‹ Voyage pittoresque d'un anglais en RussieChapitre 15 sur 62 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Abords deKuzan. — Voyage en léléga. — Premières impressions. — tlucs silencieuses. — Vue de Kazan.au lever du soleil. — Déception. — Tristesse des villes russes. — Chevaux magnifiques. — Village tartare. — Origine des Tarlares de Kazan : leur histoire. — La pèche, du sterlet. — Navigation fluviale.

Nous étions entrés dans le royaume tartare de Kazan. La Sura, petite rivière qui vient du sud se jeter dans le Volga, était dans le principe la frontière orientale j&e l’empire russe, et maintenant elle sépare la province de Kazan de celle de Nijni-Novgorod. Au confluent des deux rivières, s’élève, dans un site pittoresque, la ville de Vasil-Soursk, où l’on voit encore, dit-on, les ruines d’une forteresse érigée parle célèbre prince Ivan Vasiley, débris qui rappellent aux Tartares leur ancienne indépendance. A mesure que nous approchions de Kazan, les bords du fleuve devenaient moins boisés ; les pentes des collines

s’adoucissaient de plus en plus et nous paraissaient richement cultivées. Les villages se succédaient plus fréquemment. La vie reparaissait au milieu de ces vastes solitudes. Après tout, notre voyage était heureux. Nous fûmes, une fois encore, retenus pendant neuf heures sur un pericarte; mais la beauté du Volga, que nous admirâmes à loisir, nous fit oublier ce contre-temps. On eût dit que cette vaste nappe d’eau était un lac, si les vagues moutonneuses qui venaient bouillonner autour du Samson n’avaient décelé le. courant. L'eau du Volga paraîl bourbeuse, mais l’apparence la calomnie : nous la trouvions limpide et délicieuse. Les derniers jours avaient été chauds ; seules, les nuits et les matinées présentaient de grandes variations de température. Avant déjeuner, le thermomètre descendait souvent dans notre cabine à 52°, et à midi il remontait à 72".

Nous étions à vingt-cinq verstes (vingt milles) de Kazan, lorsqu’un doute parut s’élever dans l’esprit du capitaine sur l’utilité qu’il y aurait à s’y arrêter. Je commençais à craindre de ne pouvoir le décider à nous permettre une visite de quelques heures à cette intéressante cité, quand un pericarte ami vint terminer le débat; le capitaine nous donna son - canot de la meilleure grâce du monde, et nous pûmes profiter d’un vent favorable et des dernières heures d’un beau jour. Tandis que le Samson faisait des efforts désespérés pour remorquer ses barques, nous glissâmes rapidement sur le Volga, en laissant bien loin derrière nous de magnifiques rechievahs et de lourdes machines «à chevaux. Nous voguions tantôt à l’ombre des fourrés du bord et des beaux arbres qui inclinaient leurs cimes vers le fleuve; tantôt nous rasions légèrement quelque îlot sa-

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blonneux. Nos matelots égayaient la route par les refrains cadencés de leurs ballades.

La ville de Kazan, qui, à distance, semble bâtie sur le bord même du Volga, en est éloignée en réalité de sept verstes. Toutefois le fleuve la visite chaque année, et les plaines qui l’entourent sont inondées pendant des mois entiers. Aussi ne parvient-on à Kazan que par d’étroits sentiers qui courent entre des marais et des fondrières ; et les conducteurs de droskies, qui sont leurs propres ingénieurs, n’hésitent pas, il faut le dire, à se tracer la route la plus impraticable.

En arrivant aux quelques huttes qui servent de port d’été, nous ne trouvâmes d’autres véhicules que les télégas ou charrettes du pays. C’est, à coup sûr, le mode de transport le plus primitif, car il consiste simplement en un cadre fait avec des troncs d’arbre et placé sur quatre roues. Le contre-maître monta avec nous dans un de ces télégas; nos jambes pendaient de côté et d’autre; nous comptions, en cas d’événement, nous cramponner les uns aux autres. Rien n’égale le téléga pour l’exercice violent auquel il vous condamne. Vous partez; quelques tapes sur l’épaule stimulent votre conducteur. Les cahots se multiplient. Vous allez par sauts et par bonds. Partout où le cheval s’engage, le téléga doit le suivre, et il s’en tire le plus souvent; mais vous arrivez au but de votre course harassé, moulu, brisé jusqu’aux os.

