ET LE TE 11 ATI R DA EH
les conducteurs parlaient à des amis. Alors tous les chameaux se couchaient. 11 semblait que des expériences réitérées n’avaient pas appris à cespauvresanimaux qu’il leur faudrait bientôt poursuivre leur route, et se remettre péniblement sur pied. Ces chameaux de la Bactriane ne ressemblent pas du tout aux chameaux et aux dromadaires que j’avais vus dans des contrées plus orientales. Leurs deux bosses sont généralement si longues, quelles s’affaissent sur elles-mêmes, et souvent pendent à terre de chaque côté du dos de l’animal. Le cou et les jambes sont couverts de longs poils épais, avec lesquels les femmes tartares tissent un drap doux et laineux.
Comme pour faire contraste avec ces lourds chariots, d’alertes droskies les rasaient à tout moment. Quoique très-petits et légers, tous les droskies publics sont attelés de deux bons chevaux. Pour se préserver de l’ardeur du soleil on leur adapte des capotes, et l’atroce petit véhicule de Saint-Pétersbourg se trouve ainsi converti en une voiture tout à fait respectable. A côté de notre hôtel s’ouvrait la porte de la belle synagogue des juifs, où une école semblait être en permanence. Simpheropol contient environ quatorze mille habitants, parmi lesquels un grand nombre professent la religion juive.
Nous eûmes l’occasion d’assister à la foire annuelle qui se tient pendant la première semaine d’octobre, et qui réunit, au profit des voyageurs, avec un heureux à propos, toutes les variétés de costume, et tous les traits caractéristiques de la Crimée. Pour bien apprécier la foire de Nijni-Novgorod, il faut la voir avant celle de Simpheropol; nous trouvâmes cette dernière infiniment plus curieuse ; peut-être parce qu’elle fut pour nous une vérita-
SIMPHEROPOL
ble surprise. Nous ignorions en effet son existence, lorsque nous arrivâmes, par hasard, sur la place du marché, une après-midi. Il est rare que deux races si opposées de mœurs et de costumes, si différentes d’origine, se trouvent, comme nous l’avons remarqué dans la Crimée Tartare, en relations suivies et journalières. Ce mélange est d’autant plus intéressant, qu’il tend de plus en plus à disparaître. Une immense place, de plusieurs acres d’étendue, contenait une masse confuse de baraques, de chameaux, de charrettes, de droskies et de bœufs. Des groupes pittoresques appelaient de tous côtés l’attention. Là, on pouvait voir le moujik russe, à barbe rouge, en bottes fortes, enveloppé dans sa peau de mouton, se livrer à une confabulation intime avec un Tartare élégamment vêtu, qui venait de galoper à travers la steppe, et qui se tenait sur sou cheval, comme s’il ne faisait qu’un avec lui.
Ces Tartares portent des grands bonnets de fourrure blanche, des justaucorps rouges, historiés de broderies, avec de larges manches ouvertes. Leurs vastes pantalons, d’un bleu foncé, sont retenus par une ceinture aux couleurs éclatantes, sous les plis de laquelle se montre la poignée massive d’une dague. Leurs pieds, chaussés de pantoufles, s’appuient sur de lourds étriers qui pendent au bout de longues lanières. Le cheval du Tartare est un petit animal aux muscles d'acier, possédant infiniment plus d’intelligence que de beauté. Plus loin, au milieu de la foule, flottait la robe de quelque pieux hadjè, que distinguait son turban vert. Il ne paraissait pas le moins du monde scandalisé par la vue de deux jeunes dames qui couraient en drosky, non-seulement sans fereedjè , mais même sans chapeaux, et simplement coiffées du joli petit
ET LE TCHATIK-DAGU.
bonnet de la grisette jiarisienne. Nous ne pûmes nous empêcher de trouver leur innovation très-heureuse, en les comparant aux femmes emmitouflées de longs voiles, qui passaient à nos côtés et paraissaient craindre d’exposer aux regards des profanes le bout de leurs doigts aux ongles colorés.
Dans les ruelles étroites que formaient les chariots et les tentes, les Grecs, en costumes pimpants, comme ils en portent dans leur pays, trafiquaient avec des juifs russes, aux longues barbes noires, revêtus de manteaux noirs qui descendent jusqu’à la cheville. 11 eût été difficile de prévoir qui, des juifs ou des Grecs, l’emporterait dans de tels marchés. Des Nogays, à l’air farouche, et des soldats cosaques faisaient des achats à des boutiquiers arméniens ou allemands. On voyait fourmiller à la foire de grandes baraques, semblables aux tentes des Gypsies, quoiqu’elles n’appartinssent pas aux enfants déguenillés de cette race nomade. Elles étalaient à la convoitise des passants d’énormes pyramides d’abricots, de raisins, de pêches, de pommes et de prunes. Pour deux liards, on pouvait en acheter plus que sa charge. A côté de ces baraques, se trouvaient les équipages de leurs propriétaires. C’étaient de lourdes charrettes aux panneaux d’osier, dont les roues, mal jointes et non graissées, rendent ce cri discord, familier à ceux qui ont entendu le bruit d'un char à bœufs au Beugale. Des centaines de chameaux dominaient toute la scène, et ruminaient au milieu de la foule avec une philosophie orientale; la surveillance de ces animaux était abandonnée à de tout petits garçons tartares déguenillés, qui allaient à peine à la hauteur de leurs genoux, et auxquels ils obéissaient avec une docilité parfaite. Ce pêle-