‹ Voyage pittoresque d'un anglais en RussieChapitre 47 sur 62 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Odessa. •- Aspect de la ville. — Le commerce intérieur de l'empire; son influence sur les marchés étrangers. — Le chemin de fer d’Odessa à Moscou. — Aristocratiques cultivateurs de betteraves. — Le bureau de police à Odessa.

J’éprouvai en quelque sorte des sentiments de gratitude et de triomphe en gravissant la montagne escarpée qui conduit du quai à la ville d’Odessa. J’étais heureux d’avoir échappé à une quarantaine de trois semaines.

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d’avoir traversé la douane sans qu’on eût visité nos bagages; enfin, après une route difficile et ardue, de pouvoir me retrouver au milieu des commodités de la vie civilisée. Je triomphais, parce qu’il me serait désormais permis de condamner les hôtels, de déprécier les boutiques russes et de critiquer la civilisation moscovite en général, sans qu’on pût me jeter à la face cette éternelle réponse : « Vous ne pouvez vous prononcer sur tous ces sujets sans avoir visité Odessa. »

On m’avait fatigué les oreilles d’allusions réitérées à la Florence russe. A bord du vapeur, pendant deux jours et deux nuits, des habitants d’Odessa, infatués de leur ville natale, m’avaient obsédé, à force de me répéter que rien de,ce que j’avais vu, soit à Moscou, soit à Saint-Pétersbourg, n’avait pu me donner une idée, même afl’aiblie, des magnificences d’Odessa. A les croire, cette ville réunissait à elle seule les beautés de toutes les capitales de l’Europe. Ses statues et son Opéra étaient dignes de l’Italie; ses boulevards et ses magasins rivalisaient avec ceux de Paris; ses clubs avaient pris l’Angleterre pour modèle ; quant h ses hôtels, ils n’avaient pas leurs pareils en Europe; enfin, les attraits d’Odessa surpassaient tout ce que mon imagination pouvait concevoir. Seulement je ne fus pas peu surpris d’apprendre qu’il n’y avait pas d’autre moyen de quitter ce séjour enchanteur qu’en achetant une voiture et des chevaux. Odessa, probablement, est la seule ville de l’Europe d’environ cent raille âmes où il n’existe, pour la locomotion, que ces télégas auprès desquels nos chars à bœuf du Cap seraient des équipages deluxe, et encore sont-ils exclusivement affectés au transport des feldjagers et des dépêches.

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Il est clair que ces naïfs habitants d’Odessa ne se montraient si orgueilleux que par suite de leur parfaite ignorance des mérites des autres cités. Ils ne sauraient trouver étrange qu’une paire de draps coûte un extra d’un rouble dans les meilleurs hôtels, puisqu’ils n’en font presque jamais usage dans leur intérieur. Faut-il s’étonner que les cruches et les cuvettes soient traitées de superfluité par des gens qui suivent le mode d’ablution usité à bord des vapeurs? On se passe de mains en mains quelques gouttes d’eau qui s’épuisent de l’un à l’autre, et la toilette est terminée. Nos instances pour obtenir un bassin h bord nous firent considérer comme des voyageurs difficiles, qui ne voulaient pas se conformer aux usages du pays.

A notre arrivée à Odessa, nous fûmes frappés de la différence marquée qui existait pour le climat, les habitants et les costumes, entre les provinces de l'est et les bords de la mer Noire. Nous nous trouvions de nouveau entourés par les peaux de mouton et fouettés par un vent d’est qui mugissait sur les steppes désolées. Point de pics élevés pour nous abriter, point de soleil d’été pour nous réchauffer. Le jour où nous arrivâmes, l’hiver semblait redoubler d’intensité, comme pour nous chasser de la Russie. Cependant nous ne pouvions partir sans que notre intention eût été annoncée pendant plusieurs jours dans les feuilles, pour l’édification de créanciers imaginaires. Par bonheur, nous avions eu l’idée de publier l’avis de notre départ avant même de débarquer à Odessa, et cette précaution diminua la longueur de notre séjour. Au surplus, les distractions ne devaient pas nous manquer dans le plus grand entrepôt commercial de la Russie.