Un peu avant d’entrer dans la ville, nous traversâmes une pièce de terre dont la surface plus unie et plus ferme me permit de donner un peu d’attention au paysage. La scène était réellement digne de toute notre admiration.

Kazan est gracieusement assise sur une éminence, au

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milieu d’une vaste plaine. Ses toits colorés s'étagent jusqu’aux murailles du Kremlin, qui couronne la colline. Des dômes, de hautes flèches, apparaissent de tous côtés, et montrent la grandeur de cette cité jadis fameuse. De toutes les villes que j’ai visitées en Russie, Kazan est celle qui présente l’aspect le plus imposant. Elle semble l’emporter sur Moscou par le grand nombre de ses construc tions pittoresques et tout à fait nationales. La nuit tombait au moment où nous entrâmes dans les rues larges et désertes de Kazan. Nous nous rendimes au principal hôtel, et nous y arrêtâmes deux chambres, puis nous sortîmes pour explorer la ville, autant qu’il était possible aux lumières. Si nous avions mieux connu la civilisation russe, nous nous serions sans doute épargné cette peine ; mais je supposais innocemment que, dans une ville de cinquante mille âmes, les rues devaient être éclairées. 11 n’en était rien cependant. Nous parcourûmes dans toute sa longueur l’artère principale sans découvrir, je ne dirai pas un réverbère, mais une lueur à une fenêtre. On eût pu croire que la ville était abandonnée. Trois ou quatre passants, un ou deux droskies, donnaient seuls signe de vie au milieu du silence, et ils semblaient se hâter sournoisement vers leurs demeures, comme s’il eût été honteux de se trouver dans la rue après le crépuscule. Nous dûmes suivre cet exemple à notre grand regret, et regagner notre auberge, dont le sombre aspect répondait parfaitement à la tristesse de la ville. Bien que nous fussions descendus dans le principal hôtel de Kazan, les draps s’y trouvaient un luxe inconnu, et je m’estimai trop heureux de pouvoir m’éténdre sur un cadre de bois, retraite ordinaire de millions d’insectes incommodes. Le prix de ce

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lit de camp et de la chambre puante qu’il remplissait ne s’élevait pas à moins d’un rouble, trois shillings et quatre pence!

Nous étions résolus à ne pas quitter Kazan sans l’avoir explorée; et, comme le capitaine nous avait invités à nous trouver sur le pont le lendemain de bonne heure, nous fûmes debout avant le jour, et nous nous dirigions vers le Kremlin à quatre heures du matin. Nous passâmes devant un grand nombre de maisons qui avaient été récemment incendiées. De tous les côtés la ville portait les traces du feu. Le Kazansky, ou la rue principale, traverse, dans toute son étendue, le sommet de la colline sur laquelle Kazan est assise, et, à l’angle de chacune des rues transversales, nous pûmes jouir d’une vue différente de la ville. Après avoir suivi le Kazansky dans toute sa longueur, remarqué les belles constructions qui le décorent, et traversé la colonnade du grand bazar ou Gaslinni-Dvor , nous atteignîmes le Kremlin, et, de la terrassé qui s’étend devant la maison du gouverneur, la plus belle perspective s’offrit à nos regards. Dans la direction du nord, nous apercevions une vaste étendue de pays, semée de villages, de flèches d’église, et, en même temps, nous dominions un panorama de la ville qui ne. démentait en rien lires impressions de la soirée précédente. Au midi, les bords escarpés du Volga limitaient l’horizon, et, sur les premiers plans, des villages tartares, avec leurs mosquées pittoresques, semblaient faire un appel à notre curiosité. Le soleil surgit très à propos du sein de la steppe pour achever la scène, et dorer de ses premiers rayons les dômes et les flèches, avant d’étendre jusqu'à nous sa bienfaisante influence.

