ORSOVA
viendrait seconder des avantages naturels uniques au inonde, entretiendrait, dans cette position inexpugnable, des forces capables de lui assurer la domination de la Méditerranée et de la rendre l’arbitre suprême des destinées de l’Europe. Qui alors oserait prétendre que l’Angleterre est seule réellement affectée par l’agression russe ?
J’ai déjà fait allusion à la situation de l’ Autriche, dans l’éventualité de l’annexion des principautés danubiennes. Il est facile de voir comment elle se trouverait atteinte par le premier pas du colosse moscovite vers l’Occident. Si les ressources de la Turquie d’Europe étaient exploitées par la Russie, l’empire d’Autriche, au point de vue militaire, ne pourrait plus être défendu, et, avec ses nationalités hétérogènes, et même hostiles, il n’existerait plus que comme une dépendance de la Russie. Que l’esprit d’indépendance se rallume alors en Autriche ou en Italie, la Russie, ce constant champion du despotisme, éteindrait pour jamais toute étincelle de liberté dans ces malheureuses contrées. L’Espagne, à son tour, pourrait appeler au secours de l’oppression cette force redoutable.
Si la Sardaigne opprimée appelait de nouveau les aigles françaises sur les Alpes, lTtalie se verrait occupée par des troupes russes et autrichiennes. La Prusse et les États secondaires de l’Allemagne ne pourraient plus opposer une résistance efficace, soit aux armes, soit à l’influence du colosse, et si les révolutions de la roue de la fortune, la loterie des changements politiques, plaçaient une créature de la Russie sur le trône de France, l’Angleterre, seule de toutes les nations de l’Europe, pourrait espérer conserver son indépendance. L’Angleterre ne
saurait, tandis que la justice est foulée aux pieds, et la liberté écrasée, conserver une attitude passive, dans la crainte de voir tomber les consolidés à quatre-vingt-dix. Quelle arme donc aujourd’hui pour la défense d’une noble cause !