‹ Voyage pittoresque dans les grands déserts du Nouveau-Monde [microforme]Chapitre 115 sur 137 · D CRE US · texte numérisé non relu

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jettent dessus avec force d'énormes pierres, qui souvent brisent ses os, sous prétexte de chasser du corps par ce moyen les mauvais esprits. Le cimetière de ce pueblo est si petit, que souvent eu creusant une nouvelle fosse on découvre le cadavre d'un homme enterré depuis peu de temps; dans ce cas, on retire les ossements et on les jette dans un enclos situé derrière l’église catholique, et dans lequel on voit un tas énorme de squelettes et de crânes blanchis par le soleil, Les Sacs et les Renards placent leurs morts revètus de couvertures où de peaux de buffle dans de grossiers cercueils faits avec de vieux canots ou des écorces d'arbre, puis ils les enterrent, Sile défunt est un guerrier, on met au-dessus de sa tête un poteau funéraire peint avec des barres rouges, qui indiquent le nombre d'hommes, de femmes et d'enfants qu'il a tuës pendant sa vie et qui doivent le servir comme esclaves dans le pays des ombres.

Les Tahkalis brülent les cadavres de leurs défunts. Pendant la cérémonie l’Aomune-médecine qui la dirige fait toutes sortes de gesticulations et de contorsions inouïes; par cet expédient il prétend recevoir dans ses mains la vie du défunt, qu'il communique à un vivant eu lui imposant les mains sur la tête et lui soufflant dessus; la personne ainsi dotée prend alors le : ang du mort et ajoute son nom à celui qu'elle portait déjà, Si le mort avait une femme, celle-ci est obligée de se coucher sur le bûcher pendant qu'on y met le feu, et elle y reste jusqu'à ce que la chaleur, devenant insupportable, l'ait à moitié asphyxiée. Autrefois, lorsqu'une femme voulait fuir ce supplice, on la poussait dans le feu d’où elle ne s’échappait que grievement brûlée. Quand le cadavre est consumé, la femme rassemble les cendres, les met dans un panier et les porte partout avec elle, Elle devient ensuite la servante des parents de son mari; ceux-ci l'emploient aux travaux les plus rudes et la traitent indignement; cette servitude se prolonge pendant deux ou trois ans, au bout desquels les parents du mort se réunissent pour la fête de la délivrance. Dans cette solennité on plante en terre une perche de cinq à six mètres de hauteur pour suspendre le panier qui contient les cendres du défunt; ces cendres restent ainsi exposées jusqu'à ce que la perche tombe détruite par le temps ou les éléments. La veuve alors reprend sa liberté et peut se remarier.

Les Shoshonies brülent leurs morts avec ce qui leur appartenait ; les Indiens de la baie de San-Francisco agissaient de même. Les Comauches

enterrent ordinairement le guerrier avec ses armes et son cheval favori : autrefois ils y joignaient les femmes du défunt, mais cet usage a disparu. Tandis que les Sioux mettent des signes remarquables sur leurs tombeaux pour qu'on puisse les distinguer, les Comanches les couvrent d'herbes et de plantes pour les tenir secrets. Dans d'autres tribus de l'Ouest les guerriers sont quelquefois enterrés à cheval, revêtus de leurs plus beaux costumes, l'are à la main, le bouclier au bras, le Carquois plein de flèches sur les reins, la pipe et le sac de médecine pendus à la ceinture, munis enfin d'une provision de tabac et de viandes séchées pour pouvoir faire le voyage vers les prairies enchantées. Les femmes des Mandans, comme celles de la plupart des tribus de l'Ouest, se coupent toujour: les cheveux en signe de deuil; les hommes n’en coupent qu'une mèche. Ces sauvages habillent également leurs morts de leurs plus beaux vêtements, puis ils les cousent dans la peau d'un buffle fraîchement tué, et conduisent processionnellement le corps au village de la mort. Ce village de la mort est un cimetière situé tres-près de la ville ou du ‘ampement principal de la tribu; il se compose d’une multitude de petits échafaudages en forme de tables, sur lesquels on dépose les cadavres. À côté de chaque mort les parents du défunt placent ses armes et des provisions de bouche et de tabac. Tous les jours on voit des Indiens des deux sexes se diriger vers le cimetière, et pleurer ou prier pour leurs parents ou amis décédés. Quand les tables et les corps tombent à terre, détruits par le temps et la pourriture, les pieux visiteurs enterrent les restes mortels, à l'exception des têtes, qui sont lavées soigneusement et posées en cercle autour de deux arbres-médecines, ornés à leur sommet de mannequins en drap de couleur et garnis de plumes. Les femmes vont souvent s'étendre auprès de ces arbres funèbres; le soir elles y portent, dans des vases de bois, un peu de nourriture, puis elles parlent, pleurent et chantent, comme si le défunt pouvait les entendre. Le désespoir de ces enfants des solitudes a quelque chose de touchant et de simple qui saisit les cœurs les plus froids.