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Odessa est cosmopolite ; presque tous les pays de l’Europe y comptent des représentants. On remarque dans les rues la plus grande variété de costumes. 11 y règne un air d’activité et de vie inconnu aux autres cités russes, conséquence de son rapide accroissement et de sa population mélangée. Les habitants jouissent d’intiniment plus de liberté que ceux d'aucune autre ville de l’empire. Je ne fus pas médiocrement surpris de voir que la police permettait de fumer et de converser dans les rues'. La population vise évidemment à se montrer aussi peu russe que possible. C’est là une contradiction flagrante de la part des habitants d’Odessa ; car, d’un côté, ils vantent avec emphase l’excellence de la supériorité des mœurs nationales, et, de l’autre, ils cherchent à dissimuler leur nationalité, et s’efforcent, avec cette faculté d’imitation particulière au caractère russe, de s’assimiler aux autres peuples de l’Europe. 11 en résulte que, en dehors de l’intérêt que donne à cette cité son importance commerciale dans un pays où le négoce n’est nullement encouragé, le touriste a peu d’observations à recueillir dans les larges rues d’Odessa. Les passants y sont d'ailleurs aveuglés par des tourbillons d’une poussière blanchâtre qni revêt d’une couleur uniforme les rangées d’arbres rabougris et les hautes maisons qu’ils bordent.

Odessa a prospéré, en dépit du régime russe, parce qu’elle a pour principal article de commerce la denrée dont l’usage est le plus général en Europe. Comme les exportations y excèdent les importations des deux tiers, on peut dire que la fortune de cette ville ne repose pas sur des fondements très-solides. Une guerre aurait de plus sérieuses conséquences pour les provinces

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méridionales de la Russie que pour les pays qui en tirent leurs approvisionnements de céréales. Pour ces provinces, la ruine serait permanente et irrémédiable; pour le pays en guerre avec la Russie, il en résulterait sans doute un inconvénient sérieux , mais temporaire ; on trouverait bientôt une nouvelle source d’approvisionnements qui ne serait pas exposée à de violentes et soudaines interruptions. Quoi qu’il en soit, dans une question de paix ou de guerre, le 'gouvernement russe ne se laissera jamais influencer par les intérêts commerciaux de son empire.

Le commerce de la Russie est en grande partie entre les mains de négociants étrangers, et en expliquant l’indifférence du gouvernement, ce simple fait prouve combien les indigènes sont peu dignes d’uu meilleur traitement que celui qu’ils subissent aujourd’hui. Mais la Russie ne souffre pas seule du despotisme du gouvernement et de l’apathie des sujets. Si ces deux influences sont fatales au commerce de la Russie, elles conspirent malheureusement pour le reste de l’Europe à élever le prix des produits russes au delà de toute expression. 11 n’est pas difficile de remonter à la cause d’un tel résultat.

Les seuls négociants autorisés à commercer directement avec l’étranger sont ceux qui appartiennent à la première ou à la seconde corporation, et encore les membres de celte dernière ne peuvent-ils le faire que dans certaines limites. Les droits divers exigés par le gouvernement pour l’obtention du privilège sont si considérables, que les transactions internationales ne sont accessibles qu’à un petit nombre de personnes. On comprend combien un tel système est fait pour empêcher les marchands russes de se multiplier.

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Malgré l’extension rapide du commerce de la mer Noire pendant ces dernières années, la corporation du premier ordre ne s’est augmentée que de quatre marchands depuis quinze ans, tandis que, d’un autre côté, le nombre des paysans qui ont obtenu des diplômes pour commercer dans l'intérieur de l’empire s’est accru d’un tiers durant la même période. Ainsi les relations commerciales de l’intérieur se sont développées à la faveur de ce commerce d’exportation qui n’a pas profité aux négociants d’un ordre plus élevé.

Il n’est pas moins préjudiciable aux véritables intérêts du commerce, qu’il puisse être exercé par des paysans ignares, à demi civilisés, qui ont obtenu des licences pour un an, et sont encore réduits à la condition de serfs. Cet état de choses aboutit à une absence totale de crédit, et livre les marchands des côtes à la merci de ces petits commerçants, qui ne se font scrupule d’aucune pratique déloyale pour réaliser un prompt bénéfice. C’est cette classe qui fréquente les nombreuses et vastes foires du pays, et qui exerce une influence indirecte sur les marchés étrangers. Avant d’atteindre le port d’exportation, les articles sont déjà surchargés d’une valeur supplémentaire, qui s’élève à soixante pour cent sur les productions du sol, et à vingt-cinq pour cent sur celles de l’industrie. Quels bons résultats pourrait-on se promettre dans un pays où le manque de capitaux, le manque d’initiative, le manque de liberté, le manque de routes, le manque de probité, se combinent pour comprimer tout essor commercial?

Aujourd’hui même il n’y a pas de route macadamisée qui conduise à Odessa. On n’a pas encore tenté d’utiliser les magnifiques fleuves qui offrent des voies de communi-

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cation toutes tracées avec l’intérieur. LePruth, leDniéper, le Dniester et le Bug sont navigables ou peuvent aisément le devenir. Sur ces grands cours d’eau, on ne voit flotter actuellement que des trains de bois. 11 ne se rencontre pas de compagnie industrielle assez hardie pour tenter une entreprise que le gouvernement pourrait ruiner à tout moment. En Russie, presque toutes les innovations sont commencées sous les auspices de quelque étranger téméraire, qui n’a pas vécu longtemps dans le pays, et qui n’en connaît pas à fond les habitudes. Aussi je pense que le chemin de fer de Moscou à Odessa ne sera pas fait de sitôt, quoique le gouvernement ait offert une garantie de quatre pour cent. Ce sera une singulière anomalie de voir un chemin de fer relier deux aussi grandes villes avant qu’il n’existe entre elles aucune route macadamisée. On n’en trouverait d’exemple qu’en Amérique.

