‹ Voyage pittoresque d'un anglais en RussieChapitre 12 sur 62 · N ! J N 1 NOVGOROD · texte numérisé non relu

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giens vous repose des sempiternelles peaux de mouton. Nous entrâmes dans la boutique d’un marchand de Tiflis qui étala devant nous de riches dessus de table, des pantoufles brodées à miracle et les plus belles soieries du monde. Peut-être n’eussions-nous pas résisté à de pareilles séductions , si , fort heureusement pour notre bourse, nous n’avions songé à la longueur du voyage et aux innombrables bureaux de douane avec lesquels il nous faudrait compter. Dans la boutique voisine nous remarquâmes de belles fourrures et des pelleteries empilées dans tous les coins. Le maître de ces richesses se tenait gravement sur le seuil; sa robe flottante et la dignité de son maintien montraient assez l’homme de l'Orient. C'était un juif de Bukharie; il se nommait Àaron. 11 se plut à nous montrer ses marchandises de prix, bien qu’il eût peu de chance de trouver en nous des acheteurs, et il finit par nous régaler d’amandes et de raisins, flatté sans doute de l’admiration que nous avions témoignée pour sa ceinture à laquelle brillait une boucle en argent massif rehaussée de turquoises. Mais il faut renoncer à décrire les costumes variés de tous ces marchands et les mille objets de luxe ou de curiosité qu’ils avaient exposés.

Le quartier des Bukhariens, des Persans et des Géorgiens est, sans contredit, le plus intéressant pour un touriste. Je retrouvai chez beaucoup de ces hommes une ressemblance frappante avec quelques vieux marchands de chevaux affghans et persans de mes amis. Vendeurs et acheteurs profitent également de cette division de la foire en quartiers consacrés chacun à l'étalage d’une seule marchandise. Le Ketaiski-Red, ou le quartier chinois, se reconnaît aisément à ses boîtes à thé. Toutefois, h

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notre grand désappointement, aucun Chinois ne montrait sa queue de cochon dans la foule. Le précieux produit de la Chine est transbordé à Kiahta, sur la rivière Kama, qui le porte jusqu’au Volga. Dans le quartier des couteliers, je ne fus pas peu surpris de voir que les articles du pays avaient de beaucoup la prépondérance. Ceux de Sheffield, cependant, se maintiennent encore sur le marché, et l’on peut se les procurer à Nijni il plus bas prix qu’à Saint-Pétersbourg même. Il en est ainsi, au surplus, pour tous les produits anglais ou étrangers : à la foire de Nijni, les grandes facilités de débit viennent jusqu’à un certain point compenser les droits exorbitants que ces produits acquittent à leur entrée sur le territoire russe. D’ailleurs, les marchands de Saint-Pétersbourg sont obligés à maintenir toujours leurs prix à un taux élevé : quand ils ont payé deux mille roubles pour devenir membres de la corporation du premier ordre, titre qui leur donne le droit de commercer avec l’étranger; quand ils ont loué une boutique de deux ou trois mille roubles sur le cours Neuski, ils ne sauraient jamais réaliser d’importants bénéfices.

Le système russe semble fait pour entraver toutes les entreprises, pour déprimer le plus possible l’esprit du commerce chez un peuple qui en est médiocrement doué. Le développement des ressources du pays exigera de longues années, tandis que le gouvernement ne cesse d’agrandir le cercle de sa domination, sans se préoccuper de la prospérité de ses sujets. On pourrait croire qu’il protège les manufactures indigènes par les droits dont il frappe les produits étrangers ; mais, en même temps, il écrase de taxes ses propres fabricants. A Nijui, le com-

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incrce n’a pas à lutter avec de semblables difficultés. Les avances du marchand se réduisent à la location d’une boutique; aussi peut-il livrer les articles de l’étranger à des prix intérieurs à ceux des ports de mer qui sont plus rapprochés de sept cents milles des pays de provenance. Même, dans certains cas, les produits d’une ville russe, distante de quelques centaines de milles, coûtent moins cher à Nijni que dans le centre de leur fabrication. Ces anomalies sont les tristes conséquences de l’état économique de l’empire russe. Certes il y aurait à la foire de Nijni infiniment moins de marchandises si des avantages exceptionnels ne venaient compenser la cherté des frais de transport. Le voyageur n’a qu’à se promener dans les ruelles de la foire pour trouver des articles qu'il n’obtiendrait à aucun prix dans les plus beaux magasins de Saint- Pétersbourg et de .Moscou. C’est ainsi seulement qu’il peut contracter une dette de reconnaissance envers le gouvernement russe.

La plupart des produits bruts viennent de l’Orient, soit par le Kaina, soit par le Volga. Outre le thé de Chine, les barques qui descendent la rivière Kaina apportent des chargements de fer, de fourrures et de peaux de Sibérie, avec de curieux coffrets en bois, recouverts de laque, qui nous parurent être fort recherchés. Nijni n’avait reçu des bords de la mer Caspienne qu’un petit nombre d’articles : de la garance, des peaux, des fruits secs, des vins du Caucase et des poissons. Pour nous, Occidentaux, c’était une source inépuisable d’intérêt d’explorer le quartier spécial consacré aux objets venus de l’Orient. Sans doute les produits de nos manufactures n’avaient pas moins d’attrait pour les Kirghis déguenillés ou les Tartares à demi

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