‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 110 sur 137 · SC DORE · texte numérisé non relu

SC DORE

les garçons âgés de huit à quinze ans dans une prairie voisine du village, pour leur apprendre à combattre et à scalper leurs ennemis. Les jeunes combattants sont entièrement nus; ils ont seulement sur la tête une sorte de perruque d'herbes tressées, à la ceinture un couteau de bois, entre les mains un are et des flèches. Les flèches sont d’un jone si flexible et si tendre, qu'elles ne peuvent faire aucun mal à ceux qui en soit atteints. Deux camps sont formés ; le signal est donné, et aussitôt le combat commence avec toute l'ardeur, toutes les péripéties d’une lutte sérieuse. Celui qui a été frappé d’une flèche doit se laisser tomber et contrefaire le mort : le vainqueur se précipite sur lui, et, lui mettant le pied sur la poitrine, fait semblant de le scalper ; il promène son couteau de bois autour de la chevelure factice de son ennemi, la lui enlève, et se retire avec la plus grande rapidité pour n'être point à son tour scalpé par un autre adversaire.

C'est à l’âge de quinze ou seize ans que les Peaux-Rouges commencent ordinairement leur périlleux noviciat dans l’art de la guerre. Munis de leur are, d'un bon nombre de flèches et du couteau à scalper, ils accompagnent leurs parents dans quelque expédition contre une tribu ennemie ; là, exaltés par les récits des guerriers et enflammés de l'amour de la gloire, ils se jettent aveuglément au milieu des plus grands dangers, ils s'exposent à la mort avec toute la hardiesse de l'inexpérience et tombent souvent victimes de leur intrépidité.

Le courage et le sang-froid sont certainement les qualités distinctives de ces populations; il y a peu de circonstances où les Indiens, jeunes ou vieux, n’en donnent des preuves signalées : nous en avons déjà donné plusieurs exemples; pourtant, il faut le reconnaitre, tous les sauvages ne sont pas des héros de bravoure et de courage. Il existe même chez eux une classe d'hommes dont la vie est absolument différente de celle que nous venons de décrire. Ceux-ci négligent les occupations de la guerre pour ne penser qu’à leur toilette et à leurs plaisirs; soigneusement parés, ils recherchent beaucoup plus l'admiration des femmes que l'estime des hommes ; ils ne poursuivent à la chasse que le gibier le plus facile, se cachent pendant la guerre, et supportent d’être appelés vieilles femmes par les guerriers. Ils se consolent de ce mépris par la douceur de leur existence et les satisfactions de leur coquetterie efféminée. Ce sont les dandies de leur endroit, mais le dandysme est rare

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