Toutefois, quand des hommes de marque se sont livrés à quelque spéculation, les frais en sont supportés par la communauté tout entière. Ainsi, dernièrement, dans le voisinage d’Odessa, de grands propriétaires voulurent donner une extension considérable à la culture de la betterave et à la fabrication du sucre. Malgré leurs louables efforts, ces aristocratiques producteurs tirent de mauvaises affaires, et la plupart eussent été ruinés, si le gouvernement n’était pas venu à leur aide en prohibant la vente de tout autre sucre. Cette prohibition oblige les habitants à payer le sucre russe cent pour cent au-dessus du prix auquel il serait possible d’obtenir celui de nos colonies. Je n’appris pas sans quelque satisfaction, que, malgré ce règlement inique et le secours du travail forcé, les cultivateurs de betteraves sont incapables de faire leurs frais.

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Et cependant les nobles eux-mêmes sont peu favorisés par le pouvoir. Si, au lieu d’essayer de protéger leurs spéculations par des mesures prohibitives, le gouvernement consentait à lever les lourdes taxes qui pèsent sur la noblesse, la situat'mndecette partie de la société russe se trouverait aussitôt singulièrement améliorée. La taxe des passeports, par exemple, serait intolérable dans tout autre pays. Un Russe, quel que soit son rang, n’obtient qu’avec la plus grande difficulté une autorisation de voyager ou un permis d’absence pendant deux ans, et ce permis ne coûte pas moins de quatre-vingts livres par tête.

Heureusement pour les voyageurs étrangers, le gouvernement ne montre pas avec eux de semblables exigences. Toutefois les mille formalités qui leur sont imposées ne laissent pas d’entraîner beaucoup de tracas et d’ennuis. L’administration est plus sévère en Russie que dans aucune autre contrée de l’Europe. La vénalité et l’insolence des employés viennent encore accroître les inconvénients du système. Ces bureaucrates, en vertu de leur charge, sont des nobles de la quatorzième classe, et ils se croient autorisés à traiter tous les étrangers comme des serfs.

Le bureau de police d’Odessa est bien fait pour préparer le touriste aux épreuves qui l’attendent dans les autres grandes villes de l’empire. En haut d’un obscur escalier est une antichambre peuplée de gens qui attendent, tête nue et dans le maintien le plus humble qu’on leur ouvre une barrière où se tiennent deux soldats. Si le voyageur est Anglais, son air résolu en impose aux deux cerbères, et il est sur-le-champ introduit dans une salle d’une malpropreté extrême. Quelques pauvres diables, en guenilles, écrivassent tristement en ce lieu, sans se soucier de vous ou

de votre passe-port. Cependant vous suivez l’indication qui vous est donnée au bout d’une plume, et vous passez dans une autre chambre où les habits des rédacteurs montrent un peu moins la corde. Unhomme prend alors votre passeport, le lit à loisir, et se livre à maintes recherches dans les cartons placés près de lui. Le voyageur attend avec patience le résultat de cette enquête. D’ordinaire, le passe-port circule de mains en mains. Celui-ci prend une note, cet autre consulte un dossier. Le temps s’écoule. Vos instances restent vaines : vous tentez de séduire tout ce monde. On empoche complaisamment vos largesses, et l’on vous dit de revenir dans trois heures. Si vous doublez la somme, on vous répondra par le mot sichass, « immédiatement. » Mais ne vous réjouissez pas trop : pour les gens un peu initiés aux mœurs russes, le mot a, dans les deux langues, une signification tout opposée.

Ce manège se répète jusqu’à trois ou quatre fois. Les conférences se succèdent entre les employés. On dirait que votre affaire présente des difficultés tout exceptionnelles. Enfin, en désespoir de cause, vous refusez tout nouveau pourboire, et, laissant votre passe-port, vous vous déterminez à aller vous plaindre au gouverneur. Ce fonctionnaire, qui s’est enrichi par de semblables pratiques, montre néanmoins la plus vertueuse indignation, et il ordonne qu’aussitôt le passe-port soit délivré. Sans la bienveillante intervention du consul d’Angleterre, M. Yeames, les trois jours de notre passage à Odessa auraient été uniquement employés en démarches pour obtenir le moyen d’en sortir.