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Le Kremlin de Kazan renferme trois églises, surmontées, ainsi que d'ordinaire, de vastes coupoles et de clochers. Une des tours de cet édifice est ornée d’un curieux portail, qui, de la plaine, produit un bel effet; mais on dirait qu’elle n’a été bâtie que pour la décoration. Au total, le Kremlin de Kazan, dont l’extérieur promet des merveilles, mérite peu d’être visité. Son enceinte est encombrée d’un assemblage confus de constructions disparates qui appartiennent au gouvernement, et devraient être brûlées au plus tôt.

Quelques églises ont de belles façades, et je remarquai pour la première fois en Russie de nombreuses peintures à fresque sur les murs. A l’une des extrémités du Ka~ zansky, se trouve une grande université, en face de laquelle s’étendent parallèlement des jardins qui, si les habitants se promenaient jamais, leur offriraient un lieu de rendez-vous agréable. Seulement, à en juger par les touffes de mauvaises herbes qui les ont envahis, ces jardins sont fort négligés. En effet, il n’y a pas de ville qui soit . d'une tristesse plus solennelle, et, par conséquent, plus véritablement russe que Kazan. L’absence de mouvement et de vie, habituelle à toutes les grandes villes du pays, s’y fait remarquer plus péniblement qu 'ailleurs. Malgré soi, on se sentait oppressé par ce silence lugubre des rues de Kazan, ne fût-ce que par sympathie pour les infortunés habitants. Le comfort paraissait en tout sacrifié à l’effet, et l’aspect désolé de l’intérieur de la cité formait un contraste étrange avec la magnificence de ses toitures aux éclatantes couleurs. Kazan était pour moi le premier chapitre d’une série de désappointements qui m’apprirent peu à peu à éviter ces villes aux séduisants

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dehors, quand je désirais en garder un bon .souvenir.

En Russie, il n’est rien qui soutienne l’examen, et la remarque est vraie pour toutes choses, pour une métropole comme pour un simple bureau de police. Daus les deux cas, un coup d’œil suffit, et jamais les premières impressions ne sont modifiées par un examen plus sérieux. Aucun renseignement, fût-il absurde, ne saurait faire question , et aucune assertion ne saurait mériter créance, même quand on vous dit que telle diligence mène à la ville prochaine, ou qu’il y a une auberge dans la rue voisine. Cette difficulté singulière de savoir le vrai en Russie est sans doute le fait des employés subalternes, pour lesquels la fourberie semble un devoir. Leur existence d'ailleurs dépend des gratifications que vous leur concédez pour leurs informations. Quel que soit le motif de ce parti pris de mensonge, il a pour résultat de laisser planer sur tout le plus profond secret. Sans cesse on voit percer chez les Russes le désir de vous faire croire le contraire de la vérité. C’est ainsi que, voyageur trop novice en Russie, j’ai été chercher à Kazan un premier désappointement.

Cependant, lorsque, sans songer à reconnaître l’état de la civilisation russe, on ne regarde les belles églises et les rues désertes de Kazan que comme un amas de mortier et de briques, on peut s'expliquer la tristesse qu’exhale cette ville russe. Les magasins, les boutiques, tout le mouvement du commerce, sont concentrés sur une seule place, Gastinni-Dvor . qui sert de marché. Si cette disposition est favorable aux transactions commerciales, elle ne contribue pas peu à la monotonie de Kazan. La rue principale, sans boutiques ni trottoirs, avec ses portes closes et

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ses volets fermés contre les ardeurs du soleil, ne saurait avoir qu’un aspect assez mélancolique.

Néanmoins Kazan possède des avantages dont ne jouissent pas la plupart des autres villes de l’intérieur. Capitale d’un ancien royaume, cette cité n’est pas la création d’un fiat impérial, l’œiivre d’une fantaisie du gouvernement; elle s’appuie sur des fondations autrement solides et depuis longtemps établies ; elle doit enfin son existence et sa prospérité à sa position sur la grande route de Moscou, de Nijni à la Sibérie. Kazan est ainsi devenue l’entrepôt des productions de cette partie reculée de l’empire. D’ailleurs, elle est aussi ville manufacturière. Ses habitants sont bien connus pour exceller dans la broderie des cuirs, et leurs produits en ce genre sont recherchés dans toute l’Europe orientale. Kazan peut être regardée comme le type des villes russes, et je ne lui rendis une complète justice qu’a près avoir visité quelques-unes des autres cités du Volga. La beauté des attelages qui traînaient les droskies, même les plus communs, nous rappela que les premiers maîtres de Kazan excellaient dans l’élève du cheval. Presque tous les isvoschiks ou conducteurs de droskies étaient Tartares, et il y avait plaisir h se précipiter, dans leurs fringants équipages, à travers les rues désertes. Les Kazanais sont très-fiers de leur pavage en bois et très-décidés à y voir une preuve de leur civilisation; h coup sûr, c’est un luxe en comparaison des exécrables chaussées des villes russes.