Les Assinniboins, comme plusieurs autres tribus des grands déserts américains, suspendent leurs morts entre les branches des gros arbres ou les exposent sur des échafaudages assez élevés pour mettre les corps À l'abri de la voracité des bêtes féroces. Les pieds des cadavres sont tournés vers le soleil levant, et lorsque les arbres et les échafaudages

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tombent de vétusté, les ossements sont recueillis et enterrés précieusement. Ce dépôt sacré est gardé, comme chez les Mandans, par des poteaux de médecine auxquels sont attachés des amulettes ou sacs de médecine. À la mort d'un membre de leur tribu, les Potowatomies, les OUttawas et plusieurs autres peuplades du Nord, distribuent aux amis du décédé tout ce qui lui appartenait de son vivant; quelque--ans sont catholiques : ceux-ci plantent sur la tombe uns grande perche, au scmmet de laquelle flotte une bannière blanche ornée d'une croix noire. l'armi ces mêmes tribus, lorsqu'un homme ou une femme mariée meurt, le survivant paye la dette du corps en donnant aux parents du défunt de l'argent, des chevaux ou d’autres présents. Les Ottawas font sur la tombe des morts des sacrifices de chevaux; ils étranglent l'animal au moyen d'un lacet, puis ils coupent la queue et la suspendent à des perches plantées sur la tombe. Les femmes des Corbeaux payent également la dette du mort en se f #an' des incisions profondes dans les chairs. Les Chippeways ont lhabituue d'allumer de grands feux sur les tombeaux de leur famille pendant plusieurs nuits après l'enterrement, Si les Indiens de l'Amérique témoignent plus de respect pour les morts que toutes les autres nations du globe, on peut ajouter que les Natchez renchérissaient ent "+ sur cette vénération profonde pour ceux qui ne sont plus. Aux funérailles de leurs parents ou de leurs amis ils donnent des signes non équivoques de leur chagrin poussé à ses dernivres extrémités, Ils plaçaient temporairement les cadavres dans des cercueils de roseaux pour s’y décomposer. Pendant ce temps ils apportaient régulièrement aux morts de la nourriture comme un tribut d'amour, un souvenir, une preuve de leur désir de continuer les soins qu'ils se plaisaient à leur donner de leur vivant. Lorsqu'il ne restait plus du défunt que des os desséchés, on les plaçait dans delégers coffres, qui étaient déposés dans de petits temples funèbres ou des chapelles privées. Ces temples de la mort ne différaient des habitations ordinaires des Natchez que par une tête de bois suspendue au-dessus de la porte d'entrée, Rien ne surpassait l'attachement qu'ils conservaient pour ces reliques des êtres chéris qu'ils avaient perdus, et, lorsqu'ils émigraient, ils emportaient ordinairement les ossements de leurs ancêtres. Les funérailles de leur souverain ou d'un de ses plus proches parent: prenaient pour les Natchez les proportions d'une calamité publique :

50 VOYAGE PITTORESQUE, elles étaient accompagnées d'un vrai massacre volontaire, dans lequel on sacrifiait une multitude d'individus alliés, amis ou serviteurs du défunt. Nous en donnerons un exemple en citant quelques détails consignés dans l'histoire concernant la mort du Serpent-Piqué, frore du Grand-Soleil. Comme le nombre des victimes qui devaient être sacriliées pendant la cérémonie funèbre était très-considérable, les officiers du Fort-Rosalie se rendirent au village du défunt, afin de sauver de la mort le plus de monde qu'ils pourraient. Grâce à la charitable interveution des Francais, ce nombre fut réduit à ses deux femmes, au chambellan, au médecin, au domestique, au porteur du calumet, à une jeune Indienne remarquablement belle qui l'avait beaucoup aimé, et à de vieilles femmes qui devaient être étranglées près des restes mortels du noble défunt.

