‹ Voyage pittoresque d'un anglais en RussieChapitre 11 sur 62 · NIJNI-NOVGOROD · texte numérisé non relu

NIJNI-NOVGOROD

Tartares, des Teliouvasses, des Kirghis, des Kalmouks, dont l’aspect misérable se refuse à la description. Les paysans du voisinage circulent au milieu de cette population nomade avec des provisions, des fruits et toutes sortes de productions du pays. Un long pont de bateaux, qui traverse l’Oka, relie cette petite péninsule et la montagne sur laquelle est bâtie la ville même de Nijni, d’où l’on commande toute la scène. Les deux rivières sont couvertes de barques, de bateaux de toutes formes et de toutes grandeurs. Quelques-uns sont venus des extrémités de la mer Caspienne avec un chargement de coton écru ou filé, de châles de la Perse, de tapis de la Géorgie, de peaux de Bukharie et de fruits secs. D’une construction lourde et carrée, ces navires sont peints avec recherche et curieusement historiés. Leurs ponts supportent de petits kiosques aux toits pointus, où l’on arbore le pavillon, et dont les fenêtres sculptées laissent entrevoir de temps à autre le pur et gracieux visage de quelque jeune fille d’Orient. D’autres bâtiments, grossiers, mais solidement établis, ont descendu le Kama avec du fer de Sibérie ou du thé. Il en est enfin dont les formes plus régulières dénotent une origine occidentale, et qui ont apporté des bords de la Baltique les produits manufacturés de l’Europe. Les équipages n’offrent pas un spectacle moins curieux que les embarcations elles-mêmes. Tous ces hommes sont venus de l'Est et de l’Ouest, du Nord et du Midi, prendre part à ce marché de Nijni qui, — maintenant que notre grande exposition est terminée, — peut reprendre son vieux titre de foire du monde.

Notre logis était situé dans un faubourg, sur la rive opposée de l’Oka, de sorte qu’il nous fallait traverser le

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pont de bateaux chaque fois que nous désirions visiter la foire. La foule était toujours plus grande sur ce point que partout ailleurs. Nous avions grand’peine à nous frayer un passage au milieu des peaux de moutons graisseuses des Russes, dont l’odeur infecte nous empestait pour le reste de notre vie. Des femmes, la taille sous la gorge et les jupons retroussés jusqu’au-dessus du genou, couraient bravement dans la boue et faisaient beaucoup plus de chemin que nous-mêmes. Un Cosaque à cheval allait et venait sur le pont pour mettre un peu d’ordre dans la marche des droskies qui, sans se soucier de la route tracée , se précipitaient dans toutes les directions en éclaboussant ceux qu’ils ne renversaient pas. Des hommes ivresse ruaient à chaque moment sur nous. A la fin, pourtant, nous parvenions «à atteindre le bord ou plutôt la fondrière qui terminait le pont ; mais, là surtout, la confusion était à son comble. Dans les parties les plus accessibles de ce cloaque, il y avait au moins deux pieds de boue, et chacun passait le gué avec des bottes fortes en cuir de Russie. Un grand nombre d’échopes étaient dressées en ce lieu, et quelques baladins y faisaient inutilement un appel à la curiosité des passants : leurs parades honteuses suffisaient pour montrer combien peu ce genre est apprécié à N'ijni. Aux angles des rues qui aboutissent à cette triste promenade, se tenaient des Cosaques. Ces rudes soldats frappaient à tout moment de leurs pesants fouets de cuir les moujiks et les paysans pris en faute, sans proportionner jamais le châtiment à la nature du délit ou à la force du patient.

Si l'on pénètre dans la foire, le regard s’arrête avec plaisir sur d’autres scènes. Le riant costume des Géor-

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