‹ Voyage pittoresque d'un anglais en RussieChapitre 8 sur 62 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La grande foire de Nijni-Novgorod. — Hypothèse : un Russe à h foire de Greenwich et au Palais de Cristal. — Le pont de bateaux. — Scènes de la rue. — Le quartier chinois. — La foire : ses avantages commerciaux, son économie intérieure, — Restaurants. — Adoration de la Vierge. — La vieille ville.

Le mot foire a beaucoup de significations, et les résultats qu’en attendent les populations des différents pays du monde ne sont pas moins variés. 11 est en quelque sorte impossible, à celui qui n’a jamais visité que les foires de son pays, de se faire une idée de ce qu’elles sont chez les autres peuples et du but qu’on se propose en les établissant. Aussi, avant de rappeler mes impressions de la foire de Nijni, il ne me paraît pas hors de propos de rechercher quels sentiments un Russe éprouverait sans doute en visitant ce qu’on appelle des foires en Angleterre.

Supposons, par exemple, que, dans les premiers mois de 1851, le bruit des préparatifs d’une foire du monde à Hvde-Park soit venu jusqu’à Nijni, et qu’un habitant de cette ville, se croyant bon juge de ces sortes d’exhibitions, ait informé le gouvernement russe de son désir de visiter l’Angleterre. Supposons qu’après avoir obtenu la permission nécessaire, il soit arrivé à Londres au commencement de mai. Tout d’abord, notre Russe remarque des groupes nombreux d’ouvriers et de bourgeois que les

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chemins de fer et les vapeurs transportent ait pied d’une colline verdoyante sur les bords de la Tamise. Par une curiosité naturelle aux étrangers, toujours désireux de voir et de connaître, le touriste de Nijni se mêle sans hésiter à la foule. Tantôt il est coudoyé par un respectable couple qui s’évertue pour atteindre un théâtre forain , où de jeunes demoiselles en maillots se trémoussent, aux sons de la musique, et entraînent sur leurs pas une multitude empressée de voir le spectacle dont une image grossière ondoie au-dessus de l’orchestre en plein vent. Tantôt on l’invite, pour la bagatelle d’un penny, à regarder le soleil à travers un télescope, à tenter la fortune à quelque jeu de hasard, ou à rouler en traîneau du haut en bas de la colline. En un mot, étonné, stupéfait, notre Russe erre de baraque en baraque, au milieu d’une foule dont les démonstrations bruyantes lui semblent presque insensées. Il se demande si telles sont les preuves de celte civilisation anglaise dont on lui a vanté les prodiges, et regrette peut-être que la barbarie de son éducation l’empêche d'apprécier tous les mérites de ces divertissements. Les costumes et le langage divers des hommes qui passent et repassent il ses côtés lui montrent combien ils diffèrent d’origine. Avec un peu d’observation, il finit par distinguer le cockney, natif de la Cité de Londres, de cette tourbe puante qui vit dans le désordre, et n’a pas plus le sentiment des droits de la propriété que les Calmoucks de son pays. Notre homme ne tarde pas à en faire à ses dépens l’expérience, et s’il revient dans Londres se plaindre d’avoir été volé, on lui répond que sa mésaventure est la conséquence naturelle d’une visite à la foire de Greenwich.

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