TC HO U F UT- K A LÉ
peu après, il Fut étranglé. Ainsi se termina la carrière sans gloire du dernier des khans. Un ukase impérial de Catherine II annexa cette magnifique province de la Crimée à l’empire moscovite, qui grandissait rapidement. On ne s’étonnera pas que l’impératrice ait cru devoir féliciter le prince Potemkin, ainsi que le rapporte un historien russe, « sur l’habileté et le bonheur avec lesquels il avait conduit cette opération importante. »
Comme mon ami était repris de temps à autre par ces accès de fièvre et ces frissons dont nous avions souffert sur le Volga, nous nous arrêtâmes quelques jours à Bagtchè-Seraï. Je me félicitai de cette halte, tout en regrettant la cause qui l’avait amenée. Notre logement n’avait rien du comfort nécessaire à un malade. Bien que la saison fût très-avancée, la chaleur était encore excessive, et des nuées de mouches rendaient presque impossible le repos du jour. Cependant nous avions introduit des perfectionnements notables dans notre manière de vivre. Après un premier essai de la cuisine tartare, nous résolûmes de pourvoir nous-mêmes à notre nourriture. Nous fîmes d’abord une visite au boucher, et choisîmes, sur sa recommandation, la plus belle pièce de l’étalage. Chez le boulanger, nous finîmes par découvrir un pain à peu près mangeable, après avoir goûté à toutes sortes de pains de fantaisie tartare. De là, nous allâmes au marché des légumes, dont l’approvisionnement ne laissait rien à désirer. Nous nous bornâmes à acheter quelques pommes de terre, et revînmes déposer toutes ces emplettes devant le cuisinier tartare, qui paraissait se perdre en conjectures pour deviner nos intentions. Il nous promit cependant de suivre nos instructions à la lettre et d’essayer de faire rôtir à
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souhait le mouton. Vers le soir, après nos visites aux curiosités de la ville, nous trouvions notre dîner servi sur un vaste plat de fer-blanc, que nous portions triomphalement jusqua notre auberge à l’extrémité de la grande rue de Bagtchè-Seraï. Pendant toute la durée de notre séjour, nous n’eûmes qu’à nous applaudir de notre innovation culinaire.
Notre petite chambre touchait à la salle commune de rhûtellerie, et nous n’avions qu’à ouvrir notre porte pour être spectateurs de scènes qui se renouvelaient sans cesse. On voyait réunis en ce lieu de vieux Tartares, à la tournure pittoresque. Assis les jambes croisées dans de petits compartiments en bois, ils fumaient incessamment des chibouks ou des narghilehs, et buvaient un café épais dans des tasses semblables à de grands dés de cuivre. Entre eux, ces hommes s'adressaient rarement la parole, ils restaient impassibles sur le divan, couvert de tapis, où j’allais parfois m’asseoir. On n’entendait que le bruit de leurs aspirations.
Toutes les habitudes orientales sont empreintes d’un sentiment de vague rêverie qui exerce insensiblement son influence sur l’étranger lui-même. Je regrettai que les Tartares eussent converti le bain turc, d’une action si délicieuse, en une série d’ablutions infiniment moins agréables. Cependant je les préférais encore au traitement extravagant des Russes. A la verge de bouleau, avec laquelle ces derniers vous fustigent le corps pour appeler le sang à la peau, les Tartares ont substitué des gants de laine. A Bagtchè-Seraï, on nous lavait avec un tampon de coton trempé dans de la mousse de savon, nu lieu d’employer ce violent traitement hvdropathique, ces douches alterna-