Nous avions encore à entreprendre une traversée sur

un vapeur russe, perspective non moins triste que celle d'avoir à résider dans un hôtel russe, car on ne saurait jamais prévoir la durée du voyage. Le trajet d’Odessa à Galatz s’effectue d’ordinaire en vingt-quatre heures. Nous pouvions donc raisonnablement espérer de naviguer sur le Danube au point du jour. Cependant, à sept heures du matin , en sortant d’une cabine on ne peut plus déplaisante, je m’aperçus que nous jetions l’ancre en vue de l’ile des Serpents, exposés à la violence d’une mer tempétueuse. Nous étions à trente milles des bouches du Danube et destinés à contempler le roc aride qui se dressait devant nous, jusqu’il ce que la mer se calmât ou que le vent vînt à changer. Personne ne paraissait avoir songé à une telle occurrence. Quand les vents d’ouest soufflent, il n’y a que neuf pieds d’eau à la barre de Sulina. Le tirant de notre vapeur était de neuf pieds et demi, et nous nous trouvions ainsi condamnés à attendre, à trente milles des côtes, que les eaux fussent assez hautes pour nous porter.

Nous passâmes vingt-quatre heures à déplorer notre mésaventure et h songer qu’avec un bâtiment plus léger, on n’aurait pas à craindre de semblables retards. Nos vivres étaient épuisés, et, si les vents contraires avaient persisté, nous aurions dû retourner à Odessa pour satisfaire notre faim et reconnaître qu’il est absolument impossible d’accomplir un voyage de vingt-quatre heures sur un vapeur russe.

La vue des bouches du Danube n’ofl’re rien d’intéressant. Au milieu des rives plates et marécageuses du fleuve, est située la triste ville de Sulina, véritable Édon américain. Toutefois le nombre des navires et la variété

des costumes des équipages donnent du mouvement et de la vie à ces plages. Il y avait une foire dans la grande ville d’Ismaïl, en Bessarabie, lorsque nous y arrivâmes. C’était la troisième dont nous étions témoins en Russie. Nous retrouvâmes à peu près la même population. Des bazaFs couverts regorgeaient de Moldaves, de Cosaques, d’Allemands, de Bulgares, de Bohémiens, de Grecs et d’ Arméniens. Les marchandises les plus diverses encombraient les comptoirs. Des pyramides de raisins étaient étalés aux coins des rues, car la Bessarabie est riche en vignobles, et des cultivateurs suisses s’y sont établis en grand nombre. La ville d’Ismaïl parait triste et déserte, bien qu’elle renferme environ quarante mille habitants; mais elle s’enorgueillit d’une forteresse imposante occupée par une garnison considérable, et de nombreuses chaloupes canonnières sont mouillées sous ses murs.

Port principal d’une fertile province. Ismaïl fait avec l’étranger un commerce important. Seulement les ressources de la Bessarabie sont faiblement développées, et cette province se trouve dans une situation de beaucoup plus misérable que celle des pays qui l'avoisinent. Les économistes russes prétendent que ce triste résultat est uniquement dû à la brusque émancipation de tous les serfs, et ils veulent y voir la triomphante justification du servage. Mais il suffit de jeter un coup d’œil sur les circonstances qui ont accompagné cette libération pour montrer combien l’argument est peu fondé. En affranchissant les serfs de la Bessarabie, le gouvernement russe n’a pas songé aux intérêts moraux de la population agricole de la province ; il s’est proposé seulement de ruiner les possesseurs de serfs, les boyards moldaves ou la vieille aris-

tocratie foncière. La mauvaise administration du gouvernement local, les intrigues des employés russes, l’introduction du système prohibitif dans un pays qui jouissait précédemment d’une grande liberté commerciale, forment une conjonction d’influences fâcheuses plus que suffisantes pour expliquer le pauvre état de la Bessarabie.

Il est intéressant d’observer la condition présente de la Bessarabie pour se faire quelque idée des résultats qu’entraînerait, pour les principautés danubiennes, une annexion par la Russie. Quand on oppose l'état de ces provinces à celui de la Bessarabie, on ne doit pas s’étonner que les habitants de la Moldavie et de la Valachie redoutent le jour où l’influence détestable de l’administration russe se fera sentir sur les bords du Danube jusqu’il la frontière autrichienne. Dans le passé de la Bessarabie, ils entrevoient le triste avenir qui leur serait réservé. Si le czar leur accordait une constitution, ils pourraient la comparer à celle que l’empereur Alexandre avait donnée aux boyards de la Bessarabie. L’une et l’autre auraient même durée sans doute. Si des privilèges spéciaux leur étaient concédés, ils seraient capables de les apprécier à leur juste valeur et de calculer exactement combien de temps il faudrait pour réduire leur pays à la triste condition de la Bessarabie.

LE DANUBE

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