‹ Voyage pittoresque dans le TyrolChapitre 6 sur 16 · BAVIÈRE · texte numérisé non relu

BAVIÈRE

En quittant Mittenwald , on remonte la vallée de l'Iser jusqu'à la Scharnitz , une des grandes entrées du Tyrol. Cette vallée est triste , stérile et sauvage , renfermée à l'est et à l'ouest par deux énormes murailles de rochers calcaires, et qu'aucune verdure ne recouvre • elle ressemble à un vaste aqueduc dans le milieu duquel il ne circule plus qu'un filet d'eau, qui s'échappe rapidement sur un lit de gravier à travers de maigres prairies. Bientôt on arrive à la Scharnitz : là finit le territoire bavarois. Cette porte du Tyrol est défendue par une ligne de fortifications en pierres, avec un fossé plein d'eau, et des ouvrages qui se prolongent sur la montagne de droite jusqu'à la hauteur où elle est accessible.

Peu de monde suffirait pour arrêter une armée dans cette gorge étroite, et qui n'offre aucune issue, aucun sentier praticable. En temps de paix les Autrichiens n'y avoient point de troupes ; il n'y avoit que les gens de la douane qui vous demandoient votre passeport en entrant, et qui ne manquoient guère de se plaindre de l'ennui et de la tristesse de leur séjour. La Scharnitz n'est en effet qu'un triste et misérable endroit composé de huit ou dix maisons 3o . On la nomme aussi Porta Claudia 5l ,

La première poste après Mittenwald est Séefeld. Cet endroit, plus considérable que la Scharnitz, occupe un de ces vallons élevés dont j'ai parlé plus haut, et les bords d'un petit lac qui nourrit d'excellentes truites. De Séefeld à Zirl la route est intéressante. On descend presque continuellement; et entr'autres en approchant de Zirl, la route qui est très-bonne, est prolongée avec art sur le penchant de l'énorme montagne de Zirl. Cette montagne est très-haute et très-rapide; il a fallu tracer à grands frais le chemin sur ses flancs escarpés et composés d'une roche calcaire fort dure.

J'ai descendu toute cette montagne à pied pour herboriser le long de la route, et mieux jouir des divers points de vue qui se présentent. Lorsque vous commencez à découvrir la vallée de l'Inn, et cette rivière elle-même qui se promène majestueusement entre deux chaînes d'immenses montagnes, alors le tableau devient à chaque pas plus riche et plus

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beau. Enfin la vue plonge et s'étend à une grande distance dans cette belle et fraîche vallée. Zirl est a vos pieds, domine par la montagne sur laquelle vous êtes placé. Les ruines de deux anciens châteaux, Fragenstein et Fuchsberg, appartenant à l'empereur, ajoutent encore à ce que cet ensemble a de grand et de pittoresque.

En approchant de la vallée de l'Inn, et même à d'assez grandes hauteurs, lorsque vous suivez le versant du midi, vous apercevez le changement de température, et les nuances du climat. L'air est sensiblement plus doux, les productions végétales se diversifient, et l'ensemble prend un aspect plus riant et plus agréable. Au haut de la montagne de Zirl vous trouvez le Rhododendron ferruglneum , qui vous accompagne dans toute la haute vallée de l'Iser, la Dry as octopetala, la Lotus dorychnium, XArabis alpina : peu-àpeu ces végétaux deviennent plus rares et disparaissent.

Le bel œillet des montagnes, Dyanthus virgineus, YAllium senescens, les Verbascum, les Rubus y et une grande variété d'arbustes, ornent les deux côtés de la route. En approchant de la vallée, une culture plus riche vient frapper agréablement la vue et l'imagination. Le Carpinus ostna, le Juglans régla, bordent les champs de maïs, cette branche majeure de la culture du Tyrol. Les arbres fruitiers se multiplient, et vous observez avec plaisir que les objets les plus agréables que la nature puisse offrir aux yeux de l'homme sont en même temps ceux qui servent le plus utilement à la satisfaction de ses besoins.

Zirl est un endroit riant où il y a de bonnes auberges et où l'on est très -bien servi. En général, les prix du Tyrol sont modiques, les paiemens s'y font en papier de banque de Vienne. Ce papier perd actuellement Sopour ioo au- dehors, de sorte que l'étranger, qui l'achète à bon compte, éprouve une diminution sensible sur les dépenses qu'il acquitte au pair dans le pays avec cette même monnoie. De Zirl à Inspruck, vous suivez toujours la vallée de l'Inn. Les bords élevés de cette vallée sont cultivés en maïs , les parties basses sont en prairies. Inspruck se découvre à une assez grande distance. C'est une ville d'une médiocre grandeur, mais agréablement bâtie, ayant quelques belles rues et un pont sur l'Inn qui la partage en deux parties inégales. Le château, résidence actuelle d'une archiduchesse , et où le gouverneur du pays est également logé , est fort beau. C'est Marie- Thérèse qui l'a fait construire ; mais une chose qui mérite surtout la visite d'un voyageur, c'est l'église des Récolets, bâtie dans les années i555 — i563 par Nicolas Theuring et Maradilla Bolla. Le devis des frais de la construction de cet édifice ne se montoit qu'à 32,o52 flor. 54kreuzers.

L'empereur Maximilien avoit désiré être enterré à Inspruck; mais son corps est resté à Neustadt , et l'empereur Ferdinand I s'est contenté de lui faire élever le tombeau que l'on voit au milieu de la nef. L'empereur Ferdinand I en avoit confié, en i56i , le travail à Bernard et Arnold Abel de Cologne ; mais ces artistes étant morts en 1 563 , n'ont fourni que le plan de l'ensemble, et quatre des vingt -quatre bas-reliefs qui ornent ce mausolée. Les vingt autres ont été exécutés par Alexandre Collins de Malines. La statue en bronze de l'empereur Maximilien, qui est à genoux sur la plate -forme du monument, est de Louis del Duca.

Les vingt-quatre bas-reliefs, dont plusieurs sont travaillés avec soin et avec un goût assez pur, retracent les principaux traits de la vie de Maximilien. Il y en a un surtout qui représente une entrevue de l'empereur avec le roi de France , et dans lequel l'artiste a saisi avec beaucoup d'art la nuance qui sépare les physionomies allemandes et françoises. On distingue très -aisément, malgré la petitesse des proportions, les habitudes plus polies, plus civilisées des François à cette époque , du caractère plus âpre et plus rude des Allemands.

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