Le corps du Serpent-Piqué, revêtu de ses plus beaux vêtements, fut placé sur un lit de parade. Sa figure était peinte avec du vermillon, ses pieds étaient chaussés de magnifiques mocassins tout brodés, et sur sa tête il avait une couronne de plumes blanches et rouges, comme prince du sang. À côté de lui on avait mis son fusil, son pistolet, son are, un carquois rempli de flèches et son plus beau tomahawk, ainsi que tous les calumets de paix qui lui avaient été offerts durant sa vie. A la tête du lit se trouvait une perche rouge supportant une chaine de roseaux peints également en rouge et composée de quarante-six anneaux, signifiant le nombre d'ennemis qu'il avait tués dans les combats.

Le lendemain, le grand maître des cérémonies vint chercher les victimes pour la danse de la Mort, et les conduisit en procession sur la place où elles devaient mourir. Chacune d'elles était accompagnée de huit de ses plus proches parents, qui devaient faire l'office de bourreau ; l'un portait un tomahawk et menaçait à chaque instant de frapper l'infortunée; un autre charriait la natte sur laquelle devait s'exécuter la sentence; un troisième avait la corde qui devait servir à l'exécution; un quatrième portait la peau de chevreuil que l'on plaçait sur la tête et les épaules des condamnés; le cinquième avait un bol en bois contenant des pilules de tabac, que les patients avalaient avant de mourir; le sixième portait une bouteille en terre pleine d’eau pour faciliter le passage des pilules ; les deux autres devaient rendre la strangulation la plus prompte

possible en tirant la corde à droite et à gauche des patients.

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LS dont les cheveux étaient peints en rouge. En arrivant sur la place . publique où se trouvait le temple, les personnes qui devaient mourir se fi mirent sur les nattes et dansèérent la danse de la Mort; leurs bourreaux liren: cercle autour d'elles et exécutèrent la même danse, puis tous re-

ï vinrent en procession dans la cabane du défunt. ë Le jour néfaste des funérailles étant arrivé, la femme légitime du : Serpent-Piqué prit congé de ses enfants en leur adressant les paroles # suivantes : « La mort de votre père est une grande perte. Il veut que je a l'accompagne dans le monde des esprits, et je ne dois pas le faire attendre. Il me tarde de partir, car depuis sa mort je marche sur terre d'un pas pesant. Vous êtes jeunes, mes enfants, vous avez devant vous . un long sentier qu'il vous faudra parcourir avec de la prudence dans i l'esprit et de la force dans le cœur. Prenez garde de ne pas vous déchirer È les pieds aux ronces de la duplicité et aux pierres de l'improbité. Je vous $ laisse brillantes et sans rouille les clefs de l'héritage de votre père. Ne À dites jamais du mal des Français, marchez dans leur sentier comme votre père l'a fait, traitez-les et aimez-les comme nous. » Le grand É maitre des cérémonies poussa ensuite le cri de mort, qui fut répété par 4 toute la population, et ordonna au cortége de se mettre en route. Le à défunt était porté par huit gardiens du temple où fut déposé le corps 1 du Serpent-Piqué. Les victimes, après avoir été étranglées suivant la 4 coutume, furent enterrées dans l’ordre suivant : les deux veuves dans 4 la même tombe que leur mari, la jeune Indienne à la droite du temple È et le chambellan à gauche; les autres cadavres furent transportés dans ü les différents villages auxquels ils appartenaient, puis on brûla Fhabi-

tation du Serpent-Piqué. Telles sont les cérémonies barbares et touchantes usitées par les Natchez à la mort des plus hauts dignitaires de leur vieille nation.

