdent sous les eaux, sans opposer aux flots ces murailles escarpées ipii caractérisent les des liasses.

La crête de la digue opposée à l’Océau est (réf|uemtueul couronnée de brisants, de blocs de pierre renversés et amoncelés, contre lestpiels se rompt l’impétuosité des flots. Le dos de la digue est, dans près d’un tiers de sa largeur, balayé, et pour ainsi dire poli par l’effet des vagues (|ui y déferlent; il offre vers rintérienr une pente douce qui se prolonge sons les eaux traiKpiilles de la lagune, et s’y termine le jilus souvent par un escarpement subit; quelipiefois cependant les coucbes de la rocbe forment, dans le bassin intérieur, comme de larges gradins, et c’est à cette particularité (jtie l’on tloit les fonds d’ancrage (|iie l’on trouve à l’abri des des au vent. On rencontre ça et là, sur le ttdus du dos de la digne qui regarde le bassin extérieur , des tpiartiers de rocbe roulés semblables à ceux qui, sur la crête, arrêtent la haute mer; c’est dans ces lilocs (pie l’on remanpie les plus grandes masses continues de madré- ])ore. Les eaux déposent, sur le tains du côté de la lagune, un sable calcaire semblable à celui dont se composent les coucbes de rocbe d’un moindre grain, et dans le bassin intérieur la sonde rap|iorte généralement ce même sable.

Les polypiers vivants croissent, selon leur genre ou leur espèce, ou dans le .sable mouvant, on bien attachés au rocbei-; et les cavernes que l’on rencontre dans le récif, sur les bords de la lagune , offrent la facilité de les observer. Partout oii les vagues se brisent avec violence, une espèce de mdlipore d(“ couleur rougeâtre incruste la rocbe, et c’est à cette singullèie végétati(jn animale ([u’est due la coideiir (pi’a généralement le récif vu de la haute mer au temps de la marée basse.

Des sables déposés et amoncelés siu' le talus du lécif, veis

le bord de la lagune, forment le commencement des des; la végétation s’y établit lentement. Les des plus anciennes et plus ricbes rpd , sur nue longueur indéterminée, occupent la plus grande largeur du récif, sont assises sur des coucbes de roche plus élevées rpie le dos de la digue submergé à la marée liante. Ces coucbes ont en général une inclinaison inarcpiée vers l’intérieur du bassin : le profil qu’elles présentent du coté de la liante mer est d’ordinaire masqué par une couche inclinée eu sens contraire; cette couche, composée île plus gros fragments de madrépore, est souvent rompue, et les blocs renversés en sont épars çà et là. Des coucbes d'une formation récente, composées d’nn sable jilus menu, et alternant avec des couches de sable mobile, semblent, en quelcpies endroits, revêtir les rivages des des, et surtout leur rive intérieure que baignent les eaux de la lagune. Sur mie base de roche s’élève, du côté de la haute mer, un rempart de madrépores brisés et roulés qui forme la ceinture extérieure des des. Quelques arbustes ( Scævola Kœnigli , Tonrnefortia Sericea ) croissent sur ce sol pierreux et mouvant; ils y forment un épais taillis, et opposent leurs branches entrelacées et leur épais feuillage à Faction du vent. Derrière cet abri, rintériem des des en est la partie la plus basse, la plus fertile, la mieux boisée; on y rencontre des fonds marécageux et des citernes naturelles; la lisière intérieure au bord de la lagune offre un sol sablonneux plus élevé, et c’est là ipie Fliomme habite sous les cocotiers que lui-même a plantés.

Il est à remarquer que des groupes d’iles ba.sses de cette formation, situées à quatre ou cini| degrés de distance des hautes terres volcaniques, ressentent les secousses dont cellesci sont agitées.

J’ai traité de la formation des des basses avec plus d’étendue

dans les Mén^ioircs (|ue j’ai en l’Iionnenr de présentei' a S. hx. M. le comte Romanzoff, lesquels foi ineronl le troisii ine volume de la Relation du Voyage de i\l. de kotzebue. (^Kotzebues Reise beschreibung , t. IIL Benierkungen and .dnsichten l’on Àddbert von Chamisso. )

Ur. AuELBIiRT UE ClIAMlSSO.

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