Notre première épreuve de la route qui descend au port nous décida à nous confier à nos propres jambes, comme «à un mode moins expéditif, mais plus sûr et plus agréable, d’arriver à notre but. D’ailleurs, nous ne pouvions

résister au désir d’esquisser en chemin un ou deux villages tartares ; et l’air frais du matin nous invitait à la promenade. Nous rencontrions de temps à autre de jeunes filles tartares, à la taille élancée, au gracieux costume. Des châles, aux couleurs les plus vives, étaient enroulés sur leur tête, et leur voilaient en partie le visage. Les unes venaient de puiser de l’eau à la fontaine voisine ; les autres menaient leurs troupeaux au pâturage. En passant près de nous, ces jeunes filles, avec une coquetterie naïve, nous laissaient découvrir des charmes que leur coiffure semblait destinée à cacher, et nous étions surpris de voir combien elles l’emportaient en beauté sur les demoiselles du pays. Le costume oriental et le noble maintien des hommes contrastaient encore plus avec la pauvre et triste apparence des Russes, et nous ne pouvions nous empêcher de regretter la chute de cette vieille principauté d’Orient. Le touriste doit s’estimer heureux de rencontrer quelques exemplaires de la race vaincue, car lorsque le royaume de Kazan fut conquis par la Russie, les Tartares qui l’habitaient se dispersèrent et cherchèrent leur salut dans la fuite et l’exil. Ce ne fut que plus tard, lorsqu’une tranquille possession eût désarmé la haine des Russes, que les familles des vaincus revinrent en petit nombre aux lieux qui leur étaient chers, au berceau de leur enfance, à la tombe de leurs aïeux. Ces Tartares se sont répandusdans toute la contrée que l’on nomme aujourd’hui le gouvernement de Kazan, et qui est de beaucoup plus étendue que l’ancien royaume.

Au milieu d’un vallon, non loin du village, s'élevait une petite mosquée d’une architecture pittoresque, et telle que je n’en avais pas encore vu. A côté de la mosquée, un mo-

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nastère grec, dont les blanches murailles couraient jusque sur les pentes de la colline, se montrait à travers le feuillage de quelques grands arbres. Deux ou trois autres églises, assez rapprochées, tout en ajoutant beaucoup au point de vue, paraissaient effacer l'humble édifice tartare; la religion des vainqueurs régnait en maîtresse en ce lieu. Au surplus, quoique mahométans, les Tartares kazanais ne nous parurent pas de très-fidèles adorateurs du prophète. La liberté avec laquelle leurs femmes exposent leurs visages scandaliserait à coup sûr de vrais musulmans.

J’aurais pu m’aventurer peut-être à entrer dans une des cabanes tartares, mais leur extérieur n’avait rien de tentant, et il me fut impossible de satisfaire ma curiosité en regardant par les fenêtres, car les vitres s’y trouvaient remplacées par du parchemin. Les Tartares de Kazan dif fèrent à tous égards des tribus qui les environnent. Ils n’ont ni le nez plat, ni les grands yeux qui distinguent, les Kirghis, les Kalmouks et les autres variétés de la race mongole, ni la chevelure blonde et la belle complexion des Slaves. Suivant Heberstein, les Russes pensent qu’ils sont d’origine moahite, et certes leurs traits classiques sembleraient indiquer qu’ils viennent du midi. Les renseignements que le célèbre diplomate a donnés sur ces races, nous apprennent que le roi Bathi, dans l’année 1237, défit complètement l’armée russe, tua le grand-duc Georges et imposa un tribut aux provinces de Vladimir et de Moscovie. Les successeurs de Bathi continuèrent à envahir périodiquement les contrées avoisinantes, et ce n’est guère que vers le milieu du quatorzième siècle que leurs armes rencontrèrent une résistance sérieuse. Non-

