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a déjà beaucoup du caractère de son père ; comme lui il est lier, sérieux et réservé; il pleure rarement lorsqu'on lui refuse ce qu'il demande. Il a peu de caprices, parce qu'il sait que personne ne songerait à les satisfaire. Jusqu'à l’âge de douze à quatorze ans il reste relégué avec les femmes et les chiens; aussi ses sentiments pour son père tiennent-ils plus du respect et de la crainte que de la tendresse. Les filles jouissent de la même liberté que les garçons ; leur éducation n'absorbe pas une grande partie de leur temps; leur mère se contente de les initier de bonne heure aux travaux peu compliqués d’un ménage tout à fait primitif.
Dès que les enfants sont assez forts on leur apprend à nager; alors leur principale récréation consiste à passer des journées entières dans l'eau. Quant aux garçons, le premier art qu'on leur enseigne est celui de la chasse. Dès qu’un jeune Indien peut bander un arc flexible et léger, son père lui donne des flèches et l'exerce à tirer. Sur les fr ntières du Rio-Grande nous avons vu des enfants de huit à dix ansp rcer une figue à la distance de vingt-cinq ou trente pas; ce fait per donner une idée de la précoce adresse des petits Peaux-Rouges. À douze ans*®n leur met parfois un fusil en main pour tirer des canards ou des oies sauvages. Pendant les longues soirées d'hiver les chefs de famille apprennent aux garçons la manière d'approcher les buffles, les chevreuils, les élans, de monter une trappe et de reconnaitre sur l'herbe la trace des animaux. Plus tard, le jeune Indien accompagne son père à la chasse; lorsqu'il a tué son premier gik’er, la famille tout entière se rassemble; un repas solennel a lieu; l’animal tué est apporté en grande cérémonie, et le chasseur adolescent, héros naturel de la fête, reçoit les félicitations de tous les assistants.
Les Chactas, les Chérokies et toutes les tribus agricoles qui commencent à suivre la civilisation américaine, ont des écoles libres où les jeunes Indiens reçoivent une instruction appropriée à leur situation et à leurs besoins. Les dames du Sacré-Cœur et les pères de la Compagnie de Jésus ont institué sur les territoires indiens quelques-unes de ces écoles qui rendent de grands services aux jeunes sauvages des deux sexes. Celle de Scullyville, établie par les Chactas, est située sur la lisière d’une belle forêt dont les chênes gigantesques ombragent gracieusement un joli champ sur lequel viennent se divertir aux heures de récréation les
garcons et les filles de l’école. De treize à quinze ans, les enfants apprennent de leurs parents les cérémonies mystérieuses qui doivent leur rendre propices les esprits des bois et des prairies, les propriétés des plantes et des racines qui guérissent la blessure des flèches ou la morsure des reptiles, et enfin la manière de recueillir les ingrédients nécessaires à la composition des sacs de médecine, amulettes sacrées qui d ns les combats rendent invincible, et à la chasse amènent sous les coups du chasseur le gibier le plus éloigné et le plus difficile à prendre.
La confection de ces sacs de médecine a une haute importance, elle marque une époque dans la vie du Peau-Rouge ; elle est pour lui ce qu'était pour un gentilhomme du moyen âge l'élévation au rang de chevalier : aussi ne se fait-clle point sans de grandes préparations. Le jeune Indien qui veut faire son sac de médecine quitte le wigwam paternel, s’absente de son village et vit dans la solitude pendant quatre ou cinq jours. Là il jeûne et prie comme le chevalier du moyen âge. Couché presqué toujours sur Je sol nu, il demande au Grand-Esprit de lui montrer le génie bienfaisant qui doit le protéger durant sa vie entière: aussi le premier animal qu’il voit ou qu'il croit voir en songe devient-il pour lui ce génie protecteur qu’il attend. Il se lève aussitôt, revient chez son père et lui rapporte ce qu’il a vu ou fait pendant ces jours d'abstinence et de prière. Après avoir bu et mangé copieusement pour réparer ses forces épuisées par un long jeûne, il retourne à la forêt avec ses armes de chasse et se met à la poursuite de l'animal qui lui est apparu. Lorsqu'il l’a tué, il l’écorche soigneusement; la peau sert à faire un sac dans lequel sont enfermées certaines plantes connues des Indiens. Le sac de médecine ainsi préparé est ordinairement porté à la ceinture ou suspendu à la lance du guerrier. L'Indien n’abandonne jamais volontairement son sac de médecine. Il le regarde comme l'emblème d’une puissance supérieure et mystérieuse qui doit veiller sur lui pendant sa vie, et le conduire, après sa mort, dans les prairies enchantées, séjour des bienheureux. Lorsqu'il perd ce talisman, il devient pour sa tribu un objet de mépris; les femmes, aussi bien que les hommes, l'accablent de leurs railleries, Il n’a qu'un moyen de se réhabiliter, c'est d'enlever un autre sac de médecine sur le corps d’un ennemi tué de sa main.
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