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506 VOYAGE PITTORESQUE parmi les Indiens, et là, du moins, les hommes qui méritent d'être appelés vieilles femmes sont l'exception.
Les Peaux-Rouges se marient très-jeunes, de dix à vingt ans, On voit fréquemment des femmes demandées en mariage dès l'âge de douze ans et même plus tôt, En cas de veuvage, celui des deux époux qui à survéeu contracte en général une nouvelle union au bout de deux ou trois ans; mais les veuves qui ont des enfants trouvent difficilement un second époux. Les formalités relatives au mariage sont simples. Chez ces peuples, c’est le mari qui doit «voir une dot, car il est tenu d'acheter sa femme. Quand un Indien voit une jeune fille qui lui plait, il se procure d'abord les objets qui peuvent satisfaire les parents. Il se rend ensuite avec son père à l'habitation de la jeune fille. Tous deux sont revôtus de leurs plus beaux costumes. Le père marche en avant avec une pipe à la main. Le fils le suit, portant les présents, qui se composent ordinairement de peaux, de fourrures, de colliers, de verroterie, d'armes, quelquefois de chevaux. Lorsque les deux chefs de famille sont en présence, le père du jeune homme dit à l'autre : « Voici des présents qui demandent ta fille en mariage pour mon fils. » Si les cadeaux sont acceptés, le mariage est conclu sans aucune autre formalité; s'ils sont refusés, la demande ne se renouvelle plus. Quelquefois les cadeaux sont envoyés sans aucune cérémonie et rendus intégralement en cas de refus.
Il est rare que le jeune homme cherche, avant cette visite officielle, à se faire agréer de celle qu'il aime; quelquefois seulement il se permet de jouer de la flûte et de chanter des chansons de sa composition devant le wigwam de la famille. Néanmoins les habitudes simples de la vie sauvage permettent facilement aux jeunes gens de se faire la cour, et les occasions de se voir et de se parler ne leur manquent pas. Il est plus rare encore que le père qui marie sa fille lui demande son consentement. Cependant il peut arriver que celle-ci aime en secret quelqu'un, et refuse de se prêter à une union qui ferait son malheur. On montre encore à cent cinquante milles au nord du lac Pepin, sur les bords du Mississipi, une roche à pic très-élevé, du haut duquel une Indienne de seize ans s'est précipitée en présence de toute sa tribu, pour ne pas s'unir à un homme auquel son père l'avait fiancée et qu'elle ne pouvait aimer. On à tort de prétendre que les suicides par amour ont été inventés par 20$ ro-
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manciers; en voilà au moins un exemple dans un pays où on lit peu de romans,
Plusieurs légendes, parmi celles que l'on raconte le soir sous la tente, sembleraient prouver que les combats entre la passion et le devoir, si célèbres dans toutes les littératures, se retrouvent ici, et que, dans ces luttes terribles, les héroïnes de tragédie ne sont pas les seules qui aient le privilège de faire triompher enfin la vertu. Jonahkisgaw, fille unique d'un Chippeway, s'était éprise d'un jeune Algonquin, fait prisonnier dans une expédition. Elle avoua son amour à son père, et lui demanda la grâce du captif, Le chef refusa. La veille du jour où la victime devait être sacrifice, Jonahkisgaw se lève, délivre son amant, le conduit sur les bords du lac Supérieur, et lui montre un canot attaché aux branches d'un vieux chêne et disposé pour sa fuite. Le guerrier supplie sa pro tectrice de le suivre, en lui jurant de l'épouser dès qu’il serait en sûreté parmi les siens. « Non, lui dit elle, mon cœur est à toi, mais m2 vie est à mon père; si je le quittais, le chagrin couvrirait ses cheveux de neige; je reste, mais toi, fuis, car, si nos gw iers te reprenaient, je mourrais. » Puis elle entonna, d'une voix suave et triste, le chant de l’adieu, pendant que le léger canot, conduit par deux bras vigoureux, emportait le fugitif. Les Chippeways s'aperçurent du départ du prisonnier trop tard pour le poursuivre. Jonahkisgaw fut maltraitée, son père voulut la marier au fils du chef de sa tribu, mais elle refusa cette union, et chaque nuit elle venait sous le vieux chêne du lac répéter le chant de l’adieu. Le génie des eaux, dit la légende, répétait comme un tendre écho ces tristes accents; les notes langoureuses vibraient avec mélancolie à cent milles autour du vieux chêne, comme les soupirs que poussent les sapins lorsque leur feuillage sombre est mollement agité par le vent. Les sauvages eurent bientôt pitié de tant d'amour; ils vénéraient cette jeune fille, et croyaient qu'un esprit bienfaisant habitait en elle; parfois ils abandonnaient leurs tentes pendant la nuit pour écouter cette voix qui leur paraissait surnaturelle, car Jonahkisgaw perdait chaque jour ses forces et sa beauté, sans que le timbre de sa voix s’affaiblit. Deux ans après, le corps de la fille du chef chippeway reposait sous le vieux chêne, tandis que son âme était allée « dans le pays des ombres, dans les prairies enchantées d’où l'on ne revient pas. »
Les hommes non mariés sont moins respectés que ceux qui ont une
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famille; ils ont aussi moins d'influence, Il y a trois sortes de mariages parmi les tribus indiennes : savoir, les mariages d'inclination, les mariages par achat et les mariages par servitude, Les premiers sont assez fréquents. Lorsqu'un guerrier aime une jeune personne, il cherche d'abord à se lier d'amitié avec le frère ou les parents de celle qu'il veut épouser, et qui peuvent favoriser ses vœux. Ensuite, dans toutes les occasions qui se présentent ou qu'il fait naître, il ne manque pas de parler de son amour à la jeune fille, et lorsque ses sentiments sont agréés, il fait alors la demande en mariage selon les habitudes de la tribu.
Les mariages par achat sont les plus communs et se combinent entre le prétendant et le père de la future de la manière dont nous l'avons raconté. Les mariages par servitude sont rares, parce qu'il est très-extraordinaire qu'un homme soit assez pauvre pour n'avoir pas les moyens d'acheter une femme; pourtant on en voit quelquefois dans les tribus du Nord. Dans ce cas, le fiancé se met au service des parents de celle qu'il aime pendant une époque déterminée d'avance; au terme de cette servitude il reste dans la famille de sa femme ou l’emmène chez lui. Durant tout le temps de cet esclavage volontaire, tout ce qu'il gagne par son travail ou par ses chasses ne lui appartient pas, il est obligé de le donner à titre de dot aux parents de sa femme.
Des mariages internationaux sont très-fréquents parmi les différentes tribus qui composent là grande famille des Selishs. Après l'union matrimoniale, l'homme se joint ordinairement à la bande à laquelle appurtient sa fcmine; cette coutume provient de ce que les femmes étant les meilleurs pourvoyeurs de la famille, elles sont les plus capables de subvenir à leur existence par la connaissance qu'elles ont des localités où se trouvent les racines nutritives avec lesquelles ces tribus se nourrissent, Les Indiennes de ces régions sont traitées avec beaucoup plus d'égards que partout ailleurs; elles jouissent d’une grande considération et d’une autorité qu'elles n’ont pas dans les autres tribus. Les cabanes qui renferment les provisions sont sous leur contrôle, et leurs maris ne peuvent jamais rien prendre sans en avoir demandé l'autorisation à la maîtresse du logis. Dans l'Orégon , le relâchement de la morale est loin de ce que l’on pourrait supposer en songeant à l'ignorance et à la rudesse des sauvages. Les rapports mutuels des jeunes gens de différents sexes ont