Quand une tribu émigre, elle emporte avec elle, si elle le peut, les

ossements amoncelés dans les villages de la mort; sinon, elle les place dans une caverne isolée, ou les enterre soigneusement sur une colline 4 ou dans un bois. Ces sortes d’'ossuaires sont assez nombreux dans les

solitudes de l'Ouest. Néanmoins, cette coutume n'est pas toujours mise

en pratique; quelquefois il est bien difficile de transporter ou de cacher tous ces ossements; d’ailleurs, il arrive parfois que la maladie enlève

dans un court espace de temps une tribu presque entière, et les survivants sont en trop petit nombre pour emporter avec eux dans d'autres solitudes les restes de leurs compatriotes, L'un des exemples les plus terribles en ce genre est le désastre qui frappa les Mandans, Les deux tiers d'entre eux furent pris par la petite vérole, l'une des principales causes de la dépopulation rapide des tribus indiennes. Le court récit de cette catastrophe pourra montrer quel caractère prend la douleur chez ces âmes énergiques, mais sensibles, en de pareilles circonstances,

Le jour de la destruction arriva pour les Mandans, comme il était déjà venu pour d'autres nations plus puissantes et plus nombreuses, Des marchands de fourrures et de wiskey apportèrent, en 1832, la petite vérole au principal village mandan, situé sur la rivière de la Pierre- Jaune et dont Mahtotopa était devenu le chef, La maladie se développa avec une rapidité effrayante, frappant de mort tous ceux qu’elle atteignait, Hommes, femmes, enfants tombaient comme les feuilles d'automne par un jour d'orage. Les femmes pleuraient et criaient sur les cadavres de leur mari et de leurs enfants; les hommes, pour s’arracher à la souffrance d’un mal étrange, rapide et mystérieux, se précipitaient dans les rivières et dans les précipices, où ils moururent plus vite, mais non moins cruellement. Le cœur de Mahtotopa se fendit à la vue du fléau qui décimait sa nation ; sa douleur n'eut plus de bornes, il résolut de mourir aussi. Sa femme, ses enfants, toute sa famille s'éteignit dans ses bras, et lui-même fut atteint par la maladie; mais la souffrance ne put briser sa robuste organisation, il fut plus fort que la douleur et revint des portes du tombeau. Alors il visita les cabanes silencieuses et muettes, pleines de cadavres, qui attendaient en vain que des mains pieuses vinssent les ensevelir et les transporter au village de la Mort. Le fléau avait glacé tous les bras, et les mourants ne pouvaient reudre les derniers devoirs aux morts. Un instant Mahtotopa voulut émigrer, mais il ne put trouver un seul homme capable de manier la lance et de protéger les survivants dans leur marche; il ne retrouvait que des corps inertes où inanimés. À la vue de ce déchirant spectacle, le vaillant guerrier sentit faillir son courage ; des larmes tombèrent de ses yeux.

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DANS LES DÉSERTS DU NOUVEAU MONDE. 44 uus auprès des autres, attacha à leur côté les sacs de médecine de clracun d'eux, puis il mit sa coiffure en plumes d’aigle, qui tombait en éventail jusqu'à terre, il se couvrit de son manteau de peau d'hermine doublé de peau de cygne, il prit ses armes autrefois si terribles à ses ennemis, et s'en alla sur une colline élevée voisine de sa résidence, Du sommet de cette colline il regarda les habitations sans feu de ses compagnons, il considéra les rues et la grande place de son village, aujourd'hui désertes, hier encore si animées, Il pleura amèrement, puis il entonna le chant de l'adieu, rappelant la gloire de ses ancêtres et les exploits des guerriers de sa tribu. Il pria le Grand-Esprit de le recevoir dans la terre des ombres, dans les prairies enchantées, où il retrouverait ses compagnons d'armes et sa famille bien-aimée. Ses chants et ses pleurs durèrent six jours, pendant lesquels il ne voulut rien manger pour ne pas survivre au désastre de sa nation. Le sixième jour, il commenca le chant de mort; enfin, la voix de Mahtotopa s'éteignit, ses pleurs se séchèrent, il se sentait défaillir; alors il se traîna péniblement vers sa cabane, s'étendit auprès des cadavres de ses enfants et rendit son dernier soupir, enveloppé des insignes de sa gloire passée.

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