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HAZAN.

seulement alors, le fameux duc Ivan Vasiley secoua le joug tartare, mais, en 1352, il mit le siège devant la ville de Kazan. Il eut pour adversaire le roi Seheale, qui, à son tour, envahit les provinces russes. La puissance tartare ne fut complètement ruinée que lorsque Ivan le Terrible monta sur le trône. Vers le milieu du seizième siècle, ce grand royaume oriental fut, pour me servir d’une expression moderne, annexé à l’empire de Russie.

Nous nous étions attardés dans la campagne de Kazap et nous n’arrivâmes au port que pour voir les trois cheminées du Samson disparaître derrière une montagne. . Nous nous installâmes dans notre petit esquif, au milieu de nos provisions de pain noir et de gigots de mouton, et nous nous mîmes à la poursuite du vapeur, par un bon vent, sur un courant rapide, avec l’espérance que quelque pericarte nous viendrait en aide. Naturellement le Samsori . avec un bonheur inaccoutumé, échappa à tous les obstacles, et nous ne l’atteignîmes qu’après l’avoir suivi avec persévérance pendant cinq heures.

Pendant ce trajet, nous avions admiré à loisir les belles teintes que l'automne avait répandues sur les collines boisées du rivage, et les couleurs variées et éclatantes des taillis. En quelques endroits, les rives sont roides et escarpées ; des chênes nains, des buissons de rosiers sauvages croissent seuls çà et là, d’énormes blocs de grès sont dispersés sur le rivage, au pied de rochers pittoresques.

Je ne connais rien au-dessus de l’imposante beauté du Volga. On eût dit une mer intérieure, où la forte brise qui nous poussait vers le Samson soulevait de courtes lames. Nombre de petits bateaux, montés chacun par deux hommes, étaient mouillés sur le fleuve ; c’étaient les

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embarcations des pêcheurs de sterlet. Ce délicat poisson , qui abonde dans les rivières du sud de la Russie, est des plus estimés et mérite sa réputation. Je trouvai que c’était le meilleur poisson d’eau douce que j’eusse encore mangé. On le pêche de la manière la plus simple, en le harponnant avec un crochet lorsqu’il vient se jouer autour du bouchon de la ligne.

Nous avions dépassé le Kama, qui, à cinquante verstes environ de Hazan, se jette dans le Volga, dont il est le plus important tributaire. Il y a peu de temps encore, de . vastes radeaux de bois de pin flottaient seuls sur celte large rivière ; aujourd’hui d’alertes petits vapeurs, chargés tour à tour des produits de la Sibérie et de la Chine, font le service entre Perm, Nijni et Astrakhan. Le voyage de Hazan à Perm demande huit ou dix jours. Cette dernière ville est devenue pour Hazan une rivale redoutable : c’est un nouvel entrepôt des produits de l’Orient. Au sur. plus, sa proximité des mines d’or lui a donné de tout temps une certaine importance.

11 est «à regretter que les compagnies de bateaux à vapeur soient exposées en Russie à de grands risques, et que leur formation rencontre des difficultés presque insurmontables. C'est ainsi qu’un pays où la navigation intérieure pourrait être des plus développées, se trouve privé des avantages qui seraient le fruit d’un régime plus éclairé. Sans doute des améliorations. ont été introduites dans la navigation du Volga. J’ai entendu dire qu’un Anglais, qui fait le commerce de bateaux à vapeur «à Nijni, en les expédiant jusqu’à celte ville par pièces détachées, en a fait lancer quatre dansleté de 1851 , et cinq l’année suivante, pour le compte d’une seule compagnie.

LE SERVAGE

Lorsqu'on cherche Perin sur la carie, et que l’on songe qu’il y a un service régulier de vapeurs sur les rivières de cette province éloignée, on est obligé de reconnaître qu’il faudrait être fanatique de progrès comme les Américains pour exiger plus, et que la Russie mérite presque des éloges pour avoir obtenu ces premiers résultats.

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